‹ Essai sur l'enceinte de la ville de SensChapitre 16 sur 23 · XII. •— PORTE SAINT-PREGTS OU COMMUNE PLUS TARD POR'I E DAUPHINE · texte numérisé non relu

XII. •— PORTE SAINT-PREGTS OU COMMUNE PLUS TARD POR'I E DAUPHINE

« Pour la force, elle [cette porte] ne cède rien aux autres. Elle a deux pontz-levis qui ont chasqu’un un corps de garde au-dessus. Elle est flancquée de deux boulevartz gros ei épais qui la couvrent par ses dehors, tant du costé du midy que du couchant. Elle a un corps de garde par en bas entre les deux pontz qui, outre les fosséz larges et profondz de tous costéz, l'éloignent des approches de l'ennemy. On l’appelloit autrefois la porte de S. Pregtz, à cause qu'elle sert pour aller de la ville dans ce fauxbourg (6). »

Par un bail daté du jeudi après la Pentecôte de l’an 1283, et qui fut confirmé par une charte du roi Philippe IV en 1293, le maire et la commune de Sens louèrent, moyennant dix sols tournois par an, au bailli de Sens, Jean de Montigny, la porte de Saint-Pregts, qui

(1) Nous ne savons quel est le premier éditeur de la légende apocryphe qui place dans cette maison une école gratuite de filles dirigée par quatre mères, ou quatre sœurs, appelées toutes les quatre Marie, d'où le nom des Quatre-Mares.

(2) Dés 1492, cette maison appartenait à la famille de Richebourg, dont le fief se trouvait dans les Coquesalles, au faubourg Saint-Pregts; au mois de juillet 1669, elle n’était plus qu’une ruine et faisait partie de l’héritage de Jacqueline de Marsangy. Les divers héritiers cédèrent leurs parts à Christophe Guillaume, sieur de Richebourg et de Bracy, prévôt de Sens, dont l’un des ancêtres avait été bailli de Sens, en i563.

(3) Miles Lhermite de Champbertrand, prévôt de police en 1682, devint lieutenant général de police en 1700. Il resta en fonctions jusqu’en 1739. Son fils racheta cette charge de M. Jean-Aimé Foacieret la revendit, en i~58, à la Ville.

(4) Grand ouvrage du baron Taylor.

(5) Ces briques mesurent o"34Xo“28xo”04,

(b) J. Rousseau, Histoire de la ville de Sens. Bibliothèque de Sens, ms. n» 65, p. 664 et 9 3.

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appartenait au roi, « pour édiffier par dessus et retenir par dessoubz sans affoiblir ne empirer la dicte porte (i). » Jls voulaient y établir la chambre de ville.

Ce n’était alors qu'une construction peu importante, si l'on en juge par ce passage de la chronique de Geoffroy de Courlon : lllo tempore, communia Senonensis fecit Jieri domum super portellam prope turrim campanarum villœ : « A cette époque, la commune de Sens fit construire une maison sur la petite porte voisine de la tour des cloches de ville. » Gondet, arpenteur royal du bailliage de Sens, a indiqué cette tour, à l’ouest de la porte, sur le plan de la ville qu'il a dressé en 1770; et la gravure de Jean Boisseau, 1646, représentant X ancienne ville de Sens métropolitaine des Séquanois , fait voir la flèche aiguë de cette tour se dressant entre les clochers de Saint-Pierre-le-Rond et de l'Hôtel-Dieu. En i56q, une sentence du bailliage de Sens condamna Simon Bobard, geôlier des prisons civiles de Sens, à sonner chaque soir, à 9 heures, la cloche commune pendant une demi-heure, et les maire et eschevins à le tenir clos et couvert en ladite porte Commune et à le fournir de cordes (2). Les assemblées de la commune étaient annoncées au son de cette cloche, et une amende de douze deniers punissait les absents.

Un escalier construit pendant les guerres civiles de la fin du xvie siècle fut démoli en 1735. C’est alors que fut découverte la fameuse inscription S VESTAE M, que l'abbé Fenel fit connaître au monde savant (3).

La porte Commune fut démolie en 1772 et la tour en 1778 (4), pendant qu’on élevait déjà l’arc monumental chargé de rappeler le souvenir du Dauphin de France, fils de Louis XV et père de Louis XVI, Louis XVII I et Charles X, mort le 20 décembre 1765 et inhumé dans le chœur de la cathédrale. Cet arc devait aussi plus tard rappeler le souvenir de Marie-Josèphe de Saxe, son épouse, morte le i3 mars 1767 et inhumée dans le même caveau.

On donna le nom de porte Dauphine à cet arc triomphal, élevé sur les dessins de C. Alexandre Guillaumot, qui fut ingénieur en chef de la généralité de Paris, directeur de la manufacture des Gobelins, intendant général des bâtiments royaux et membre de l'Institut. Huit médaillons devaient être sculptés par le sculpteur Dupaquet ou Poquet (5) sur les deux faces de l'édifice, à droite et à gauche de la baie, et être accompagnés de quatre inscriptions. Les maquettes des huit médaillons, après avoir subi de nombreuses pérégrinations sans avoir jamais été exécutées, ont été restaurées et placées dans le Musée de Sens sous les numéros 9 à 16 (6).

Quant à l'arc triomphal, il fut appelé porte de la Fraternité en 1848 (7), porte d'Alsace en 1872, et enfin condamné à être démoli le 8 février 18S2 et vendu au démolisseur le 23 mars de la même année.

(1) Cartulaire sènonais de "Balthasar Taveau, p. 3g, pièce A.

(2) Cartulaire sènonais de "Balthasar Taveau, p. 41, pièce F.

(3) |Voir ses lettres dans le Bulletin de la Société archéologique de Sens, t. XXIII, p. 1 à 48.]

(4) L'adjudication de la démolition de la tour et d'une partie de la porte commune est du 23 mai 1774. (Archives municipales, D D 6.)

(5) [II s'agit sans doute d’Antoine Léonard Dupasquier, élève de Bridan, i" prix de sculpture en 1776, mort en i832.] iNotedesEd.)

(6) Une des raisons qui empêchèrent l'exécution sur pierre de ces médaillons fut la dépense qu’il aurait fallu faire pour remplacer par des pierres de Tonnerre les pierres de Bailly employées dans la construction. (Archives municipales, BB 4.)

(7) Délibération du conseil municipal du 4 mars 1848.

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