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L. Heuzey, Revue d'Assyriologie, II, p. 102, note

a. Les exemples de rosaces et de spirales sont innombrables dans les ouvrages de Schliemann, Mycènes et Tirynthe. Le détail est trop connu pour qu'il soit nécessaire de donner des références plus précises.

3. Voyez aussi la figure af>6. — Cf. Bulletin de correspondance hellénique, 1878, pi. XA 111, a. -- Perrot et Chipiez, Histoire de l'art, VI, fig. 366 ; 'K^ueoi; oip/ato- XoyixTl, 1888, pi. VIII. = Perrot, ihid., fig. 38o. = Max Collignon, Histoire de la sculpture grecque, I, fig. aa. Il n'est pas impossible que les Mycéniens aient emprunté

cette mode à l'Egypte. Les perruques étagées ne sont pas rares dans la statuaire de ce pa)s. J'en citerai un exemple entre cent :

Maspéro, Hist. anc. des peuples de l'Orient, I, p. ag3 (— Leipsius, Denkmàler.lh 120 a).

Statue d'Amten au musée de Berlin.

Sur une tasse d'argent mycénienne, il y a une frise de tètes qui portent la barbe à l'américaine, en collier, comme les tètes d'ivoire précédentes (Histoire de l'art, VI, fig. 38 1 r-. 'Kçr, : jL. àp/aioX., 1888, pi. VII).

l\. Salomon Reinach, Statues archaïques de Cybèle découvertes à Cymé (Eolide), dans Bulletin de correspondance hellénique, 1889, p. 54a et s. v pi. VIII. Dans cet

et aux grandes statues de la Voie Sacrée des Branchides et du temple milésien d'Apollon, toutes œuvres d'un même art ionien, robuste et lourd, où se sont mélangés des éléments plastiques empruntés à la Ghaldée, à l'Assyrie et à l'Egypte. Ces statues sont des statues d'hommes et de femmes, de prêtres, de prêtresses, ou de déesses assis sur de vastes trônes fort simples, les mains posées sur les genoux. Leurs amples vêtements, robes talaires, larges manteaux, les couvrent de la tôte aux pieds, et dans quelques figures, les plus récentes de la série, les plis des étoffes se drapent avec une rigoureuse recherche de la symétrie. Cette description sommaire ne s'applique-t-elle pas dans ses traits généraux à quelques statues ou statuettes du Cerro de los Santos ou du Llano de la Consola-

ci6n, celles que j'ai décrites plus haut et dont les principales ont été dessinées par M. de la Rada 1 ?

Certes, il ne peut être question de confondre ces dernières avec les œuvres phocéennes, cyméennes ou milésiennes, pas plus qu'avec les œuvres phéniciennes ou carthaginoises importées en Espagne, comme celles que M. Siret a recueillies dans la nécropole de Villaricos. Elles gardent leur individualité ibérique, moins par le style, qui est mou et rond à peu près autant que celui de la statue de Charès par exemple, que par l'ajustement de la tête, les colliers, le voile, la disposition de la robe à manches longues et du manteau. Et cette originalité consiste encore, ainsi que je l'ai noté dans mes précédentes analyses, dans la surcharge barbare, ou, si l'on veut, enfantine du costume et des ornements.

N'y a-t-il pas lieu aussi de songer aux antiques xoana, ces images grossières taillées dans le bois, de forme plate ou carrée, dont l'histoire est si curieuse, lorsqu'on se trouve en présence de fragments comme les figures 2i5 et 217 (Musée de Madrid), comme les figures 216 et 218 (Collège d'Yecla), où la forme de tronc d'arbre équarri ou de poutre est si nettement conservée ?

Mais, ainsi qu'il fallait s'y attendre, ce sont surtout les sculptures les plus belles du Cerro qui rappellent avec le plus de bonheur l'archaïsme grec ; car, par une fortune bien légitime, tous les arts qui d'assez près

article M. Reinach s'occupe en détail des i. De la liada, Discurso, pi. VIH. Voy.

statues de Marseille. nos figures 200 à 208 et surtout 296.

ont subi le contact des arts helléniques en ont été comme vivifiés et ennoblis. Que Ton revienne une fois de plus à la grande statue de Madrid, et Ton ne pourra résister au désir de comparaisons inévitables.

Avant tout les chutes régulières du manteau — j'allais dire du péplos — depuis les épaulesjusqu'aux pieds, tous ces plis d'une symétrie complète, où l'étoffe semble disposée en plusieurs doubles superposés et aplatis par le fer, avec leurs bords découpés et comme cassés à angles droits, ces plis qu'il est difficile de reproduire si l'on n'en possède ce que l'on peut vraiment appeler le secret, ces plis sont si bien la création de l'art grec archaïque qu'on les désigne de ce nom simple et commode toutes les fois qu'on les rencontre dans les œuvres grecques antérieures aux guerres médiques : les plis archaïques. Les Ibères les ont adoptés, et en ont fait un tel usage qu'il serait fastidieux d'énumérer toutes les figures du Cerro qui en fournissent des exemples, et que l'énuméralion serait même trop longue pour la rejeter dans une note.

C'est encore à l'archaïsme grec qu'est empruntée la mode de cette longue robe à petits plis droits qui tombe jusque sur les pieds, et s'évase en rebord de cloche autour des jambes. La statue milésienne de Charès, et surtout l'Héra de Samos, que M. Paul Girard a rapportée au Louvre, en sont les modèles les plus connus.

