‹ Essai sur l'éloquence de la chaire (volume 2)Chapitre 55 sur 73 · XXXVII. Des épithétcs · texte numérisé non relu

XXXVII. Des épithétcs

Cependant , malgré ce riche fcntds d'idées

qne U méditation suggère à l'orateur , et aoDt l'éloquence tire la force de ses preuves , la fermeté de sa marche , ainsi que la véhémence de ses mouvemens , l'élocuUon oratoire manqueroit encore de plénitude et de vigueur , si elle étoit surchargée d'un vain luxe d'épilhètes parasites. Virgile , avec lequel Racine partage aujourd'hui la pritpaulé parmi tous les écrivains en vers les plus signalés par la poésie du style , fut doné par la nature d'un sentiment et d'un besoin du beau qiû tourmeutoientson goût, jusqu'^ ce que son esprit eût atteint la perfection idéale dont il s'étoit formé l'image. Il est , avec Horace , celui des poètes de l'antiquité qui a sri donner te e^us de re* lief à sa pensée par les mots auxuiairea dont il l'eaviroime ^ et qui a le plus enrichi , 1«

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plus embelli ses vers par des épithètes de génie , des épiUiètes créées et presque tou- ]ours métaphoriques , qui agrandissent le domaine de l'imagiaatioii , en transportant , de la manière la plus heui>euse , l'emploi des mots , du moral au physique et du physique au moral. Chaque page de ses poèmes en offre des exemples classiques., j'invite les orateurs à former leur goût à cette école. J'ai lu quelquefois de smte un chant tout entier de l'Enéide , en bornant mon examen à chercher et à bien approfondir la savante théorie des épithètes de Virgile ; car il faut décomposer ainsi en détail chaque partie de son style , pom- en sentir tout le charme et pour en découviir toute la richesse. C'est une étude siûvie dont j'ai voula m'occuper sous différens rapports , en méditant les poètes et les orateurs ; et elle m'a toujoius paru aussi piquante qu'instructive.

Voltaire montre un art particulier en ce genre. Il y cherche beaucoup moins à faire fiiiller son imagination que son esprit ; il a presque toujours visiblement le projet de former entre le substantif et l'adjectif une antithèse remarquable, non de mots, mais, d'idées , dans le choix de ses épithètes.

Qoand on examine ses ouvrages avec cette attention analytique , on y est frappé des contrastes fréquens et sensibles d'une a6sarde JéroeUi , d'une airoee démence , etc. , etc. , oppositions manifestement cherchées, et qui semblent indiquer l'iui des secrets babttueU de sa diction..

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