‹ Essai sur l'éloquence de la chaire (volume 2)Chapitre 60 sur 73 · L.,l,z<,.t,C00gIf · texte numérisé non relu

L.,l,z<,.t,C00gIf

a6o~ is«ii

s^le tti le grand maure et le principal' tet^ sort de filoquenee (i). Que personne ne t* fiatte donc de Avenir disert à peu de frais , ou par la seule fatigue d' autrui. Qu^on se persuade bien , au contraire , 00" il faut veiller, pâlir sur un ouvrage et faire aes efforts extraornoires pour le rendre parfait- Tout orateur doit se fixer à luèrmime un guide . une pratigue , me manière qui lui soit propre ; en sorte néaar moins que cet ordre de travail paroisse moins en lui un effet de tort et le fruit de lap-, plieation , qu 'une heureux don de la nature. Jj 'art oratoire , s'il en est un , peut nous indiquer promptement le chemin ; mais il se borne, à nous découvrir les trésors de F éloquence '• c 'est à nous à savoir en faire usage {^). Il est des maîtres qui après un exercice de quelques iours , et sans aucun plan , ne suivant que leur caprice , traiienl les orateurs qui ont fait le plus f honneur aux lettres , d'écrivains f-oids , timides , tecs , ennuyeux , languissant , selon que tune ou t autre de ces épithèles se présente à leur plume. Ils sont en vérité

(1) Stjrîum Tultius optimum effectorem ac magtsirum dicendi voeiâ. Lib. 10 , cap. 3.

(3) Nemo expectet ut lali vel tantùm aîteriui tabore sit disértus. Vigiîandum ducat , iterùm •lUtenditm , paUondam. Est facienda sua cut- ^ue vii, utus , dux , ratio ; rutc tanquàm luec tradUa , sed tanquàm innata. Ars oratoria , si qua est , viam demonsirare vetociter patest!

verùm ars salit prastat si copias eloquentiof ponit in média : noifrum est uti Ht idre, LiL. ,7, «p. 10.

DolizccbvGoOglf

bien heureux de se trouver éloquent avec si peu de peine, sans aucune scienei , aucat travail, oacune rigte. Je les enJéUeile , et /'avoue qu'ils m'amusent infiniment (i)-

C'est la raison , c'est le bon eoûi qui sug-

(jèrenl à Quimilien toutes ces reflexions dont e seul exposé démontre la sagesse , et suffit pour en fïdre des préceptes éternels de l'art. Il faut donc retrouver, en relisant de sang-froid et en jugeant ses propres ot»vrages , la même promptitude de tact et la même séTérité de critique dont on use dès le premier coup d'œil qu'on jette sur les, productions d'autrui , surtout ae ses rivaux pcMir y démêler letirs fautes ou leurs négligences : ce qui est infiniment plus facile que d'en saisir toutes les beautés ; car ppur apercevoir les défauts d'un discours il suffit de connoîire les règles , et peut - être même d'avoir le sentiment des convenances ; au lien que pour en apprécier les différent genres de mérite , il faut s'associer en quelque sorte à la composition de l'auteur , et avoir été doué 'd'une sagacité assez prompte et assez continue , pour sentir.

(\)Invettias prteceptores tjui brevem dicendi eaercitationffm consecuti , omissd ratîone , ut tuUt impetus , passim lumuUueniur , eosque ^uiplus honoris litteris Iribuenatt , et ineptoi , et fejunos , «t trépidas, etinfinOos, ut ^uodtjua verbum coiUumeliosissimum occurrit , appellent, Verian ilUs quidam gratulemur , sinm ■ labore , sina ratione , sine discipHnd disertit. Nobis cerlè sunt voluptati. Lib, s , cap. is.

t.CoogIf

coaune par ua heureux iusùnct , les insjHrations du uénie , les richesses de l'imsginaùoti i le uiarme d'une diction naturelle , la finesse de l'esprit et la délicatesse du goût. £a effet , pour peu qu'on ait l'habitude d'écrire , ou dutingue d'abord les morceaux qui ne sont point assez médité»

ou assez travaillés « et ijui échaf^ent de la plume de l'écriTain avant d'avoir acqtûs dans son cerveau toute leur nialunté. Ctt àtr facile çui fait , dit très -bien le grand poète lyrique Jeah-Baptiate Rousseau ( i ) , u ckarme d un ouvrage , ne consiste paini dam l'inebservalion des règles ; au eontroiee , cetu inobservation fait voir t impuissance où tw est de surmonter les é/Hcultés de Vart.