Mais il y a plus encore. Un des traits les plus originaux de l'art grec archaïque, c'est ce prétendu sourire par lequel les sculpteurs naïfs, dont la pensée et l'ambition marchaient plus vite que la main, ont essayé d'imprimer sur le visage de leurs dieux ou de leurs humains non pas la joie de vivre, mais la vie elle-même. L'impassibilité du masque, par où les Chaldéens et les Egyptiens exprimaient leur idée de beauté noble, semblait aux Grecs comme un signe de mort. Pour animer leurs figures d'un reflet de pensée et de passion, tous les tailleurs d'images, depuis les émules de Mikkiadès jusqu'à ceux d'Anténor, ont égayé les figures d'un demi-sourire que leur maladresse a rendu quelquefois plus grimaçant qu'aimable. Ce sourire, qu'expriment l'obliquité des yeux et le relèvement des coins des lèvres, il ne faut pas le chercher sur le visage de la statue de Madrid. M. Heuzey a très bien dit : « La bouche quitte le sourire forcé des anciennes statues, et s'abaisse ainsi aux coins jusqu'à

devenir sérieuse 1 . » Mais ce sérieux et cette tristesse sont aussi la caractéristique de nombre de statues archaïques, et non des moins belles, celles qui appartiennent à l'archaïsme avancé. Une réaction s'est produite, aux approches de l'époque classique, dans le sens de l'observation plus vraie, et c'est de cette réaction que notre statue nous donne un exemple espagnol. M. Heuzey nous le fait fort bien comprendre dans cette subtile, mais fort exacte analyse : (( Tandis que les traits du visage... dans l'ensemble trahissent déjà le sentiment de la nature et commencent à s'écarter du type archaïque, seul le dessin des yeux est en retard et reste conventionnel. Ce n'est plus, il est vrai, la convention ordinaire de l'archaïsme grec, la tradition des yeux en amande, relevés vers les tempes. Au contraire, si la paupière supérieure est arquée à l'excès, eteomme surhaussée, la paupière inférieure, presque droite, tend plutôt à s'abaisser légèrement vers l'angle extérieur de l'œil. J'ai déjà signalé une disposition semblable dans quelques figures chypriotes, et j'y ai. reconnu un caractère de transition, un effort pour abandonner les lignes remontantes et retroussées du profil éginétique, et pour donner à la physionomie plus de gravité *. »

Est-ce à dire que les sculpteurs du Gerro n'ont point connu le sourire archaïque, ou n'ont pas voulu l'adopter? Sans chercher bien loin, la fort jolie tête de la collection Canovas del Castillo que j'ai décrite sourit très franchement, quoique sans indiscrétion, et ce sourire est obtenu par les mêmes procédés qu'employaient si bien les sculpteurs grecs, le relèvement des coins extérieurs des yeux et de la bouche. Très expressément cette convention, dont l'emploi commun en Grèce et en Espagne ne peut être l'effet du hasard, dénote une action directe de l'art du premier pays sur celui du second.

Elle n'est pas d'ailleurs exceptionnelle, et si les figures sérieuses restent en majorité soit parmi les têtes de femmes, soit parmi les têtes d'hommes, — je vais revenir sur ces dernières — il n'en manque pas non plus des

1. Revue d'Assyriologie, II, p. io3. je n'ai jamais vu les paupières dessinées

2. Ibid. f p. 106. suivant une ligne si concave, et cependant, La tète du Gerro de los Santos figurée sous comme les coins de la bouche s'abaissent en-

le numéro 281 (Musée du Louvre) est très core, le visage ne sourit pas.

curieuse à ce point de vue. Dans aucune œuvre

unes et des autres qui viennent se grouper autour de la tête souriante du cabinet Canovas. C'est le cas d'une autre tête mitrée appartenant à la même collection qui, par une rare fortune, possédait jusqu'à ces dernières années deux des plus parfaites œuvres de l'art du Cerro \ Une troisième est la belle tête du Musée de Madrid que reproduisent les planches IX et X, à droite. « Les traits, a dit M. Heuzey qui Ta spécialement examinée, sont d'un caractère plus ancien que ceux de la statue précédente (la grande statue de Madrid) ; ils se rattachent de plus près au style dit éginétique... Pourtant la bouche est à peine relevée par le sourire des anciennes statues, et les yeux, quoique dessinés curieusement en amande, et presque à fleur de tête, s'abaissent déjà à leurs angles extérieurs avec une exagération visible, sorte d'affectation en seno inverse que nous avons notée comme un signe de l'archaïsme expirant *. » Il faudrait répéter ce jugement à propos de la plupart des têtes souriantes de la collection, surtout des têtes d'hommes, dont l'expression de gravité se soupçonne à travers le sourire. De ces têtes viriles, la structure archaïque est d'ailleurs évidente : les yeun obliques en amande, les pommettes saillantes, le menton proéminent, presque en galoche, donnent au visage une forme qui ne permet pas de s'y tromper.

