‹ Essai sur l'éloquence de la chaire (volume 2)Chapitre 39 sur 73 · L.,l,z<,.l;vG00gIf · texte numérisé non relu

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SUR l'âloquebcs. 143

•i ni a mes paroles , ni à mon zèle : oubliez X la sainteté de mon ministère. Ce n'est « point à moi , c'est à cet apôtre à vous préa cher sur la croix un Dieu crucifié : c'est a cet homme crucifié , dont la prédication»; <i plus pathétique et plus efficace que la

■ mienne , se fait entendre dans toutes les « Églises du monde chrétien. Le *oilà , ce " mmistre irrépréhensible , ce prédicateur

■ auquel vous n'avez rien à répliquer. Mais

■ que n'a - 1 - il pas à vous reprocher lui- . « même ? Il vous prêche encore maintenant

« le même Dieu qu'il préchoit aux juifs et

■ aux païens , un Dieu qui vous a sauvés

« par la croix. Le croyea-voua ? On vous

« a dit cent fois , et il est vrai , qu'au jugc- « méat de Dieu la croix paroîira pour vous « être confrontée , titae patehit sigiaim FilU " Ifominis.(Ma.i\h. c. 24)Maisoutrela croix « de Jésus-Christ , on vous en confrontera « une autre , celle de saint André. Oui , la « croix de cet homme apostolique , après « lui avoir servi de chaire pour nous ms- « truirc , lui servira de tribunal pour nous « condamner. Voyez - vous ces infidèles ?.

" nous dira-t-il j la vue de ma croix les a ■ n convertis : de païens qu'ils étoient , j'en « fis des chrétiens et de parfaits chrétiens. « Toilà ce qui nous confondra } et ne vaut-il « pas mieux dès aujourd'hui prévenir par « une confusion volontaire , cette confusion « forcée qui ne nous sera pas seulement « inutile , mais funeste ? »

Ce trait sublime , voyez-vous ces infidèles ? etc. f DiaoUeste l'élan et la verve d'un grand

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orateur , et montre qu'il sufHsoit à Bonrdaloue de se livrer k son génie dans toutes les ■matières pour s'élever à la plus haute éloquence.

Indépendamment de ces beaux mouvemeus de son zèle apostolique , Bourdaloue suivoit aussi fréquemment dans la composition de ses panégyriques , son attrait pour les développemens de la morale. Il faut donc citer ici un exemple de ces nouvelles digressions si étrangères au genre des éloges. Vers la fin de son pané^rique de saint Paul , en louant cet apôtre d'avoir bravé les tribulations , les chaînes et la mort

f>our aller remplir son ministère à Jérusa-.

em , quand il déclara qu'il ne craignoit rien de tout ce qui pouvoit lui arriver, et qu'il ajouta : Ma i>ic ne m'est pat plus pricuase que moi-même > Bourdaloue s'arrête ; et il ne songe pins au sacrifice et à la gloire de saint Paul , que pour en relever le contraste avec nos mœurs. « Que répondrez-vousà cet « exemple , dit-il, hommes du siècle, hom- « mes lâches et mondains , qui dans les n em|Joi$ dont la Providence vous a char- « gés , et même dans les fonctions qui tous « attachent , comme saint Paul , au service « des autels , cherchez vos aises et votre « repos? Venez , venez vous confronter avec « cet apôtre ; et dans l'opposition que vous « allez découvrir entre vous et luT.. appre- « nez ce que vous devez éu% , et conion- 5 dez-vous de ce que vous n'êtes pas. Saint « Paul s'est immolé pour son mimstère , et « vous vous épargnez dans le vôtre. Voilà le

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« reproche que vous aurez à soutenir de-, « vaut Dteo. Consultez-vous sur ce point.- • «■ Je sais que l'amour-propre vous persuade tt par eea artifices qu'on doit être content « de vous , comme vous l'êtes vous-mêmes, a Mais dites-moi , ces ménagemem de votre a personn* si étudiés et si affectés ; ce re- « lus d'un travail nécessaire que vous devez ' K au ptd>Uc i cette horreur de l'assiduité « que vous traitez d'esclavage et de servi- « tude ;, cette habitude de vous divertie «beaucoup ei de vous appliquer peu , au « lieu de suivre l'ordre de Dieu , qui scroit

■ de vous divertir peu pour vous appliquer u beaucoup ; cette liberté que, vous prenee « de vous décharger sur autrui des soins les K plus personnels et dont vous devez uni-' « quement répondre -, cette facilité à vous « émanciper des obligations onéreuses ,' « mais indispensables , qui sont attachées « à votre état j cette peine à vous trouver où

