‹ Essai sur l'éducation intellectuelle, 1787Chapitre 6 sur 10 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Continuation de la marche graduelle qu'il faudrait suivre dans l'éducation intellectuelle pour ce qui regarde l'instruction des jeunes gens dans les sciences.

A l'aide de toutes leurs connaissances historiques et des progrès de leur réflexion et de leur jugement, on pourrait ensuite très facilement

i- élever les jeunes gens à la co7inaissance gêné»

'*. de l'homme ou de Vespèce humaine, conaidé

,1 comme distincte des autres espèces, et rele

sur elles par des caractères frappants de supéi

rite ; science bien importante, qui devrait sel

d'introduction à toutes les études philosop

ques : car que peut-on savoir d'intéressant

ce genre si l'on ne commence par connaî

rhorame ? Les matériaux de cette science

trouvent dispersés dans une infinité d'écrii

mais il n'existe encore aucun traité élémenta

' ' qui les ait rassemblés sous une forme utile p(

Î l'instruction. Nous en avons tracé une ébaui

dans la première partie de notre ouvrage rtian crit sous le nom d'Anthropologie propre™ i dite.

;:3) Après cela on pourrait promener les rega

"H^'i des jeunes gens sur l'espèce humaine, conside:

.'.7'' comme répandue ou dispersée sur la face de

■ '^ terre sous différents corps de socie'tés, et r

sembler tous les faits généraux qui ont rapp à leurs premières oiigines et aux progrès qu' les ont faits successivement dans la recherche l'application des moyens propres à assurer U conservation et augmenter leur bonheur.

Telle est la science importante dont il faudi du moins apprendre aux jeunes gens les premii

■ > , éléments ; les matériaux en sont aussi répanc ^ dans plusieurs excellents ouvrages modernf i mais personne jusqu'ici ne s'est avisé d'en co

poser un abrégé élémentaire qui pût servir

guide dans l'instruction sur des objets aussi intéressants ; nous en offrons une esquisse dans la seconde partie de notre ouvrage.

Parvenus à l'âge de quatorze ou quinze ans, et déjà familiarisés avec les objets non sensibles, il serait temps de fixer sérieusement l'attention des jeunes gens sur eux-mêmes et sur ce qui se passe dans leur intérieur, lorsqu'ils pensent, qu'ils jugent, qu'ils raisonnent, qu'ils se déterminent, qu'ils déploient leur activité. Il faudrait leur présenter une analyse détaillée et approfondie de leurs facultés et opérations intellectuelles, leur faire connaître à fond ta marche naturelle I de l'esprit humain, qui est celle même que les j hommes ont suivie dans tous les temps pour I s'instruire, les divers principes qui doivent ser- I vir de base aux différents genres de connaissances auxquelles ils peuvent atteindre, et les règles de logique et de critique qu'ils doivent suivre en conséquence pour arriver sur chaque objet au plus haut degré de certitude dont il est susceptible.

Mais en déduisant ces règles de la nature même des opérations de l'esprit humain, je voudrais qu'on en fil aussi à mesure une application immédiate. Rien ne serait plus propre à les leur faire bien concevoir que la lecture de quelque livre écrit avec une exactitude rigoureuse; dont on leur ferait bien observer et analyser toute la marche, ou des exercices de composi-

tion uniquement destinés à les former à une méthode régulière et exacte.

Nous avons de bons traités analytiques sur l'âme, des écrits excellents sur la logique et la critique, mais nous n'avons encore point de livre élémentaire qui réunisse ces divers objets qui ne peuvent guère être séparés dans l'instruction ; car comment présenter séparément la connaissance des facultés de l'âme et celle des règles qui doivent les diriger dans la recherche du vrai ? Nous avons donné là-dessus un essai dans la troisième partie de notre ouvrage.

Eclairés alors sur la nature même de l'instrument de la pensée et sur la manière de s'en servir, accoutumés par là à porter leur attention sur eux-mêmes et sur tout ce qui se passe en eux, lorsqu'ils exercent leurs facultés, les jeunes gens n'auront plus aucune peine à saisir le vrai art d'observer, et de tirer de leurs observations des résultats vrais et lumineux ; ils apprendront à bien penser, à juger sainement, à raisonner avec justesse, à parler avec correction, à suivre d'euxmêmes et sans efforts, avec autant de rapidité que de succès, la marche que la nature a tracée elle-même aux hommes pour s'avancer de connaissances en connaissances.

A mesure que ces connaissances se multiplieront, qu'ils verront naître de leurs observations de nouvelles vérités ou de nouvelles règles, ils sentiront d'eux-mêmes la nécessité de les réduire

à des expressions abrégées, de les classifier, de les ranger avec ordre, pour pouvoir se les retracer et les appliquer avec plus de promptitude, et ils pourront d'eux-mêmes , chacun selon son génie, en faire une distribution méthodique en divers corps de scie7ices.

Après cela, on pourrait leur donner une connaissance plus approfondie de Thomme considéré du côté moral^ de ses facultés morales et ses penchants moraux, des causes impulsives et finales qui le déterminent, de la fin à laquelle il doit tendre et des lois auxquelles il doit soumettre sa volonté ; autant d'objets relatifs à la morale et à la religion naturelle dont nous donnons un précis dans la quatrième partie de notre ouvrage.

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