‹ Essai sur l'éloquence de la chaire (volume 2)Chapitre 40 sur 73 · L.,i,z<,.f,GoogIf · texte numérisé non relu

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iVH L'iLOQUEBCE. l5l

Parmi les exemples que je pourrois citer k l'appui d'un si juste hommage , je me bornerai à retracer ici le beau dessein de son panégyrique de saint Jean-Baptiste. Ce plan étoit contenu dans l'Évangile , à peu près comme une magnifique, statue est renfermée dans le bloc de marbre d'où elle doit sortir ; mais l'extracùon , c'est-à-dire la création , n'en est que plus heureuse , parce . i^e le génie seul a su l'y découvrir , l'en tirer et I animer de son souQle , en l'offrant ainsi à notre admiration avec autant d'éclat et de vérité que d'intérêt et dévie.

Bourdaloue prend pour texte ces paroles du premier chapitre de l'ÉvangQe de saint Jean : Un homme appelé Jean fut tnvoré de Dieu , et il vint pour rendre témoignaee à la lumière. £n développant le sens profond de ce passage , il ramené tout son sujet à l'aperçu lumineux et vaste d'une réciprocité de témoignages entre le Messie et le précurseur.' Il djserve que de même que saint Jean-Baptiste a servi de témoin au Sauveur du monde , le Sauveur du monde a voulu servir aussi de témoin à saint Jean-Baptiste ; et il divise son éloge en ces deux points simples et vrais : Jean-Baptiste rendant témoignage au Fils de Dieu , et le Fils de Dieu rendant témoignage k ]ean-Baptisle«

Voici comment il envisagé et sous-divise admirablement sa première partis : k Cinq «choses, dit-il, sont nécessaires à quicon- R Que est choisi pour témoin et doit en fùire « 1 oiBce : la fidélité et le désintéressement « dans le témoignage qu'il porte ; l'exacte

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« coimoUsance du sujet dont il porte témoL- " gnaee j l'évidence de» preuves sur les- « quelles il amiuie son témoignage ; le zèle • pour la vérité en faveur de laquelle il rend • -M témoignage ; enfin la comtance et la fer- « meté pour soutenir son témoignage. Or ,' > je trouve que saint Jean - Baptiste a eu « dans le degré le plus éminent toutes ces « qualités i car il a été pour le Sauveur du « monde un témoin fidèle et désintéressé ; « un témoin instruit et pleinement éclairé, « un témoin sûr et irréprochable , on té- « moin zélé et ardent , un témoin constant « et ferme, o

{Après avoir démontré ces cinq assenions lar les faits déposés àzns l'Évangile , dont e récit sembloit devoir épuiser la matière , Bourdaloue ne se montre ni moins original ,■ ni moins riche , ni moins frappant dans les sous-divisions de la seconde partie ; et le sujet ainsi présenté se prêtera merveilleusement au mouvement progressif que l'art saura donner à l'éloquence de l'orateur.

« Sans attendre , dit-il , son dernier avé- « nement où il servira de témoin à tous les « justes , le Sauveur du monde a voulu ser- « vir de témoin , dès cette vie , à son pré- « curseur, il a donc rendu témoignage à la " grandeur de sa personne : il a rendu té- « moignage à la dignité de son minislcre :

« il a rendu témoignage à l'excellence de K sa prédication ; il a rendu témoignage à « l'emcacité de son baptême : eimn il a > rendu témoignage à la sainteté de sa vie K et ïi l'austérité de sa pémtence. »

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SUR l'éloqoemce. i53

- Se ne connois ni parn?i lea anciens , ni parmi les modernes , aucun plan d'élose

3u'on puisse mettre en parallèle avec la istribuùon oratoire de ce discours. La religion seule peut-ouvrir de pareilles routes à l'éloquence. Cetoit ainsi que Bourdaloue savoit creuser ei raisonner les sujets que des méditations profondes mùrissoient et fécondoient devant son talent. Que l'on compare une pareille combinaison du génie , un ré* sultat si étonnant de quelques pages de l'Évangile, aux divisions généralement communes, foibles et uniformes , qu'une facilité paresseuse fournit à Massillon ; et l'on sera d'autant plus fraraé du contraste , qu'il explique également plusieurs des autres différences qu'on remarque entre ces deux grands orateurs, t'étoît ce travail préparatoire qui re'ndoit ensuite les compositions de Bourdaloue si pleines et si coulantes , qu'on ne trouve dans ses panégyriques , depuis i'exorde {i) jusqu'à ïa péroraison, aucune

(i) Je ne s«roû embarrus^ que du cltoii pour ea citer des exeiQples. Bourdaloue établit dans Vexorda de (oa panégyrique de saiot Àndre , que ce qui distii^ne cet apôtre, c'est son amour pour la croii. « ^entreprends de justifier cet amour de la croii^

• dit-il , et je veux même tous l'imjùrer. » Voici comment il entre dans sa première partie : « Il en ■ est des croix comme de la mort... En eOet ^ se pro- « curer la mort par désespoir , c'est un cnme y la c souluùter par accablement de chagrin , c'est foi-

• blesse ; s'y exposer par zèle de son devoir , c'est t une. vertu ; s'y dévouer poni Dieu, c'est un aot* t Uroïque de [«UgioD. »

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héùtatioD , aucun verbiage , aucun embari ras , aucune répétition , aucune urace de tténlité , aucmie phrase de remplissage.

L'orateur sacré qui , dans la composition des éloges , saura l'imiter dans l'art d'ap' profondir ses sujets , l'égaler dans la conception de ses plans , s'abstenir de se» di* gressions morales ^ et exercer plus hetu«usement la puissance de l'imagination que l'éloquence doit déployer pour célébrer la gloire, sera le prenuerdes panégyristes.-

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