Sans vouloir descendre jusqu'à des subtilités de comparaison qui pourraient à quelques lecteurs ne pas paraître absolument concluantes, on trouverait aisément plus d'une similitude de style ou de technique qui rapprocheraient des œuvres ibériques d'œuvres grecques correspondantes. Je n'en veux citer qu'un exemple. On sait en quelle faveur furent longtemps chez les Grecs les images de femmes debout relevant sur le côté, d'une de leurs mains pendantes, leur longue et fine tunique talaire ; les découvertes de Délos et de l'Acropole d'Athènes ont rendu le type populaire. Un fragment de Madrid (Fig. 21 3), malgré son déplorable état de conservation, permet de reconnaître le débris d'une statue directement inspirée de celles-là ; et il me semble que trois autres fragments de sta-

1. PI. \, à gauche. fig. 168, 188, 2o3 ; tôles d'hommes, fig. 26.")

2. Ttevue d As.syriologie,l\,p. 106. Parmi et pi. X bis, fig. 267, 278, 288. Toutes ces les tètes souriantes du Musée de Madrid j'ai dernièros se rattachent plutôt à l'archaïsme surtout noté les suivantes: télés de femmes, avancé.

tue t te s sur lesquelles je reviendrai plus tard, où Ton voit le personnage soulever des deux mains son manteau, ne sont que des variantes plus ou moins heureuses du même mouvement et de la même attitude (Fig. 2 1 1 , 212).

D'où il résulte en résumé que l'art grec archaïque n'a pas seulement donné à l'art du Ccrro quelques modes de robes et de manteaux, quelques modèles de draperies élégamment régulières, mais encore des conventions spéciales, dont on peut apprécier différemment la naïveté, la valeur esthétique. D'où il résulte en outre que l'évolution du goût et des progrès en Grèce a provoqué une évolution parallèle en Espagne, que tour à tour les artistes, en Occident, ont modifié leur manière, comme leurs maîtres la modifiaient en Orient, et sont passés à leur suite du doux au grave, du plaisant au sévère. Successivement on retrouve dans les œuvres du Cerro les mêmes étapes d'un premier archaïsme à un archaïsme avancé et à l'archaïsme expirant. La première tête Canovas, la tête mitrée de Madrid, la grande statue du même Musée marquent avec une singulière précision ces trois degrés. N'est-ce pas le lieu d'exprimer avec quelque vivacité le regret qu'avec les deux têtes n'aient pas été retrouvés les corps qu'elles surmontaient ? Quelle source d'observations précieuses n'avons-nous pas perdue là I

D'ailleurs le développement parallèle de l'art ibérique avec l'art grec ne s'arrête pas brusquement avec la fin de l'archaïsme. Les sculpteurs de la Péninsule ne manquèrent pas de profiter, dans la plus large et la plus heureuse mesure, des rapides progrès qui suivirent les guerres médiques. Mais avant de s'engager dans les voies nouvelles, leur art devait produire son chef-d'œuvre, et <je chef-d'œuvre, par miracle, nous est conservé, c'est la Dame d'Elche.

La date du 4 août 1897 restera mémorable dans les fastes de l'archéologie espagnole. C'est le jour où des ouvriers de M. le D r Campellos occupés à défoncer un terrain de l'Alcudia — c'est ainsi qu'on appelle l'emplacement dépeuplé d'ilici, l'ancêtre de la moderne Elche — rencon-

s8t) LA SCILPTURB

trèrent sous leur pioche un busle de femme qui, presque aussitôt acheté parle Musée du Louvre, devint célèbre sous le nom de la Dame d'Elche.

La Dame d'Elche, depuÎB lors, a donné lieu à plusieurs études et à quelques controverses. L'importance exceptionnelle du chef-d'œuvre exige que j'en parle longuement.

La ville d'Elche, d'où provient ce buste, n'est pas aussi célèbre qu'elle mériterait de l'être. A peine quelques touristes s'arrélent-ils parfois, au

Fia. 3oa. — Vue d'Elche (du haut de N.-S. de la Aninciûn).

printemps, dans cette exquise petite cité, dans cette orientale oasis de palmiers et de grenadiers qui verdit à quelques lieues de la poudreuse Alicanlc, et que l'on a si poétiquement appelée la Jérusalem espagnole (Fig. 3oa-3o/|). Quant aux archéologues, bien peu connaissaient encore, avant 1897, la colonie romaine d'Ilici (Cotonia Julia Ilici Augusta). Cependant une abondante richesse de fragments antiques sort journellement de ses ruines. De plus il y a peu de cités en Espagne dont les fils soient aussi sensibles aux souvenirs du passé local.

LA SCULPTURE a8l

D. Aurelio Ibarra y Manzoni avait, il y a quelques années, formé une collection importante de débris provenant de l'Alcudia, qui est passée au Musée de Madrid. Je dirai 'plus tard l'importance de la céramique ibérogrecque d'ilici, et j'ai déjà montré l'intérêt de deux chapiteaux de même provenance qui valent à eux seuls, selon moi, tous les fragments analogues d'architecture espagnole de l'Espagne romaine.

Désormais il est d'un intérêt capital de fixer l'histoire d'Elche, je parle

Fie. 3o3. — Uno rue i Elcho.

de sa plus ancienne histoire. Cette ville est sans doute l'une des plus antiques de la Péninsule. Dans la campagne voisine de l'Alcudia, en se dirigeant vers le petit port de Santa-Pola, on a trouvé une multitude d'objets de l'époque préhistorique qui indiquent une station des Ibères primitifs. Au dire du marquis de Molïns, le mot Ilice, premier nom d'Elche, serait un nom ibérique, formé comme llipe, Ililurgi, etc. La syllabe Il se trouve dans nombre de noms géographiques de l'ancienne Espagne, ainsi que la finale i. Je ne sais pas au juste quelle est la valeur de cette opinion. II est plus intéressant de noterque Diodore parle d'une ville de 'EXutri, voisine de la ville d"AxpaXe , j)OÎ fondée parHamilcar, et que

a8a LA SCULPTL'RE

les plus compétents historiens n'hésitent pas à identifier 'EW« avec Elche. Ce mot n'est peut-être qu'une traduction grecque du mot ibérique llice, que les Homains ont à leur tour change en Ilici '.

