‹ Essai sur l'éloquence de la charieChapitre 37 sur 63 · XLIII. Des Expressions techniques · texte numérisé non relu

XLIII. Des Expressions techniques

Ne confondons jamais avec ce beau langage, de l'imagination les mots techniques , qui ne sauraient appartenir qu'à la nomenclature des sciences. Malheur à un orateur quand il faut être savant pour l'entendre ! Ce n'est point pour étonner par l'étalage de son érudition qu'il parle à une multitude assemblée; c'est pour l'émouvoir, c'est pour l'attendrir. Il s'écarte par conséquent de son but s'il préfère ces expressions abstraites et intellectuelles , que le vulgaire ne comprend point , aux paroles sensibles et animées qui produisent une impression générale.

Un orateur chrétien est encore plus redevable à ses auditeurs de cette simplicité d'élocution sans laquelle il n'y aura jamais de véritable éloquence. Tous les hommes sont obligés de pratiquer les lois de la religion : il est donc juste qu'ils puissent tous entendre le ministre qui les annonce. Mais, répétons-le encore une fois, les devoirs du zèle sont en ceci, comme dans toutes les autres parties de la prédication, inséparables des intérêts de l'orateur et des règles de l'art. Voulez-vous être éloquents, soyez simples; je ne dis pas assez, soyez familiers dans vos discours. Vous ne trouverez pas un seul mot scientifique dans les grands maîtres de la chaire. Ainsi rejetez, à leur exemple, toutes ces expressions bizarres qui cacheraient vos pensées au lieu de les énoncer, et n'élevez point de nuages entre la vérité et votre auditoire. Quintilien éclaircit ce précepte de goût par une comparaison très-ingénieuse , quand il dit que les orateurs doivent regarder les mots d'une langue comme autant de pièces de monnaie, qu'il faut rejeter lorsque le peuple ne les reçoit point r.

Les expressions techniques , réservées aux sciences et aux

1 Instit. lib. m.

arts, ne sauraient donc jamais se transporter avec succès dans le genre oratoire. Ce jargon scientifique mésallierait l'éloquence de la chaire , qu'on vit si longtemps étouffée parmi nous par l'étalage d'une vaine érudition aussi barbare que l'ignorance. La seule langue qui lui convienne est celle d'un style analogue au ton et à la couleur du sujet; d'un style simple, noble et mâle, ennemi de toute affectation et de toute obscurité; d'un style qui, toujours en harmonie avec la matière qu'on traite, se montre tour à tour précis et coulant dans les récits, nerveux et serré dans les preuves, vif et rapide dans les mouvements, pompeux et magnifique dans les descriptions , sans vaine parure , sans jeux de mots , sans images outrées, sans recherche de bel esprit, et surtout sans cette bouffissure qui ne fut et ne sera jamais le symbole de la force. On n'aperçoit, je veux le redire, aucune trace de ce mauvais goût dans nos modèles immortels du grand siècle. L'élocution de leurs sermons les plus admirés à la cour est encore aujourd'hui à la portée du peuple; et leur exemple prouve que s'il faut être savant pour exercer avec empire le ministère de la parole, un orateur sacré ne doit jamais du moins vouloir le paraître dans son langage.

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