Acta ConcU.j Lalïbe, IV. col. 'I02>l et
nouvel asile que Ton construit à la même place ne recevra plus que 4 à 500 lits.
Les pauvres ne furent pas oubliés non plus par le pouvoir civil, et la forte main de Charlemagne s'étendit jusqu'aux plus infimes et aux plus déshérités de ses sujets. Les Capitulaires portent la trace et nous ont gardé le souvenir des marques de sollicitude données par l'empereur aux malheureux et aux pauvres. Et certes ils en avaient besoin à une époque où la force était tout, et où le droit, pour ainsi dire, ne comptait pour rien.
Un grand nombre de chapitres des Capitulaires sont intitulés : De pauperibm non opprimendis; Tempereur y défend de dépouiller le pauvre du peu qui lui reste et de le priver de sa liberté; douze Capitulaires portent sur ce sujet : « Pauperes non oppriméntur a potentioribtis. » Ainsi : « Ut nullus absqtie juslitià pauperem et inopem expoUare prœsumat. » Et encore : « De pauperibus^ viduis et pupillis injtiste oppressis^ ut adjuveniur^ et rele^ ventvr^. »
Il déclare prendre sbus sa protection spéciale, comme ils sont sous celle de Dieu lui-même, les veuves, les orphelins, tous les faibles; il veut qu'ils jouissent de la paix légale : « Ut vidu^œ^ orphani et minus potentes sub Dei defensione et nostro rnundeburde pacem habeant^ et eorum justitias adquirant, » — fn Ut ecclesia^ vidtwp, orphani^ vel minus potentes pacem rectam habeant. Et ubicùmque fusrit infracta^ sexaginta solidis componatur^. »
Il prescrit aux comtes de prendre soin des pauvres de
4. Capilularia reg. franc. ^ éd. Baluze, '!«' Capit. de 809, c. ^2; 5' Capit. de 809; Capit., lib. I, c. ^115, etc., etc.
2. CapituL de Baluze, lib. VI, c. 247; Capit. de 788, c. 2; Capit. de 797, c. 4, etc., etc.
AiÙ PREMIÈRE PARTIE.
4eiir territoire; il leur recommande d'examiner et de juger leurs causes avec une équité et une diligence toutes particulières : « Pemperum camœ primo audûintur... Ut comtes orphanorum et viduarum et pcmperum et omnium qm in eorum ministerio permanent^ et de causa quacumque ad eosvenerit querela^ plemissimâ et justissimâ deliberatione diffimre decertent et^ sicut rectum et justum est^ ità agant^. >»
Charlemagne confirme les décisions des conciles et charge les évéques et les prêtres de pourvoir à Tentre* tien et au soulagement des pauvres ; c'est à la fois leur honneur et leur devoir; les évêques doivent veiller d'une façon plus générale à la distribution des secours et à l'administration du patrimoine des pauvres, qui est confondu avec celui de l'Église ; les prêtres tiendront des tables où les pauvres seront toujours admis; les monastères leur oflriront un lieu de refuge et des moyens de vivre. Et plus tard Gharles-le-Chauve ajoutait, dans un Capitulaire de 877, que le pouvoir civil veillerait luimême à l'accomplissement de ces devoirs : « Ut hospitàlitem ante omnia diligant (prcesbyteri)^ et ut viduarum^ peregrinorum^ orphanorum atque infirmorum curam et sollicitudinem habeant. — Volumus omnes sdre quod qui Christi et Eccksiw pecunias auferunt^ resque^ ejus fraudant^ rapiunty vastant vel diripiu/nt^ homicidœ ante Deum esse deputantur^ quia res pauperum^ quos Ecclesia pascere debet^ diripiunt^. »
4. CapituL de Baluze, Capit. de 804, c. 26; Capit., lib. II, c. 6; lib. III, c. 83.
2. Capiiul, de Balnze, Capit. Berardif cap. 48; Capit., lib. VI, c. 430; lib. I, c. 77; Add. IH, c. -1; Add. IV, c. 443. — Cûpit%l. Cûrot. Calv., tit. XI, cap. 4; tit. XXXVIII, c. 4 ; tit. XLVII, c. 40.
Mais en même temps Ton voit poindre dans les Gapitulaires quelques-^uns <les principes qui forment aujourd'hui la base de Forganisation des secours publics. Ainsi, celui de Tassistance locale ou communale : « Suos pauperes quœque civitas alito; pauperem suum unusquisque nutriat^ » disent les Gapitulaires 5 le pauvre et le malade doivent trouver un asile dans les xénodochies qui sont destinées à les recueillir, et les lettdes ou fidèles doivent nourrir sur les revenus de leur bénéfice les pauvres qui sont sur leurs domaines : « De mendigis disgurrenti- Bus : De mendicis^ qui per patrias discUrrunt^ volumus ut unusquisque fidelium nostrorum suum pauperem de bene-^ ficio aut depropriâ familiâ nutriat et nonpermiltal alicubi ire m^ndicando; £t ti5i taies inventi fuerint^ nisi manibus laborent^ nuUus eis quicquam tribuere prœsumat^. »
D'un autre côté, par une conséquence logique du même principe, il est interdit aux pauvres de vaguer à travers le pays; on ne doit point donner raumône à l'indigent valide qui refuse de travailler de ses mains; enfin, les leudes ont }e droit de réprimer les mendiants vagabonds.
