Ibid., pi. I, 8; cf. fîg. 38o
6. Les rapports entre l'Etrurie et la côte ibérique durent être fréquents, et l'on a retrouve des bronzes étrusques en Espague. Je
ne parle que pour mémoire de la section étrusque du Musée de Tarragone. Je crois que les objets qui la composent, et qui ont été trouvés à Tarragone même, n'ont rien d'étrusque. Le catalogue du Musée suit sur ce poin les idées erronées de feu Sanahuya, qui croyait à l'existence d'une colonie étrusque établie dans sa ville (Catâlogo del Museo arqueologico de Tarragona (i8otf), p. 11i3).
7. M. J. Martha, frappé du contraste qu'il y a entre le style bâtard de l'art étrusque en
En tenant compte en effet de ces divers éléments, et de ces considérations, je choisirai volontiers Tannée 44o comme Tannée approximative où fut exécuté le chef-d'œuvre de la sculpture ibérique.
11 en résultera que les œuvres du Cerro où se manifeste un archaïsme plus jeune s'échelonneront au cours de la première moitié du v e siècle, et de la seconde du vi\ Avant cette époque l'influence de TOrient et de Mycènes a été longtemps prépondérante. Pendant la fin du v 6 siècle, pendant le iv% les artistes espagnols reçoivent surtout les leçons de la Grèce, mais ils s'en tiennent à ce dernier effort, dont les effets persistent encore à l'époque romaine.
Que s'il en fut ainsi, — je dirai plus lard que sur un autre terrain, celui de Tart industriel, cet effort même a été bien plutôt brisé — s'il en fut ainsi, les raisons m'en paraissent assez claires. D'abord il est plus aisé d'imiter les produits imparfaits d'un art qui se cherche encore, comme Tart archaïque, et dont les caractères, qualités ou défauts, s'accusent en un vigoureux relief, que les œuvres achevées d'un art en pleine maturité, surtout quand cet art est Tart grec classique, si idéal et si près de la nature, si pensé et si vrai, si savant et si simple. De sorte que lorsque les sculpteurs ibères se sont trouvés en face des créations sublimes des grands maîtres du v e et du iv c siècles, leur génie s'est ébloui devant tant de lumière, et ce jour-là ils ne lurent pas plus avant.
A cette raison pour ainsi dire psychologique et morale s'ajoutent sans aucun doute des raisons politiques. A cette même époque où la Grèce atteint à la perfection artistique, sa place dans le monde grandit ; ses relations avec les peuples étrangers deviennent plus régulières et plus fréquentes. Ces comptoirs lointains attachés à la côte espagnole, qu'ils
général et la merveilleuse délicatesse de la joaillerie, émet l'avis que tous ces bijoux sont de fabrique grecque. Il est bien certain que les Grecs fabriquaient des bijoux d'exportation, conformes aux goûts des peuples acheteurs. « La fantaisie locale, dit M. Heuzey, a encore exagéré les modes du Cerro, et surtout ces larges pendants d'oreilles que les Grecs, faisant au luxe une concession qu'ils n'auraient pas tolérée chez eux, fabriquaient aux deux extré-
mités de la Méditerranée, en Crimée comme en Espagne, pour les Scythes comme pour les Ibères n (Comptes Rendus de V Académie des Inscriptions, sept. 1897, p. 5o6 = p. 4 du tirage à part). On voit que, si Ton en croit M. Heuzey, et si le modèle des bijoux de la Dame d'Elche est plutôt grec que phénicien, la découverte du buste espagnol vient indirectement appuyer la théorie de M. Martha.
soient phéniciens, phocéens ou puniques, sont devenus des ports de grand commerce, et les échanges se multiplient des colonies aux métropoles. Il est tout simple de penser que les importations d'objets d'art sont devenues plus nombreuses et plus faciles, et que les habitants de la Péninsule, dont le goût était assez éveillé pour en comprendre la supériorité, ont préféré les œuvres grecques aux œuvres de leur pays ; les artistes indigènes ont dû céder la place à des rivaux plus féconds et plus habiles.
Mais il faut tenir aussi en compte que de très bonne heure un autre peuple entre en jeu et petit à petit pénètre dans lTbérie qu'il va conquérir. L'invasion des Romains, leurs intrigues, leur influence, leurs guerres ont porté un coup décisif à l'industrie et à l'art national. Ces conquérants, en s'établissant, apportaient avec leur autorité leurs lois et leurs mœurs toute l'organisation matérielle de leur vie, sans oublier leurs arts qui n'étaient pas pour eux de minime importance; or leurs arts, ce sont les arts de la Grèce à peine adaptés et transformés. C'est la sculpture gréco-romaine qui se substitue partout — sauf peut-être dans quelques districts reculés de montagnes — à la sculpture ibéro-grecque ; on sait avec quelle abondance les statues de type et de style romain sortent depuis des siècles des innombrables ruines et despoblados de l'Espagne ; toutes ne datent pas de l'époque impériale.
Reste à savoir dans quelles conditions s'est exercée cette double influence orientale et grecque aussi longtemps que nous en avons pu constater les effets certains ; comment a pu se produire en Espagne le mélange des éléments que j'ai essayé de distinguer et de doser. Ici encore je prends parti pour M. Heuzey contre M. Théodore Reinach, l'un voulant que les Phéniciens aient joué un rôle important dans l'affaire, l'autre voulant réduire leur rôle à néant.
