‹ Essai sur L'É Evolution Démographique et Rurale dans la Vallée de la CézeChapitre 11 sur 47 · LA STRUCTURE AGRAIRE · texte numérisé non relu

LA STRUCTURE AGRAIRE

Le premier aperçu que nous possédons sur l’état des terres est le compoix de St-Gervaix de 1694. Son étude est très instructive et nous aidera à mieux comprendre l’évolution ultérieure du morcellement à St-Gervais. Elle nous aura évité quelques idées préconçues que nous avions reçues sur ce sujet.

Le compoix fait état de 101 propriétaires. Sur ce nombre, 74 sont originaires de St-Gervais et y habitent, 21 sont domiciliés à Bagnols, 6 à Pont-St-Esprit, St-Michel, Combes ou St-Marcel, c’està-dire dans des pays voisins.

Le « présage » de St-Gervaix (2) dénombre une superficie de 647 salmées, 3 eyminées, 4 boisseaux, 1/2 leydière, soit approximativement 400 ha, beaucoup moins que l’actuelle superficie de la commune.

Sur ces étendues, 39 salmées, 3 eyminées, 5 boisseaux et 2

leydières sont en terres « préthendues nobles » ; — 399 salmies, 2 eyminées, 6 boisseaux, 1 1/2 levdières sont en possession des habitants de St-Gervaix ; — 200 salmées, 7 eyminées, 5 boïsseaux,

2 1/2 leydières sont aux mains de Bagnolais et 7 salmées, 5 eyminées. 2 boïsseaux, 2 1/2 leydières aux mains de propriétaires des environs. VER

Nous aurions donc pour l’ensemble des terres de St-Gervaix, une superficie moyenne par propriétaire de 6,5 salmées, soit environ 4 ha. Toutefois, en faisant le décompte des propriétaires de St-Gervaix et de ceux qui n’en sont pas, nous obtenons pour Saint- Gervaix une superficie moyenne par propriétaire de 5,3 salmées, soit à peu près 3 ha — et pour Bagnols 10 salmées. soit 6,5 ha. La moyenne est beaucoup plus élevée à Bagnols qu’à St-Gervais. Chez les bagnolaïis se trouvent, en effet, quelques gros propriétaires.

(1) Mêmes sources qu’au chapitre I , :

(2) Ne sont pas commris dans le compoix. les biens propres de la communauté et la partie dite «des bois» qui appartenait à la communauté des Celettes.

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Parmi les saint-gervaisiens, les gros propriétaires sont rares. Nous n’en comptons que trois, possédant plus de 20 salmées (+ 13 ha). Ces trois propriétés, à elles seules, réunissent 134 salmées. Deux d’entre elles sont d’ailleurs à l’origine des granges et des domaines que nous retrouverons plus tard à la Révolution et dans la période viticole. |

Les soixante et onze propriétaires qui restent n’ont plus à se partager que 265 salmées. Cela réduit notablement la superficie moyenne des petites propriétés de St-Gervaix. Celle-ci n’est plus que de 3,6 salmées, soit 2,3 ha.

: Parmi les bagnolais. nous trouvons quatre propriétaires qui ont plus de 20 salmées. À eux seuls ils possèdent 165 salmées, soit une moyenne de 40 salmées chacun (l’un d’eux possède à lui seul 83 salmées). Les dix-sept autres bagnolais n’ont, à eux tous, que 35 salmées, soit 2 salmes par personne. Nous sommes là en présence de deux types de possédants : les premiers possèdent de vastes terres, groupées autour de granges ; les seconds sont, soit de gros propriétaires de communautés voisines qui ont une ou deux terres sur le terroir de St-Gervaix, soït des bourgeois bagnolaïs qui ont une petite terre, affermée généralement.

Comme nous le montre le tableau I (1), la grosse majorité des propriétaires ont des exploitations de moins de 5 salmées, cela tant à Baignolz qu’à St-Gervaix. La toute petite propriété domine en nombre largement. À St-Gervaix 75 % des nossédants ont moins de 5 salmées, maïs à eux seuls ils n’ont que 25 % de la superficie totale de la commune (40 % si l’on ne compte que les terres aux mains des saint-gervaisiens). |

Pour les habitants de Baïsnolz, la différence est encore plus grande, puisque cinq propriétaires possèdent 170 salmées sur 200 ; mais là le résultat perd de sa signification.

En d“finitive le terroir de St-Gervaïx, à l’époque du compoix, tout en étant partagé en une foule de petits possédants, n’est pas aux mains de petits nropriétaires. La moitié du territoire est aux mains de gros propriétaires, soit du lieu, soït de Baïgnolz. Sur le restant, beaucoup de pavsans se contentent encore de parcelles infimes. c’est ainsi que cinquante-cimq paysans de St-Gervaix ne cultivent pas plus de 3 salmées pour eux. Il existe donc à cette époque un ensemble de paysans qui ne doivent subsister que par des ressources cherchées à côté du travail de leurs terres.