Louis -le -Débonnaire ordonna par son Gapitulaire d'Aix-la-Ghapelle, en 816 (Capit. de 816, c. 4, Bal., I, 564), que dans les lieux riches, les deux tiers des donations faites à l'église par les fidèles serviraient à l'usage des pauvres, l'autre tiers à l'usî^e des prêtres; et que dans les lieux moins riches, les pauvres et les prêtres partageraient également entre eux... Partout la part du pauvre était réservée dans les revenus ecclésiastiques, et
4 . CapituL de Baluze, 5e Capit. de 806^ cap. 4 ; Gapit. de 703, cap. 4 ; Capit. de S\d, e. 4\ et >I2.
lorsqu'elle ne suffisait pas, elle devait être accrue des autres fonds dont le clergé avait la disposition K
Avec la fin du règne de Gharlemagne, commence dans rhistoire de la charité une période d'obscurité dont il faudrait de longs travaux et de patientes recherches pour dissiper les ténèbres.
La féodalité rendait à la fois impossible et inutile toute mesure de législation générale. Le territoire était divisé en une multitude de fiefs. Tous les hommes pauvres et valides étaient entrés au service d'un seigneur auquel ils avaient juré foi et hommage, et qui leur avait promis en retour aide et protection. « Le seigneur prenait ainsi la place de la commune, il en exerçait les droits et en supportait les charges. »
Les invalides, tous ceux qui n'étaient pas capables de faire la guerre, entraient dans les asiles de plus en plus nombreux qui entouraient les églises et les monastères. « On peut aisément présumer, en effet, dit un historien compétent, que le système des hospices et maisons charitables fit alors des progrès de plus en plus considérables... C'est dans les villes épiscopales et près des grands centre^ monastiques que les pieux établissements continuaient toujours à subsister et à grandir^. »
Ils étaient pour la plupart le résultat de fondations
^ . CartuL de Notre-Dame de Pari«, par M. Guérard, Préf., p. XL. 2. Histoire de ta Charité, par Léon Gautier, profess. à l'École des Chartes, p. 28.
HISTOIRE. \ii
faites par des particuliers. Muratori nous rapporte un grand nombre de ces actes de donation en faveur des pauvres, de 759 à 1197*.
Parmi les causes de l'immense popularité dont jouissait alors le clergé, et que M. Guérard a si bien analysées dans sa magnifique publication du Cartulaire de Noire-Dame de Paris ^ Tune des plus efficaces fut certainement cette protection des faibles et des pauvres que l'Église revendiqua toujours comme une partie de sa mission. Les pauvres avaient toujours au moins le .quart, souvent le tiers et quelquefois la moitié des reyenus ecclésiastiques. L'Église, en prenant à sa charge et pour ainsi dire chez elle les veuves, les orphelins et généralement tous les malheureux, ne pouvait manquer de les avoir sous sa dépendance ^ mais ce qui devait surtout lui gagner le cœur de ses nombreux sujets, c'est qu'au lieu d'être humiliée ou embarrassée de leur cortège, elle s'en faisait honneur et proclamait que les pauvres étaient ses trésors. Elle couvrait aussi de sa protection les affranchis, et frappait d'excommunication le seigneur, et le magistrat qui opprimaient l'homme faible ou sans défense. Lorsque des veuves ou des orphelins étaient appelés en justice, l'évêque ou sonr délégué les assistait à la cour du comte et empêchait qu'on ne leur fît aucun tort 2.
Les monastères étaient même souvent établis dans un but exclusivement charitable : ils offraient aux malheureux, aux voyageurs, des secours de toute nature. C'est le témoignage que rend un auteur protestant : « Sur les bords de la rivière qu'aucun pont ne traversait encore ;
'l. Muratori, Ànt, ItaLj dissertation 37.
2. Cartulaire de Notre-Dame de Paris, par M. Guérard, Préface, cli. 48.
dans la vallée profonde où le voyageur pouvait être surpris par la nuit; sur le sommet de la montagne où le repos et des aliments sont indispensables, la bienfaisance avait établi de bonne heure des maisons où le pèlerin qui passait d'un pays à Tautre était sûr de trouver un refuge. L'hospice du Mont-Cenis a été fondé par Louisle - Débonnaire ; celui du Mont- Saint-Bernard existait déjà. » Et plus loin : « Vers la fin du xn* siècle fut fondé par Guy, de Montpellier, TOrdre des Frères Hospitaliers, consacré exclusivement au soulagement des malades. Ils devaient prodiguer toutes sortes de secours charitables, soulager ceux qui avaient faim, revêtir les pauvres, soigner et consoler de toute manière les malades*. »
Le xii^ siècle marque une sorte d'aifaiblissement ou de ralentissement dans l'élan de la charité-, mais au xiii^ siècle la charité prend un nouvel essor, des Maisons --Dieu s'élèvent en grand nombre dans toute la France. C'est de cette époque que le savant Muratori a dit : « En admettant que notre siècle ait l'avantage de la piété et des bonnes mœurs sur les siècles de fer du ^ moyen âge, il ne peut soutenir la comparaison avec eux pour la libéralité envers les pauvres-. »
Le roi saint Louis fonda lui-même un grand nombre d'hôpitaux et agrandit l'Hôtel-Dieu de Paris. On sait aussi qu'il établit en faveur des aveugles la maison de refuge appelée hôpital des Quinze- Vingts, nom qui lui vient de ce qu'elle était destinée à trois cents pensionnaires.
4. F. Hurter, Des iTistitulions et des mœurs de l'Église au mc*yen'ùge^ tome II, cb. 21.