CHAPITRE IV
Application des principes précédents au détail d'une marche graduelle dans le cours des premières opérations de l'éducation intellectuelley qui ont rapport à l'instruction dans la connaissance des fitits.
Dès que les enfants commencent à distinguer les objets et à articuler des sons, il faut mettre sous leurs yeux tous les objets qui peuvent les intéresser, et leur laisser d'abord une sorte de liberté par rapport aux sons qu'ils emploient pour exprimer ces objets, ainsi que leurs sensations et leurs désirs; il faut les abandonner ici jusques à un certain point à l'impulsion de la nature qui est actuellement le principal maître qui puisse les diriger dans le choix des signes.
Uais dès aussitôt qu'ils prennent assez de conception pour saisir par l'usage les expressions du langage, et se les rendre familières par l'habitude, dès qu'ils commencent à comprendre jusques à un certain point les discours des autres, et à pouvoir les imiter, dès lors on doit sans délai substituer à leur vocabulaire enfantin celui de leur langue maternelle, en les accoutumant à exprimer les choses comme les autres ' les expriment ; U faut surtout veiller de bonne heure à ce qu'ils n'altèrent pas les mots du langage par une prononciation négligée ; ce qu'on ne leur permet que trop souvent, quoiqu'on ne puisse ignorer combien il est difficile de corriger ce défaut lorsqu'on l'a laissé dégénérer en habitude.
Quand à force d'usage et d'habitude les enfants sont enfm parvenus à étendre leur vocabulaire à tout ce qui est du ressort de la vie commune, et à s'exprimer d'une manière intelligible, ce qui n'arrive guère avant l'âge de six ou sept ans, je crois que c'est alors le temps de leur apprendre à lire.
Lorsqu'on réfléchit à toute la combinaison des mouvements nécessaires pour former la parole et à toutes les difficultés qui semblent accompagner l'apprentissage dans l'art de parler, on est surpris que les enfants puissent, en si peu de temps, y faire d'aussi grands progrès. Mais la surprise cesse quand on considère que c'est la nature qui leur sert ici principalement de guide.
et qu'ils font aisément tout ce qui se fait naturellement, quelque compliqué qu'il soit, surtout lorsque le besoin est plus pressant et sensible.
Il n'en est pas de même de la lecture dont les enfants sentent beaucoup moins la nécessité, qui leur offre une suite d'opérations fort compliquées, et où la nature n'a que peu ou point de part ; ils répugnent pour la plupart à un apprentissage dont ils aperçoivent d'abord toutes les difficultés et les longueurs. Mais j'estime que ces difficultés et ces longueurs rebutantes viennent principalement de deux causes, auxquelles on pourrait aisément remédier : la première c'est qu'on apprend à lire aux enfants avant qu'ils sachent parler, c'est-à-dire, exprimer d'une manière intelligible tout ce qui a rapport à la vie commune ; la seconde c'est qu'on emploie pour cela une multitudes d'opérations aussi fastidieuses qu'inutiles, qu'on les exerce sur un nombre effrayant de mots sans valeur pour eux, qu'ils n'ont jamais eu, et qu'ils n'auront peut-être jamais occasion de prononcer. Qu'on n'apprenne à lire aux enfants qu'après qu'ils auront appris à bien parler ; qu'on ne les exerce que sur des mots intelligibles pour eux, sur des livres dont ils puissent comprendre toutes les expressions, et qui aient pour eux quelque chose d'attrayant, j'ose répondre qu'ils apprendront à lire sans répugnance, sans effort et en très peu de temps.
On aidera aux progrès de la lecture^ en y joi-
gnant Vécriture avec un peu de dessin, qui peut leur être extrêmement utile pour la suite de leurs études. Aucun art plus essentiel et d'une utilité plus universelle que celui de Vécriture ; il est bien fâcheux que dans ces derniers temps on en ait rendu l'apprentissage si long et dispendieux, par une foule d'opérations aussi nninutieuses que superflues.
On aura soin en même temps de fournir sans cesse aux enfants de nouvelles occasions d'étendre leurs idées et leur nomenclature , de les exercer dans la bonne prononciation et dans V orthographe, autant qu'on peut le faire par l'usage ; on y joinrlra les premières notions des nombres, la connaissance du livret et des opérations fondamentales sur des nombres peu compliqués; avec cela on aura fail, à mon avis, tout ce qu'il convient de faire dans la première institution jusqu'à l'âge de huit ou neuf ans.
Voyons ce qu'on pourrait faire dès lors jusques à douze ou treize ans.
