LES CONSÉQUENCES DE LA REPLANTATION DE LA VIGNE
Sources : :
- Archives du Gard Série M. 12-10.
Archives du domaine de Bayne.
La conséquence immédiate de la reconstitution du vignoble fut l’abandon progressif des autres cultures. La vigne, en effet, est devenue, sous sa forme moderne, une culture exigeante. Pour être rentable, elle demande des soins nombreux et constants ; toute l’année durant, il faut travailler la vigne : labour d'automne, mise des engrais, taille, labour d’hiver et de printemps, traitements anticryptogamiques font à la vigne une chaîne de travaux qui se déroule au long de l’année et n’admet ni retard ni omission.
Une autre culture peut devenir une gêne pour l'exploitation normale de la vigne. Si au moment des travaux de printemps, le paysan va faucher ses champs, ses vignes ne seront ni labourées, ni sulfatées et une année humide on a déjà bien du mal à assurer ces deux travaux.
La vigne, telle qu’on la conçoit à notre époque, tend à devenir une culture unique.
L'exemple de St-Gervais est caractéristique. Très tôt, dans cette commune, la vigne fut cultivée de façon intensive en vue d’un gros rapport pécuniaire. Aussi y a-t-il une chute immédiate de toutes les autres cultures : celles-ci ne se maintiennent encore que sur les terres de qualité secondaire. Le tableau ci-après est éloquent à cet égard. En 1914, lors de la révision de la matrice cadastrale, il ne reste plus que 150 ha de terres labourables, les seules que l’on puisse dire cultivées en dehors des vignes. Or, sur
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ces 150 ha, 75 sont en terres de qualité très inférieure, estimées sur la matrice aux échelons 4 et 5. Par contre, sur 304 ha de vignes 209 ha sont classés dans les catégories 1, 2 et 3.
En 1895, c'était exactement le contraire, sur 117 ha de vignes, 60 étaient dans la catégorie la plus basse.
Il est évident que l’on a réservé à la vigne les meilleures terres pour avoir les meilleurs rendements. Seules des exploitations isolées sur le plateau des Celettes, ou comme le domaine de l'Isle, n’ont pas été plantées et restent en labours,
TERRE VIGNE TERRE VIGNE 1 36 ha. 78 14 ha, 33 20 ha. 90 40 ha. 24 2 100 « 71 42 « 14 35 « 61 89 « 41 3 123 « 59 60 « 95 17 « 00 19 « 58 4 96 « 34 21 « 11 SMS 5 10105. 54 « 34 39 « 31
Au début de la guerre de 1914, ne sont restées en réelle pe duction, que les exploitations qui cultivent le mil à balai, bien que ce dernier soit déjà en régression. Seuls quelques grands domaines de la commune de Sabran se sont montrés réticents vis-àvis de la vigne et ne veulent pas faire les frais d’une plantation.
Partout ailleurs les agriculteurs se lancent dans la vigne et lui consacrent leurs meilleures terres. Ainsi en font foi les belles récoltes de cette période.
A St-Gervais, de 1912 à 1914, pour 300 ha de vignes environ, la récolte oscille de 22.000 hl. à 39.000 hl, soit une moyenne qui varie de 73 h1l à l’ha à 130 h!1.
A St-Michel sur 135 ha, on récolte en 1912, près de 13.000 h!1. et 11.000 hl. en 1913.
A Cornillon les 170 ha du vignoble ont donné de 1912 à 1914 de 8.500 à 12.000 h!1.
L'ensemble des communes de la valiée de la Cèze a produit en 1912 sur 2.081 ha, 140.474 h], soit une moyenne de 67 hl. à l’hectare.
L’on juge alors de la transformation radicale qui s’est effectuée dans le pays. Au début du xix° siècle, tous les rapports préfectoraux nous montrent les difficultés qu’avaient les administrateurs de la région pour assurer la subsistance d’une population nombreuse et pauvre. Rares étaient les communes qui arrivaient à produire suffisamment pour assurer leur nourriture propre : il fallait im-
a du blé dans beaucoup d’entre elles, l’argent était rare de ce fait.
Un siècle plus tard, la vigne procure des rentrées d’argent abondantes. La vie devient plus aisée. Au point de vue ext“rieur les améliorations ne sont pas encore sensibles. S’il y a eu de bonnes années juste avant 1914, il y a eu aussi les années de crise du début du siècle.
Mais la culture uniquement à bras disparaît. Les paysans ont des chevaux, des mulets, du matériel pour travailler leurs vignes, de la vaisselle vinaire.
Tout l’argent ou presque se place dans l’exploitation : plantation, construction ou aménagement des caves, réfection des chemins. Les habitants par contre gardent leur rusticité.
Pour illustrer notre chapitre, nous allons étudier rapidement l’évolution d’un domaine de 1880 à 1914. Cela nous permettra de voir les différents problèmes qui se sont posés au cours de cette époque, et les divers aspects qu’a pris la culture de la vigne.
Nous prendrons pour exemple le domaine de Bayne à Saint- Gervais. C’est de lui qu'est partie la replantation viticole. Dès 1880, des essais de plantation étaïent tentés et dès 1890, son équilibre comme vignoble était acquis.
A l’origine, il ne constituait qu’un ensemble de terres groupées autour d’une grange. Il y avait un petit pied-à-terre de quelques pièces, un logement pour un domestique et deux bâtiments pour loger le matériel. Le tout d’aspect assez rustique.
Avec la replantation du vignoble cet ensemble prit un aspect plus coordonné. Auparavant des terres étaient affermées, louées, le moulin était cédé à un fermier. La superficie de la grange de Bayne ne dépassait pas 25 ha.
La plantation s’effectua rapidement, bien que l’on ne fut pas très sûr encore des procédés les meilleurs pour l'avenir de la vigne. On planta des plants américains sur 3 ou 4 ha, des plants français sur 7 ou 8 et le reste fut mis en greffes sur porte-greffes américains. La réussite fut bonne, on élimina par la suite les plants directs français ou américains.
Dans l’ensemble on planta surtout de l’aramon, maïs on fit aussi une large place aux alicantes bouschets.
Tout cela amena un changement dans l'allure des terres. Ce ne fut plus une grange autour de laquelle étaient amassées des terres, mais un domaine, qui possédait ses chemins de service, un personnel permanent en partie logé sur la propriété même. Un régisseur était chargé de la surveillance des travaux et de l'administration des affaires courantes.
Le changement d’allure dans les bâtiments fut non moins sensible. Non seulement on améliora les bâtiments d'habitation. qui prirent une allure plus agréable, maïs encore on construisit une cave importante dotée de tout son matériel (foudres en bois, pressoirs, fouloirs), des écuries pour les chevaux, des remises pour loger le fourrage et le matériel.
En dehors des bâtiments, il y eut toute une série d’aménagements : canalisations pour amener l’eau nécessaire à la vie de tout un groupe, digues pour protéger les terres basses des crues