‹ Essai sur l'art et l'industrie de l'Espagne primitiveChapitre 40 sur 61 · Musée de Madrid, n° 7Ôa3. De la Rada, pi. Vil, n · texte numérisé non relu

Musée de Madrid, n° 7Ôa3. De la Rada, pi. Vil, n

a. Il existe encore au Musée de Madrid un fragment de statuette assise ; tout le corps de la femme a disparu depuis la taille ; ainsi réduite, l'œuvre n'a aucun intérêt (Fig. 207).

C'est le lieu de rappeler que suivant Cean- Bcrmûdcz (Sumario, p. a^o (Sevilla), « Rodrigo Caro affirme en un de ses manuscrits qu'il a vu et examiné à Séville une statue de pierre qu'il croyait être do Canope (?) découverte dans celle ville en 1606. Elle représen-

tait une femme assise, de quatre palmes de haut, couverte de son manteau. Elle tenait au sein un enfant coiffé d'un capuchon pointu, et portait un fouet à la main gaucho ; tout le reste du corps était enveloppé comme dans un filet, et on ne voyait pas les pieds. La statue de la femme et le siège où elle était assise étaient couverts de carrés, do triangles, hiéroglyphes, herbes, pelites fleurs, petites croix, cylindres et autres figures ». Cette description rappelle singulièrement celle qu'on pourrait faire de quelques-unes des statues les plus

2l6 LA SCULPTURE

Enfin, il faut ouvrir une série spéciale pour un certain nombre de statues et statuettes et pour un certain nombre de fragments qui ne se rattachent complètement à aucune des séries précédentes, bien qu'elles aient des rapports arec toutes. La plupart, si elles n'ont pas grand mérite artistique, ont une grande valeur de documents, et c'est pour cela que j'en dresse avec soin le catalogue descriptif:

i° Statuette de femme debout ; le bas du corps est brisé depuis les gc<. noux environ. Elle est coiffée d'une mitre fuyante recouverte d'un voile, lequel s'engage sur les côtés et par derrière sous un ample manteau qui remonte en pointe presque jusqu'au sommet de la mitre. Sur le front, on voit un triple bandeau plat d'où pendent à droite et à gauche des ornements indistincts ; deux grands disques, en forme de roues à large moyeu faisant umbo et à larges rayons, couvrent les oreilles et encadrent le visage, dont par malheur les traits sont rongés. Le manteau dont je viens de parler s'ouvre largement sur la poitrine, laissant voir au cou l'ourlet d'une robe de dessous, et un double collier où sont suspendues des amulettes. Les deux bords de l'étoffe se rejoignent à la hauteur de la taille, où ils sont retenus par un gros bouton arrondi. Les mains sont brisées; elles sortaient du châle et se portaient en avant, d'un même mouvement. On voit que sur les épaules le manteau était reployé a larges plis archaïques , comme celui de la grande statue. Hauteur, o m ,29 (Fig. 208) * ;

2 II existe au collège des P. P. Escolapios d'Yecla le moulage d'une statuette dont l'original a disparu. Le personnage est une femme debout (le moulage est brisé un peu au-dessus des genoux), vêtue d'une longue robe et d'un grand manteau ouvert sur la poitrine ; les deux bords de ce manteau sont rapprochés, à la hauteur de la taille, par un gros bouton.

extraordinaires du Ccrro, et le passage de V (1875), pi. IV, n° i3. La statuette a été Cean-Bermùdcz vient, à mon sens, aider à trouvée « sous l'escalier du lemplc, à la proprouver l'authenticité de ces dernières. Notons fondeur de i m ,5o ». — Pierre Paris, Motiud 'ai Heurs le caractère très oriental de celte ments de la Fondation Piot, t. IV, Buste déesse courolrophc. espagnol, p. i3,fig. b\ 1. N° 7707. Savirôn, Bolet in de Archivos,

Fie. aof. — Slaluctle du Ceno de lus Santos (Madrid),

2l8 LA SCULPTURE

Les bras sont dissimulés sous l'étoffe. Sur la gorge s'étale un large collier où pend une amulette. La tète était coiffée d'une mitre recouverte d'un voile tombant sur les épaules. De grosses boules pendent aux oreilles. Les traits du visage sont malheureusement indistincts. Hauteur, o"',iT) (Fig. 209)';

Km l<>9 — Staliiellc du Orro Je Fie. a 10. — Ftagmenl du Uerro <lc

loi Santos (moulage au colU-go les Sanlos (Madr'd).

d'Yeclâ).