Il ne s'agirait encore ni de généraliser ni de raisonner sur des principes abstraits ; il ne faut à cet âge que voir beaucoup, revoir souvent pour se familiariser avec les objets et les faits, étendre ses connaissances historiques qui seules donnent Vexpériejice , et enrichir à mesure son vocabulaire.
De tous les objets, ceux qui se présentent aux enfants les premiers et avec le plus d'intérêt, ce sont les objets de la nature, et tout ce qui est
du ressort de Vhistoire naturelle ; étude qui est d'une si grande utilité pour la vie, pour les sciences et les arts, et qui est le plus à la portée des enfants, puisqu'elle ne demande principalement que des sens et de la mémoire.
Qu'on commence donc par les mettre à portée de voir et d'observer tous les objets que peut offrir leur sol natal; qu'on les promène fréquemment dans les jardins , les prairies , les iihamps, les vignobles, les forêts, les montagnes, et qu'on leur apprenne à connaître et à distinguer les différentes productions végétales, arbres, arbustes, plantes, fruits, légumes, graines, fleurs qui se présentent sous leurs pas, en s'attachant principalement à celles qui sont le plus généralement connues par leur utilité pour les animaux et les hommes ; qu'on les familiarise avec leurs figures, leurs couleurs, leurs principales propriétés et usages, leurs différentes cultures, tous leurs caractères distinctifs et leurs noms dans la langue maternelle, et même dans le jargon du pays.
On leur présentera de même tout ce que le pays fournit en fait d'animaux, quadrupèdes, reptiles, poissons, coquillages, oiseaux, insectes, en leur faisant remarquer leurs différentes parties, la différente structure de leurs membres, de leurs organes, et ce qu'on pourra leur faire comprendre de la convenance de tout cela avec leur destination, leur genre de demeure et de nourriture, et l'instinct qui est propre à leur
espèce ; on y joindra toujours à mesure la nomenclature correspondaute.
On ne négligera pas non plus les fossiles, minéraux, pierres, pétrifications et autres substances que la terre renferme dans son sein ; on leur en mettra sous les yeux des échantillons, en leur en faisant observer les caractères distinctifs ; on leur en Indiquera les noms avec les principaux usages qu'on en tire et les lieux où on les trouve. Ce qui, dans les trois règnes échappe à la simple vue, pourrait être mis à la portée de leurs yeux, à l'aide du microscope.
Il serait bien à souhaiter qu'on pût donner aux enfants quelque connaissance des productions étrangères, surtout de celles qui sont les plus renommées par leur rareté ou leur utilité, et , comme objets de commerce. Il faudrait pour cela qu'on prit soin d'établir partout où l'on cul- ; tive les lettres des collections ou cabinets d'histoire naturelle qui renfermassent les principales productions, soit du pays, soit de l'étranger, distribuées et arrangées dans un certain ordre, à la '■ portée des enfants ; rien ne contribuerait autant à rendre leurs connaissances sur ce point plus nettes, plus exactes et plus étendues.
A ce moyen, trop dispendieux et trop difficile ' même à introduire en certains lieux, on pourrait, sans grande dépense, suppléer par des livres de dessins, d'estampes, qui représenteraient les objets aussi exactement que possible, en y joignant des descriptions claires, exactes, sans être trop
longues ; ce qui servirait à donner aux enfants des idées suffisantes de ce qu'ils n'auraient pas pu voir en nature, et à leur retracer plus souvent ce qu'ils auraient eu occasion de voir. Ces livres existent déjà dans la langue allemande, il ne s'agirait que d'en faire des traductions en français, en perfectionnant les figures souvent trop grossièrement dessinées .
Après avoir vu et revu plusieurs fois tous ces objets , et en avoir bien saisi les différences et les ressemblances, les enfants sentiraient bientôt la nécessité de les classifier; ils comprendraient aisément les classifications qu'on leur présenterait, pourvu qu'elles fussent fort simples et ne supposassent aucune connaissance systématique profonde ; ils pourraieni même en former sur leurs propres idées, et rien encore ne contribuerait autant à étendre leurs connaissances et enrichir leur vocabulaire.
Des objets de détail que ce globe renferme, on pourrait les conduire tout de suite à la considération du globe entier, en leur faisant distinguer sur quelque sphère ou mappemonde, qu'il faudrait construire exprès pour cela, ses principales parties, les continents, les mers, les archipels, les îles, les golfes, les isthmes, les détroits, les grands fleuves avec leurs cours, les lacs, les chaînes de montagnes, les volcans, les terres cultivées eL incultes, les grandes forêts, les déserts, etc. et autres objets de ce genre qui appartiennent à ce qu'on appelle la géographie physique.