Quelques historiens espagnols ont émis l'opinion que l'origine de la ville est purement grecque. Dîago, dans ses Annales du Royaume de Valence, pensait qu'Elche est une colonie marseillaise « comme Dianium et Alone ». Mendez Silva la croyait fondée par les Phocéens, a une date qu'il fixe, je ne sais d'après quels textes, en 333 avant notre ère. Pour

Ftfi. 3oJ. — Le lil dcisrché du Yinalapo, à Elche.

Gebhar, elle serait un comptoir marseillais surajouté à une ville ibérique. Cristôbal Sanz est d'avis qu'elle existait avant la colonisation des Grecs, et que ceux-ci la relevèrent. Velasquez seul expose qu'elle fut fondée en 88/1 avant Jésus-Christ, et que plus tard les Phéniciens, puis les Grecs y établirent des factoreries. Tous ces auteurs manquent de critique, et je ne cite leurs opinions que pour mémoire '.

I. Il est bon do noter qu'il j a en Espagne a. D'après Javîer Fuentes y Ponte. Mémo-

une autre petite ville du même nom. Elche ria hislôrico-descriptivo del santuaiio de

de la Sierra, dans la province d'Àlbacete. N. S. de ta Asunciân en ta Ciudad de

presque a la source de la Segura. Etche, Lcrida, 1887, p. 10.

La théorie toute récente de M. Théodore Reinach a bien plus de valeur. Il a cru trouver la clef du problème dans un paysage de ÏOra maritima, de Festus Avienus, ce poème d'un Romain du iv e siècle de notre ère qui nous a transmis à l'état un peu chaotique, par malheur, les précieux renseignements d'un périple grec de neuf siècles antérieurs.

Festus Avienus décrit avec précision, bien que dans une langue obscure, l'embouchure de la Segura, que Pline appelle le Tader et dont les Grecs avaient fait le Theodorus, et la bouche sablonneuse de Y Alebus dont le nom a persisté peut-être sous la forme actuelle de Vinalapo. L'un est le fleuve dangereux de Murcie et d'Orihuela qui se jette à la mer entre Torrevieja et Santa-Pola, frôlant le pied du très antique tertre de Rojales que j'ai sommairement exploré, et où j'ai recueilli une abondante moisson de poteries ibéro-grecques ; là fut peut-être une des stations phéniciennes que mentionne le géographe. L'autre est le fleuve qui, sorti des gorges de la Sierra de Bocairente, passe à Elche, ce torrent capricieux et terrible qui, réduit à rien pendant les étés brûlants (Fig. 3o4), grossit et menace pendant l'hiver les campagnes et les ponts des cités, ce Là fut marquée jadis, au dire d'Avicnus, la limite des Tartessiens, et s'éleva la ville d'Herna ; la tribu des Gymnètes occupa ces lieux; maintenant y coule, entre des rives dépeuplées, T Alebus aux flots bruyants. »

Theodorus illic — nec stupori sit tibi quod in feroci barbaroque sat loco cognomen liujus Gnuciie accipis sono — prorupit amnis. Isla Phœniccs prius loca incolebant. Rursus hinc se litoris fundunt arenae, et litus hoc très insulae cinxere late. Hic terminus quondam stetit Tartesiorum, hic Herna civitas fuit.

Gymnètes istos gens locos insederant.

Nunc deslitutus et diu incolis carens sibi sonorus Alebus amnis influit.

Pour M. Théodore Reinach, l'interprétation ne peut pas être douteuse: F Elche de la fin du v e siècle n'est pas ibérique, elle n'est pas phénicienne, elle n'est pas grecque. Elle s'appelle Herna, et elle est « évidemment une ville forte des Tartessiens, non des sauvages « hommes nus » ; elle est « une fondation des Tartessiens, un boulevard élevé par ce peuple puis-

sant et civilisé contre les incursions des sauvages Gymnètes et contre les menaces des Ibères ! ».

Quoi qu'il en soit de ce second point, le premier n'est pas sans vraisemblance. Lllice des Ibères Contestaniens peut s'identifier avec i'Herna des Tartessiens, et la Dame d'Elche, si on veut lui donner son vrai nom, devient sans doute la Dame d'Herna. Cela dit, il faut la décrire, et chercher à en fixer le style et la véritable origine (PI. I et XII).

C'est un buste en grès assez tendre, et blanc à l'intérieur, la surface ayant pris avec le temps, peut-être aussi par la décomposition des couleurs qui la couvraient, une chaude teinte jaune. Il mesure cinquante-trois centimètres de hauteur ; il est donc de grandeur naturelle, si l'on admet que le modèle était de taille assez élevée. Par bonheur la conservation du visage est presque parfaite. A peine note-t-on que la paupière inférieure de l'œil gauche est un peu usée, que le grain de l'épiderme, comme frotté par places, n'est plus dans toute sa fraîcheur sur les joues, sur l'aile droite du nez, où l'on remarque aussi une petite égratignure. Ces légers accidents sont d'ailleurs anciens. La parure et le costume ont un peu plus souffert. Quelques coups de pioche maladroits, au moment de la découverte, ont entamé le vêtement sur le bras gauche, surtout au bord inférieur ; un autre a fait sauter deux perles du collier. Le bord externe de

i. Théodore Keinach, Revue des Etudes grecques, 1898. f.a tête d'Elche au Musée du Louvre, p. 47-

Il y a dans cette citation un évidemment qui me semble un peu hardi. Que Herna soit identifiée à Elche, je puis l'admettre, bien qu'il y ait quelques petites difficultés. Mais est- il si évident qu'elle soit une fondation des Tartessiens, plutôt que des Gymnètes, lesquels, malgré leur nom d'hommes nus devaient bien avoir des villes? Est-il si évident qu'Herna était un boulevard élevé par les Tartessiens, ces maîtres puissants du pays de Tartcssos contre les incursions des sauvages Gymnètes ? M. Reinach me parait bien téméraire; son commentaire dépasse do beaucoup le texte.

