IX. — POTERNE ROMAINE ENTRE LA PORTE FORMAU ET LA PORTE SAINT- HILAIRE
Entre les portes Formau et Saint- Hilaire, il y avait autrefois trois tours, auxquelles nous avons donné les numéros 14, 1 5 et 16. 11 n’en reste plus qu'une aujourd'hui, celle qui porte le numéro 16 (1), à 56 m. 60 de la porte Saint-Hilaire.
C’est à gauche de la tour n° 14 qu’en i8q3, on voyait encore l'arc d'une poterne romaine, dont M. V. Petit nous a conservé un grand dessin, signé V. P. 240, qui fait partie du grand ouvrage du baron Taylor. Dans le tome XV du Bulletin monumental de M. de Gaumont (2), le meme artiste a publié une vignette qu'on retrouve dans Y Annuaire de /' Yonne, pour 1847, et dans son Guide pittoresque dans la ville de Sens , p. 77. M. Thiollet en a laissé aussi deux dessins coloriés (3). Enfin nous en donnons ici un dessin anonyme et inédit du commencement de ce siècle. (PI. VI)
Ces trois dessins varient dans les détails. Voici le résultat de la comparaison de ces dessins : au-dessous du premier cordon de briques, on comptait sept assises de grosses pierres. Ce cordon servait de support à la fois au linteau de la poterne et aux pieds de l'arc.
Le linteau se composait de deux sommiers et de neuf claveaux de pierre séparés les uns des autres par des briques accouplées.
L'arc était formé de deux rangs de longs claveaux alternant avec des briques accouplées. Il était encadré entre deux demi-cercles de briques posées à plat. Dans les dessins de M. Thiollet, l'arc est « outrepassé » ou en fer à cheval.
Le tympan était rempli par une maçonnerie « maillée » ou « appareil réticulé, » dont les joints se croisaient obliquement à angles droits, et qui était séparée du linteau par une rangée de briques posées horizontalement. D'après les dessins de MM. V. Petit et Thiollet, plusieurs des petites pierres carrées portaient des croix gravées au ciseau (4).
Au-dessus du premier, du troisième et du quatrième cordon de briques, le revêtement du mur ét^it, d'après M. Thiollet, le petit appareil ordinaire, composé de quinze, cinq et huit rangs de petites pierres; entre le premier et le deuxième rang, il place cinq rangs de pierres plus grandes. M. V. Petit n'indique le petit appareil qu'au-dessus du troisième cordon de briques ; au-dessus il dessine les pierres beaucoup plus longues et intercale une brique posée verticalement dans les joints verticaux, appelant l’attention des archéologues sur cette particularité.
Le dessin anonyme que nous publions (pl .VI) indique verticalement, au-dessus du cintre, trois encadrements de formes diverses appuyés le premier sur le cintre et les deux autres sur
(1) Cette tour [sise boulevard du Quatorze-Juillet, entre les maisons n" 5i et 53] a fait un mouvement qui l’a détachée de la courtine qui l’unissait à la porte Saint-Hilaire. Elle a perdu toute la moitié de son revêtement ancien à l’est L’autre moitié présente de bas en haut : deux assises apparentes de pierres de taille, 18 à 19 assises de petit appareil, un cordon de briques, 12 assises de petit appareil, un deuxième cordon en briques interrompu par une meurtrière moderne, 1 2 assises de petit appareil, un troisième cordon de briques et enfin 10 assises de petit appareil surmontées, jusqu’au toit, de moellons modernes très irréguliers, dans lesquelles un jour rectangulaire a été ménagé.
(2) De l’appareil des arcades en plein cintre.
(3) Portefeuille de la Société archéologique.
(4) Dans son rapport au Comité historique des arts et monuments, M. F. de Guilhermy ne signale qu’une seule croix. BulUtin du Comité, t. III, p. 62, en décembre 1843.
l’enceinte de la ville de sens
un troisième et un quatrième cordon de briques. M. Thiollet dessine très nettement sur le cintre une grande pierre de taille avec bas-relief, sur le troisième cordon de briques, une autre pierre plus petite, avec inscription, et, sur le quatrième, un trapèze régulier d’appareil réticulé encadré.
En 1843, M. de Guilhermy signalait au Comité historique des arts et monuments (1) une croix gravée au ciseau sur l’une des pierres de l’appareil réticulé du tympan. M. V. Petit, sur son dessin, indique un grand nombre de ces croix avec des étoiles de six rayons, des cercles et fragments de cercles. M. Thiollet n’a pas indiqué ces gravures qu'on a, à tort ou à raison, voulu considérer comme des croix miraculeuses faites par l'apôtre saint Savinien.
Aucun de ces dessinateurs n’a donné l'échelle de ses dessins ; mais si le nombre des rangs de pierres au-dessus du premier cordon de briques est bien de douze, nous pouvons en conclure les dimensions de l'arc et la largeur de la petite porte indiquée comme une certitude par V. Petit, laissée en doute par M. Thiollet, et que l'interruption dans les assises de grosses pierres de taille dans le dessin que nous donnons rend probable. Les douze rangées de petit appareil mesurent dans toute l'enceinte des murailles ira25; l’épaisseur des cordons de briques omi8; trois rangées en petit appareil om3i2. La somme de ces trois nombres nous donne i,n742 pour le rayon extérieur de l’arc et par suite, à la largeur de la porte, environ in,8o ou six pieds romains.