Dans le même temps on les élèverait au magnifique spectacle des cieux pour leur apprendre à distinguer les constellations et les étoiles principales, par leur position, leur éclat et leurs noms, à reconnaître les planètes, avec leurs changements de position, relativement aux étoiles fixes, et l'espace du ciel où ces mouvements s'exécutent. On leur ferait voir, à l'aide du télescope, ces planètes avec leurs satellites ; on leur ferait observer surtout la lune avec son mouvement autour de la terre, et ses diverses phases ; on les rendrait attentifs aux changements de position du soleil relativement à la terre, et on leur donnerait une idée des deux mouvements de celle-ci autour d'elle-même et autour du soleil, d'où naissent la révolution des jours et des nuits, des saisoné et des années.
Cela conduirait naturellement à leur enseigner comment les rapports sensibles de la terre avec le ciel ont été mis à profit pour diviser le temps et pour fixer la position et la distance, des lieux sur notre globe ; ce qui servirait à leur donner les premières notions élémentaires de la sphère ; mais en tout ceci il faudrait se borner à ce qu'on peut mettre à la portée des enfants, à l'aide des sens, de l'imagination, et des premières opérations de l'arithmétique ; il faudrait encore quelque livre élémentaire plus simple que nos traités ordinaires de la sphère, qui supposent trop de onnaissancesc astronomiques.
A l'histoire des objets, on pourrait faire succé-
der immédiatement celle des faits de la nature, c'est-à-dire, des phénomènes naturels^ tels qu'ils se présentent aux sens, dont les enfants peuvent s'instruire par leurs propres yeux, ou à l'aide de quelque instrument, de quelque expérience simple et commune, ou de quelque description accompagnée de figures dessinées, et qu'ils peuvent, avec la plus légère réflexion, concevoir aussi bien que les personnes d'un âge plus avancé. Tels sont, par exemple, les divers météores ignés, aqueux, aériens, l'aurore, l'arc-en-ciel, les partielles, les feux follets, aurores boréales, etc., la foudre, la grêle, l'orage, les vents, la neige, le givre, la glace, etc., les expériences sur l'air, le magnétisme, l'électricité, le prisme et les couleurs, les sons, etc. et je ne sais combien d'autres aussi frappants et sensibles. Il ne s'agirait ici que d'une physique purement historique, où les faits seraient exposés sans remonter encore aux causes, ni aux grandes lois de la nature qui servent à les expliquer.
A mesure qu'on leur présenterait les objets et les faits de la nature avec leur destination et leurs usages, on ne laisserait échapper aucune occasion de les élever au premier Auteur de toutes ces merveilles, et de leur inspirer une juste admiration pour sa puissance, sa sagesse, sa bonté, ainsi que les sentiments de reconnaissance et d'amour qu'ils doivent à ce bon Père qui les conserve et les nourrit, objets que tous les enfants saisissent avec la plus grande facilité.
Sur tous les divers objets de connaissance dont on vient de parler, on trouverait d'excellents matériaux dans une foule d'ouvrages publiés en diverses langues ; mais nous manquons encore d'un livre élémentaire où tous ces matériaux seraient présentés sous une forme plus simple, plus abrégée, plus méthodique, plus à la portée des enfants.
Instruits une fois des divers objets et des faits de la nature, il faudrait encore faire connaître aux enfants les faits ou pratiques des arts; j'entends les opérations diverses que les hommes ont imaginées , introduites et successivement perfectionnées, à mesure que leurs connaissances se sont étendues avec leurs goûts, dans ce que nous avons appelé les arts et les sciences ; objets si intéressants qu'il n'est permis à aucun homme dont l'éducation a été cultivée, de les ignorer. Il ne s'agirait pas avec les enfants de suivre ces opérations dans tous leurs détails, mais seulement d'en mettre sous leurs yeux les principales, les plus frappantes, en les conduisant dans tous les lieux où l'on exerce les divers métiers ou fabriques, de leur montrer les outils et instruments qu'on a inventés pour suppléer aux forces de l'homme, épargner son temps et sa peine, tant ceux qui sont communs à diverses professions que ceux qui sont particuliers à chacune d'elles, en leur en faisant observer la construction et l'usage ; il faudrait leur faire connaître toutes les machines qui sont employées
lans toutes les sociétés, pour seconder les travaux de l'homme, faciliter ses procédés, préparer les matériaux qu'il emploie, leur donner la l'orme requise, en général toutes les découvertes et inventions faites en différents temps pour le bien de l'humanité, et pour étendre ses connaissances et ses ressources ; à quoi on pourrait même joindre les instruments de physique et de mathématiques de la construction la plus simple et de l'usage le plus commun.
