‹ Essai sur L'É Evolution Démographique et Rurale dans la Vallée de la CézeChapitre 35 sur 47 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LES COOPÉRATIVES VITICOLES

Sources :

Archives du Génie Rural du Gard.

Archives de la Cave Coopérative de Saint-Gervais.

Le mouvement de construction des coopératives dans la vallée de la Cèze part de 1924. I} se rattache au mouvement général d’édification de coopératives qui se dessine dans le Gard : cette année- Jà une douzaïne de caves se construisirent dans le département un peu partout. Cette poussée était la suite de celle qui s'était dessinée juste avant la guerre de 1914 et qui avait été interrompue par les hostilités.

Les premières coopératives édifiées furent celles de St-Gervais et Bagnols, la première de 12.000 h1, la seconde de 9.225 hl. Ceci est très caractéristique de l’allant et de la puissance au point de vue vinicole, du village de St-Gervais, créant d’entrée une cave de 12.000 h1, alors que Bagnols, avec un territoire d’une superficie supérieure et un nombre d’adhérents plus élevé, n’atteignait pas 10.000 h1 et était par la suite obligé de s’agrandir.

* L’année suivante, trois coopératives nouvelles se créent, celle de St-Gély, un hameau de Ja commune de Cornillon, avec 9.791 hl de capacité, celle de St-Laurent de Carnols avec 5.000 hl, enfin celle de St-André de Roquepertuis, avec 9.400 hl.

En 1926 et 1927 on agrandit la cave coopérative de Bagnols de 5.500 hl, puis de 6.800 h], ce qui la porta à 21.525 hl. L'année suivante vit l’agrandissement des caves de St-Gervais et de St- Laurent de Carnols.,

Les viticulteurs de St-Gervais avaient vu grand, maïs le succès avait dépassé leurs espérances. Leur cave fut agrandie de 8.000 h1., celle de St-Laurent de Carnols de 7.000 hi. C’étaient des années de belles récoltes. Elles pouvaient contenir, l’une 12.000 h1., Vautre 20.000 h!l.

En 1929, les hameaux de la commune de Sabran, Carme et Mégiers, construisirent chacun leur coopérative, ainsi que Moniclus, cependant que St-Gély et St-André de Roquepertuis agrandissaient la leur.

Voici les contenances des caves : la cave de Carme pouvait contenir 4.675 hl, celle de Mégiers 4.800 hI, celle de Montclus 3.000 hI.

On ajouta à la cave de St-Gély 3.015 hl, ce qui la porta à 12.806 h1, et à celle de St-André de prie ertuis, 10.860 h1, soit plus du double, ce qui l’amena à 20.260 hl.

Après cette période de construction intense, puisque en cinq ans on construisit de quoi loger près de 100.000 h1 de vin, la fièvre de construire se ralentit. Plus exactement, il ne se créa plus de caves nouvelles. La seule construction récente est celle de Chusclan

en 1939. C’est une cave de 10.000 hl, qui sera portée en 1950 à.

16.000 hl. On se contenta aïlleurs d’agrandir les caves déjà en service. ;

Après une période d’intense création, entre 1924 et 1929, le mouvement (s’est presque arrêté dans la région. On ne s'explique pas les raisons par des causes économiques.

Alors qu’un village en pleine décadence comme Montclus et presque vide d'habitants construisait sa cave, d’autres riches et bien peuplés, au vignoble étendu et en bon état de production comme St-Michel d’Euzet, Cornillon, St-Nazaire n’en avaïent pas et ne semblaient pas désireux d’en construire.

Les viticulteurs d’un village ne portent pas leurs récoltes au village voisin qui a une coopfrative. Ils vinifient leur vin chez eux. Le milieu est le même. Ce sont surtout les petits viticulteurs

qui dominent, les grands domaines sont rares, qui couvrent de grandes superficies. s

Il faut y voir une résultante de la psychologie locale, qui, jointe à des circonstances diverses(1) ne s’est pas trouvée favorable à l'édification d’une cave coopérative. é

Après avoir vu le mouvement général de construction de caves dans la vallée de la Cèze, nous allons étudier de plus près la vie de la coopérative de St-Gervais.

La cave de St-Gervais fut achevée en 1924. Au départ, 71 propriétaires déclarèrent adhérer à la cave. La cave fut prévue pour loger 12.000 h1. .

. () À St-Michel d'Euzet ce sont des raisons politiques qui ont empêché l'édification de la cave ; les discussions entre la droite et la gauche du pays ont rendu impossible tout accord. Il a suffi pour que l'une opposât son véto que l’autre désirât la construction de la cave. ;

Voici le détail de ce qu’elle a coûté :

1) Terrassements, maçonnerie, cuverie, etc. .. 261.386 fr. 72

21)CHAPpeRte Couverture 144 Read 30.066 fr. 25 3) Serrurerie, matériel roulant ............. 20.207 fr. 33 RC TIIS SAR nn too dE evo à 1.866 fr. 05 HMachinerie électricité) 1.2.1. 94.050 fr.