3° Fragment de statuette de même type, mais de style encore simplifié. La tète manque ; les mains, qui sortaient du manteau, ont disparu : les jambes sont brisées depuis les genoux. Le manteau était attaché contre la ceinture par un bouton en boule ; sur la gorge on voit deux colliers, le premier seulement ayant des pendeloques plates, en forme d'oves. Pas plus que dans le moulage d'Yecla on ne voit figurés les deux pans de l'éloue du manteau au-dessous de la taillc ! (Fig. ajo) ;

4" Fragment de statuette de même type. La tète manque ; le corps est

I. Pierre Paris. Bulletin hispaiiii/ue, o'",i4). Il C6t passé à Madrid des mains du

.III, p. ni. n« 1, pi. I. ji- 1. I,a statuette Père C. Velue», d'YocIi. Cf. Pierre Paris,

cil plaie par derrière. Monuments l'iot, IV, Buste espagnol,

i. Musée de Madrid, n« 173^8 (liaulcur. p. iG.

aig

réduit au torse et à ta moitié des jambes. Mais les mains sont conservées. La femme portait le grand manteau, disposé comme précédemment ; mais il y manque le riche bouton qui en rapprochait et retenait unis les bords. Dans l'écartement de l'étoffe sur la gorge, on voit la robe montante jusqu'au cou, et un seul collier muni d'une sorte de clochette renversée en pendeloque. Ce qu'il y a de plus intéressant c'est que les mains ont saisi à pleins poings le manteau, dont elles relèvent les pans au-dessus de la taille, sans doute pour ne pas s'en embarrasser pendant la marche (Fig. au) ' ; 5" Fragment d'une statuette analogue,

mais plus réduite encore. 11 ne reste qu'un F,c a " ~ ,!/T',T" de rt * lueU " r ^ (Madrid).

morceau du corps, depuis la taille jusqu'aux genoux. Heureusement les mains subsistent : elles tiennent à poignée le manteau, dont les pans retombent en une double chute de plis archaïques.

Mais les bords de l'étoffe ne couvrent pas tout le ventre, et l'on aperçoit les plis obliques d'une jupe de dessous. Le style du fragment, plus riche et plus souple, quoique plus franchement archaïque, fait regretter que la statuette ne soït pas complète (Fig. 21a) 1 ;

6° Fragment de statue féminine, très mutilée. 11 ne reste que le torse, jusqu'à mi-cuisses :

, , , 1 • 1 ■ j- F" 1 ' "*■ — Fragment de

le bras gauche et la main droite ont disparu : »iatuctic (Madrid).

toute la surface antérieure est usée et grattée.

Néanmoins on reconnaît le reste d'une ligure de femme qui, de la main

1. Musée de Madrid, a" 7717 (hauteur, 1. Musée de Madrid, n" 7718 (hauteur,

o m ,ia5). Savirén, loc. laad., pi. IV, fig. ai. o nl .09), Inédit. Vojr. cependant Pierre Paris,

— Engel, Rapport, p. 164. — Pierre Paria, art. cité, p. 16.

droite, relevait son manteau. Ce manteau fait un gros bourrelet à la saignée du coude, tombe en masse lourde à droite tandis qu'à gauche il glisse transversalement de 1 épaule à la taille. Au-devant de l'épaule droite on voit une chute de plis archaïques ' (Fig. 3i3) ;

ll3. — fragment du Corro de loi Switos Fie. ïl&. — Statuette du Ccrro d (Madrid). la Santos (Madrid).

