M. Th. Reinach a écrit: « Le buste
d'Elche se rattache incontestablement à la
même série que les sculptures du Cerro, comme
l'ont toutde suite reconnu MM. Mélida et Heu -
z ey (il eût pu ajouter M. Paris), comme tout le
monde peut le vérifier en comparant ce buste
aux moulages que l'administration du Louvre a eu l'heureuse idée d'installer vis-à-vis de lui. Dans la pose, dans l'agencement de la draperie, surtout dans la disposition de la coiffure, l'analogie est frappante; même M. Paris a eu la bonne fortune de découvrir dans une vitrine du Musée de Madrid une statuette de femme très mutilée, dont le haut du corps reproduit presque identiquement le costume et la parure de la Dame d'Elche ...Notre buste est de la même famille que les statues du Cerro... »
fixé la date au premier tiers du v e siècle — je reviendrai sur ce point — il le déclare grec, et grec ionien. « Il faut admettre, dit-il enfin, que la famille opulente qui voulut ériger à l'un de ses membres cette luxueuse imago funéraire, dut mander à cet effet un artiste d'une des villes grecques qui existaient au v e siècle sur la côte méditerranéenne de l'Espagne 1 ». Bien plus, comme on ne connaît sur la côte espagnole, entre l'Ebre et le détroit de Gibraltar, que trois ou quatre colonies phocéennes datant du vi e siècle, Mainaké, Àbdéra, Héméroscopion, Chersonesos, c'est « d'une de ces trois ou quatre villes grecques que les Tarlessiens d'Herna firent venir le sculpteur de notre buste, et comme Héméroscopion était de beaucoup la plus voisine, il y a de fortes chances pour que l'artiste anonyme fût originaire de cet endroit. L'artiste est donc grec, ionien, phocéen 2 ».
Depuis que M. Th. Reinach a ainsi formulé son opinion, M. Camille Jullian a publié quelques pages très importantes sur la Thalassocratie Phocéenne, à propos du buste d'Elche*. Il y démontre, par l'étude minutieuse des textes dont il obtient, à sa coutume, des renseignements très sûrs, que les Phocéens prirent pied en Espagne entre 620 et 64o, sur les rivages des Tartessiens, mais que leur domination sur la Méditerranée occidentale ne dura que peu de temps, et prit fin peu après 535. Les Carthaginois, leurs rivaux politiques et commerciaux, les annihilèrent. Les Grecs ne regagnèrent de l'importance dans ces parages qu'après la bataille d'Himère (48o). M. Jullian, qui du reste ne veut pas prendre parti dans la discussion que soulève le buste du Louvre, ni décider s'il est phénicien ou gréco-ibérique, conclut pour-
Quolques lignes plus loin, M. Reinach ajoute : « Le buste d'Elchc est grec ; je ne voudrais pas me montrer aussi affirmalif en ce qui concerne les statues du Cerro » (Kevue des Études grecques, 1898, p. 5o et 5i). Il y a là quelque contradiction. Si les statues du Cerro « peuvent être en grande partie l'œuvre de praticiens indigènes formés à l'école de contremaîtres grecs », pourquoi détacher ainsi le buste d'Elche de ce groupe?
Je ne cite que pour mémoire l'idée de D. Pedro I barra, qui a décrit le buste comme
un buste d'Apollon, les roues représentant symboliquement le char du Soleil, et a voulu y voir une œuvre gréco-romaine (florrespondencia alicantina, 6* août 1897. — Cf. La Jlustraciôn espanula y Amcricana, 3o août 1897; Revista delà asociaciôn artisticoarqueolôgica harcelonesa, octobre-décembre 1897).
i. Revue des Études grecques, 1898, p. 5i.