‹ Essai sur l'éloquence de la chaire (volume 2)Chapitre 37 sur 73 · XXVII. Des Panégyriques · texte numérisé non relu

XXVII. Des Panégyriques

Cette Gdélité ou ce retourà l'ancien genre et aux doctrines éprouvées , se recommande autant à notre émulation ) par l'immortelle célébrité de nos grands oratetirs , que par le malhem^ux exemple des rliéteurs qui , en suivant une autre route , les ont trop bien vengés , et dont les succès ont été si contestes ou si épbémèresi £t { comment pouvoieni-ils se flatter en effet de donner un plus beureux essor k l'éloquence sacrée , en

ainsi qa'ildevoit juger l'un des pbis beaux chefs-d'œnvre de notre langue , en osant le comparer au romait des Amours de Tt^agène et de Cliaricl^e ? On ne conçoit pas comment l'un des admirateurs tes plus éclairés et l'un des pins dignes émules de l'antiquité , n'en a pas reconnu, au premier coupd'teil, le na- Inral et le cbarme dans le Tél^maque , c'est-à-dire, dans celui de tous les ouvrages modernes , qoi a le

5 lus d'analogie et de Tesseiiâ)lance arec les chels- 'œuvre des anciens. Boilean n'a donc pas senti le talent prodigieux de Féaélon ; le Tasse et Quinault (ODt vengéf .

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traitant je ne sab quels sujets nouveaux , maigres et profanes , tandis qu'aucun dist cours ^cré du âix-huiiîème isiècle n'a été consacré parmi nos triomphes oratoires , dans le genre même du panégyrique , où tout est neuf encore pour le talent, puisque cette carrière n'a pas été parcourue en France avec autant d'éclat que les sentiers du dogme et de la morale ? La nouveauté des matières qui restent k traiter dans cette partie aux orateurs chrétiens, n'inspire ccr pendant pas à leur génie des éloges plus éloquens que leurs autres sernions ; et cette observation démontre que ce ne sont pas des sujets neufs , mais des idées neuves qui leur manquent pour exceller dans leur art.

Toutefois , rien n'est plus propre k enflammer l'imagination dun orateur , que l'auEUSte ministère de dispenser ta louange aux aéros chrétiens , dont les exemples honorent notre culte et accusent nos moeurs.

Si c'est un grand et beau spectacle , offert , au genre humain par le christianisme , que d'assembler les hommes dans un temple pour les instruire de tous les devoirs de la morale , c'est sans doute aussi une bien magnifique institution que d'ériger des au?

tels à la vertu , et de décerner des éloges annuels aux saints les plus dignes d'être

Proposés par la religion a l'admiration et à émulation de* ses enfans. Mais les hommes dont la vie , quoique d'ailleurs sans taches , a été cependant obscure ou commime , ne fournissent point assex d'alimens à l'éloquence. Il faiit s'être ren4u célèbre par un

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génie sujp^eur ou par des actions éclatantes ; n'avoir heunji que d'être tiré de l'oublï poor se montrer jgrand ; avoir eârcé nne influence marquée sor son siècle ,■ ou du moins sor son pays ; avoir fait époque dans l'histoire de la religion ; s'être élevé an-desaus de^ venus ordmsùrcs ; s'être signalé par de'glorieux souvenirs ou par d'immortels moDumens ; et se présenter à la postérité avec des droits publics à une renommée imposante , pour soutenir l'éclat de ces hommages solennels ; et mal^ toute la pompe des déclamatenrs , nn samt inconnu de l'nistoire n'obtiendra jamais que Aes panégyriques ignorés comme lui.

Le défaut le plus ordinaire de cette espèce de discours , qui devroiem réunir aux récits instructifs d'un éloge historique , l'intérêt plus animé d'un éloge oratoire , c'est celte couleur vague , ce ton de déclama-* tion , celte emphase triviale , cette profusion dégoûtante d'épithètes et de superlatifs , enQn cette redondance de lieux communs , qui ne sauroient jamais ni s'adapter à une louange int^viduelle , ni retracer par conséquent le vrai caractère de l'homme qu'on veut louer. On se borne en quelque sorte aux extrémités , aux surfaces et aux dehors , au lieu de pénétrer dans le food du sujet ; et la plupart des panégyriques , distingués les im» des autres umquement

Îiar le titre , convenant également k tous w saints du même état , n en font connoître réellement aucun.

Un autre défaut très commun dans le

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tûém.6B&asèj est cette ezagépatton ridicule tj\i\ affeiblic toot en outrant tout. La circonspection d'un panégyriste est la plus sûre garantie de sa bonne foi ; et il deTieot d'autant plus persuasif cpi'il Hiontre plus de mesure. Ne vous exposez dqtic pas aux mécomptes d'un enthousiasme factice et solitaire , en éloignant ^ar les fictioqs de votre cerveau ta confiance- de votre auditoire.

Vous ne célébriez avec an plein succès les héros .de la religion dans la chaire ejaétienne , tm'en amenant l'admiration publique , exaltée par vos récits , à renchérir sur le tnbut de vos éloges. C'est donc par des faits et non par des phrases que vous pouvez accréditer leur renommée ; mais ces faits , il faut savoir les choisir , tes combiner , les graduer , les lier , les grouper , les diriger vers le but moral qui doit les réunir , et en former un faisceau de prenves triomphantes qui étalent toute la richesse de votre sujet , en donnant ii la fois de l'autorité et de l'intérêt à la louange.