D'autre part, toute l'histoire d'Herna qu'il restitue, depuis cette origine tartessienne jusqu'à la fondation de la « bourgade fortifiée a

d'Ilice par les Conteslani peut avoir quelque vraisemblance, mais elle n'est rien moins que certaine, et en particulier rien ne prouve que cette ville n'ait jamais reçu de colons grecs. Qu'importe d'ailleurs? En ce qui concerne la Dame d'Elche, M. T. Reinach affirme en termes tranchants <r que le buste d'Elche est grec » ; qu'il est l' œuvre d'il» artiste d'une des villes grecques qui existaient au v e siècle sur la cote méditerranéenne de l'Espagne. Dès lors, il est bien secondaire, pour l'étudier, de connaître parle menu l'histoire de la ville où on l'a trouvée ; la longue dissertation ethnique, géographique et historique de M. Reinach, malgré son intérêt, que je suis bien loin de nier, embarrasse plutôt qu'elle ne soutient le développement de sa thèse artistique.

l'ornement en forme de roue, à gauche, est aussi quelque peu endommagé du fait des ouvriers, et le bord interne a subi de plus graves atteintes; mais les grelots qui manquent au premier rang du diadème sont tombés depuis des siècles.

La coiffure est assez compliquée dans sa riche et majestueuse élégance. La tête porte, prolongeant la ligne fuyante du front et très penchée en arrière, une mitre plate par devant et bombée par derrière ; cette mitre n'est pas pointue, mais arrondie en ovale au bord supérieur, ses deux faces se coupant d'ailleurs à arête vive, un peu comme les coiffes que portent les paysannes dans quelques provinces de France. Elle est couverte d'un voile rouge dont le bord retourné quatre fois sur lui-même forme sur le front comme un bandeau à quatre plis étroits et plats. Par derrière, le voile tombe sur la nuque avec des stries verticales, qui semblent indiquer des plis, ou peut-être une nappe de cheveux tressés épandue sur les épaules.

Par-dessus le voile est adaptée une parure dont Tétrangeté, qui charme le regard, ne nous surprend pas, puisque nous en avons déjà décrit de semblables. Elle se compose d'abord d'un bandeau plat appliqué sur la mitre qu'il entoure et serre comme une couronne. Très large par devant, et découpé en pointe vers le haut, il devient plus étroit par derrière. Audessus du front, il est orné d'une triple rangée de petites boules ou de grelots. La première est posée tout au bord, et tombe en pendeloques sur les plis du voile. Sans doute ce diadème se fabriquait en métal. De chaque côté du visage qu'ils encadrent sont ajustés deux grands disques ajourés, de fort diamètre et de forte épaisseur. Ils semblent de véritables roues ; au centre une sorte d'amfco, très saillant et creusé en son axe, figure le moyeu ; des rayons accouplés deux à deux s'y implantent en étoile, recoupés a distance égale par deux cercles concentriques qui déterminent comme de petites cellules carrées. La jante est décorée, sur sa face externe, de grosses perles saillantes semblables à celles du diadème, disposées horizontalement par lignes parallèles de trois ; les lignes sont séparées par un très simple ornement, deux rais qui se coupent, unis à leur intersection par une perle forée. A l'intérieur, contre les preilles, Yumbo est caché par une plaque découpée d'où pend un faisceau de dix cordelettes

terminées par des glands fusiformes. Par derrière, les roues sont largement entaillées pour laisser passer et tomber sans froncement le voile. Sans doute, elles sont rattachées, par leur centre interne, au diadème ; mais lattache ne se voit pas, et pour éviter que ces deux lourdes masses, que Ton doit aussi supposer métalliques, ne s'écartent des tempes, et ne se balancent au moindre mouvement de la tête, au bord interne vient s'accrocher une double ganse rigide fixée sur le bandeau au-dessus des rangs de perles.

Les flots de glands qui retombent de chaque côté de la tête s'évasent en bas pour dégager le cou nu, cachant ainsi le point d'attache d'un riche collier qui s'étale pesamment, à triple étage, et descend par-dessus les seins jusqu'à la taille. Le premier rang, sur la gorge, est formé d'un cordon de perles oblongues et côtelées, très serrées l'une contre l'autre ; il supporte une seule pendeloque ayant la forme d'une petite urne ou ampoule au pied étroit, au ventre bombé, au col flanqué de volutes : la surface en est décorée de lignes de perles entre des traits incis. Le second rang, à la naissance des seins, est semblable au premier, sauf que les perles sont plus grosses, et qu'il est décoré de six pendeloques au lieu d'une. Le troisième, moins riche, mais plus ample, est formé de perles unies ; les ampoules en pendeloques sont remplacées par de larges plaques arrondies en bas, simplement ornées d'une ligne de perles parallèle au bord extérieur. Ces ornements, comme les petits vases des autres colliers, ont un aspect très marqué d'amulettes ; ils ressemblent aux sachets de cuir ou de métal que portent au cou nos Arabes.