Il est difficile de se rendre compte de la forme des champs d’après le compoix, aucun plan n’y étant adjoint. Toutefois, de la Comparaison du compoix et du cadastre de 1825, et en y joignant la connaissance personnelle que nous avons du terrain, il ressort que beaucoup de parcelles du compoix se retrouvent dans le cadastre, et que, dans l’ensemble, les grandes lignes se sont maintenues. Nous ne procèderons à un examen détaillé de la forme des champs qu'avec le cadastre de 1825.

(D) Voir tabeaux en fin de chapitre.

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Nous verrons par contre un autre aspect du morcellement : celui du morcellement par nature de culture. Ceci est d’autant plus intéressant que l’on a soutenu que la vigne étaït une cause de morcellement. Or il semble bien qu’à St-Gervaix cette opinion ne se soit pas vérifiée. Si la vigne a été plantée dans des terres exigües, ce n’est pas parce que ces terres étaient petites que l’on y mettait de la vigne, mais parce que plus tard, avec l’intensification de la culture de la vigne, les terres où l’on a planté étaient gagnées sur les garrigues ou les bois, et par conséquent réduites aux petites dimensions que leur imposait le manque de terre arable. Les belles terres étaient réservées au froment.

Le compoix signale que les habitants de St-Gervaix possédaient en terres labourables une surface de 171 salmées répartie en 294 parcelles, soit une moyenne de 5 eyminées par parcelle ou 35 ares. En vigne ils cultivaient 59 salmées, réparties en 110 parcelles, soit une moyenne de 4,2 eyminées par parcelles ou 30 ares. Or, si l’on tient compte que dans les terres labourables, le compoix a compris certaines fermes entières, comme étant d’un seul tenant en terres, lon peut voir que la différence de superficie movenne qui existe entre les terres et les vignis se réduit à rien. Il est difficile après cela de dire que l’on a choisi des parcelles minimes pour planter la vigne. Les paysans ne tiennent pas compte de la superficie, mais de la qualité des terres. Un terroïr en vignes ne correspond pas dans leur esprit, à un terroir morcelé : le morcellement est indépendant de la vigne.

En réalité, le terrain est morcelé, là où la culture est poussée à l’extrême. C’est le cas des jardins (21 parcelles pour 6 eyminées, soit une movenne de 4 boïisseaux, ou 4 ares), pour des terres proches du village. Ce n’est pas le fait des 6 graviers de la Cèze qui ont une superficie de 37 salmées, soit 6 salmées chacun, près de 3 ha 5.

Ce n’est que plus tard, lorsqu’on voudra intensifier la culture de la vigne sans toucher aux labours, que l’on plantera la vigne sur des terrasses minuscules péniblement gagnées sur la montagne.

Pour les terres possédées par les bagnolaïs. il en est de même, à cette différence près que les superficies moyennes sont plus élevées. Presque toutes les terres sont aux mains de gros propriétaires, ceux-ci ont pu éviter de morceler ou effectuer des regroupements. C’est ainsi que la moyenne des Jabours et des vignes est de près d’une salmée soit 60 ares, le double que pour les biens des saïntgervaisiens. Cela permet de voir le rôle de freinage que jouent les gros propriétaires dans la division des terres.

Il n’est que de voir les 4 terres nobles en labours du seigneur du lieu qui couvrent 22 salmées, soit plus de 5 salmées chacune de moyenne, et celles de Jean Bruneau écuver qui, an nombre de 9, ont 56 salmrées, soit près de 7 salmées chacune. Chez les petits paysans de St-Gervaix nous sommes loin de ces moyennes.

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Le fait caractéristique de l’évolution des propriétés foncières à St-Gervais est la régression des possessions des étrangers à la commune et l’extension étonnante des biens des indigènes.

Ceci semble dû à une lente et patiente prise de possession du sol. La Révolution et la vente des biens nationaux n’ont pas amené de grands changements. A St-Gervais furent vendus :

__ les biens des Chartreux (terre de La Réalle) à Fabre Pierre pour 1.800 livres.

—— Jes biens du prieur — soit : 3 terres de 4 salmées, 2 eyminées, 2 boisseaux, pour 6.625 livres à Gache André, Cheyret Pierre et Vernin Marcellin.

—— des garrigues de 3 salmées, 4 eyminées, pour 380 livres à Ferrand Pierre et Bruguier Henri.

(Les cinq derniers acheteurs étaient de St-Gervais.)

— un terrain, la maison presbytérale, cour, jardin, etc, pour

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