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I.XVI. Des Sermons de Hugues Blair

Le plus récent des prédicateurs anglais est le docteur Hugues Blair, ministre de la cathédrale et professeur de belleslettres dans l'université d'Edimbourg, mort à la fui de l'année 1800. Ses sermons, misérablement traduits d'abord par un ministre protestant de nos provinces méridionales, ont été reproduits ensuite en français par l'abbé de Tressan, avec plus de noblesse et d'élégance, mais aussi, selon le proverbe italien, avec cette traifresse' timidité d'expression que l'incobérence même des locutions anglaises ne saurait excuser entièrement dans une traduction oratoire , toutes les fois que le goût peut en écarter l'abus, sans trop en affaiblir l'énergie. L'u si craintif et inofflcieux interprète n'obtiendra certainement point à Londres, comme Letourneur dans sa réduction des Nuits d'Young , le singulier succès de voir la version française préférée à l'original composé dans la langue de Pope et d'Addisou.

Blair ne se proposa jamais d'offrir à ses auditeurs un cours complet d'instructionsreligieiises. Cette belle méthode de nos orateurs sacrés est absolument étrangère à son talent. La religion n'est que l'accessoire de ses discours, dont le principal ou plutôt l'unique objet est une morale philosoplii(|ue , purement humaine , et dès lors une théorie arbitraire plutôt qu'une loi- Son zèle se borne presque exclusivement aux vertus sociales, privées et domestiques. 11 prêche ou plutôt il disserte sur la douceur, sur les devoirs de la jeunesse et de la vieillesse, sur les avantages de C ordre , sur le gouvernement du cœur, sur tamour des louanges, sur la candeur, sur les avantages que l'on trouve à visiter la maison de deuil , sur la sensibilité, sur l'honneur, sur la fermeté, sur la création du monde, sur ienmd de la vie, sur les excès du luxe, sur

' Tradutlorc, Iraditore. t

la curiosité, sur les modes, sur ramitié, sur la tranquillité de l'esprit, etc., etc. Mais il ne traite que très-rarement , ou plutôt on oserait presque dire qu'il ne traite jamais aucun des préceptes de la morale évangélique, aucun des grands intérêts de l'éternité, aucun des véritables sujets de la chaire. C'est de nos prédicateurs du dernier siècle , et non pas de nos modèles classiques dans cette carrière , que les Anglais ont emprunté cette innovation, aussi funeste au ministère sacré qu'à l'éloquence elle-même.

Le docteur Blair, considéré comme écrivain , ne manquait assurément ni d'esprit ni de goût : on le cite avec raison parmi les littérateurs les plus distingués de la Grande-Bretagne. Son Cours de Rhétorique a la même étendue et montre beaucoup plus de talent que ses sermons. Ses discours , très-bien accueillis quand il les débitait en chaire, ont eu plus de vogue encore lorsqu'ils ont été rendus publics. L'abbé de Tressan nous apprend que le succès en a déjà été rapidement consacré par vingt-deux éditions consécutives. Ce recueil, composé de cinq volumes, peut nous donner par conséquent la véritable mesure actuelle de l'éloquence sacrée eu Angleterre.

Or, j'ose le dire hautement, règle générale : où l'on ne trouve point de verve et d'inspiration il ne peut jamais y avoir ni poésie ni éloquence. Blair ne connaît et ne fait admirer à ses lecteurs aucun élan d'imagination, aucun épanchement de sensibilité. Blair n'est donc pas un orateur. Si vous le voulez juger simplement comme moraliste, il est manifestement inférieur aux Essais de Morale de Bacon, auquel l'Angleterre ne contestera pas sans doute la plus imposante supériorité sur un tel rival ; de ce même Bacon dont le style , selon le jugement de David Hume, est néanmoins peu naturel, tendu, amené de loin, et semble avoir ouvert le chemin à ces comparaisons pointues, à ces longues allégories qui signalent les auteurs anglais'.