7' Statuette de femme bien conservée. La tête (le visage a une expression sévère) est coiffée d'une mitre arrondie recouverte d'un voile, et le corps est complètement enveloppé, y compris les bras qui sont croisés devant la taille, dans un grand manteau qui fait des plis transversaux de droite à gauche depuis le cou jusqu'aux pieds ; un pan de l'étoffe, ramené par-dessus l'épaule gauche, fait écharpe sur la poitrine (Fig. 3i4) a ;

8° Fragment de statue (depuis la taille) debout sur une double plinthe. La forme en est étrange : c'est une sorte de stèle plate par derrière et arrondie par devant. La largeur est exactement la même en haut et

1. Musée de Madrid, n» 7646 Inédit. Je 1c geste du bra* droit me semble décider en

ne mo dissimule pas qu'on peut aussi sanger faveur do l'autre hvpotliese,

à une statue virile drapée à la romaine ; mail 3 Musée de Madrid, n" 7603. Inédite

en bas, sans qu'on puisse deviner le contour des jambes étroitement pliécs comme dans une gaine. La face antérieure de cette gaine a l'aspect d'une grosse tresse. C'est une façon très conventionnelle d'indiquer les plis contrariés d'une. étoffe que l'on dirait pincée entre les cuisses, les genoux et les mollets. Celte robe extraordinaire se relève en demi-cercle, au bas, pour laisser passer les deux pieds joints. Ces pieds sont chaussés de sandales ou de chaussures lisses à bouts pointus, à moins que le sculpteur n'ait tout simplement négligé de figurer les doigts. A la partie supérieure, où devait probablement se trouver le ventre du personnage, homme ou femme, le départ de la tresse est caché sous un pan triangulaire d'étoffe que termine comme une petite boule (Fig. ai5)';

9 Un petit fragment qui se trouve au musée des P. P. Escolapios d'Yecla permet de se figurer quelle était l'attitude de la

statue précédente. Il représente un débris Fl %^fs™tofcMBdr1d) Cerro d'une figure analogue ; on y voit deux mains

grossièrement façonnées tenant un vase ; au-dessous la robe est aussi indiquée par une grosse tresse. L'œuvre avait le même aspect de xoanon (Fig. a 1 6) * :

io" Fragment de statuette du même type. La forme est identique; les pieds, légèrement écartés, sortent d'une entaille circulaire faite dans la robe, comme je l'ai dit pour la figure n° 8. Mais ici la tresse, dont les élé- Fie. ai6.— Vecii. ments sont beaucoup plus menus, est plus irrégulière ; à mesure que l'on remonte des pieds vers la ceinture, les plis deviennent

. Mutée do Madrid, n° 76.1a. Inédit.

. Pierre Paris, Bulletin hispanique. III, p.

de moins en moins obliques ; le sculpteur a fait effort pour donner plus de jeu et de liberté à celle disposition conventionnelle de l'étoffe ; mais le style est le mémo, et les trois œuvres similaires sont contemporaines (Fig. 217)':

ii" Petit fragment d'une slatuelte de femme. Il ne reste que le bas des jambes pliées dans une robe que l'on prendrait pour une gainecylindrique. La pointe des pieds dépasse. C'est une variante de la forme xoanon (Fig. ai8)'; F|C . ai8 . VncUi

12° La figure 219 (Ma- Fm ai- - Madrid drid) représente encore une femme dont

le corps semble taillé dans un bloc de

pierre, sans recherche de la ligne extérieure de la silhouette. La lêlc manque ; le corps est 1res aplati par devant : à peine voit-on le relief des deux mains posées contre la taille, comme pour tenir un vase qui, du reste, n'est pas figuré. Sur la gorge on voit trois colliers étages ; le premier a des pendeloques en forme de perles allongées, le second semble formé de triangles métalliques juxtaposés ; le troisième est plus indistinct. Les épaules sont couvertes d'un épais manteau à bords saillants, d'où les mains sortent comme de manches. Le style est lourd et maladroit' ; Fig. ar 9 . - Madrid. T 3,, Le nume - ro 7 5 99 de Madrid est de

même type et de même style, mais la tête est conservée ; les mains

1. Musée de Madrid, n° 7609. Inédit. p. 119, n° a5,fig. ia. Hauteur, o", i35.

a. Musée des P. P. Eseolapios a Yccla. — 3. inédit.

Pierre Pari*, Bulletin hispanique. III,

LA SCULPTURE 2a3

tiennent véritablement un vase, La poitrine n'est pas chargée de colliers, mais toute la partie inférieure de la robe, depuis la taille, est plissée obliquement de droite à gauche (Fig. Qao)'.

J'en ai fini avec les sculptures figurant des femmes. J'ai bien moins à dire sur les statues ou statuettes d'hommes, car à peine deux nous sont parvenues complètes, et la fatalité veut que l'on ait retrouvé seulement beaucoup de débris, des corps ou des morceaux de corps sans têtes, et des tètes ou des morceaux de têtes sans corps. Il est donc bien Fi , aao . — Madrid, difficile d'établir ici des séries nettement distinctes.

