XXX. De V oraison funèbre de Turenne par Fiéchier
C'est l'un des regrets qu'on éprouve en lisant la fameuse oraison funèbre de Tu- TCnne , que Voltaire appelle ig grand chefiTœuvrg de Fiéchier (i). L'illustre évêque de Nîmes s'est surpassé lui-même dans ce discours , par, lequel il a eu le bonheur de lier sa célébrité à la renommée de l'un de nos plus grands généraux , le seul homme étranger parmi nous k la dynastie
(i) fojrsz k la fin da volume la ooU n* 3.
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légoattte, dont la mort ait jamûs été plearée en France comme nne calamité publi' que. L'élégance et la pompe de son style y brillent dans tout leur éclat. Il y déploie l'élocution , le nombre , le goût , lliarmonie et l'imaginaiion poétique d'un orateur du premier ordre ; mais je ne saurois dire quu en montre également la véhémence ; la chaleur , la verve et l'invention. S'il possédoit à un plus haut degré le talent et les connoissances nécessûres dans le genre insiruetff, on pourroit reconnoître le disert et élégant Fléchier dans le portrait que nous a transmis Cicéron de l orateur Callidins.
« Des trois parties , dit-il , dont se compose < l'éloquence , il réunit éminemment les « deux premières : je veux dire , celles qui « tendent à instruire et à plaire ; la.troi- « sième , qui est la plus importante de tou- « tes , et qui consiste à toucher cl à émou- .« voir les espriii , lui manque absolu- «ment (i). a
Cette oraison funèbre fournit aux maîtres des exemples brillaus , et plusieurs sujets
(i) Sed eùm à nabis dictum tU , tria videri eue quae orator efficere deheret , ui doceret, M delectaret , ut moveret , duo fummé tenait , Ut et rem illustraret disserendo , et animas eorum gui aadirent dèmulceret voluptate ; obérât ténia illa lotis quœ permoveret atçue ''icitaret animas , quam plurin\um potière diximtis, Brutiu , seu de Ctaris Oratoribus , n* 2^6.
de
DolizccbvGoOglf
SUR L ÉLOQuEircE. l6l
de leçons très attachantes et très instructives (i). Il me semble pourtant quelle ne fait pas connoître sufîîsamment les vertus privées et le caractère antique du héros , dont on n'apprécie point encore assez , à mon gré , ni la belle âme ni les grandes actions après cette éblouissante lecture. C'est tou|ours le panégyriste que je Tois , ' quand je voudrois n'élre occupe que de Turennc. Mon admiration pour cet homme extraordinaire souffre de laisser lorateur en deçà de l'enthousiasme qui la ravit , et d'aller plus loin que lui toutes les fois qu'il ne montre pas assez pleinement , à travers des périodes si pompeuses , cet empire étonnant que Turenne eut toujours sur lui-même , et par là sur les autres hoimues ; cette sim-
{ (licite habituelle qu'il alliort à l'amour de a gloire ; cette inaltérable égalité d'âme et cette constante uniformité de vertu qui le signaloient à la guerre, à la cour, auprès des puissances étrangères, au milieu de ses sociétés intimes et dans rintérieur de sa maison \ ces prodiges innombrables de justice et d'humanité dans nos provinces envers les babitans des campagnes , et ces traits sublimes de bienfaisance et de
(i) L'eïjjlicalian oratoire de celte oraison funèbre se trouve faite avec beaucoup d'esprit et de goùl , dans les neuf et dixième chapitres du neuvième traite des Genres en Prose , quatrième volume de l'estimable ouvrage élémentaire qui a pour titre : Principes de littérature , par l'abbé fiatteux , de l'Académ» Française;