L'élocution de Blair est à la fois ambitieuse et décolorée ;

' Histoire de la maison de Stuari-

et son Style, faible, mais, j'en conviens, exempt de mauvais goût, languit tristement sans mouvement et sans vie. Il est trop souvent, je le répète à regret, il est presque toujours hors de la sphère des devoirs religieux dans la chaire chrétienne : il s'adresse uniquement à l'esprit, il ne converse jamais avec son auditeur. Quedis-je? il n'existe pour lui aucun auditeur dans ses abstractions, où il ne se montre qu'un spéculateur de morale, et non pas un apôtre de la religion. C'est un éternel et froid dissertateur, qui récite uu chapitre de réflexions, dont l'ensemble n'offre jamais rien de saillant, rien de pieux, rien de tendre , rien de neuf, rien de touchant , et, s'il m'est permis de le dire, qu'on trouve ordinairement écrites avec la plus assoupissante sécheresse. Chacune de ses insti-uctions ne me paraît guère qu'un traité inanimé, plus ou moins métaphysique, au lieu d'acquérir l'intérêt progressif d'une composition, ou, comme a bien mieux dit et fait Cicéron, d'une véritable actioii oratoire C'est de la raison, delà logique, du goût, quelquefois même, si l'on veut, un ingénieux monologue : ce n'est pas du talent , c'est bien moins encore de l'éloquence. Toutes ses pensées, méthodiques et suivies, il est vrai, mais comm.unes et languissantes, ne remuent jamais mon imagination , ma conscience, ma sensibilité. Il n'attache même mon esprit par aucun trait frappant. Son livre, je l'avoue à ma honte, si ce n'est pas à la sienne, me tombe souvent des mains, en cessant d'intéresser et de soutenir mon attention ; et, quelque attrait qu'on puisse avoir pour les productions de la chaire, il en coûte beaucoup d'efforts, je le sais, pour surmonter l'ennui de le lire de suite. Il serait aisé, en transcrivant un grand nombre de passages de ses discours . de les analyser dans un voluuie de critiques détaillées qui n'admettraient aucune réplique, s'il était nécessaire de motiver toutes ces assertions. Si liiair est bien véritablement le premier orateur sacré de l'Angleterre, c'est donc tant pis pour elle : il ne sera jamais admis dans la seconde classe de nos prédicateurs français; et même parmi les protestants, il me paraît sous tous les rap[)orts à une très-grande distance de Sauriii.

Vous chercheriez donc vainement dans les sermons, beaucoup trop prônés , de Blair cette éloquence qui s'adapte si heureusement au ministère sacré de la parole , et dont la religion nous offre comme de parfaits modèles, dès l'origine du christianisme , les instructions , les paraboles et les récits de l'Évangile, ainsi que les prédications sublimes de saint Paul dans les Jetés des Apôtres. Le ministre d'Edimbourg ne parle jamais en chaire ni à Dieu, ni à la conscience, ni au cœur de ses auditeurs, ni surtout au sien propre. Il ne connaît nullement ces prières touchantes, ces dialogues intimes avec soimême, ces apostrophes dramatiques, dont Massillon a su faire les sources les plus fécondes et les ressorts les plus puissants d'éloquence.

En rapprochant d'un si grand modèle le prédicateur le plus vanté de la Grande-Bretagne , je veux développer à la fois mon admiration et mes regrets. Les égards dus au mérite et à la réputation de Blair m'obligent d'approfondir le vrai caractère de ces derniers reproches que je viens d'articuler, et auxquels un simple énoncé pourrait donner une apparence de déclamation. Je vais donc expliquer entièrement ma pensée, justifier par des exemples tirés de Massillon ces mêmes éloges qu'il mérite éminemment, et qu'on ne saurait étendre avec vérité à aucun prédicateur anglais.

