‹ Essai sur l'art et l'industrie de l'Espagne primitiveChapitre 39 sur 61 · I. Musée de Madrid, n" -;6îo. De la Dtscumo, pi. Vil, n · texte numérisé non relu

I. Musée de Madrid, n" -;6îo. De la Dtscumo, pi. Vil, n

l. Une statuette inédite de Madrid r>

blo beaucoup à celle-ci, pour le tjpe, la disposition du voile et ds la jupe a volants; nuis le collier n'e»t pas orné du Mlicr (Fig. igi).

9" Les ornements de tète sont tout à fait de même type que ceux de la grande statue, par exemple, et traités avec une précision inconnue du faussaire.

3" Les globes des yeux ne sont pas en relief arrondi, mais plats, ce qui est un trait caractéristique de la plupart des meilleures têtes du Cerro, comme je le noterai plus loin.

V L'ensemble dénote une habileté de main égale à très peu près à celle des artistes qui ont sculpté les meilleures statues authentiques, ce qui, je I ai dit, n'est pas du tout le cas des mystifications d'Amat.

5° La présence de l'étoile, du croissant de lune cl du soleil parmi les

Fie. ig5 et 19C. — Stèlei funéraires de Ca»tulo(?).

amulettes ne peut être une preuve de fausseté, car le caractère oriental de l'art du Cerro ne peut être mis en doute, et ces symboles se trouvent, par exemple, sur de nombreux cylindres chaldcens. Quant a ce détail surprenant que le soleil est représenté sous forme d'une figure entourée de rayons, on l'explique aisément par ce fait que cette image se retrouve sur des stèles néo-puniques, et surtout il ne faut pas oublier que les Ibères connaissaient ce symbole solaire. Je le retrouve sur deux stèles funéraires dont j'ai photographié les moulages au Musée de Madrid et dont l'art tout à fait primitif révèle à première vue la facture indigène

ART IBERIQUE

STATUE DU CtKHO DE LOS SANTOS

(Fig. 195, 196) *. Les Ibères ont pu connaître les figures radiées par exemple par les monnaies phéniciennes de Mâlaga, et Ton sait que les Grecs et les Romains en ont fait usage. Quant au symbole lunaire formé par un profil dans un croissant, il n'était pas non plus étranger aux anciens. On en a même trouvé plusieurs spécimens sous forme d'amulettes de bronze, en Espagne et en Portugal 2 ; mais, n'ayant pas tenu en mains les objets, je n'ose ni en identifier le style, ni leur proposer une date. La facture, très nette et sèche, fait songer à l'industrie romaine; cependant on hésite à l'affirmer, car le même symbole se trouve sur une monnaie de Saetabis, et il est absolument du même type que deux des amulettes ci-dessus. Il ne faut pas oublier que Saetabis est le nom ancien de Jâtiva, et que cette ville est dans la province de Valence, non loin du Cerro de los Santos 3 .

Enfin, il me semble que si l'on compare ces statues décorées d'astres à celle que j'ai donnée plus haut (fig. i3i) et qui est fausse sans aucun doute, le rapprochement suffit à prouver qu'Amat, auteur de celle-ci, ne Test pas des autres; son enfantine imitation le met hors de cause.

6° Je suis un peu effrayé par l'animal fabuleux sculpté en relief sur l'une des statues et par le serpent gravé en creux sur l'autre. Mais le dragon, le serpent ne sont pas des fantaisies si extraordinaires qu'elles n'aient pu naître dans l'imagination des Ibères ; ils en auraient d'ailleurs trouvé des modèles à foison dans l'imagerie orientale ou grecque. Du reste, un fragment de statue du Musée de Madrid qui a tous les signes les plus évidents de l'authenticité, malgré les inscriptions étranges de sa tiare, porte sur la poitrine deux serpents pareils (Fig. 197) 4 .

7 Sur le vase que porte des deux mains la statue de la PI. VIII, etd'où semblent monter des flammes, est posé un gros bélier. J'avoue que ce dernier détail est très déconcertant. Néanmoins, comme l'impression générale est bonne et que les arguments que j'ai exposés jusqu'ici ont un

1. Ces stèles proviennent de la collection s. Quelques-uns de ces petits objets sont en Gongora, de Grenade ; elles auraient, dit-on, argent, les autres en cuivre ou en bronze, été trouvées à Castulo. 3. D. de Lorichs, Recherches numisma-

2. J. Lcite de Vasconcellos, Amuletos, tiques, pi. LXJ, n° 9 (argent).

dans O archcologo portuguès, V, p. 287 et h. N° 3507. De la Rada, pi. VIII, n° 3.

