francs à Baumel Honoré, notaire à Bagnols
Les surfaces ainsi vendues furent infimes.
Dans la région, elles ne furent jamais considérables ; si l’on excepte les Chartreux de Valbonne, qui possédaient quelques beaux domaines et d’autres abbayes de-ci de-là, il n’y eut guère de ventes importantes. Bien souvent les terres vendues ne se morcelèrent pas : c’est ainsi qu’à St-Michel d'Euzet on retrouve encore de nos jours les deux domaines qui appartenaient aux Chartreux : Dame Guise et Grange Neuve. Vendus en un seul tenant à deux propriétaires, ils se sont conservés jusqu’à nos jours. À Goudargues le prieuré de la Bastide d’Orniols s’est également maintenu comme à Bagnols le domaine de Rouveyran. D’une façon générale on retrouve tous ces domaines qui ne se morcelèrent pas et ne passèrent pas aux mains des petits paysans, à de rares exceptions près. La vente des biens nationaux fut accaparée par des bourgeois de Bagnols.
Le compoix de 1694 porte, par contre, les traces des nombreuses mutations qui furent effectuées. Nous les voyons surtout intenses de 1710 à 1720 et à partir de 1760. C’est là que nous voyons la reprise du sol effectuée par les petits paysans locaux.
Par des partages, des successions, des donations ou des ventes, les terres des bagnolais se sont minimisées. C’est ce que nous montre le cadastre de 1825.
Avant que le cadastre ne fut établi sous sa forme définitive, : un premier essai de cadastre, par nature de cultures, avait été fait sous le Jer Empire. Malheureusement le tirage au sort ne favorisa pas les communes de notre région, et la vallée de la Cèze ne fut l’objet d'aucune étude.
En l'absence d’autres documents, les cadastres effectués aux alentours de 1820 pour la vallée de la Cèze nous fourniront leurs renseignements.
Nous examinerons d’abord l’ensemble des communes, ce qui nous permettra d’avoir une vue générale des terres, puis nous ferons une étude plus poussée du cadastre de St-Gervais.
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Dans l’ensemble la superficie des communes est moyenne. Trois communes seulement sont d’une étendue exceptionnelle : Bagnols, Sabran et Goudargues. Bagnols le doit à sa situation plus importante de chef-lieu ; les deux autres à l'étendue exceptionnelle de leurs bois et de leurs landes : pour Sabran 1496 ha sur 3.556, pour Goudargues 2.136 ha sur 3.031.
Une commune est de proportion modeste : La Roque (837 ha). Cela tient certainement au fait que La Roque, qui faisait alors partie du canton de Lussan, se trouvait resserrée contre le canton de Bagnols.
Les autres communes sont proches de la moyenne des communes françaises, elles s’échelonnent üe 1.000 à 1.500 ha.
Etudions maintenant dans le détail la structure agraire des diverses communes. Le tableau III nous en donne une vue mette.
Si la superficie des communes est moyenne, leur morcellement, par contre, est extrême. On l’a expliqué par des partages successoraux. C’est fort possible. Nous sommes dans des rég'ons où les successions se partagent équitablement entre enfants, encore que bien souvent les coutumes des paysans aient tendu à maintenir plus ou moins intact le patrimoine. Un seul fils fondait une famille, ies autres vivaient au foyer de leur père et ne se mariaient pas ; il en était de même pour les filles ou bien si elles se mariaïent, elles n’avaient qu’une part en argent. Les cas étaient fréquents où le morcellement était évité : de nos jours encore nous connaissons des exemples.
Il semble que la cause la plus importante du morcellement ait été le peu d'avantages que présentent, aux yeux des paysans, des parcelles de quelque étendue. Nous sommes à une époque où l’on travaille uniquement à bras ou presque ; une parcelle de quelques ares peut se faire dans la journée sans obliger à des déplacements ; les petites parcelles ne gênent pas pour le travail. La perte de temps que peut occasionner un déplacement n'entre guère en compte. Aussi ne trouve-t-on des parcelles étendues que chez les propriétaires importants et surtout autour des granges qui sont à des gros possédants. Il n’y a qu'eux qui ont le souci de terres à formes régulières et de plusieurs hectares.
Comme nous le montre le tableau IIT, fes superficies moyennes des parcelles s’échelonnent dans les communes étudiées de 0 ha 32 à 0 ha 72 ; presque toutes se tiennent entre 0 ha 36 et 0 ka 50. Dans ce compte sont comprises les étendues de bois, qui sont souvent aux communes et comptées comme d’un seul tenant. Elles augmentent de ce fait les moyennes, qui doivent être diminuées d’une dizaine d’ares pour avoir les moyennes des terres cultivées. | ;
La moyenne des parcelles possédées par propriétaire varie de 12 à 18 (avec un minimum de 7,1). La moyenne d'hectares par propriétaire va de 4 à 10. La petite propriété morcelée domine. Les grands domaines de plus de 100 ha sont exceptionnels même si l’on tient compte des étendues boisées. Les domaïnes de quelque étendue d’un seul tenant se chiffrent entre 30 et 50 ha. Il ne s’en trouve guère plus de deux ou trois par commune en moyenne. On les voit groupés autour de granges isolées, généralement situées à la périphérie des communes. !