Voici comment, dans la seconde partie de son sermon sur les délais de la conversion , pour le troisième dimanche de l'Avent, l'éloquent évêque de Clermont fait parler le pécheur qui refuse d'employer sa jeunesse à mériter la possession éternelle du souverain bien. Massillon le met en scène avec son juge suprême; il lui révèle et lui retrace toutes ses plu.s secrètes pensées ; il lui développe la logique honteuse et révoltante de son propre cœur, en l'accablant de la plus sanglante ironie, au moment où il le fait parler lui-même à Dieu en ces ternies : « Vous ne réservez donc à votre Dieu que " les restes et le rebut de vos passions et de votre vie? C'est « comme si vous lui disiez : Seigneur, tant que je serai propre « au monde et aux plaisirs, n'attendez pas que je revienne a

VOUS et que je vous cherche : tant que le monde voudra de ;< moi, je ne saurais me résoudre à vouloir de vous; quand il commencera à m'oublier, à m'échapper, je me tournerai vers le ciel ; je vous dirai : Me voici -, je vous prierai d'accepter un cœur que le monde rejettera , et qui sera même triste de la dure nécessité où il se trouvera réduit de se donner à vous. Mais jusque-là, n'attendez de moi qu'une indifférence entière et un oubli parfait ; au fond, vous n'êtes bon à servir que lorsqu'on u'est plus soi-même bon à rien : on est sûr du moins qu'on vous trouve toujours ; tous les temps vous sont égaux. Mais le monde, après une certaine saison de la vie, on n'y est plus propre; il faut donc se hâter d'en jouir avant qu'il nous échappe, et tandis qu'il en est encore temps. Ame indigne de confcs^^er jamais les miséricordes d'un Dieu que vous traitez avec tant d'outrage! eh! croyez-vous qu'alors il acceptera des hommages si forcés et si honteux à sa gloire, lui qui ne veut que des sacrifices volontaires, lui qui n'a pas besoin de l'homme, et qui lui fait grâce lors même qu'il accepte ses vœux les plus purs et ses affections les plus sincères.'' »

Après avoir admiré ce dialogue du pécheur avec Dieu . dont Blair ne fournit assurément aucun exemple , voulezvous voir de quelle manière éloquente Massillon sait faire converser l'homme avec lui-même , jetez les yeux sur la fin de la première partie de son sermon, trop peu cité, sur la Conception de la sainte f'ierge, où il observe éloquemment, pour enhardir le courage apostolique de son ministère, que les grands de Jérusalem trouvaient de rambition dans les larmes et les prédications de Jérémie. Voyez comment Louis XIV y est peint avec autant de vérité que de mesure sous les traits de David ; jugez combien il était facile à ce prince de se reconnaître dans une si frappante allégorie, et à (|uel point son cœur devait être profondément ému, en retrouvant dans les paroles de IMassillon le même langage que lui faisait entendre en secret sa conscience. « S'il vous est « permis , dit-il , de jeter quelque regard sur ce naturel heu-

3'tT ESSAI SUR L'ÉLOQUENCE

reux que vous avez reçu en naissant , c'est pour vous confondre devant Dieu d"v avoir trouvé une distinction malheureuse dans la science et dans les succès des passions. Qui suis-je donc , ô mon Dieu ! pour vouloir chercher dans mon cœur les raisons de vos miséricordes? Un infortuné que vos dons ont rendu plus coupable ; un pécheur qui ai trouvé dans vos bienfaits même la source de mes misères: un monstre d'ingratitude qui ai pris plaisir d'allier tout ce qu'un naturel heureux peut donner de favorable pour la vertu , avec tout ce qu'une volonté corrompue peut inspirer de plus extrême pour le vice... David, après les rigueurs de sa pénitence et les larmes de ses cantiques , ne voyait encore en lui que le violateur du lit nuptial. Son péché, depuis longtemps expié, reparaissait sans cesse à ses yeux comme une ombre importune; et ni l'éclat du trône, ni la prospérité de son règne, ni son zèle pour la majesté du culte , ni les louanges mêmes des prophètes, qui semblaient avoir oublié sa faute pour ne se souvenir que de tant de saintes actions qui l'avaient depuis réparée , n'en avaient pu effacer le souvenir de sou esprit et de son coeur : Etpeccahim meion contra me est semper. O Dieu ! disait sans cesse ce roi pénitent , quand je rappelle en votre présence la multitude de mes iniquités , les grâces dont vous m'avez toujours favorisé , lors même que je violais votre loi sainte avec plus d'ingratitude et de scandale, mon cœur se trouble, ma confiance m'abandonne, mes yeux ne voient plus avec plaisir tout cet éclat et toute cette grandeur qui m'environnent : Cor meum conturbatum est, dereliquit me virtus mea, et lumen oculorum meorum, et ipsum non est mecum. Oui, Seigneur, tous les plaisirs de la royauté ne sauraient plus égayer ce fond de tristesse, que lu douleur de vous avoir offensé laisse dans mon âme : afjlictus sum. Toute la gloire de mon règne ne pourrait remplacer l'humiliation secrète que le souvenir de mes faiblesses me fait sentir devant vous : humiliatus sum. Que vous rendrai-je donc, ô Seigneur ! pour