Ûlô LA SCULPTURE

grand poids, j'estime que Ton ne connaît pas assez les croyances du peuple à qui étaient destinées les sculptures du Cerro pour rejeter à priori une statue sous prétexte que Ton n'est pas en état d'expliquer tel ou tel symbole. Un rapprochement avec la Toison d'or n'est pas une objection concluante, d'autant qu'ici le bélier n'est pas suspendu au collier.

Au contraire, j'ai dit que deux statuettes du Musée de Madrid (Fig. 192, 193) ont sur la poitrine un collier où est attaché, en guise d'amulette, un animal qui doit être aussi un mouton et qui pend absolument comme le mouton de la Toison d'or. Mais, ici encore, rien ne vient détruire la bonne apparence d'authenticité, et ces statuettes ne sont pas des créations d'Amat. Nous savons tout ce qu'il était capable de faire en ce genre. En effet, parmi les pièces notoirement fausses de Madrid, se trouve un fragment de bas-relief (Fig. 126) où l'on voit au-dessus du groupe étrange d'un enfant nu, d'un griffon et d'un monstre ailé dont il ne reste que l'arrièretrain, un gros bélier suspendu parle milieu du ventre. Cet ensemble ne signifie absolument rien, car ce n'est pas un débris de statue, et Amat s'v révèle comme un imitateur absurde, non comme un inventeur.

Il faut bien noter d'ailleurs qu'une autre femme du Cerro (Madrid, n° 35o5, Fig. i44)> dont j'ai accepté plus haut la légitimité sur bonnes preuves, porte au cou un médaillon où est figuré un animal à quatre pattes qui est sans doute aussi un bélier. La transformation de ce bijou en celui qui nous occupe peut avoir été toute naturelle, d'autant que le bélier est souvent représenté par les fondeurs de petits ex-voto ibériques ; il y en a un spécimen important au Musée archéologique de Madrid, deux au moins dans la collection de M. Vives, et au Cerro même on a recueilli un bélier en pierre très bien travaillé : j'en connais aussi des exemples intéressants provenant d'Osuna en Andalousie.

Je n'ai pas besoin de dire qu'aucune de ces sculptures n'a la valeur de la grande statue, et si elles sont authentiques, comme je le crois, du moins leur style ne révèle pas des ouvriers aussi sincères, aussi simples, aussi artistes en un mot que l'auteur de la première.

On peut faire rentrer dans la même série, malgré les différences, le grand torse de femme que reproduit la figure 197. Le manteau ne remonte pas sur la tête, qui est coiffée d'une haute mitre démesurée, de forme très

particulière, car elle s'élargit à mesure qu'elle s'élève. Les cheveux sont indiqués sur le front par des ondulations de lignes horizontales, et, par côté, tombent en papillotes fixées par une épingle qui ressemble à un trèfle à quatre feuilles. On aperçoit le bout des oreilles, percées d'anneaux ; sur la gorge tombe un collier formé d'une simple tresse. J'ai déjà signalé ce torse plus haut, à propos des deux serpents qui sont gravés sur la poitrine et qui semblent sortir du vase tenu à deux mains.

Le Musée de Madrid possède encore une statuette complète du même type (n* 35o3). Elle est seulement un peu plus simple, car elle n'a pas de serpents, et sa chevelure est moins ornée. Elle a du moins l'avantage d'indiquer comment était disposée la jupe, à quatre volants dentelés ; c'est la même mode qu'avait adoptée le sculpteur pour la statuette n" -620 (Fig. 192), dont j'ai parlé plus haut' (Fig. 198).

Un autre trait commun des

fie. 197. — Cerro de loi San toi (Madrid).

figures 197 et 198 est que, sur le

devant de la tiare, sont gravés des caractères désordonnés; ils sont une adjonction manifeste d'Amat, qui a été séduit par cette belle surface plate*. Enfin il n'est pas inutile de dire que le Musée de Madrid possède plusieurs fragments de tiares non moins extraordinaires de forme et de dimension ; ces débris sont importants, car ils sont authentiques et servent à montrer l'authenticité des statues complètes ou des têtes qui

I. N» 35o3. De la Rada, Discurso, pi. quelle adhère encore un peu du front. Elle ne

VII, n" 5. porte aucune inscription, A mat, uns doute,

1. Sous le n" ^655 est conservée a Madrid ayant trouvé le morceau trop insignifiant pour

une grande mitre de forme identique, a la- ledécorer de lettres (de la lUda.pl. VII, n° 1),

313 LA SCULPITRE

portent des ornements pareils. Leur propre légitimité est d'ailleurs prouvée par l'état de mutilation où ils nous sont parvenus : car pourquoi le faussaire aurait-il, comme c'est ici le cas, brise ou martelé les visages que surmontaient ces bizarres coiffures, s'il avait pris la peine de les sculpter? Il les rendait ainsi tout à fait impossibles ù vendre '.

