‹ Essai sur l'éloquence de la chaire (volume 2)Chapitre 20 sur 73 · VI. Du plan d'un discours · texte numérisé non relu

VI. Du plan d'un discours

Avez vous ainsi creusé les principes , et vn . le fond de votre sujet ? Gest ici que l'an commence. Il est temps de fixer votre plan; et c'est presque toujours la partie qui coûte le plus de travail & l'orateur , et qui a le {dus d'influence sur le succès de son discours. Toute sa gloire dépend de cette première ordonnance du tableau. Le plan doit ouvrir un champ vaste et fécond à l'éloquence. S'il est trop 'circonscrit , il vous. met hors de votre matière, au lieu de vous fixer au centre du sujet. C'est ainsi que Cheminais , séduit par le cliquetis d'une antithèse brillante, se borne , dans son sermon sur l'ambiiion , & présenter l'ambitieux esclave et l'ambitieux tyran ; saus s'apercevoir combien il s'appauvrit en se renfermant dans ces deux coins trop resserrés , où il ne peut plus peindre les sacrifices , les baa> sesses , les injustices d'un autre genre , que coûte cette malheureuse pasûon , et tous les étranges mécomptes auxquels ces mauir vais calculs Uvrent ordinairement se* victimes. Il ne faut qu'ufie «rreur pardlle c^ifi»

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le plan , erreur qui est l'équiTalent d'un mauvais choix de sujet , pour ôter à on diftcours comme à un drame toute espèce d'intérét, etpourégareretentraîoerà une chute inéntable le même orateur, le même poëte, dont le talent mieux dirigé s'est signalé par des chefs-d'œuvre dans la même carriMe.

Ce danger est principalement rêseryé aux beaux-arts d'inveodon , surtout à l'éloquence et à la poésie , et c'est aussi ce qui rend nos sucpès plus difficiles , plus incertains , et par conséquent plus honorables. Un écrivain ne court jamais le même risque dans les ouvrages d'un ordre inférieur , qui n'exigent que du travùl , delà raison , ou même que de l'esprit et du goût,

Plus un orateur méditera son plan , plus il abrégera sa composition. Laissons tune blâmerla méthode des divisions coimne une contrainte funeste à l'éloquence , et adopitous-la néanmoins sans craindre qu'elle ralentisse la rapi<hté des mouvemens oratoires , en les dirigeant avec plus de régularité. Le génie a besom d'être gwdé dans sa route <, ou de se guider lui-même , en nous dîsuit d'où il vient et où il va } et la règle qui lui épargne des écarts le coulraini pour le mieiu servir , quand elle lui donne de salutaires entraves ; car le génie n'en est que plus ferme et plus grand , lorsqu'il marche avec ordre , éclairé par la raison et dirigé par le goût. L'auditeur qui ne sait où l'on vent le conduire est bientôi distrait -, et le plan est tellement nécessaire pour fixer son {attention , mi'il ne faut plus délibérei- si

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l'orateur doit l'indiquer. Ce plan, aussi indispensable pour coinposer arec méthode ^ue pour eue entendu avec plaisir, est-il mal conçu , obscur , indéterminé ? Il y aura dans les preuves une confusion inévitable , une fatiguante divagation , et du mouvement sans progrès. Les objets ne seront point nettement séparés , et les raisonn&> menss'enirecbocpieront, au lien de se prêter une force corrélative et un appui réciproque. Plus on creuse son plan , plus on étend son sujet. Des rapports qui paroissoient d'abord assez vastes pour présenter -la matière du discours dans toute son étendue , forment k peine une sous-division as- sez riche , quand on sait généraliser et développer ses idées. Loin donc , loin d'un orateur chrétien ces plans éblouissans par une singularité sophistique ; ou par une antithèse stérile , ou par un paradoxe subtil ! Loin ces plans qui ne sont ni assez clairs pour être retenus , ni assez importans pour mériter d'être remplis ; et qui ne présentent qu'une vaine abstraction sans intérêt I Loin ces plans fondés , ou sur des épithètes sans fécondité , qui n'ouvrent aucune route à l'éloquence , ou sur des aperçus sans étendue , plus propres à servir d'épisode que de partage a une solide instruction ! Loin surtout ces sous-divisions correspondantes et symétriques entre les deux jftrties d'un discours , où elles forment une opposition puérile , également indigne et d'un art si jioble et d'un mimstère si auguste ! Évitez ' ces défauts brillans -, présentez-moi un plan simple

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