LXV. De quelques autres orateurs anglais
J'aurais trop d'avantage si je voulais traduire au tribunal du public le talent de Barrow, autre sermonnaire que les Anglais estiment , ou du moins qu'ils vantent , quoiqu'il soit , de leur
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propre aveu , très-inférieur à ïillotson. Je ne connais pas les sermons d'Young, qui n'ont point été traduits dans notre langue. On doit y trouver sans doute quelques teintes de cette poésie lugubre, de ces sentiments profonds, et même de ces idées bizarres que le mélancolique pasteur de Welwin recueillait dans ses compositions nocturnes; mais Young ne me paraît point avoir une imagination assez souple et assez variée pour l'éloquence de la chaire. Si ses tristes sermons ressemlilaient à ses Nuits, l'orateur somnambule devait souvent pleurer seul durant le soliloque lamentable de ses discours , sans jamais faire verser une larme à ses auditeurs , par cette monotone et tendue continuité d'efforts qui, en gênant sans cesse l'aisance de l'abandon oratoire , détruisent toute espèce de pathétique.
Les prédicateurs de Charles II, qui vinrent entendre Bourdaloue a Paris, ne l'ont donc guère imité; et aujourd'hui même que les sermons de ce grand homme sont répandus dans toute l'Europe , la révolution universelle qu'ils devaient produire , et qu'ils ont en effet amenée dans l'éloquence chrétienne, ne s'est pas encore opérée chez les Anglais. L'évéque de "VVorcester prêcha , en 1752 , un sermon sur V inoculation de lapetite vérole, lequelaété souventimpriméàLondres, et qu'on a traduit ensuite en France. On prétend que ce discours détermina la charité publique à doter un hôpital en faveur des inoculés. Si l'évêque de Worcester a partagé en effet cette espèce encore unique de gloire avec saint Vincent de Paul, il faut avouer que son éloquence ne pouvait ni obtenir un plus beau triomphe ni moins le mériter. Ce sermon est une dissertation curieuse sans doute , et très-neuve en chaire pour son olijet: mais le prélat qui l'a prononcé ne sera jamais élevé au raniï des orateurs. Entièrement privé de verve et de sensibilité, il s'égare dans des calculs abstraits sur la population, dans des détails ignobles sur la fièvre secondaire; et après avoir épuisé toutes ces théories, plus convenables à une école de médecine qu'à la chaire évancélique. il cite les témoignages des sieurs Ranby. ?sawkins et :\Iiddieton, chirurgiens
de Londres, dont il parle avec autant de vénération que des Pères de l'Église.