Cependant on peut, comme pour les statues féminines, mettre d'abord en groupe les statues de prêtres ou de dévots tenant en mains le vase à libations.

Je ne connais qu'un exemple d'homme tenant à deux mains, devant la taille, l'ustensile sacré. C'est une statue de mauvais style, lourde et molle, appartenant aux P. P. Escolapios d'Yecla (Fig. 221)*. D'ordinaire le personnage tient le vase dans la main droite, le bras étant abaissé le long du corps, tandis que son bras et sa main gauche sont plies dans l'ampleur du manteau. Le spécimen le plus intéressant de ce type ne m'est connu que par un dessin de D. Juan de Dios Aguado, dont M. Pascual Serrano, de Bonete, m'a communiqué l'album (Fig. 23a). La moitié de la tête a été brisée, ainsi que le bas des jambes ; mais le dessin d'Aguado est très net : on remarque surtout que la tête était couverte d'un voile, comme tant de têtes féminines ; on

(Yecla).

explique moins

, Pierre Paris, Bulletin hispanique, III, p.

aa/( LA SCULPTURE

ce que représente le double cône tourné la pointe en bas qui est placé au-dessous de la main droite. Une statue du musée des P. P. Escolapios montre cette variante, que le prêtre n'a pas de voile ; le vase qu'il porte est une sorte de bol analogue à celui de la figure précédente (Kg. a *3)\

Comme style, je ne dis pas la meilleure, mais la plus intéressante de la série est certainement celle que représente la figure iai et qui avait

__a. — Statue du tlei-loa Santon (d'après Aguado),

Statut- virile du anlos (Madrid).

déjà attiré l'attention de Savir6n". Elle a des analogies pour la forme générale du corps allongé dont les contours disparaissent sous une sorte de gaine, et pour l'attitude des pieds serrés l'un contre l'autre, avec les xoana que j'ai décrits tout à l'heure. Le vase a plutôt la forme d'un gobelet que d'un bol. Malheureusement la tête manque.

De même que j'ai signalé plus haut une femme dont les mains sont

. Bulletin hispanique, Ill,p . 130, n" 19, fig. i3.

. Mutée de Madrid, n° 7616. Savinta, Révisai de Archiv.

1875, pi. S, n

LA SCULPTURE 3l5

posées sur la taille comme si elles devaient tenir un vase, mais ne tiennent rien (Fig. 187), j'attire l'attention sur une statue de Madrid dans la nu* me attitude. La tête manque ; mais la figure est importante par son accoutrement, sur lequel je reviendrai, et par un grand air de majesté dans sa tenue rigide (Fig. aa5)'.

C'est, du reste, ici le lieu de rappeler que le prêtre et la prêtresse ou un couple d'adorants pouvaient être unis dans l'offrande de la libation, et qu'un groupe du musée de Madrid montre un homme et une femme, maladroitement accolés l'un à l'autre, qui tiennent le même vase, l'un de la main droite, l'autre de la gauche (Fig. 1/16).

A côté de ces statues de caractère plus spécialement religieux en sont d'autres, en plus grand nombre, qui représentent simplement des hommes debout, drapés dans de grands manteaux. Deux seulement de ce type sont complètes, au musée de Madrid, et elles ne

1 1 , -, ,. ,- ,■ . Pic. ai5. — SUIub du Cerrodo

sont pas de grand mérite artistique. L une est 1 s 1 fMadrid}

un moulage provenant de la collection du

P. Velasco, d'Yecla ; l'autre esl un original, quï porte le numéro 7659, et dont la hauleur n'est que de 26 centimètres. La première est d'un modèle très mou, qui ne permet pas de bien voir le détail de la disposition de l'étoffe qui la recouvre. On voit seulement que la main droite, qui est brisée, se portait en avant, tandis que l'autre saisissait un gros pli du vêtement à gauche de la taille. Les deux jambes et les deux pieds sont écartés*. La seconde a le bras droit dissimulé sous le manteau, que retient la main gauche 3 (Fig. 226, 227).

A part ces quelques sculptures, toutes les autres qui sont conservées sont si Fragmentaires qu'il est impossible de reconstituer complètement,

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