‹ Essai sur L'É Evolution Démographique et Rurale dans la Vallée de la CézeChapitre 15 sur 47 · L'EXPLOITATION DES RESSOURCES · texte numérisé non relu

L'EXPLOITATION DES RESSOURCES

SOURCES (Archives du Gard M. 10-12)

Nous n'avons que peu de renseignements sur la façon dont ont été exploitées les terres au xvin° siècle. Mais à partir de la Révoluüuon, quelques documents nous permettent de voir l’état des populations qui culitivent les terres.

C'est cette vue d'ensemble que nous donne le tableau I (en fin de chapitre). Les propriétaires vivant sans travailler manuellement leurs terres et exploitant par des ouvriers agricoles ou des fermiers sont rares dans l’ensemble. Leur nombre n’est élevé qu’à Bagnols et à Chusclan qui ont toutes deux l’allure de petites cités avec des familles anciennes vivant de professions libérales ou de façon bourgeoise. Partout ailleurs on ne trouve que quelques propriétaires ayant ce genre de vie, en général le seigneur du village et quelques familles nobles ou des paysans enrichis par un négoce annexe.

La classe la plus nombreuse est celle des petits propriétaires travaillant eux-mêmes. Elle se subdivise en deux parties : les paysans qui ont assez de biens ou un revenu qui leur permet de ne pas.se louer pour travailler les terres d’autrui ; les paysans dont le revenu des terres est trop faible pour subvenir à leurs besoins et qui se louent, soit comme fermiers, soit comme ouvriers agricoles temporaires dans les grands domaines, soit comme piocheurs pour la garance dans le Vaucluse. Ces derniers sont nombreux : la main-d'œuvre pour les grands domaines n’était pas rare. (1)

La classe des manouvriers agricoles, de ceux qui n’ont que leurs bras comme ressource est restreinte. Leur nombre n’est élevé qu’à Bagnols, à Chusclan et à Goudargues, qui sont tous trois des

(1) A noter à Chusclan l'importance de la classe des propriétaires travaillant pour eux seuls et la faiblesse de ceux travaillant pour autrui. Le fait est du au vin qui paie bien ceux qui le produisent.

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centres artisanaux. Cette main-d'œuvre était probablement employée au travail de la soie. Dans les autres villages, elle est plus rare.

Est à noter également la rareté des artisans vivant uniquement de leur travail artisanal. Les petits métiers locaux sont en pleine activité, mais l’on est presque tenté de dire qu'ils ne sont qu’une ressource annexe, bien que ce soit eux qui iournissent le plus d’argent. Presque tous les artisans sont, en même temps, des agriculteurs. On peut le voir de nos jours, où souvent les gros propriétaires actuels ont eu pour grands-parents des aubergistes, forgerons ou menuisiers, qui avec l'argent de leur métier, agrandirent leurs terres. Le commerçant vivant de son commerce, alimentation, quincaillerie, ou autres, est une chose complètement ignorée dans les villages. ) ;

Pour nous résumer, disons que le fait frappant est l’importance de la population des petits paysans exploitant eux-mêmes. Par contre-coup, ressort la faible importance numérique, tant des gros propriétaires, que des manouvriers agricoles. (Voir tableau numéro I.)

Précisons maintenant la façon dont les propriétaires exploitants se faisaient rémunérer leur travail pour autrui. Leur moyen favori était le fermage à prix d’argent. Les gros propriétaires louent une terre à l’un, une terre à l’autre. C’est ainsi qu’à Saint- Gervais, le seigneur jouait 4, 5 ou 6 terres, un moulin, et faisait travailler le restant de ses biens sous sa coupe directe par des ouvriers agricoles et des petits propriétaires du village. Il prenait de la main-d'œuvre suivant ses besoins, l’ouvrier permanent était rare. Le système du fermier général est inconnu.

Les baux sont de 6 à 9 ans. Le paiement se fait en argent, en deux termes. Parfois sont stipulées quelques redevances minimes en nature : des fruits, des œufs, des volailles.

A St-Gervais, le fermier du moulin devra moudre pour rien les grains de M. de St-Gervais quand celui-ci le lui demandera.

Le prix de location d’une terre labourable de bonne qualité varie de 120 à 150 fr. l’ha, parfois 200, mais pour des terres de toute première qualité. Pour les terres de valeur inférieure, la location peut s’abaisser jusqu’à 60 francs l’hectare.

Les vignes, en général, ne s’afferment pas et sont exploitées par leur propriétaire.

Dans l’ensemble, on peut dire que les gros propriétaires afferment à prix d’argent quelques terres de la gestion de laquelle ils s’allègent, mais rarement tout. leur domaine, Quelques moyens propriétaires s’orientaient vers le métayage à mi-fruit, maïs cette forme demeurait rare. |

Il est intéressant d'établir en rapport la valeur des terres d’après leurs cultures.

. Pendant la première moitié du xix° siècle, les terres se maintinrent à un prix à peu près constant. Les renseignements fournis

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