La perfection de l'art consiste en ce genre k électriser l'admiration de l'auditeur en lui présfflitant , san» aucune réflexion commune , des résumés «ubstantiels , rapides et frai^KUQs. Un texte heureux de l'Écniure est le cadre le plus favor^le à l'orateur sacré pour faire ressortir la ^oire de son héros , par nue suite de tableaux variés et toujours croissans , qui raident oratoire l'énumération la plus simplement historique ; et réveillent toujours la pensée , sans la rassasier jamais.

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Voilà , dans la distributioa de la gloire/ la part du saint qne vous fûtes revivre :

Toici maintenant la vôtre , qui sera d'autant plus douce à votre amotu- pour lui , qu'elle est encore la sienne. Ces tableaux vrais et . ravissans vont produire l'heureux eflet de

Erésenier sans cesse à vos auditeurs le grand omme qu'ils verront agir en l'entendant célébrer. Ils tressailleront de tendresse et de joie devant son image. Ils ne seront oc- ' cupés que^e lui seul durant votre discours j et ce sera le plus beau triomphe de votre éloquence , que de vous dérober ainsi à leur adiniration pour mieux vous en assurer. Il faut en eflèt que , dans le charme et dans l'exaltation de leur pieuse joie , ils ne son^ gent jamais à vous au milieu du spectacle

Sii les environne ^ qu'ils ne se souviennent ^ us ni de l'orateur qui parle , ni s'il existe un orateur j et le premier des panégyristes est éminemment celui qui absorbe et concentre ainsi toutes les pensées de l'auditeur dans son sujet , en se faisant toujours oublier lui-même. .

Les anciens , nos maîtres et nos modèles en tout genre de littérature , nous (mtdonné dans cette partie de l'éloquence des règles et des exemples que nous ne saurions trop méditer. Périclès , que toute la Grèce admiroit comme son plus grand orateur, prononça l'éloge fimèbrc des défenseurs de sa patrie , qui venoient de périr dans 1? première campagne de la guerre du Péloponèse ; et Thucydide nous a conservé cette fameuse harangue , dans laquelle il avoue que

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tjoB Périclès loua beaucoi]^ plus l'armée que les morts. Qui ne connoît lei autres moBumens dont l'antiquité s'est honorée dans cette carrière de l'éloquence > tels que le panégyrique d'Hélène par Isocrate , lé" loge de Pompée par Cicéron dans son discours pour la loi Manilia , et le panégyrique' de Trajan par Pline le jeune ? Les pères de l'Église , qui furent aussi les premiers orateurs de leur temps , et conservèrent presque seuls l'élocpience et le» lettres en Europe , surent euricliir les langues de Démosthène et de Cicéron d'éloquens discours consacrés aux regrets de l'amitié ou à la gloire des grands hommes. Nous pouvons citer avec confiance dans ce nombre l'-oraison funèbre composée par saint Grégoire de Mazianze , après la mort de sa sœur Gorgonie ; le panégyrique on plutftt les panégyriques de saint Pierre et de saint Paul , que saint Jean Chiysostâme ne cesse de mêler , avec amour et enthousiasme , à presque tous ses^cfaefsrd'œuvre j le panégyrique de saint Honorât, prêché par saint Huaire d'Arles : l'éloge funèbre si touchant que fit saint Ambroise de son frère Satyre , et de l'empereur Théodose ; enfin , quelques éloges^ lamais mémorables , et par l'éloquence des hommages et par le courage des leçons qu'adressa saint Bernard , au milieu d'un traité de moriale , au pape £ugène III , son disciple , dans son livre , si cooraseusement Téricuque , intitulé : De la Considération.

La France ne posséda guère d'autres trésors que ces épisodes de samt Bernard , dons Tome I. . £

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le genre des éloges , Josqu'au règne de Louis XIT. L'oraison funèbre fut élevée alors à un degré d'éloquence dont on ne pouToit avoir aucune idée , et qu'on ne surpassera probablement jamais. Les panégyriques sont restés parmi nous à une distance infinie de ces magnifiques discours. C'est le domainS le moins ricbe de notre éloquence sacrée , quoiqu'il ait été cultivé par tous nos

trands orateurs , qui , en nous fournissant ans leuiii ouvrages une autre mesure de leur supériorité , nous ont donné le droit d'être 91 difficiles eu admiration , nous ont appris à les juger , et n'ont laissé dans la carrière des éloges aucun chef - d'oeuvre , aoit qu'ils n'eussent pas le vrai talent de ce genre , soit plutôt qu'ils ne l'eussent pas assez étudié pour le créer , comme on de- Toit l'attendre de leur génie , s'ils en avoient mieux saisi le caiactère et la méthode.

Cette lice oratoire n'a donc éié jusqu'ï présent illustrée parmi nous par aucune composition que nous puissions citer comme un ouvrage classique , comme un monument qtû marque la borne au moins présumée de l'art. L'orateur panégyriste n'est donc probablement pas encore né ponr la france j et en rendant un juste tribut d'estime il plusieurs de nos éloges sacrés , je n'ose ; par respect pour nos discours du premier rang , citer aucun recueil de panégyriques dignes d'être proposés comme des 'modèles de perfection dans ce genre d'éloquence.

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