On n'aperçoit du reste complètement que l'un d'eux ; les autres sont en partie cachés par un grand manteau jeté sur les épaules du personnage. Ce manteau couvre absolument le dos, depuis la nuque. On en voit très nettement le bord, qui se retrousse au bas du cou, barrant d'une ligne horizontale le voile qu'il enferme sous son étoffe. Par devant, il tombe à plis réguliers sur les bras, dégageant le collier ; puis ses deux bords se rejoignent au creux de l'estomac, juste au point où finit le buste. Par-dessous les colliers on distingue très nettement les vêtements : d'abord une chemise plaquée au corps — une ligne rouge très apparente en marque le bord autour du cou et une toute petite fibule montre qu elle

était fendueetagrafée sur la gorge, — ensuite un manteau à larges plis en

é"charpe, dirigés de gauche à droite, qui garde des traces nombreuses de

coloration rouge 1 .

Le revers du buste, sauf la mitre, le cercle du diadème, le voile cl le

bord du manteau de dessus, est sommairement travaillé ; on y voit seulement, entre les deux omoplates, une cavité ronde, aux lèvres irrégulières, qui parait trop grande pour qu'on y reconnaisse un simple trou de scellement (Fig. 3o5).

Tel est, dans ses détails complexes, l'accoutrement de la dame d'Elche.

Le diadème, les roues, les colliers encadrent et font merveilleusement valoir une exquise figure. Le type n'est point banal ; il éveille, certes, et je le dirai tout à l'heure, plus d'un souvenir ; il est pourtant d'une originalité singulière. Bien encore de

F.O. 3o5. - Le buste d'Elche, vu de de.. tel n ' était a PP aru P armi '« «'atllCS antiques ressuscitées. Le front est large et plat: les yeux, assez écartés du ne?., et largement obliques, sont étroits et longs, fendus, comme on dit, en amande. La paupière supérieure, large et très saillante, s'abaisse lourde sur les prunelles voilées, mais où, maintenant encore, deux cavités rondes, à défaut de l'émail que sans doute elles enchâssaient jadis, mettent une saisissante illusion de vie et de pensée grave. Le nez, long, mince et droit, ne prolonge pas la ligne du front ; les ailes des narines sont petites et sèches ; la bouche,

r. J'ai entendu émettre l'opinion que celte D'ailleurs de petits bronzes que j'ai publiés partie du vêtement, que je distingue, n'est dans la Revue archéologique en 1898 donautre chose que le pan du voile placé sur la mi- nent, je crois, la véritable forme du voile, et Ire. La couleur identique donne quelque poids la véritable disposition des robes sous le niina celte interprétation ; maïs il me semble im- leau; le voile pend sur le dos, 1res distinct possible de concilier la direction oblique de de tous les autres vêtements, et en particulier l'étoffe sur la poitrine avec la chule verticale de colui qui fait écharpe sur le buste, du voile a travers l'échancrura de la roue.

Il88 LA SCULPTURE

nettement dessinée, dont la coloration rose très bien conservée avive et détache les lèvres fines, est hermétiquement close ; les joues sont plates, un peu creusées sur les gencives, le menton est rond et peu proéminent; le galbe de toute la face est plutôt massif et carré, accusant la structure vigoureuse des pommettes et des mâchoires. Tout le visage, où règne une majesté quelque peu dure et hautaine, donne l'idée d'une personnalité singulièrement originale, et Ton songerait au portrait véridique d'une princesse orgueilleuse, si n'apparaissait, plus franchement que le souci de copier la nature, l'effort du sculpteur vers la création d'un type idéal.

Le buste d'Elche est, cela ne fait aucun doute, une œuvre unique. Aucun monument sorti du sol de l'Ibérie ne peut lui être comparé, ni pour l'intérêt archéologique, ni pour la valeur d'art. L'originalité forte qui s'en dégage est faite pour passionner ; il a l'attrait de tout ce qui est à la fois étrange, inattendu et beau ; il a été une véritable révélation. Pourtant, si c'est là une œuvre unique, ce n'est pas une œuvre isolée. Il saute aux yeux qu'elle se rattache aux sculptures du Gerro de los Santos.

Parmi les statues et les têtes authentiques du Cerro, un certain nombre ont des rapports frappants avec la tête d'Elche. Je ne parle pas encore du type de la femme ni de l'expression du visage, mais seulement de la parure, de la coiffure et du vêtement. La mitre, de forme plus ou moins haute ou allongée, plus ou moins portée en avant ou en arrière, je l'ai à maintes reprises signalée. Presque toujours elle est recouverte en partie d'un voile qui retombe sur la nuque et les épaules. Celle de la Dame d'Elche est voilée de même, mais il est naturel que l'étoffe n'ait pas ici la même importance que dans tel ou tel autre spécimen, puisqu'elle ne devait pas recouvrir les roues, parure principale et essentielle.

Les roues elles-mêmes ne sont pas un élément tout à fait nouveau. Elles ont pris ici une importance exceptionnelle, non seulement par leur taille et leur richesse, mais encore et surtout par leur disposition; il n'est pas douteux que le visage ne doive à ces ornements une partie de sa grâce sévère. Mais la grande statue de Madrid porte aussi suspendues aux cadenettes de son opulente coiffure deux rondelles de grandeur suffisante et d'ornementation fort semblable ; c'est encore le

BUSTK DK FKMME DE STYLE CRECO-ORIENTAI.

cas de plusieurs têtes que j'ai citées ou décrites, sans parler d'un humble fragment du Musée d'Albacete où il faut quelque attention bienveillante pour reconnaître un reste de tête, et qui porte des couvreoreilles dont les dimensions elVumbo rappellent de très près ceux d'Elche 1 (Fig. 3o6).