« toutes les bénédictions dont vous m'avez toujours prévenu? « Vous ne m'avez jamais ahandouné dans mes égarements ; « vous m'avez suscite des prophètesqui m'ont annoncé vos vo- « lontés saintes ; vous m'avez donné un cœur docile à la vérité ; « vous m'avez toujours favorisé contre mes ennemis ; vous « avez multiplie ma race , et affermi pour jamais le trône de « Juda dans ma maison ; vous m'avez rendu redoutable à « mes voisins, et cher à mes peuples : que vous rendrai-je, « Seigneur ! pour tant de bienfaits ? Et mes larmes pourront- « elles jamais suffire pour expier mes excès ou pour re- « connaître vos grâces ! « Quid retribnam Domino proom- « ntbus quae retribidt mihi'? C'est ainsi que David persévéra « jusqu'à la fin , et fit du souvenir continuel de sou péché « toute la sûreté de sa pénitence. »

Massillon ne se contente point de révéler ainsi à Louis XIV, sous une espèce de voile transparent , le secret de son propre cœur. Vous trouverez dans l'un des tableaux très-intéressants dont il sait enrichir a propos les matières qu'il traite, en présence du même monarque, une autre apostrophe directe et beaucoup plus dramatique , vers le commencement de la seconde partie de son discours sur les aj/liciions , pour le second dimanche de l'Avent. 11 veut consoler la vieillesse de ce prince de tous les revers dont elle est attristée; et en répondant aux plaintes des pécheurs, fondées sur la singularité des malheurs qu'ils éprouvent ou sur une situation presque sans exemple , il se glisse , pour ainsi dire, avec une adresse très-oratoire , vers le but que son talent se propose d'atteindre. « Cette singularité même , dit-il , doit être aux yeux de « notre foi une distinction qui nous console. IMoins vos afflic- « lions ressemblent à celles des autres hommes, plus vous « devez les regarder comme les afilictions des élus de Dieu : « elles sont marquées du caractère des justes, elles entrent « dans cette tradition de calamités extraordinaires qui for- « ment leur histoire depuis le commencement du monde. « Des batailles perdues lorsque la victoire nous paraissait « assurée, des villes imprenables tombées à la seule présence

« de uos ennemis; des États et des provinces conquises sur « nous; un royaume, le plus florissant de l'Europe, frappé « de tous les fléaux que Dieu peut verser sur les peuples dans « sa colère; la cour remplie de deuil et toute la race royale « presque éteinte : voilà , sire , les épreuves que le Seigneur. <> dans sa miséricorde, réservait à votre piété, et les mal- « heurs singuliers qu'il vous préparait pour purifier les pros- " pérités du règne le plus glorieux dont il soit parlé dans « nos histoires. Les événements pompeux et singuliers qui « ont partagé toute votre vie vous ont rendu le plus grand « roi que la monarchie et même les autres nations aient ja- « mais vu sur le trône ; les événements malheureux dont « Dieu vous afflige ne sont destinés, par la soumission et la « constance chrétienne avec laquelle nous vous les voyons « soutenir, qu'à vous rendre un aussi grand saint que vous « avez été un grand roi. Il fallait que tout fût singulier dans « votre règne, les prospérités et les malheurs, afin que rien ne « pût manquer à votre gloire devant les hommes et à votre « piété devant Dieu. C'est un grand exemple que sa honte « préparait à notre siècle. »