• il faut que vous soyez , et cette disposi-:

■ tion à être volontiers oij il faut que vous a ne soyez pas -, cette fuite des aiïaires qui a vous sont importunes et incomgiodes ,• a quoique Dieu et les hommes ne vous aient a faits ce que vous êtes que pour en être a incommodés etimportunes-, cette prudence > 1^ la chair à ne vous engager jamais ni a pour la vérité , ni pour la justice ; cette a crainte de vous exposer et de vous perdre « dans les occasions où Dieu demande que « vous vous exposiez et que vous vous per-

* diez ; en im mot , ce secret que le monde « vous a appris et que vous pratiquez si

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« bien , de ne prendre de votre condltioa a que ce qu'elle a de doux et d'honorable, ■ et d'en laisser le pénible et le rigoiu^ux ;- « ce n'est pas tout ^ cette indifférence , cette H froideur k la vue des scandales qui de- « vroient enflammer votre zèle , et au coa- « traire cette impatience sur les moindres H défauts dont votre délicatesse est blessée ; « cette sensibilité k vous offenser de tout « et à ne pouvoir rien supporter dans une M place qui vous oblige à tout supporter et » a ne vous offenser de rien ; enfin ces plain- « tes et ces éclats dans les traverses et les « contradictions : tout cela convient - il à « un homme qui , k l'exemple de saint Paul , a veut être iin minisue fidèle ; et puisqpe « pour être tel, , il faut se résoudre à être « victime , tout cela s'accorde-t-il avec l'é- « tat d'une victime ? »

Je respecte et j'admire comme je le dois ce sentiment et ce langage apostoliques. Je ' ne saurois donc regretter , pour la gloire de Bourdaloue, de voir son génie se livrer à ces épancbemens de zèle et à ces développemens de morale, qui , en l'étoignaat au sujet de son discours ,, le rapprochent si utilement de l'objet de son ministère , et lui ouvrent la conscience de tous ses auditeurs. Un pareil succès devoit lui paroître préférable sans doule k tous les triomphes oratoires. Mais je regrette , pour l'intérêt de l'art que ce grand homme a tant honoré , qu'il n'ait pas voulu borner et consacrer quelquefois en toute rîeueiu' son grand talent au seul et unique objet des panégyii--

sus L ÉLOQUER CE,- 1^'J

ques , pour nous fournir des modèles parfaits dans toutes les créations de l'éloquence sacrée j je regrette qu'il dérobe si souvent à ma vue le néros de son discours , que tout autre intérêt fait languir ; je regrette qu'il ne laisse rien à conunenter et à développer à mes pensées , que les siennes épuisent et absorbent dans leur difiusion ; je regrette qu'il ne se fie pas assez à son éloquence pour être bien sûr que dans un panégyrique où la morale doit sortir du fond du récit et du tableau des faits , et où elle est tout autrement intéressante quand on la voit en action que lorsqu'elle est réduite h raridiié des préceptes , on peut supprimer 4^es développemens superflus qui confondent tous les genres ; je regrette qu'il ne prenne pas plus souvent dans sa diction et dans son coloris un ton plus baut , pour obliger son talent à des efforts heureux qui doubleroient ses forces ; que dans le style des éloges , où il montre toujours de la pro-

Sriété , de la correction , de la noblesse , e la dignité , souvent même du nerf et de la précision , il néglige trop ce nombre , ce tour , cette grâce de la parole , celte imagination dans 1 expression si éminemment propres aux panégyriques ^ je regrette que Bourdaloue ne se soit pas rappelé dans de pareils sujeu la sage et lamineusc observation de Quintilien , quand il dtt , avec toute l'autorité du bon goût , que « les pièces ■> spécialement destinées à plaire au public ,- « quoiqu'elles soient fondées sacts aucun « doutcsurla venté , coKHELESPAsÉGYKrQOKs, K6 .

« et tout ce qui ^appartient au genre dé- « monstraûf , doivent avoir des fleurs et do « gràces dont U ne faut pas bmer les plaî:

« aoyen , où l'art est plus caché ; au Tien «qaici, non-seolement il se montre, mais « il ^tale toutes ses beautés pooi* remplir « l'attente de l'araditeur , qm est veat^ arec n le seul dessein d'entendre un beau di- « coiu-s (i) > { je regrette enGn qu'yen parcourant cette belle carrière où il devoit à t'amais nous servir de guide , ce grand lomme ait oublié que de fréquentes digresûons morales ne sont pas moins dépJ^cées dans un éloge , que ne le seroieut de continueb épisodes de louanges dans 'uo sermon.

