‹ Essai sur l'éducation intellectuelle, 1787Chapitre 9 sur 10 · RÈGLEMENTS · texte numérisé non relu

RÈGLEMENTS

Point de distinction entre collège supérieur et collège inférieur.

On cherchera à assortir les classes de maîtres à peu près également recommandables par leurs lumières, puisque dans leurs épreuves pour l'élection, ils seront tous soumis à un examen, non seulement sur la partie de Tinstruction à laquelle il faut pourvoir actuellement, mais encore sur toutes les branches de connaissances enseignées dans le collège, étant juste que des maîtres sachent au moins ce qu'on y doit apprendre aux disciples, d'autant plus qu'ils seraient tous appelés à juger de leurs progrès.

Les objets d'instruction étant d'ailleurs également importants par leur connexion entre eux et avec le but général, il ne doit y avoir entre les maîtres aucune distinction de rang que celle de l'ancienneté des services dans le collège.

Tous seront membres égaux d'un même corps appelé Régence f présidé par un chef, appelé Recteur, établi pour trois ans seulement, afin que chacun des membres puisse présider à son tour.

Le corps entier sera le Supérieur de ses membres et de tous les ressortissants. Il se statuera

lui-même , réglera la marche des études, les heures d'instruction, les objets de discipline ; mais il sera soumis à un magistrat civil, et après avoir obtenu la sanction de ses statuts fondamentaux, il ne pourra y toucher que sous la permission de celui-ci.

Il fera subir les épreuves aux prétendants à l'emploi de maître, et présentera les deux plus capables au Souverain. Ces épreuves seront :

1*^ un examen sur la tâche de la classe et sur celle des autres ; 2° un enseignement aux disciples en présence du corps.

Le corps sera maître absolu des promotions d'une classe à l'autre, qui se feront toujours au commencement de mai, et jamais dans un autre temps.

Il ne se fera qu'un seul examen dans chaque classe, et cet examen roulera sur tout ce qui a été enseigné pendant l'année. Ceux qui n'auront qu'un succès médiocre resteront dans leur classe encore une année (ce qui sera pour eux une année de retard), et si au bout de l'année suivante, ils ne sont pas dignes de la promotion, on leur donnera leur congé pour toujours.

Les advenaires qui subiront à contentement les examens sur les tâches des classes précédentes monteront aussi dans celle à laquelle ils aspirent.

Dans les examens, les disciples seront rangés selon leur rang d'entrée en classe , et après l'examen, ceux qui auront eu un succès distin-

gué, seront placés avant les autres ; le rang sera ici uniquement un prix d'honneur.

Le bien de l'établissement demanderait que nul ne pût être admis ni aux premiers emplois civils, ni au barreau, ni à la médecine, ni à l'état ecclésiastique, qu'il n'eût obtenu un témoignage de promotions honorables dans les dix classes, et fait toutes les études prescrites, à la réserve de celles des langues orientales et des langues modernes vivantes, dont l'étude serait laissée à la liberté de chacun ; l'examen hébreu ne serait exigé que de ceux qui se vouent à l'état ecclésiastique, pour être admis aux études de celui-ci.

AVANTAGES DE l'INSTITUT

1** Ce ne serait pas une institution monachale, toute tournée du côté du latin, mais une institution nationale, à l'usage de tous les honnêtes gens, où ils apprendraient ce qu'il leur convient à savoir.

2*^ Aucune étude n'y serait forcée; ceux qui ne voudraient que l'étude des choses, et s'en tenir à leur langue maternelle, pourraient se borner aux leçons qui répondraient à leurs vues; ceux qui ne voudraient que du grec et du latin pourraient aussi s'en tenir là, etc. ; chaque maître pourrait séparer ses disciples en deux classes, ceux qui feraient toutes les parties de la tâche, ceux qui ne les feraient pas toutes.

3^ Chacun pourrait quitter le collège quand il voudrait, et néanmoins obtenir un témoignage sur ce qu'il y aurait appris, pour en faire Tusage qui lui conviendrait.

4° Par cet établissement on aurait dans le pays une bonne pépinière de sujets pour toutes les vocations, de gens de lettres, d'instituteurs pour la patrie et pour l'étranger, de maîtres publics, etc.

5<> On verrait diminuer à vue d'oeil la foule des pédants nourris de mots et d'inutilités.

6° Les jeunes gens feraient toutes leurs études avec intérêt, avec plaisir, sans peine, et la santé des gens de lettres se trouverait infiniment moins altérée.

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