Une composition précipitée ou négligée se recounoit donc aussitôt, non pas, conune on le croît commanément, à l'aimable abandon d'une diciioQ libre et naturelle daps ses tournures , mais à rembairas de la phrase dont tous les mouvemens sont roides et con- trainta. Plus l'écrivain se hâte , plus en&uîlfi le style se traîne ^ et quand on dit qu'un discours sent le travail , c'est une preuve évidente qu il n'est point assez travaillé. On n'aperçoit plus la dent de la lime , lonqœ l'acier a été bien poli.

E^ effet f plus les idée» ont acquis de subMancQ par la méditatio» , pli» il est aisé d'écrire d'u&e manière élevée et ferme tout ce que l'esimt a conçu avec profondeur. La

(!.} LetUe à M. de IiotMté do «ft (Uuvb. X}3S<

L,.,l,z<,.t,C00gIf

magie d'une correction sévère donne au style un air facile , sans qu'on puisse apercevoir le moindre eiTort dans son élégance , qui ne paroit plus qu'un beoreux présent du goût. Si votre génie a creusé et fécondé ainsi le sujet que vous traitez , la composition deviendra pour vous une jouissance ; et vous ne commencerez à sentir le poids et les épines du travail qu'au moment , où, devenu votre pn^re censeur, voua soumettrez le prenûer élan de votre imagination k l'examen de votre jugement.

Profitez donc , selon le langage énergique de Montaigne , des beautés prime-saulières de style qui viendi'ont s'ofTrîra votreplame, au moment même où votre esprit effacera d'avance dans l'a copie suivante une partie de ce que vous écrirez alors de verve , mais avec négligence , en traçant les premiers linéameus de votre ouvrage. Cest Ih , c'est dans cette première effervescence du talent , que viennent se présenter d'elles-mêmes les- tournures fécondes et originales , les expressions heureuses , les traits sublimes de création et non pas de travail , qui ne subissent jamais aucun changement dans les transcriptions successives , coûtent le moins de peine k l'écrivain , et lui font pourtant le plus d'honneur : mais ce n'est pas là qu'il faut poursuivre les beautés accessoires dont la recherche anticipée écarteroit d'autres inventions plus importantes ; ce n'est pas lï qu'il faut attiédir l'inspiration de son talent par des distractions tnmutwuses. Tous les dsti^ du style Toiis occuperont i> 4

a64 isftAi

assez quand il faudra donner les dmiiers coups de pinceau à votre composition , sans vous fatiguer d'avance du soin d'orner l'édiBce , au moment où vous devez eu poser tes bases et en régler les dimensions. Une correction préma^rée ralentiroit l'essor do gcnie. Il ne faut revoir sou travail , selon la sage maxime de Quintilien > qu'au moment où le premier feu de l'imagination est entièrement refroidi : refrigerato i/iveiOiems ardoreii).

Ce n!est donc pas à l'écrivain qui médite ou crée un ouvi'age , mais au ce^isenr qui se juge lui-même , que Boileau dit avec tant de raison '•

Soyez-voos^ voai-méme uirWTère critique. "

Cependant cette ngidité d'un goût délicat ne doit jamais dégénérer en timidité et bien moins encore en scrupule, ^«///«j» d'espnl, dont Fénéloa nous avertit çu'iifaal laffraa' chir dans le styU comme àoiis la laorwt (3), Une révision qui se fait, la plume à la maiu, est pour ainsi t^re ime répéliUon raisounée de la composition primitive.

La correction qui doit résulter de cette

, révision Oratoire ne consiste pas simplement

dans la pureté grammaticale du style : elle

a pour objet prmcipal la constructic» de

la période qui doit développer la pensée de

(i) De ProUgomenis.