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Si de plus nous déduisons de la superficie totale, les bois et les landes, nous trouvons pour des terres cultivées, des moyennes qui varient entre 2 ha et 5 ha. C’est ainsi qu'à Goudargues la moyenne des propriétés, compte tenu des bois, est de 10,3 ha, alors que si l’on ne tient compte que des terres cultivables, elle atteint à peine à ha.
L’étendue des bois et des landes de certaines communes ressort de façon frappante et par contre-coup l'extrême morcellement du terrain en une foule de petites propriétés aux multiples parcelles.
Etudions maintenant le cadastre de St-Gervais dans le détail. Dans le « Présage de St-Gervaix >» de 1694, une part importante
des terres étaient possédées par des étrangers à St-Gervais. Sur le
cadastre de 1825, la proportion a très sensiblement baïssé. Alors qu’en 1694, les étrangers au village possédaient près du tiers de la superficie cultivée, en 1825 ils n’en ont en mains que le cinquième. Et si l’on tient compte des bois communaux et de la forêt royale, ils ont à peine le 1/15° du territoire.
Sur les 1.200 ha de la commune, 82 ha 32 a 31 ca appartiennent à des étrangers (les bagnolais possèdaïent à eux seuls 60 ha). Rares sont les réunions de terres de quelque importance : l’une d’elles est issue d’une propriété que l’on trouve dans le compoix l’autre provient d’une partie des biens du seigneur du lieu. Les autres possessions sont de faible étendue.
Les habitants de St-Gervais sont en possession d’une grande partie des terres de la commune. C’est un fait normal : les possédants qui se tiennent éloignés de leurs terres, sont à un moment donné, amenés à s’en détacher.
À St-Gervais, il n’y a pas de grosses propriétés. Il n’existe que deux réunions de terres de quelque importance, elles viennent du compoix : ce sont celles du seigneur de St-Gervais, autour de sa grange de Bayne, et celles de M. Bruneau de St-Auban, autour de sa grange de Lisle.
Les autres propriétés importantes sont sous la forme de « biens de village >», composées de nombreuses parcelles, de l’étendue la plus variable, maïs assez souvent réduite, et dispersées à tous les coins de la commune.
La grande majorité des propriétaires ne possèdent que peu de terres. Sur les 143 propriétaires de St-Gervais, 107 ont moins de 5 ha. (Voir tableau V.) ; généralement ces biens sont formés de minuscules parcelles de 15 à 30 ares éparpillées un peu partout.
C’est en effet un aspect typique des propriétés, que leur extréme morcellement et leur dispersion ; seuls, ou presque, les gros Propriétaires ont des terres groupées et de plus d’un ha.
Voici quelques exemples pour illustrer ces faits.
— M. Cotton (de Bagnols), possède 19 ha de terres, toutes réunies autour de sa grange de Naste. Sa propriété est morcelée en 13 parcelles, et l’une d’elles a 12 ha d’un seul tenant.
— M. de St-Auban groupe autour de sa maison de Lisle 40 ha de terres. Ses terres sont divisées en 30 parcelles, dont une mesure 12 hectares 50.
— Larnac François a 24 ha de terres ; elles sont réparties dans tous les tènements de la commune. Sur 65 parcelles dont se composent ses biens, 6 seulement ont plus d’un hectare, 37 ont moines de 25 ares. Certaines sont à plus de km. de sa maison du village et desservies par des chemins pleins d’ornières.
— Pradier Jean possède 2 ha 37 de terres. Il habite au village. Ses biens se morcellent en 23 parcelles réparties dans toute la commune. Aucune d’elles ne mesure plus de 25 ares.
— Le maire Rafin Antoine à 4 ha de terres, divisées en 14 parcelles. Toutes sont inférieures à 60 ares.
Le prodigieux morcellement peut venir des divisions consécutives aux héritages et du désir qu'ont les héritiers de partager toutes les terres pour avoir des biens dans toute la commune et diminuer les risques. Nombre de tènements du cadastre portent des champs divisés en lanières parallèles qui semblent dues à des partages.
Mais je crois qu’il faut y voir surtout le résultat d’une culture poussée à son point le plus intense. Cette commune, et ses voisines, étant donné l’état de leur agriculture, étaient surpeuplées. Il fallait mettre en valeur toutes les terres susceptibles de fournir des ressources. C’est ce qui a donné ces multiples terrasses qui s’échelonnent sur la montagne ; toutes parallèles les unes aux autres elles donnent un aspect caractéristique au paysage.
Mais la terre est rare, la côte très abrupte, aussi ces parcelles sont infimes, quelques ares à peine.
