‹ Essai sur l'art et l'industrie de l'Espagne primitiveChapitre 16 sur 61 · Il me parait iiiicre · texte numérisé non relu

Il me parait iiiicre

ssanl et peut-être

licus, on volt sculpté un animal qui, d'après le

instructif de noter que sur

une des faces d'un

dessin publié par M. I.eite de Vaseoncellos,

grand cippe, tans doute i

inc hase de statue.

ressemble singulièrement a tous les animaux

conservé a la Bibliotlièip

s de Lisbonne cl

dont îl est ici question (0 Aicheologo Por-

portant une dédicace laliui

i au dieu Erolovel-

LA SCLLPTLRE

invoquer, que ce qui fixe l'âge véritable d'un monument, pour l'historien de l'art, ce n'est pas toujours la date exacte où il a été exécuté, mais bien son style et son caractère. Il faut toujours tenir compte de la tradition historique ou religieuse, des routines et des survivances de métier. Les

becerros sont, à n'en pas douter, des œuvres ibériques, dont la barbarie révèle l'origine excessivement lointaine.

Gros, lourds, trapus, bas sur pattes, informes, taillés sans aucun modelé danc des blocs de pierre dure difficile à dégrossir, plus difficile à tailler avec délicatesse, ils ne sont que les premières ébauches d'ouvriers maladroits, dont l'œil ne savait ni regarder, ni voir la nature, dont la main ne se servait qu'avec une brutalité enfantine d'outils sans doute très rudimentaires.

Le sculpteur se contente toujours d'une silhouette énorme, et si vague pourtant que l'on peut confondre de très bonne foi un porc avec un éléphant, un taureau, un ours ou un cheval, ou même un rhinocéros ; aucun trait caractéristique de la tète ou du corps, ni les petits yeux en vrilles, ni y le groin rond et plat 1 , ni les oreilles retombantes, ni la queue tire-bouchonnée du porc — s'il s'agit vraiment de porcs — n'ont éveillé la curiosité. Dans les moindres balbutiements de l'art grec à sa naissance on sent une sincérité, une naïveté, une vérité qui charment malgré la laideur, quelquefois la hideur des paroles ; en Espagne, rien de tel. De

Fie. 44. 45, 46. — Cerdos ibériques d'Avila, Murça et Pelourhino.

i. Il faut faire exception pour un fragment de porc trouvé dans la Citania de Sabroso, et reproduit par M. Cartailhac, Âges primitifs

de l'Espagne et du Portugal* p. 281 , 6g. 4o6 ; le groin y est assez franchement indiqué. Cf. O Archeologo Portugués, 1901, p. 178.

simples blocs de pierre taillés dans une pure forme géométrique, que l'ont eût posés sur les tertres funéraires, auraient mieux décoré la tombe que ces monstres indistincts, dont l'idée et le sentiment religieux des survivants pouvaient seuls se satisfaire.

Dans des productions si misérables, on chercherait en vain quelque indice d'esprit créateur ou de main susceptible de progrès, quelque vague soupçon de bon goût; rien, absolument rien ne laisse même à l'œil le plus pénétrant prévoir que de ces ébauches pourront quelque jour sortir des œuvres méritant le nom d'oeuvres d'art. Tout au plus pourrait-on faire observer que les Toros de Guisando étaient disposés sur une ligne droite, à distances à peu près égales ! ; ils formaient donc comme le décor symétrique d'une voie de tombeaux, et à la rigueur cela laisse soupçonner une petite recherche esthétique. J'ajoute qu'entre les pattes du porc de Durango, sous son ventre, le sculpteur a placé un large disque sur lequel était gravée l'inscription aujourd'hui illisible. Y avaitil là un effort de composition décorative, ou simplement l'adjonction d'un attribut symbolique? Il n'y a rien qui empêche de supposer que ce disque a une signification mystique ou religieuse.

D'autre part je ne sais trop ce qu'il faut penser de ce détail, bien apparent sur plusieurs de ces monstres (Fig. 3()-4o), que sur la tête, sur les pattes, sur les flancs, courent comme des cordons en relief. D. Vicente Paredes croit que ce sont là des liens dont étaient ligotés les animaux 3 . J'y verrais plutôt une convention enfantine pour exprimer les plis du cuir épais. Dans tous les cas il faut noter cet essai modeste, et d'ailleurs assez malheureux, de précision et de vérité.

