‹ Essai sur l'éloquence de la chaire (volume 2)Chapitre 59 sur 73 · XXXVIII. De la nécessité de travailler son stjrle · texte numérisé non relu

XXXVIII. De la nécessité de travailler son stjrle

Effacez vous - même , orateur chrétien , tous ces pléonasmes. Jugez sévèrement vos productions , et bannissez avec ces redondances toutes les familiarités de style qui - ravalent la majesté des idées. Ou n'exige pas que tout soit également frappant dans un sermon ; mais on demande que tout soit écrit avec soin , et que l'éloquence dédommage

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SUR L'ÉLO.QCEireE.' aS-j

mage par la beauté de l'élocution , de celle qqi manque aux pensées : comme la scuJpnire si^lée par les richesses des ornement à l'imitation plos dilHcile de la nature. C'est le ^and art de Voltaire dans les scènes les moins animées de ses tragédies. Il faut des repos pouï l'admiration : il en faut surtout dans la véhémence ^ de sorte que si l'on die qu'il se trouve plusieurs morceaux vraiment eloquens dans un sermon écrit d'ailleurs avec noblesse , soutenu avec intérêt , et raisonné avec force , on l'aura, suffisamment loué, puisqu'il n'en existe encore aucun qui soit également parfait sous tous les rapports de l'art.

Aspirez-vous au mérite d'un style pur et élégant ? mulupliez donc les copies de vos.

discours ; et h. l'exemple de Fénélon , qui , né avec une si prodigieuse facilité , a laissé néanmoins onze manuscrits différens et complets de son Télémaoue , écrits en entier , ou du moins ratures et coirigés de sa main , ne cessez de transcrire aussi votre ouvrage, jusqu'à ce tjue vous soyez parvenu & TOUS satisfaire vous-même. Tout orateur doit adopter la devise de César , qui croyoi/ n'avoir rien fait , tant qu'il lai restait quehue ehose à faire. Plus on écrit, mieux on écrit: et ce n'est qu'en surmontant l'ennui de ces transcriptions réitérées , ' que l'on peut déployer dans son style toute la perfection de son goût. Aossi très peu de gens de lettres font-ils usage de toutes leurs forces, ta plupart d'enir'eux , accoutumés à se contenter trop tôt, meurent sans avoir jamais Tome I. P

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ni connu ni £ût connoître l'étendue de leiutalent. Les idées accessoires , les beautés de détail , les heureuses combinaisons de la finesse , dunombre et de l'harmonie , le doux sentiment d'unmorceau adievé (]u'Horace a si bien défini et si bien exprimé par ces mots , ^ai me mthi nddat amieum , enfin les tournures élégantes et variées qui font le charme du style , se présentent rarement k l'esprit de l'écrivain dans le premier jet d'un ouvrage , et sont ordinairement le prix d'une longue correction. Tant qu'il est possible de changer , il est possibis de mieux faire. C'est le caractère du beau dans les arts , de frapper si viTement le talent qui le produit et le spectateur qui l'admire ,

au' également épris du même enthousiasme , s ne puissent plus rien imaginer au-deik de ce qu'ils voient.

Tous nos grands orateurs, qui ont fait de l'éloquence de la chaire l'un des plus riches domaincs'de notre littérature nationale , se sont plus ou moins signalés par ce mérite suprême du style qui seul assure la vie d'un ouvrage. La peipétuité de leur reotumnée est garantie par l'exemple et par les prin* pipes de tous les grands maîtres de l'art. Ce n'est plus moi , c'est Quintilien qu'il faut entendre parler , quand il insiste avec tant de force sur l'importance et la nécesMté dp ces laboiieuses corrections , sans tesqudlcs on ne sauroit obienir et conserver aucune gloire. Traitons , dil-il , maiatenaat da tain ce corriger ce qu 'on a écrit , soin çuijbrme um partie considérable de la composition f car ee

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SUR l'Aloqceh CE. sSg

nesl pas sans raitOB au 'en prenant et mol dans Usenspropret on a dit que le ^fy/f (laplume) yiagit pas moins en effaçant quen écrivant- Ce quel '^pelie corriger , c 'est ajouter , retraneher. etcnangeKLa clarté est la quaiité première etfon^ dameataïe da style- Il/aut que nta ne manant A la ph-ase et qitUl n'y ait rien de trop (i). On ne parvient point à bien composer en composant vite , et l 'on parvient à composer vite en composant bien (2). Toutes nos pensées noua plaisent au moment où elles tnennent se présenter à noire esprit ; car autrement on ne les étriroii pas- Apris ce premier jet qui ne seuroit être jamais trop rapide , il faat revenm à f examen et remanier cette composition , dont la Jacililé doit toujours nous être suspecte. Imposons- nous , avant tout , la loi d'écrire le mieux qu'il nous est possible ; et de cette bi$bilude naîtra la célérité (3). Cicéron dit que le

{\)Sequiluremendalio , pars studiorum longi iitilissima, Nec enim sine causa creditum est stj-lum non minus agere cùm delei. Hafus atiw tem operis est adjicere , detraltere , mutare. De iniUluûoDe oralonâ. lib. 10 , cap, 4- Nobisprùpa sit yirtus perspicuit^s ; nikil neque desit , neqife sfiperjluat, Lib. 8.

(a) Cifi scriheado non fit uf benê scribatfir , bei^ scribeifdo fit ut citi», \JA>. 10 , cap. 3.

(3) Omnia enim nostra dùm -nascimtur pla-r cent : alioquin née scriberentur : sed redeamus ad judicium , et retractemus suspeefam faeilitaum. Primum hoc constitiemium est , "( quàm optimè scribamus .- celeritatem dabU eonsue* tudo. Lib. 10, cap. 3.

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