On est frappé de la différence d’allure que présentent sur le cadastre, d’une part les terrasses alluviales et certains tènements de la plaine avec les champs étendus et de forme rectangulaire, et d’autre part les parties montagneuses aux champs petits, étroits et allongés.
* Par leur forme, toutes ces parcelles sont on ne peut plus variées. Généraliser amènerait dans nos régions à une vision fausse: dire, par exemple, que les champs sont irréguliers, quand ils sont en coteaux, à la poursuite de la terre arable, est inexact.
La forme des champs est certes étroitement conditionnée par la nature du terrain où ils se trouvent, mais les facteurs humains interviennent fréquemment. Ceux-ci ne sont pas forcément un élément en faveur de l’ordre et de la négularité.
Dans la plaine alluviale, nous trouvons des champs rectansgulaires, qui découpent la campagne en parcelles de formes régulières. Les irrégularités de dessin que nous rencontrons indiquent le passage de la plaine à une terrasse alluviale, ou d’une terrasse
RE. «qu à une autre. Là, les parcelles, dans le but d’éviter le ruissellement, et pour profiter les moindres recoins de terre, se sont contournées dans les formes les plus bizarres.
Sur les terrasses de 15, 20 et 25 mètres, les champs reprennent leurs formes régulières.
Quelques champs en lanières se remarquent : ils semblent dûs à des partages.
On les retrouve nombreux dans les côtes. En réalité, dans le but de se protéger des ravinements provoqués par les pluies brutales d'automne, les pentes ont été découpées en terrasses (ou « laisses >»), toutes parallèles les unes aux autres, de formes allongées et droites. L’une après l’autre, ces terrasses montent vers le sommet des collines. A St-Gervais, les quartiers de la Moute, de l'Aube, de Camp Soubeyran sont constitués presque uniquement de parcelles régulières en lanières. Terres de côtes n’est pas synonyme dans notre région de terres aux formes irrégulières.
L'influence du facteur humain se fait sentir dans deux sens : soit regroupement, soit morcellement.
C’est ainsi qu'autour des granges de Naste, de Lisle, de Bayne, de gros propriétaires ont réuni des terres de plusieurs hectares, de formes rectangulaires.
Il est à noter que les grosses accumulations de terres à champs réguliers se trouvent toujours aux limites des communes. C’est là que sont les granges importantes telles que Grange Neuve et Dame Guise à St-Michel d’'Euzet, Montcaut à Sabran, Fortuné à Cornillon, La Bastide à Goudargues.
Dans l’autre sens, on assiste à un morcellement inouï dont la cause directe n’apparaît d’ailleurs pas toujours.
Dans la plaine, aux Canabories, on a morcelé le terroir en une foule de parcelles minuscules en créant des jardins. Au-dessus du village s’essaiment une myriade de petites terres de formes diverses.
Dans le tènement de Rouveiran, au milieu de la plaine alluviale et dans une terre très fertile, le terroir est divisé en une foule de parcelles de quelques ares, de formes allongées, parallèles les unes aux autres. Les raisons de ce morcellement nous échappent.
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Pour terminer, notons les rapports qui existent entre les cultu-
res et les formes des champs. Sur les 143 propriétaires habitant .
St-Gervais en 1825, 141 ont dans leurs propriétés des terres labourables et 131 des vignes. la base de la culture est formée par les vignes et les céréales. Tout paysan consacre au moins une terre à ces deux cultures. 97 propriétaires ont des bois, et 97 également des pâturages. Par contre, 16 seulement ont un jardin, 19 des champs d’oliviers, et 22 des champs de mûriers. Il ne faut pas en préjuger du peu d'importance de ces deux cultures. Car souvent les oliviers et les mûriers étaient plantés en bordure des terres, ou au milieu des vignes.
Il est intéressant de noter les superficies moyennes des terres et des vignes. La matrice cadastrale dénombre 1.310 parcelles de terres labourables pour une superficie de 459 ha, soit une moyenne de 0 ha 35 par parcelle de terre labourable, et 538 parcelles de vignes pour une superficie de 117 ha, soit une moyenne de 0 ha 20 par parcelle de vigne.
Les parcelles de terres sont donc dans l’ensemble nettement plus importantes que celles de vigne. Notons toutefois qu’alors que les moyennes de parcelles de terres se sont maintenues identiques depuis le compoix, celles des vignes ont nettement baissé. La vigne est une culture de coteaux et son extension dans une zone de culture intensive ne pouvait qu’aggraver son morcellement.
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Pour conclure, nous insisterons sur le morcellement extrême du terroir de la vallée de la Cèze, sur le fait qu'aucune généralisation ne peut être faite sur la forme des champs de notre région, chaque commune présente des traits particuliers et le seul caractère commun aux communes de notre région est, peut-être, de n’en point avoir qui permette quelque généralisation sans source d’erreur.