Il serait bien à souhaiter qu'on eût partout
des cabinets fournis de modèles en petit de tous
ces divers objets pour les montrer aux enfants,
et leur faire connaître en ce genre ce qu'ils
n'ont pas eu occasion de voir, ou leur retracer
ie temps à autre ce qu'ils ont déjà vu en origi-
I liai. On pourrait encore suppléer à cela par des
^ines d'estampes accompagnées de descriptions
i courtes et simples ; on en a en allemand , et on
pourrait avoir quelque chose de très bon en
traoçais, si Ton se donnait la peine d'extraire un
abrégé du grand ouvrage sur les arts ou de
\ Encyclopédie,
Rien de plus absurde que le paradoxe avancé ie nos jours, qu'il ne faut instruire les enfants que par leur propre expérience, comme s'il était impossible ou superflu d'y joindre l'expérience que fournit Vhistoire des faits humains ^ c'est-àdire, des principaux événements qui se sont succédés sur la terre, des actions des peuples ou es particuliers qu'on a jugé dignes d'être consi-
gnées dans la mémoire des hommes, ce qui eî l'objet de Vhistoire proprement dite. Il n'est poir d'étude, lorsqu'elle est réduite à la simplicité hi torique, qui soit plus à la portée des enfants, plij propre à réveiller leur curiosité et à orner lei^ esprit de bons matériaux de connaissance. Il e^ d'autant plus nécessaire de les en occuper dad l'enfance que si l'on attendait plus tard, il serai beaucoup plus difficile d'inculquer dans leur m^ moire tant de faits et de noms que rhistoirj présente, comme peuvent l'attester tous ceu^ qui ont renvoyé cette étude à un âge pluj avancé.
Je crois donc qu'on peut dès l'âge de dix oi onze ans associer cette étude aux précédentes d'autant plus qu'elles peuvent même s'aider mu] tuellement. Mais avant que de l'entreprendre, i faut que les enfants aient déjà fait leur peti cours élémentaire de géographie physique et de sphère^ et qu'ils commencent par un cour^ abrégé de géographie politique, où le globe soij considéré sous ses divisions en grandes natioru ou états, avec leurs subdivisions en provinces, ei où l'on ait soin d'insister sur les lieux les plu^ renommés par les événements qui s'y sont passés, les grands hommes qu'ils ont vu naître, ou pour leur fertilité, leurs productions, leur indus trie, leur commerce, etc. J'ai dit que ce devait être un abrégé, tel qu'il le faut pour servir d'introduction à l'histoire, parce que je crois que l'étude même de l'histoire est le meilleur moyen
d'étendre et de perfectionner ses connaissances
Dans cette étude d'histoire, il faudrait mettre de côté toute question chronologique et critique au-dessus de la portée des enfants et le plus souvent très peu intéressante pour eux, éloigner avec soin tout ce qui a l'air de conte et de récit ! fabuleux, qui n'aboutirait qu'à les repaître d'erreurs ou leur rendre tout le reste suspect ; il faudrait s'en tenir à une suite d'événements généralement admis comme vrais ou très vraisemblables, en les rapportant cependant à certaines dates , selon l'ordre chronologique le moins embarrassé, aussi exactement qu'il est possible, et que cela est nécessaire pour aider à la mémoire.
On n'entrerait pas dans un détail minutieux de circonstances ; les faits seraient présentés en abrégé et sous la forme la plus attrayante .pour des enfants; on s'attacherait plus à ce qu'on jugerait le plus important, le plus utile, ou qui fournirait les objets les plus intéressants d'observation et de réflexion sur l'humanité et sur le genre de vocation à laquelle les enfants peuvent être destinés ; on insisterait moins sur l'histoire ancienne que sur la moderne, plus sur celle de l'Europe que sur celle des autres parties du globe, plus encore sur l'histoire de la patrie et des pays circonvoisins que sur celle des nations plus éloignées ; on s'attacherait en particulier aux origines des inventions, découvertes, établissements utiles, aux hommes illustres par
des services importants rendus à l'humanité, aux exemples mémorables de vice et de vertu, de malheur ou de prospérité, et à tout ce qui pourrait inspirer aux enfants l'humanité et la bienfaisance.