Quatrième groupe : celui des femmes assises avec les mains posées sur les genoux. M. de la Rada a réuni sur une même planche (VIII) les cinq principales.

L'une, haute seulement de 3n centimètres, est fort simple. Enfoncée dans un lourd trône carré qui semble ne faire qu'un avec son corps, elle est velue d'une tunique longue serrée à la taille par une ceinture ; un grand voile, où les plis ne sont pas marqués, lui couvre la UMe et les épaules.' On ne voit rien de ses cheveux. La facture est très molle et ronde et le style F ^ C ■SL-^;Z"°• ™.intMf(Fig.« M ).

Deux autres femmes (n™ !\ et 3 de la Rada)', ne sont pas plus intéressantes pour l'expression de leur visage, ni pour le modelé de leurs formes ; mais leurs vêtements et leurs coiffures sont plus riches. Leur voile, posé sur le haut du crâne, ne cache pas un Berre-tête décoré de chevrons et d'où pendent jusqu'à la hauteur du menton deux bandelettes frangées de glands. On voit leur triple collier, et leur costume se divise nettement, outre le voile, en une chemise plissée à manches, et une robe de dessus toute formée de languettes

i. De li Rada a dessiné les deux plus ira- a. Munie de Madrid, n° 7613. De la Rada,

portante* (n«* 7655, Diseur 30, pi. VU. n° 5, pi. VIII, n» 5.

ot 7646, pi. VU, n" 3). La première a la 3. Musée de Madrid, n" 7601 (hauteur,

même forme que celle de la fig. 198; la o™,3g); 7601 (hauteur, o m ,34). seconde est arrondie en cercle ; cf. fig. aoi .

■Il/, LA SCULPTCHE

pointues qui se recouvrent. A la taille est une ceinture. Le trône, qui a la forme d'un fauteuil, est plus fin, et le support des bras est une sorte de console renversée (Fig. 200 et aoi).

La statue 7627, plus grande — elle mesure o",70, est une variante curieuse'. Le trône n'a pas de dossier ;la robe de dessous n'est pas plissée ; la femme n'a pas de voile, mais sa tête courte et large, d'aspect massif et d'air stupide, est accablée sous le poids d'une énorme mitre en boule

Fie. aoj. Fig. ao5, Frc. io3. Fig 306.

SUluelles du Corro de loi Santoa (Musir de Madrid).

que semblent envelopper plusieurs étoffes aplaties les unes par-dessus les autres, les pointes disposées en avant. Cette coiffure, qui semble un turban colossal, cache les côtés du cou, mais sur le front on voit le bandeau orné de chevrons et d'une courte frange (Fig. 203).

Reste une statuette haute de 0",48 qui est l'une des plus mauvaises de la collection. On n'est pas absolument assuré qu'elle soit assise, bien que la chose soil très probable, étant donné ses proportions, et le pli de sa taille. Sa robe tout unie s'écliancrc en cœur sur la gorge, pour laisser

l. Mu.éa de Madrid, n° 7617. De la Rada, pi. VIII, n° a.

place à un collier plat. Ses bras sont si bien cachés sous son manteau qu'on dirait qu'elle est manchote. Enfin ce voile couvre complètement une grosse tiare ronde et les cheveux, sauf une frange sur le front. Le visage est d'expression triviale, et traité, comme tout le reste du personnage, d'un style rapide et détestable ; deux plis faisant accent circonflexe à partir des narines dessinent une laide grimace 1 (Fig. ao3).

M. de la Rada n'a pas publié trois statuettes analogues (n° 9 7605 (Fig. ao4), 7600 (Fig. 2o5) et 7615 (Fig. 206) qui pourtant n'en étaient pas indignes. La première est extrêmement massive, et d'une mollesse très fâcheuse d'exécution. Les mains surtout sont énormes et informes. La tête ne porte pas de mitre, et le voile retombe sur les épaules, sur les bras, sur les genoux, et jusqu'aux pieds. Entre les deux pans, depuis les genoux, on voit la robe qui est ornée de plis transversaux de droite à gauche. La figure, aux traits bouffis et sans dessin, est large, courte et grosse.

Au contraire, la seconde est assez soignée. Son voile s'ajuste simplement sur sa tête sans mitre, sur ses épaules et ses bras, et s'étale sur ses jambes, depuis les genoux, en deux pans égaux et symétriques, plissés avec un soin régulier. La gorge est parée d'un collier à deux rangs ; on voit une ceinture à la taille. Par malheur le visage est presque détruit. Bien que l'œuvre soit loin de la finesse qui caractérise les meilleures statues du Gerro, elle vaut, malgré ses petites dimensions, par cet air de gravité que recherchaient de préférence les sculpteurs de cette école. La troisième est comme une simplification de la seconde, mais par la facture elle se rapporte malheureusement à la première, dont elle reproduit les formes courtes et molles 2 .

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