Ainsi donc , même en retranchant de ces discours de Bourdaloue les instructives moralités auxquelles il laisse usurper trop d'espace , ib ne seroient pas encore d'irréprochables panégyriques ^ parce que les faits n'y seroient pas asset dominans , assez animés du génie oratoire , Assez suivis , assez hés , pour atteindre ni l'instruction de l'histoire , ni l.lntérét de l'éloquence. On y ad-

(i) A^om et lis actionibus quœ in alùfud sine tbùno veritato verstmtar , ûd sunt ad populo rem apiatœ deleciatûmem , quales LEGutcs eaireoTRicos , totunupte hoc demoastrativian gf ma , per mittitm- adhibere plus eultHs , onuumque artem ( quœ latere pienimçue in jadidit débet ) nonconfiteri modo ,\sed ostentareetiam, honànibus in Mc adrocatis. Qoint. de Iiut. Ontoiià. iib. a. aip^ lo.

.i,z<.i,,Cooglf

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, ^p miroit sans doute un excellent e^rit , une esStm. vigueur continue de raison , une marche

oniçrli sage, des raisonnemens-lumineux, des ci-

cbe; 1 tauons bnllantes de l'Écriture et des p^es ,•

oom, des coiinoissances profondes , et même plo^

'omm sieurs caractères aun talent mâle et supé-

iTm\ rieur; mais il r mantjueroit encore, pour

abat en faire de vrais chefs-d'œuvre , ces mou-

ri'sf vemens d'éloquence , cette poésie d'exprès-

ijen sion , ce progrès d'intérêt , ce souvepir on

'X m plutôt cette présence , cette action conti-

eni&i nuelle du héros toujours en scène som les

s dâl yeux de lauditoire > cette belle distribution

ieaii d'une vie entière méditée et coordonnée

ju I par un orateur , enfin cette fleur , que dis-

je ? ce feu d'imagîaaUon et cet accent d'eniea thousiasme qu'un éloge solennel attend de

,Q( l'éloquence , et dont l'admiration pid)liqiie

(fs. veut jouir.

^ L'attrait de son talent et surtout la con-

^g noissance approfondie de l'économie du

^ christianisme , appeloient naturellement

j Bourdaloue ^ dans le choix de ses élogei ,-

vers les sujets liés au berceau de la religion.' Il a senti et il a montré combien ils étoient féconds pour l'éloquence. Ce savant orateur se trouvoit là sur son terrain , au milieu^du . théâtre de ses grandes études ; et son érudi-T

' tion u'auroit jamais pu se déployer avec^Q

'i même avantage dans les sujets modernes ^

que les orateurs ciment beaucoup mieux traiter , parce qu'ils semblent plus intéres-; sans , parce qu ds appartiennent à des époques plus riches en personnage» à portraits historiques , mais surtout parce qu'ils sont

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incomparablement plus accessibles aox talens médiocres. Aussi Bourdaloue n'a-t-il négligé aucun de ces premiers héros de l'Évangile. Son inépuisable fécondité consacra ' huit éloges à cette seule période des temps apostoliques , eu composant les panégyriques de saint Jean-Baptiste , de saint Pierre , de saint Paul , de saint Etienne , de saint Jeanl'Évaiigéliste, de saint André, de saint Thomas et de la Hagdelaine.

Il n'est aucun de ces discours de Bourdaloue où l'on ne retrouve son talent , et où il ne fasse admirer des beautés du premier ordre. Ses plans me semblent des conceptions uniques , dont rien n'approche dans cette partie de l'éloquence sacrée. C'est dans ses panégyriques , mieux encore que dans ses sermons , qu'on est frappé , au premier coup d'œil , de la sagacité , de la justesse et de la profondeur de son esprit , dans son étonnante manière d'envisager ses sujets et de diriger l'ordonnance de ses discours. Il n'a point de rival dans cet art , disons mieui , dans cet empire du génie sur lui-même , qui , en traçant ainsi sa marche , a la sagesse de se restreindre pour se fortifier et s'élever plus haut ; d'abréger sa route en assignant son but; de se soumettre au frein qu'il se donne pour régler et augmenter son ardeur ; enfin d'assurer mieux son triomphe , en s'environnant de bornes qu'il ne se permettra pas de franchir ; comme un souverain alifermit et étend sa

{•uissance en s'imposant ^ lui - même des ois.

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