(x) Lettre ï. l'AcailÉw Frui{w^

DolizccbvGo'Oglf

' soB l'Aloqdehce.. a65

l'oEatenr avec un ordre clair et progressif,, pour l'accorder avec rharmonie et la pompe de l'éloquence. Ou construit géuéralemeut assez bien le langage de la conversation , qui ne demande lamais une harmonie soignée , dans lequel les inflexions de la voix tavoriseni la cïarlé , et où les idées n'ont ordinairement ni beaucoup de profondeur ni beaucoup d'étendue. La disposition etl»

place des mots exigent plus de combinaisons dans la langue écrite , et bien plus encore dans un discours. Les effets du siyle doivent y appeler une rigoureuse attention , parce qu'ils embrassent une grande multiplicité d'intérêts. L'ori^nalité et la vivacité du géme de Bossuet se font spécialement ivmarquer dans sa manière savante de construire ses périodes. On y reconnoît aussitôt son empreinte. Le fond de sa pensée , et par ^ conséquent l'objet de sa phrase , sont constamment signalés ofu" l'ordre des mots qui

en marquent la place et en préparent 1 efech) ' ' '

qui

fet. Rien n'est recherché dans les tournures et la coupe de sa diction : rien n'y paroît même concerté avec efforts. Que l'on essaie pourtant de refaire sa période , d'y ajouter , d'en retrancher , d'y déplacer même une seule expression j j ose affirmer , d'après plusieurs épreuves , qu'on n'y parviendra point sans en diminuer l'efTet. Il est du très petit nombre de ces écrivains créateurs , dont le style , ainsi consacré par l'insfMration du génie , ne peut subir aucune trans» ' formation qui n'en altère aussitôt le nombre, l'éclat ou l'énergie.

,.,i,z<,.f,GoogIf

i66 «<Bi»

Une. correction soignée , quelque rebutante qu'elle soit pour la paresse , dédommage au travail , et des tourmeus qu'elle coûte , par le sentiment , le besoin , l'espoir de la perfection, et bien mieux encore, par la satisfaction intime du goût , pour lequel chaque changement heureux , qui lui offre dans u& discours le tableau de ses conceptions fidèlement peint, animé, et fini à souhait , devient un enchantement qu'il faut avoir éprouvé pour s'en former l'idée. L'auditeur n'en saisit que l'ensemble j au Ueu que pour l'orateiu' qm le compose ^ chaque partie a d'autant plus d'intérêt , qu'il est oHigéil'en combiner tous les rapports , et d'en juger enstùte , avec un esprit inexorable de critique , toutes les idées , toutes les coaleun ■, toutes les preuves , tous les mouvemens . tontes les expressions , j'ai presque dit toutes les syllabes.

Mais il faut avouer que ce charme , si souvent interrompupar des intervalles d'hésitation et de diflicullé pour bien exprimer ce qu'on sent , ce qu'on pense ou ce qu'où veut peindre , est toujours h une énorme distance de l'ivresse de la composition , durant laquelle l'orateur , ravi de ses conquête, savoure avec mille fbis plus de débces le premiA suffrage de sa conscience litté* nùre , qu'il ne jouira jamais des applaudis- ■•emens publics.

Toili jusqu'où doit s'étendre la sollicitude -d'une composition sévèremeAt travaillée. £l qu'on ne m'accuse point d'inviter ici les orateurs à dessécher leur éloquence pour

SUR l'êLOQCBHCE. 267

épurer leur slyle. Je sais qu'on coût pmil- Isnioie peut sLiToiblir tout ce gu il aspire i

fierfectiotmer avec trop de soruptde , et <[ue 'mipétuûsité oratoire dédaigne les rechervhes minatiens^ qui éteindroient son ardeur ; mai» je sais aussi qu'on peut écrire de verve , et corrige ensuite ses premières esquisses avec lenteur, sans refroidir la chaleur primitive , et qu'il existe un juste milieu entre le danger de l'inapplication

rie permet des fautes de goût , et l'abus travail qui , en polissant trop les phra- • ses , amortiroit les élans do génie. Le grand matin ea l'art d'écrire, a dit avant moi aul écrivains de tout gem'e :

Vingt fois sur le mf lier remeUez votre ouvrage ; Polissez-le sans cesse , et le repoltisez ; ' Ajoutez quelipiefois, et souvent eSacei.

Page 1