XIII. — PORTE SAINT- REMY
« La porte de S. Remy a retenu ce nom du monastère de S. Remy qui estoit autrefois sur les bordz de ce fossé. Elle n'est porte qu'en de certains temps, car on la mure quand de certaines occasions le demandent. Elle est néanmoins porte de la ville, faitte exprès, car elle a deux tournelles à ses deux costéz, comme les maistresses portes (i). »
La tour occidentale de cette porte existait encore au commencement de ce siècle ; elle était tout en grès et par conséquent ne remontait pas à la construction primitive des murs.
Les voitures arrivant de Paris avec destination pour la route de Lyon sortaient par cette porte après avoir suivi les rues Saint-Didier et de l'Ecrivain (ancienne rue des Jamards). Elles allaient de là rejoindre la rue des Tanneries, pour se rendre au faubourg de Saint- Pregts (2).
Les restes de cette porte ont disparu en i83o. Le i5 mai de cette année-là, le Conseil municipal autorisa le maire de Sens à la faire démolir, ainsi que les deux tourelles qui l'accompagnaient, à la charge de remplacer le tout par deux pilastres engagés dans les murs de la ville, chacun des deux propriétaires pouvant faire pour son compte la démolition, et tirer profit des matériaux à la condition de construire chacun un pilastre conformément au projet fourni par l'architecte de la ville.
Les pilastres de i83o ont disparu à leur tour, les propriétaires voisins ont acquis du terrain sur l’emplacement des anciens fossés.
C'est près de cette porte qu'au xvne siècle, on découvrit une inscription romaine, dont le chanoine Driot nous a conservé le souvenir :
« L’an 1618, le 16 aoust, en creusant les fondemens d'un petit ravelin (3) appelé le boulevard de S. Remy de Sens, proche la porte appelée la porte de S. Remy, on trouva, dans le fondement de l'une des ailes de ce ravelin, une grosse pierre de taille faisant partie des murs de la ville, sur laquelle étaient gravées les lettres suivantes :
AE.PRISC1 NAMENTI.IVLlNO.il. ar.
Cette pierre fut placée à la pointe de ce ravelin dans le corps de la maçonnerie, où elle se voit encore (4). »
(1) J. Rousseau, Histoire Je Sens. Bibliothèque de la ville, ms. n° 65, p. 96.
(2) Renseignements fournis par Mlle Lequeux, dont la mère était directrice de la poste aux lettres.
(3) Un ravelin ou demi-lune est une fortification extérieure composée de deux ailes ou faces formant un angle saillant et destinée à protéger un pont ou un endroit faible.
(4) Voir Mélanges historiques sur la ville Je Sens, 1. II, ch. lit, Bibliothèque de Sens, ms. n° 73, fol. 27,
l'enceinte de la ville de sens