Les colliers sont l'ornement vraiment essentiel des statues féminines du Cerro. Plus ou moins riches, plus ou moins alourdis de pendeloques et d'amulettes, ils descendent sur le sein, formant un riche bijou à plusieurs rangs de perles. La statue de Madrid „ „ , . , „

r Fie. 3o6. — Fragment do tète du Cerro

porte, on le sait, un magnifique joyau fAlbacete).

de ce genre ; c'est un exemple que je

choisis entre vingt autres. Enfin l'ample manteau qui enveloppe les épaules de la Dame d'Elche, s'ouvrant juste pour laisser paraître les colliers, avec ses grands revers à plis raides, se retrouve à peu près identique sur les épaules d'un grand nombre d'autres statues.

Voilà des rapprochements précis qui me semblent fort suffisants pour établir que la figure d'Elche est étroitement apparentée à celles du Cerro.

On peut d'ailleurs resserrer encore ces liens grâce à une petite statuette de grès, par malheur fort mutilée, que conserve le Musée de Madrid où elle est entrée grâce à Saviron. Elle a été décrite et reproduite dans le court mémoire qu'il a publié en 1875 sur sa mission", et M. Engel l'a mentionnée dans l'analyse qu'il a faite de ce mémoire ' ; mais M. de la

I. Pierre Paria, Bulletin hispanique, III, generalitad de las esculpturas halladas

p. ia3, n° 43, pi. IV, n° st. en el Cerro, y este parece revelar que

3. Saviron, Boletinde Archivas, ¥(1873), debia périmée er a la época mas ftoreeiente

pi. IV, n° i3. Avec un sentiment et un goût de aquellas obras artislicas, porno variât

très junte, dont il faut lui faire honneur, et el typo genuiao y scûtilarse curto saees'tvo

queues successeurs espagnols n'ont pas tou- adelanto. » La statuette porte au Musée de

jours eu, Saviron a parfaitement reconnu l'im- Madrid le n° 7707. Pour sa description voy.

portance du fragment et sa supériorité. « En suprù, p. ai6. el eonjunlo de este ejtmplar se advertien 3. A.. Engel. Rapport, p. i03.

mayores conocimientos estélicos que en la

LA SCL'LPTLRE

Rada, dans son Discours, n'y fait aucune allusion. C'est celle que représente notre figure 208. Les jambes manquent, brisées au-dessous des genoux ; les mains sont coupées aux poignets, les traits du visage sont détruits, et quelque vandale a cru bien faire en creusant la pierre pour préciser le contour des yeux effrités. On ne doit donc pas juger sans prudence le style du fragment ; mais d'autre part, on ne peut nier qu'il ne reproduise avec une frappante exactitude le vêtement, la parure, l'attitude du buste d'Elche. On retrouve la mitre, les plis du voile sur le front, les grandes roues latérales, le voile pris sous le manteau, qui s'ouvre lui-même sur le triple collier d'où pendent des ornements identiques 1 ; on remarque enfin la même forme des épaules remontées et étroites, le même mouvement en avant de la tête et du buste.

Quel plus fort argument pourrait démontrer que le type que nous révèle le chef-d'œuvre du Louvre était en honneur au Cerro ? Si même il n'était pas à peu près établi que la Dame d'Elche n'a jamais existé qu'en sa forme actuelle, c'est-à-dire k l'état de buste*, et que, monté sur une gaine, il jouait le rôle de buste funéraire ou votif 3 , j'admettrais volontiers

1. Le collier inférieur, à vrai dire, est le seul qui ressemble absolument à celui du buste d'Elche; maison explique très facilement les modifications apportées aux deux autres par la nécessité de simplifier des détails que les dimensions de la statuette auraient rendus ou trop menus ou d'exécution malaisée.

a. M. Léon Heuzcy, dont l'avis s'est d'ailleurs éclairé des lumières de sculpteurs et d'ouvriers très compétents, croit pouvoir affirmer que la figure d'Elche n'est pas un fragment de statue, mais un véritable buste, au sens technique du terme. Les raisons de métier sont d'abord que le dessous de la pierre est légèrement convexe, de façon à assurer l'adhérence aussi intime que possible des bords de la sculpture, taillés aussi en biseau, avec la surface du piédestal ; ensuite que, par devant, le corps s'élargit et s'évase, pour ainsi dire, en forme de cloche, pour donner au bloc plus d'assiette sur sa base. Si l'on supposait prolongées en bas les lignes du torse, on expliquerait mal cette disposition, qui conviendrait tout au plus à une slatuc assise. D'autre part,

tout argument de technique mis à part, l'impression produite par la vue du morceau est bien celle d'une œuvre achevée et complète qui, telle qu'elle est, se suffit à elle-même. Si l'on n'admet pas que l'artiste a voulu faire un buste, il n'y a que deux hypothèses : ou bien la statue a été exécutée en deux morceaux, et il est surprenant que le point de raccord des deux blocs ait été si exactement placé audessous du point 011 l'intérêt, concentré dans la tète et la poitrine, se déplace et se dissipe; ou bien la statue, faite d'un seul bloc de grès cassant, a été brisée par accident et retaillée ensuite on forme de buste; mais il faut alors admettre dans l'ouvrier chargé de la retouche un coup d'œil singulièrement juste, et un sentiment bien rare de l'aspect décoratif avec une habileté consommée de ciseau.