Je ne voudrais pas qu'on chargeât les récits de trop de réflexions, mais qu'on s'en tînt à celles qui naîtraient naturellement des faits, et qui seraient propres à former l'esprit et le cœur des enfants, à fortifier en eux l'instinct moral, qui chez tous les hommes précède même l'usage de la réflexion, et qu'on fît ainsi servir l'étude de l'histoire à les accoutumer de bonne heure à détester tout ce qui est mal, à goûter tout ce qui est bien.
Pour faciliter cette partie de l'instruction , il faudrait encore avoir plusieurs petits livres abrégés, composés par des personnes aussi distinguées par leur discernement que par leur érudition, et qui continssent les faits avec les réflexions , en sorte que les enfants n'eussent à lire et les maîtres qu'à les interroger sur ce qu'ils auraient lu, ou le leur faire raconter d'euxmêmes, ce qui leur apprendrait en même temps à lire avec fruit et à bien parler ; mais malheureusement nous n'avons encore en ce genre que des livres très imparfaits.
Parvenus à l'âge de douze ou treize ans, et munis d'un bon nombre de connaissances particulières, fl serait temps d'élever les jeunes gens à des connaissances générales, à des objets non
sensibles, à des principes abstraits qui servent de base au raisonnement, et les accoutumer ainsi peu à peu à voir les choses de plus haut et plus en grand qu'ils ne l'ont fait jusques alors.
Les premières connaissances de ce genre qui paraissent être le plus à leur portée, sont celles des grandeurs ou des mathématiques, qu'ils comprendraient à coup sûr bien plus aisément que les abstractions grammaticales, puisque les sens, l'imagination et la mémoire concourent ici avec la réflexion pour facihter l'intelligence des vérités les plus abstraites, et que ces vérités offrent d'ailleurs tant d'attraits et en elles-mêmes et par leur grande utilité pour les hommes.
Point d'étude aussi plus propre à perfectionner l'esprit humain , puisqu'elle lui fait contracter l'habitude de combiner ses idées, de les comparer entre elles, de les lier et enchaîner l'une à l'autre, et qu'elle le force en quelque sorte à raisonner toujours juste, ou s'il vient à se tromper, lui fait reconnaître incessamment son erreur.
En supposant qu'on eût pris soin auparavant de former peu à peu les enfants aux opérations arithmétiques par une simple pratique, il faudrait à cette époque commencer par les élever à ces notions et ces principes généraux des nombres, qui servent à démontrer les fondements de ces opérations, leur développer celles-ci d'une manière raisonnée, et leur apprendre à les appliquer et en modifier les pratiques et les usages, selon le besoin et les circonstances.
Il s'agirait encore de leur faire concevoir trune manière abstraite Vélendue avec ses dimensions, les diverses figures avec leurs rapports de quantité et leurs proportions, les diverses opérations qu'on emploie pour mesurer les lignes, les surfaces, les solides, tant sur le papier que sur le terrain, en joignant à chaque vérité sa démonstration et à chaque opération sa preuve ; ce qui supposerait encore la connaissance détaillée et raisonnée de tous les divers instruments nécessaires pour prendre et déterminer les mesures dans tous les cas ; il faudrait, en un mot, instruire les jeunes gens dans tout ce qui appartient à la géométrie élémentaire, théorétique et pratique^ la trigonométrie et les logarithmes, avec les premiers éléments des sections coniques et de la science des courbes, autant qu'il en faudrait pour servir de préparation à Tétude de Idi physique proprement dite.
Car il serait temps aussi de mettre à profit les connaissances historiques qu'ils auraient acquises sur les objets sensibles pour les conduire aux résultats généraux, à la connaissance des lois générales de la nature, et des causes qui servent à expliquer les divers phénomènes naturels connus par des observations ou des expériences. Cette science qui constitue la physique proprement dite, demande nécessairement Tapplication des principes mathématiques qui servent à démontrer la liaison des causes avec leurs effets ; ainsi elle comprend sous elle ces diverses branches de
sciences qu'on appelé jy^ysico-mathéniatiques. Cette théorie physique deviendrait encore plus intéressante pour les jeunes gens lorsqu'on y joindrait les expériences et quelques opérations lie chimie. Alors ils se trouveraient assez avancés pour recevoir des instructions plus approfondies sur les corps, leure propriétés spécifiques, et ce qui a rapport à leur naissance, leur accroissement, leur développement, leur dépérissement et dissolution ; objets du ressort de la [hysiologie. Ce serait le moment aussi de leur donner quelque teinture d'anatomie du corps humain, et des principales maladies auxquelles il est sujet, avec les médicaments le plus communément en usage.