EI B ERA AA La CURRENT Ne ER PA CERN PES EI 103.651 fr. RER RER QT RARES Re TNA . 511.227 fr. 36

L'Etat avait accordé une subvention du douzième des frais engagés. Elle ne pouvait dépasser un maximum de 43.333 fr. En définitive, l'Etat paya 41.029 francs.

De plus, le Conseil d'administration de l'Office National de Crédit Agricole accorda pour la construction de leur cave, aux vignerons de St-Gervais, une avance à long terme de 350.000 fr. remboursable en dix ans.

Cela permit avec les sommes versées par les coopérateurs de payer les frais de construction. |

Il est intéressant de noter que la cave de St-Gervais confirme la thèse de M. Galtier Gaston sur les frais d’édification. Dans son étude M. Galtier signale qu’une coopérative revenait à 45 francs environ J’hl de cave. Pour St-Gervais cela donnerait, d’après ces normes : 12.000 x 45 — 540.000 fr. La cave coûta 511.000 fr. Cela vérifie à peu de chose près la thèse de M. Galtier.

Les parts sociales de la coopérative de St-Gervais sont de 20 fr. l’hectolitre. J1 faut souscrire pour un minimum obligatoire de 100 fr. soit 5 hl. Le nombre d’adhérents est passé de 71 en 1924 à 147 en

La cave s’en tient aux formules habituelles en ce qui concerne le rendement du raisin en poids et en degré. Elle estime que 150 kg. de raisin donnent 1 hl, et la formule de calcul du rendement est :

Q X D NEC GTR 1,5 X d — vin à recevoir — Q — quantité en quintaux de raisin ;

D — degré alcoolique de la vendange; d — degré du vin de la cave.

La direction de la cave est assurée par un gérant appointé et intéressé aux bénéfices. Il assure avec un ouvrier la marche des travaux courants de la cave. Au moment des gros travaux de vendange, il engage le personnel nécessaire, sous forme de journaliers payés au tarif syndical.

Il y a actuellement 147 adhérents à la coopérative. Si on se rapporte à la déclaration de récolte de 1948, on voit que sur 166 déclarants, 19 seulement vinifiaient la totalité de leur vin chez eux. Ce sont, soit de gros propriétaires, possédant une vaisselle vinaire suffisante pour assurer avec un minimum de frais, une bonne vinification, soit de tout petits propriétaires qui n'ont pas adhéré vu l'insuffisance de leurs récoltes.

Sept déclarants envoient seulement une partie de leurs vendanges à la cave coopérative et vinifient le reste chez eux. Ce sont souvent des propriétaires moyens ayant affermé des terres, ils vinifient leur vin propre chez eux, et celui du métayage à la coopérative. C’est souvent le désir d’être membre de la coopérative qui les fait agir ainsi. |

Il reste donc 147 adhérents à la cave. Cela constitue l’énorme majorité des vignerons de St-Gervais.

Depuis 1924, année où elle fut créée, la coopérative n’a cessé d'accroître le nombre de ses adhérents. Partie en 1924 avec 71 adhérents, 9.000 h] de parts sociales et un capital social de 180.000 francs, elle arrive en 1949 à 147 adhérents, 26.980 hl de parts sociales et 539.000 francs de capital social. Toutefois, sa croissance fut surtout rapide au cours des six premières années, où elle passa de 180.000 francs de capital social en 1924 à 394.300 francs en 1930. Ensuite sa croissance fut lente jusqu’à la guerre. Actuellement on peut dire qu’elle s’est stabilisée. (1) Il ne semble pas possible que, dans l’état actuel des choses, sa croissance soit continue. Seules des augmentations dans le rendement à l’hectare dans les années qui viennent, peuvent augmenter la production de la cave. Cela semble encore improbable pour un avenir proche.

La coopérative a atteint son plafond de production juste avant la guerre de 1939. Les six dernières années qui précédèrent la guerre nous donnent une moyenne de plus de 20.000 h1. Nous sommes loin depuis lors d’avoir retrouvé ces chiffres.

Mais la part dans la production totale de la commune n’a cessé d'augmenter. Alors qu’à l’origine, la cave ne produisait que le tiers du vin récolté à St-Gervais, de 1930 à la guerre sa part est passée à la moitié, puis aux deux tiers, pour être actuellement des cinq sixièmes.

Cela ne marque pas tellement les progrès de la coopérative, qui sont d’ailleurs réels, que la crise subie par la propriété de quelque importance. Cette dernière à eu beaucoup à souffrir de la guerre (manque de main-d'œuvre, de produits), ses rendements ont fortement baissé. Cela explique en partie la faible proportion actuelle de vin chez les récoltants non inscrits à la cave.

On peut penser qu'actuellement la coopérative est à la période de plénitude absolue. Son équilibre est atteint. Son régime de double production : vin contrôlé et vin ordinaire, est au point et a parfaitement fonctionné depuis la guerre.

Tout porte donc à croire à la solidité de cette institution.

(1) Elle a même dépassé le niveau normal des parts sociales qu’elle avait dû accepter. Une grosse récolte peut amener une gêne dans le logement du vin.

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