3. Quand on examine la cavité creusée par derrière entre les deux épaules, on est étonné de la trouver si grande, si profonde, si régulière s'il s'agit d'un simple trou de scellement; je ne crois pas du reste qu'il y ait encore trace de mortier. Il faut donc chercher une autre

agi

que la figure actuellement au Louvre est justement celle dont la statuette du Cerro serait la copie réduite. Du moins est-il de toute nécessité de reconnaître qu'il a été sculpte au moins une autre statue complète dont la tête et le buste ressemblaient à s'y méprendre à la tête et au buste de l'Àlcudia, et dont il est facile de restituer l'ensemble grâce à la statuette de Savirôn.

Cette statue dont, je le répète, rien n'est moins téméraire que d'affirmer l'existence, il faut se la représenter debout, et, jusqu'à la taille, toute semblable à la Dame d'Elchc. Au-devant de la taille on voyait les deux bords du mantea\i rapprochés et retenus par un riche bouton ou par une boucle ronde, et retombant ensuite en deux pans plissés et terminés en pointe. Les bras, ramenés en avant, relevaient à droite et à gauche de larges plis d'où les mains sortaient à découvert ; au-dessous des deux pointes qui couvraient le ventre on retrouvait sans doute la robe épandue à plis verticaux sur les jambes, et s'étalant en cloche sur les pieds débordants. Quant aux mains, on songe naturellement à leur faire tenir un vase ; c'est l'attitude ordinaire que les sculpteurs du Cerro donnaient

explication : c'était là un buste funéraire ou votif. Ou bien le trou devait servir à contenir les cendres ou quelque autre relique de la défunte dont il voulait représenter l'image ; le buste jouait en quelque sorte, et sauf les réserves nécessaires, le rôle des canopes d'Egypte ; on sait du reste que « la forme du buste est, à l'origine, dans un rapport étroit avec la représentation des dieux souterrains et aussi des mânes, figurés comme engagés à demi dans le sol (L. Heuzey, Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions, 1897, p. 509 (p. 7 du tirage a part) ». Ou bien, s'il s'agit de quelque idole, dans la cavité ~sc 'plaçaient les menues oflrandes-dcs dévots, comme par exemple on voyait au temple carien de Zeus Panamaros les stèles votives creusées de niches ou de simples trous ronds où s'exposaient les chevelures des suppliants. (Voy. sur celte pratique G. Deschamps et G. Cousin, Inscriptions du temple de Zeus Panatnaros, La consécration de la chevelure, dans le Bulletin de Correspondance hellénique, XII, p. 479 et s.). J'ai connu trop tard pour en parler à

la place qui lui convenait, au début de ce chapitre, la mention d'un berraco, ou porc do pierre, trouvé jadis dans les ruines présumées de l'antique Astapa. Si j'en parle ici, c'est qu'il avait une cavité ouverte dans le ventre, et que ce détail est intéressant à rappeler ici ; malgré la différence de date de celte très primitive sculpture ibérique et de la Dame d'Elchc, il peut y avoir là une analogie instruclhc.

(Antonio Aguilar, Astapa, p. 36, d'après un manuscrit de D. Juan Ossorio Argûelles, Iiecreo histàrico y geografico, qui lui appartient).

Il va sans dire que l'essentiel, ici, est de prouver que la sculpture d Elche est un buste. Môme s'il est funéraire, il se peut que la cavité soit destinée à recevoir non des reliques, mais des offrandes; la femme représentée peut être vénérée simplement comme femme, ou bien comme divinité. Par plus d'une idée commune buste funéraire et buste votif peuvent être, en un certain sens, deux termes synonymes.

aux femmes. Mais il y a deux difficultés. La première, c'est que les deux mains sont trop écartées Tune de l'autre, dans la statue réduite, pour qu'elles aient pu porter un vase de dimension moyenne ; la seconde, plus grave, c'est que si tel avait été le cas, le vase aurait caché ou même rendu impossible à sculpter le bouton très saillant qui rapproche les pans de la chape. Par bonheur deux autres fragments de statuettes qui se trouvent aussi à Madrid 1 permettent de supposer avec beaucoup de vraisemblance que la femme relevait à deux mains son manteau pour l'empêcher de traîner sur le sol, et probablement de gêner sa marche*.

Quoi qu'il en soit, voilà noué autour de la Dame d'Elche un réseau de liens qui la rattachent au Cerro. Il était bon d'en examiner de près toutes les mailles, car si personne n'est allé jusqu'à nier cette parenté, du moins a-t-on voulu en restreindre singulièrement l'importance. On sait, en effet, que M. Théodore Reinach, tout en admettant que les sculptures du Cerro sont des œuvres indigènes, affirme que ce le buste d'Elche est grec », « qu'il ne peut être que la création d'une main grecque, et spécialement ionienne ».

Cette opinion veut qu'on s'y arrête ; bien qu'elle soit très séduisante, je ne puis m'y résoudre ; je m'en tiens à l'idée que j'ai tout d'abord exprimée, d'accord avec M. Heuzey, et je persiste à y voir une œuvre espagnole de style gréco-asiatique.

Quels sont en effet les arguments de M. Reinach? Après avoir établi que la ville conlestanienne d'Hice a succédé à la ville larlessienne d'Hcrna, et qu'elle n'a jamais reçu de colons grecs ; après avoir accordé « que le buste se rattache incontestablement à la même série que les sculptures du Cerro », qu'il n'affirme pourtant pas être grecques 3 , après en avoir

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