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Massillon nous avoit fourni avant l'iliitaur de la Henriade les plus heureux exemples de ces mêmes antithèses entre les épithetes ei les substantifs qu'elles contredisent. Pamù les preuves que je pourrois en produire, je roe Dorne ^ cette seule phrase de son <hscours pour le troisième jaimauche du Pebt Carême • Une impiété euvehstitiedse , dît-il , refuse au Tris-Haut la eonnoissaace d* tavenir , et a lajoibîesse d'aller consulter uoe pT/thoriisse- L'adjectif qui , selon son accep^ tion étymologique et littérale , doit nécessairement ajouter une idée noav^e à Ui signification incomplète d'un mot pour expri' mer toute une pensée •, devient donc manille > toutes les fois qu'il ne sert point à le caractériser ou à le graduer. Toute épithète qui n'est pas nécessaire pour la clarté , l'é* bergie , la couleur ou l'harmonie , et qui ne tigure point sensiblement dans une pé« riode , ne doit jamais y trouver place. Proicrivez-la comme un pléonasme , quand elle n'est pas commandée par ces divers besoins.
La règle est facile et sure ■■, et c'est elle seuk que ouiit consulter votre goût , quand Tow relises , la plume à la main, chaque page de votre composition , pour l'émonaer , comme d'autant de bourgeons superflus, dé toutes ces épiihèles oiseuses qui aiToiblis* sent toujours l'idée, quand elio* ne ctmtiibuent pas \ la fortifier.
La méthode des grands maîtres en toute «spèce de style consiste à laisser le plus sou* vent aux lecteurs ou aux auditeurs le aoÏB de mettre eux-mêmes l'épithète à cô^ j^
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SUR h ii.9^vtact. aSi
•met qui l'appelle et l'attend. Cestime jouiasance de plus pour leur sagacité , et un nouveau tciomplie ponr le talent. Les adjeo- .tifs et les adverbes , qui semblent donner plus d'éclat et de vigueur à ta pensée , l'aCténuent souvent au contraire en énervant le style. Plus on veut, dire , plus on croit dire ^ et moins on dit. La doctrine ordinnremeot si exacte de Quintilien me semblé ■trop relâchée sur cette règle de goût. Il réserve aux seuls orateurs la sévérité des prinûpes , dons cette partie de l'art d'écrire ; et il se montre indulgent jusqu'au mépris -en¥ers les poètes , déjk beaucoup trop enclins , par le besoin du mètre ou de la nme , à exténuer leurs vers par des épithèies innbles. Mais , Itun de se montrer moins difficiles et moins délicats en poésie qu'on ne .
doit l'être en éloquence , les vrais favoris des Hmes rejetteront avec dédain une si humiliante prérogative. « Il suffît aux poë- M tes , ^t il, qu'une éoitliète convienne an ■• mot auquel elle s'applique : aiusi on leur «passe de l'/co/rç btanc et du vin humide.
M Mais dans la prose toute épithète qui ne
* produit aucun effet devient vicieuse ; et «■ l'effet qu'elle doit produire est d'ajonter « tellement Ji la chose dont on parie , qne
• sacnS' elle l'idée ne se trouve point expo- « séeaveC958ezdeclané(i). »
- (i) Peetts stttiseit canvtnira verbù eut apptidwt elUàitstAaa&i et.^auàâM vuBiinhlk non rcprehtatUuitur, Apud oratonm veti nUt
S,oogl^
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Oq a remarqué très judideusement tpié dan* l'analyse philosopnlqae des langues, le subslanlii n'estjamais nen en.lui-méme, excepté dans l'orale purement physiqiœ , puisque tout substantif moral est un mot abstrait et b' existe que dans la pensée , coDune puissance , science , vertu , et tous les objets purement intellectDâls ou moraux i au lieu que l'adjectif qui eu dérive est tout , philosophiquement parlant > parce qu'il devient aussitôt individuel et sensible en s'attachant à un être paissant , savant ou vertueux.
Cette théorie est très vraie en métaphysique : c'est peut-ét^ tant pis pour elle , au jugement des lecteurs moins idéologues, qu n'ùment pas à laisser divaguer leur esprit dans les abstractions. Il n en est nullement ainsi dans 1 éloquence , où le substantif est tout , quoiqu il ne représente que des idées simples et primitives , et où l'adjectif au contraire n'est rien en soi , si ce n'est pour exprimer des idées complexes ou accessoires ; souvent même moins que rien , quand il ne se trai^forme pas en epithète auxiliaire ou plutôt nécessaire : il n'apporte alors que redondance dans le style ; et il va faUguer inutilement la période, eu ne renchérissant point sur le sens qu'elle présenieroit assez à l'esprit , indé-
ali^uid efi^itari redundat ^tùm autan affim citur si tiae iUo guod tUdtur tnùtàt est. lib. 8, «p. 6.
SDH LÉLOQoxiicï. a53
})eiidammeDt de tontes ces langniSsantes répétitions. Les ëpithèles sans fonction' rendent l'élocnUon lâche et traînante, Horace, ^ brillant dans le choix et la grâce de ses épithètes , a prononcé le plus irrévocable anathéme contre toute espèce de superfluité dans le style :
(^nnasupûryacuum pUno de pectore manai. ■
Il est des encours éÙQoelahs de traits ingénieux , et qui paroissent néanmoins vides ' ou pauvres aidées , comme nous l'avons déjà reproché au père de Neuville , unicraement parce tju'bn pourroit en retrahoher des.lienes entières , sans rien couper dans le vil et sans ylaisser la moindre oDscurité.
Mais si les épithètes vagues donnent au style de la ditlusion et de la langueur , le* émthètes à prétention peuvent le rendre bizarre etburlcsijne, par le ridicule d'une fausse ënergie.
En voici un exemple que je vais tirer d'un orateur et .d'un discours vantés dans toutes les rhétoriques. En préchant l'oraisôn funèbre de madame la daupbine , le 1 3 juin 1690 > Fléchier voulut lui faire un mérite de sa résignaUon durant le cours d'une maladie longue et inciu-able. Il crut qu'il étoit plus héroïque de conserver cette fermeté dans une mort lente , que de la déployer un moment contre une mort brusque et imprévue. « dont on peut , dit l'orateur , K iriompherplus aisément, parce quel'âme, t n'étant pas alors affoiblie par de longues