Desobry, Rome au siècle d'Auguste, leltw
450,000 citoyens*, qui étaient les seuls à avoir des droits, et au premier rang celui de voter au Forum. Or, nous savons que les pauvres nourris par le blé public formaient environ le huitième de la population libre, c'est-à-dire 50 à 55,000. Comme on le voit, ces chiffres concordent à peu près;
Ainsi qu'il est facile de le supposer d'après les causes que nous avons indiquées, ce nombre alla toujours en augmentant; les distributions de blé, faites à Rome aux citoyens pauvres, y attirèrent bientôt tous les fainéants, tous les mendiants, tous les séditieux de Tltajie^. De plus, la mesure que Caton fit adopter en 689 tripla le chiffre des bénéficiaires; et César, qui, pour arriver au pouvoir, contribua encore à élever ce nombre, le trouva, pendant sa dictature, porté à 320,000 personnes inscrites au rôle des secours (708).
Mais le dictateur, qui avait consenti à accroître le nombre des frumentaires pour se faire des partisans et assurer sa popularité, prétendait bien, une fois arrivé au pouvoir, mettre de l'ordre dans le gouvernement de la République.
En effet, revenu à Rome en 707, vainqueur de Pompée et maître incontesté du monde, il comprit bien vite les sources de la misère du peuple et il voulut les tarir. D'abord, il obligea les éleveurs de bétail italiques à avoir le tiers au moins des gardiens de leuçs troupeaux en hommes nés libres et adultes, arrêtant ainsi du même coup le recrutement du banditisme et rouvrant une car-
A. Tit.-Liv., Epitom., XCVIIÏ, c. 29.
2. Dureau de la Malle, Écon. foUt, des Romains, liy. III, ch. 24 .
rière au prolétariat libre'. Il fit aussi distribuer des secours aux pères de trois enfants, et acheta même des terres pour les donner aux pauvres. D'un autre côté, il ordonna de faire le recensement de tous ceux qui recevaient le blé public, non par un simple appel devant le censeur, selon Tusage, mais par une recherche exacte et minutieuse faite de rue en rue , et dans laquelle les propriétaires durent déclarer pour leurs locataires 2.
De 320,000, le nombre des frumentaires fut ainsi réduit à 150,000, et pour se débarrasser du reste, on en envoya la plus grande partie dans les colonies. Pour ces 150,000, le secours devint une institution permanente, et le préteur devait remplacer chaque année les pensionnaires morts par d'autres que le sort désignerait entre les pauvres non encore inscrits (subsortitio) .
Comme on le voit, s'il y eut avant TEmpire des secours publics, il n'y eut pas, à vrai dire, de bienfaisance publique. Ce n'est que plus tard, vers l'époque des Antonins, et sou^ l'influence de circonstances dont nous aurons à rechercher les causes, que naquit la bienfaisance publique. Les distributions de blé n'étaient guère inspirées, en effet, que par les calculs de la politique, quand elles ne l'étaient pas par des sentiments moins nobles.
Nous abordons maintenant l'étude de ces siècles fameux qui, pour être ceux de la décadence romaine, n'en sont pas moins empreints d'une gloire immortelle, car ils ont vu la transformation de l'humanité. Et au début de ces temps nouveaux que pressentait Virgile; au seuil,
4. MommseD; HUt. Rom., tome VIII, cb. Û, p. -150. 2. Appieii; Bell. CmL^ l, 8; II, 4 p.
pour ainsi dire, de ce magnifique palais qu'on a appelé rère chrétienne, nous trouvons, comme un portique splendide joignant à l'austère beauté de Tantiquité romaine je ne sais quel air d'espérance et de douceur, ce siècle d'Auguste qui, par l'éclat et la grandeur des hommes qu'il a vus naître, a mérité d'être mis au nombre des quatre grands siècles de l'humanité.