Et ce qui porterait encore à refuser à cette race en apparence déshéritée tout don artistique, c'est justement qu'au cours de longues périodes

i. E. de Maria legui, Toros de Guisando (dans Arte en Es pana, IV, p. !\!\). Il y en avait cinq d'abord, dans une vigne du monastère de San Jcrânimo de Guisando, entre Cada» halso et Cebrcros, près d'Avila ; il n'en reste que trois. Quatre étaient disposés en ligne. — D. Antonio Pons (pp. laud.} dit qu'il n'y en avait que quatre, dont un a moitié enfoui dans le sol. Et il ajoute que Ton croit qu'autrefois

il y avait un plus grand nombre de toros que ceux que l'on voyait a l'époque de sa visite (en 1766).

2. Voyez suprà, p. 60, note 1. Ces liens seraient les chaînes imposées par Osiris à Typhon vaincu. Mais, s'il s'agit vraiment de liens, ce ne peut être que ceux dont les paysans se servent encore, dans bien des cantons espagnols, pour conduire et tirer ces animaux récalcitrants.

de son histoire clic n probablement répété, multiplié à satiété ces mêmes beccrros, sans intention de les rendre plus précis, plus vrais, ni plus élégants. Le souci des traditions religieuses explique jusqu'à un certain point, mais n'excuse pas une routine si obtuse, où il faut évidemment faire sa part à la barbarie native.

Les becerros, du reste, ne sont pas les seules œuvres de sculpture qui permettent de porter sur les instincts artistiques des Ibères ce jugement défavorable.

On connaît encore une série de statues découvertes en Galicie et en Lusitanie qui ont plus d'intérêt parce que ce sont des statues d'hommes, mais qui fournissent de nouveaux arguments, non moins solides, à cette thèse. Je veux parler des statues de guerriers lusitaniens, bien connues des archéologues espagnols, et dont quelquesunes ont été publiées, il y a déjà longtemps, dans Y Archfeologische Zeitung par M. E. Hîibner '. C'est à chaque page de ce livre que l'on retrouvera le nom de cet illustre savant qui a créé, on peut le dire, l'archéologie espagnole scientifique. Quel- Villa Pouca de Xiruiar ques autres de ces images ont été signa-

lées depuis, cl il n'est pas douteux qu'en explorant la Galicie et le Portugal, on aurait beaucoup de chances d'en retrouver encore plusieurs.

La plus récemment connue, grâce au zèle infatigable du savant directeur de Y Archeoloijo Portugués, M. Leite de Vasconcellos, est de très grande importance, car elle sert très nettement à rattacher toute la série

I. E. Hflbner, Arch. Zeitung, iSfii, p. 1 85 ; Taf., clit, i-3. Le plus récent article sur ce sujet est celui que j'ai donné à V Arckeologo Porlugués, IQo3, p. i el ■.

LA 8CULPTURE

à celle des becerros. C'est un très rude débris de granit, trouve dans un champ près de Capelludos, district de Villa Pouca de Aguiar, sur la pente du mont de Crasto (ïraz-os-Montes) ; il appartient actuellement au musée ethnographique de Lisbonne 1 . Le guerrier est par malheur coupé à la taille. Son bras gauche soutient contre sa poitrine un tout petit bouclier rond avec un umbo " : le bras droit replié contre la taille tenait le manche d'une épée ou d'un poignard. La tête est coiffée d'un casque de forme conique, un véritable chapeau de gendarme, tel qu'en confectionnent nos enfants avec un journal. L'exécution est atroce ; deux trous irréguliers simulent les yeux, une ligne creuse marque la bouche, tordue et de travers ; l'oreille droite est rongée avec une parlie de la tête de ce côté ; la gauche n'est qu'une saillie ronde avec un trou au centre; le cou est d'une largeur démesurée, le bras gauche est beaucoup trop court, le droit beaucoup trop long, bien que l'avant-bras soit presque supprimé ; les mains ne sont pas modelées et se confondent, la gauche avec le bouclier, la droite avec la poignée de 1 arme .