Une tradition constante nous apprend que Massillon ne prononça jamais ses sermons tels que nous les lisons aujourd'hui, et qu'il les a tous retouchés avec le plus grand soin jusqu'à sa mort, dans sa glorieuse retraite en Auvergne. Le discours d'oii je viens d'extraire ce beau passage, qu'il avait manifestement le droit d'y insérer, au déclin de l'âge, nous démontre combien sa dernière révisiona dû améliorerses manuscrits. En effet, Massillon prêcha son dernier carême devant Louis X.IX en 1704. Or, il lui parle ici des désastres postérieurs de Ramillies et de Malphiquet, et spécialement de la mort de presque toute sa postérité, pendant les années 1711. 1712 et 1714. 11 ne pouvait donc pas lui eu présenter le tableau dix ans auparavant ; mais les traits qu'il y ajoute visiblement à Clerluont n'en sont pas moins éloquents , et la louange même acquiert encore je ne sais quel intérêt touchant et auguste, lorsqu'elle est ainsi consacrée à tempérer les angoisses de la

vieillesse et de l'adversité. On reconnaît avec un accroissement d'amour le beau talent de Massiilon, quand, par cette tournure oratoire et une transition aussi heureuse que naturelle , il prend tout à coup , après avoir particularisé tous les revers du monarque , le style direct pour appliquer , en forme de compliment, la morale de son sujet à Louis XIV : Foilà, sire , ce que le Seigneur , dans sa miséricorde , réservait à votre piété, etc.

Ce n'est plus ]Massilloa, c'est Louis XIV lui-même, ébranle et chancelant dans l'impulsion qui l'excite à se donner entièrement à Dieu , ou plutôt c'est notre propre conscience et ses plus intimes soupirs que nous croyons entendre dans l'éloquente prière qui termine le premier point du discours de ce grand orateur sur les motifs de concersion. L'aisance du style le plus naturel et le plus coulant s'y embellit sans eflorts d'un choix d'expressions qu'il faut méditer pour eu sentir toute l'énergie , parce qu'elles cessent de paraître hardies à force d'être justes et vraies. Chacun de ses auditeurs ne devrait-il pas désirer en effet de parler, et ne parlait-il pas réellement à Dieu avec Massiilon , et comme lui , dans le secret des ses pensées? « Grand Dieu! finissez mes peines en guérissant mes plaies. Fixez mes irrésolutions , soulagez mon cœur en le délivrant de ses crimes. Rompez des chaînes que je déteste et auxquelles je n'ai pas la force d'oser loucher. Laissez-vous fléchir à mes vœux, et. ne regar- :< dez pas mes œuvres. Écoutez mes désirs, et fermez les yeux à mes faiblesses. Terminez le combat que je sens en moi. Rendez-vous le maître de mon âme. Devenez le plus fort dans mon cœur. Ce n'est plus moi qui vous résiste , 6 mon :< Dieu , c'est la faiblesse , c'est l'ascendant de la corruption . i c'est le long usage du crime. Prenez-moi donc pour votre « partage. Arrachez-moi au monde et aux créatures pour lesquelles vous ne m'avez point fait , et détruisez en moi cet homme de péché que je hais et qui est devenu plus fort que moi-même. » ]Nul orateur sacré n'égala jamais la pieuse éloquence de l'évêque de Clermont dans ses invoca-

tions fréquentes, que son ministère dirige vers le ciel au nom de son auditoire.

Cette onction de Massillon , cette profonde connaissance du cœur humain , cette vérité, cette délicatesse de sentiment, cette éloquence enfin dans les prières , les dialogues , les apostrophes, et même dans les louannes qui découlent toujours si à propos et avec tant de grâce de la plume féconde ou plutôt de l'àme, si naturellement prompte à s'émouvoir, de notre Cicéron français, ont-elles donc jamais orné les sermons de Blair? Le ministre d'Edimbourg s'est-il une seule fois élevé à un pareil langase? que dis je? y a-t-il du moins aspiré? y a-t-il même songé? Les orateurs des bords de la Tamise ne semblent pas encore soupçonner ces heureuses inventions de l'art'.

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