M. Théodore Reinach dit textuellement: «Pour moi, qui en fait d'art phénicien n'ai jamais constaté que de serviles imitations et combinaisons de modèles égyptiens et assyriens, pour moi qui n'ai jamais
3l8 LA SCULPTURE
entendu dire que les marchands phéniciens fissent le commerce d'oeuvres d'art véritables, mais seulement de bijoux et de bibelots (àWpfjiara), je me refuse, jusqu'à preuve du contraire, à admettre que l'art tout d'emprunt de ces marchands de pacotille ait jamais pu féconder même des populations barbares ; les mulets sont toujours stériles \ » Sans doute, mais la question me semble très mal posée, et l'objection peu redoutable. M. Heuzey remet les choses au point quand il écrit : <( Les Phéniciens apportaient surtout des produits de fabrication orientale ou égyptienne, tirés directement de ces fabriques, ou contrefaits par leur propre industrie ; c'étaient de riches tissus, des armes de prix pour les chefs, de la bijouterie pour les femmes, des vases et des ustensiles de métal, objets le plus souvent décorés d'ornements et de figures ; par là ils commencèrent l'initiation de ces peuples barbares à la civilisation qui florissait de l'autre côté de la Méditerranée 8 . » On ne saurait mieux expliquer le rôle des Phéniciens, qui n'était pas celui de créateurs, il est banal de le rappeler, mais celui de courtiers. C'est la Chaldée et l'Assyrie, c'est la Grèce mycénienne, c'est la Grèce primitive de l'Asie et des Iles qu'ils ont importées en Espagne ; on n'a jamais voulu dire autre chose. C'est à eux que les plus anciens Ibères que nous sachions un peu occupés d'industrie et d'art ont dû la connaissance des modèles à l'imitation desquels ont été façonnés la Vicha de Balazote, les Sphinx d'Agosl et les Sphinx du Salobral, les animaux fantastiques de Redobân ; c'est par leur intermédiaire que la céramique mycénienne, comme j'essaierai de le montrer, s'est introduite dans la Péninsule ; par leur intermédiaire, sans doute, que les comptoirs qui leur appartenaient en propre sur la côte espagnole ont reçu des stocs importants d'œuvres grecques archaïques en môme temps que les comptoirs phocéerls et massaliotes en étaient approvisionnés \
i. Th. Rcinach, Revue des Etudes grec- phénicienne, l'industrie des Phéniciens a com-
queSj 1898» p. 59-60. mencé d'assez bonne heure, vers la fin du
a. L. Heuzey, Le taureau c h aidé en a vii e siècle, à se mêler d'éléments helléniques.
tête humaine* p. 128. Les marins de Tyr, de Sidon, de Carthage
3. « Sans doute, d'après une théorie que étaient d'ailleurs de trop bons marchands pour
j'ai formulée ailleurs, celle de l'action en ne pas avoir transporté aussi, lorsqu'ils y trou -
retour de l'archaïsme grec sur la production vaient avantage, certains produits grecs, même
LA SCULPTURE 3ig
D'ailleurs, sans vouloir écrire ici dans le détail, sans vouloir môme résumer l'histoire de la colonisation phénicienne en Ibérie, il faut rappeler que Gadir est un établissement des Phéniciens de Tyr dont la fondation remonte au temps du roi Salomon 1 , que Malaga, Suel, Barbesula, sont des comptoirs bien plus anciens que Carthagène, et que les vieux documents, ceux dont s'est inspiré Festus Avienus dans YOra maritima, insistent sur la fréquence des entrepôts phéniciens justement dans la région côtière à laquelle se rattachent le Cerro de los Santos et la ville
d'Herna.
... ista Phœnices prius loca incolebant. . .
dit le compilateur romain 2 en parlant de l'embouchure du Tader (de la
Sègre) et par conséquent du pays au Nord de Carthagène.
» Porro in isto litore stetere crebras civitates antea, Phœnixque multus habuit hos pridem locos,
dit-il encore en parlant de la région d'Almcria qui est le prolongement méridional delà région précédente 3 . On ne peut pas* ne pas admettre que les produits importés par ces navigateurs orientaux si solidement installés à l'embouchure des fleuves et dans les baies hospitalières n'aient pas pénétré assez loin dans l'intérieur des provinces actuelles d'Almeria, de Murcie et de Valence 4 , tant par les fleuves cô tiers, la Sègre, le Vinalapo, le Guadalaviar, que par le Guadalquivir 8 ; il n'y a aucune raison pour limiter la sphère d'influence phénicienne à une légère bande de terrain le long de la mer, comme on a voulu le faire 6 . Quant à la colonisation grecque, ses apports sur tout le rivage de la
dès l'époque reculée de cet art proto-hellénique 4- Cette ville portait à l'origine le nom de
encore très oriental que l'on appelle égéen ou Tyris, et le fleuve qui la baigne, aujourd'hui
mycénien. » L. Heuzey, Autre taureau le Guadalaviar, ou JRio-Turia, le nom de
chaldéen etc., p. i4-i5. Tyr lus. 11 est difficile de ne pas reconnaître
i. Voy. Maspéro, Histoire ancienne des là une appellation tyrienne.
peuples de l'Orient, II, p. 741. 5. Je fais allusion aux fouilles de M. Bonsor
a. Festus Avienus, Ora Maritima, ^09- dans la vallée du Betis.
46o. 6. E. Hûbncr, Jahrbuch. d. kais. deuts.