Comme l'a très justement remarqué M. Leite de Vasconcellos, c'est exactement le style des plus informes becerros, c'est l'œuvre de la plus grossière barbarie, et je m'excuse d'avoir été contraint de m'y arrêter si longtemps (Fig. 47).

Les huit autres guerriers sont un peu meilleurs : deux se trouvent au Palais Royal d'Ajuda, près de Lisbonne, et ont été découverts à Montalegre (province de Traz-os-Montes) en 1785 4 ; une troisième statue appar-

1. O Archeologo Portuguâs, 1902, p. 23 et s., fig. i a , 2 a . — La statue est haute de i m ,i6: les épaules sont larges de o n \33. LVpaisseur ma xi ma du torse est o m ,33.

a. Le bouclier a o in ,34 de diamètre, et l'umbo o m ,i2.

3. Sur le dos est marqué le sillon de l'épine dorsale, et deux traits obliques indiquent sans doute les omoplates.

4. E.Hûbner, Arch.Zeilung, i8(>i,p. i8f>; Monatsbericht, 186 1, p. 3o4 ; Arqueologia de Espaîia, p. a53 ; Antike Bildwerke, p.

33o. Les articles de M. Hiibner ont été tra-

duits en portugais par M. A.uguslo Saromenho dans les Nolicias archeolôgicas de Portugal, § i4i» Appendice C, p. io3 et s., et de portugais en castillan par Manuel Murguia, Historia de Galicia (vol. IV, illustracion IV), p. 5ao et pi. sans numéro. Cf. Revue archéologique, 1862. p. a85 ; 1897, p. 4 16; Comptes rendus de la Société des antiquaires de France, 3o décembre 1896, et un article de F. Martin» Sarmento, Estatuas militares no jardino botanico de Ajuda, dans O Occidente, i cr novembre 1886, p. 246 et p.

248 (fig. n os 1 et 2). Sur les piédestaux de

tenait en 1861 à \l me Francisca Casado, à Vianna, petit port à l'embouchure du fleuve Lima (province dEntre-Douro-ct-Minho, au Nord- Ouest de Braga) 1 ; une autre encore, à la même date, était décrite par M. E. Hiïbner comme existant au commencement du xvn e siècle près du monastère de Celanova, à Castro-de-Rubias, près d'Araujo 2 . Une cinquième, ou plutôt la partie inférieure d'une cinquième a été signalée en 1837 à l'Académie de l'Histoire de Madrid, comme découverte à quatre lieues d'Orense, entre les paroisses de Santa-Maria-dc-Boveda et San- Miguel-de-Padreda, sur le territoire de Villar-del-Barrio \ M. Mélida cite un autre guerrier lusitanien au Musco Sarmento de Guimaraens 4 : enfin M. Leite de Vasconcellos en a fait connaître deux de plus, l'un trouvé « perto do monte Santo-Ovidio (Fafe) B », et l'autre à San Jorge de Vizella \ Ils sont l'un et l'autre très mutilés (Fig. 48 à 53).

Toutes ces statues ne diffèrent essentiellement que par leurs dimensions. L'une de celles de Lisbonne mesure a m ,5o de hauteur, et la seconde a™, 10 ; des autres, je ne connais pas la grandeur exacte ; mais quant au reste, elles sont pour ainsi dire toutes identiques. La matière dans laquelle elles sont taillées est un granit à gros grain, assez mou et friable, ce qui explique la détérioration parfois grave des surfaces; elles représentent un guerrier armé de l'épée et du bouclier, dans l'attitude du repos, debout sur un socle, si l'on peut ainsi parler de gens à qui manque toute la partie inférieure des jambes coupées au-dessus des genoux.' Ce n'est point là d'ailleurs l'effet d'une cassure, car les socles

ces deux statues, on Ht respectivement les deux inscriptions suivantes :

STATV.E

MIL1TARKS

1NCOLLELEZENHO

PROPE VICVM

MONTALEGRE

EFFOS.E (su) ANNO

MDCCLXXXV.

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