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IV. — LES FOSSÉS

Des fossés qui entouraient la ville de Sens, il ne reste, pour ainsi dire, rien aujourd’hui que l'emplacement formant une enceinte variée de superbes promenades. Les vieillards se rappellent avoir vu les beaux marronniers de la promenade du Mail qui laissaient plonger jusque vers leurs racines, au fond des fossés jumeaux, leurs branches courbées en arceaux et successivement chargées de fleurs et de fruits. Ils avaient été plantés en 171g par les soins de M. Simon -Denis Débonnaire, conseiller au présidial de Sens, M. Benoît d'Autun étant maire (2). Le remplissage des fossés latéraux au dos d'âne qui les portait amena tout d’un coup leur décrépitude et leur mort (3). Ils furent abattus en 1862 et remplacés par quatre rangées formant trois allées parallèles ; mais les fossés ont disparu.

Un maigre ruisseau d'eau sale qui coule encore de la porte Saint-Remy à l'Yonne indique le milieu de l'un de ces larges fossés, fait par la réunion de deux fossés parallèles comme l’étaient ceux du Mail.

Il ne reste plus personne qui les ait vus pleins d’eau avec des ponts-levis à chacune des entrées de la ville, personne qui se rappelle les fameux moulins de la porte Saint-Didier et de la porte Saint-Antoine (4).

Ces fossés ne remontaient qu'au milieu du xive siècle. On commença de les creuser en 1 358, pendant la régence du Dauphin qui fut depuis Charles V.

Nous ne saurions dire jusqu'à quelle époque furent respectés les fossés creusés par les Romains [ni même si les murs étaient entourés de fossés avant le moyen âge].

A l'époque où se recomposait la « Grande Passion » de saint Savinien, on pouvait aborder le pied des murailles, puisque le compilateur nous montre l’apôtre gravant des croix sur les

(1) i486 : « A Jehan Fremy, charpentier, demeurant à Sens, la somme de cent livres tornois pour ses peines et sallaires d’avoir fait et édiffié la charpentine de quatre tours de nouvel construites et édiffiées sur les murs de la ville de Sens pour la fortification etemparemens de lad. ville en l’année de ce présent compte. C’est assavoir : deux tours entre la porte Saint Didier et la porte d’Yonne; la tierce tour, entre la porte Notre-Dame et la porte Fromau, et la quarte tour à l’endroit de la Motte des Célestins de Sens. » (Comptes de Gilet Odoz. Archives municipales de Sens, CC 6, fol. 34 v.) — 1487, 23 juillet : « A Evrart Himpe paintre, demorant à Sens, la somme de deux sols tournois pour ses peines et salaires d’avoir paint deux bannières aux armes de la ville qui ont été mises sur les deux tours nouvellement faictes, c’est assavoir l’une ou grant verger près de la porte Saint- Didier et l’autre près de la porte Formau. » (Mêmes comptes. CC 6, fol. 100 v*.) — « A Audry Anceau, sarrurier, demeurant à Sens, pour deux bannières par lui faites et mises sur les deux tours nouvelles, à la porte Formau et à la porte Saint-Didier. » (Mêmes comptes, CC 6, fol. 81 v“.) — i486, nov. et décembre : « Estienne Bausseron amène 3o voitures de pierres de taille pour « quatre tours de nouvel édiffiées, c’est assavoir les deux près de la porte Notre-Dame et les deux aultres entre la porte Saint- Didier et la porte d’Yonne ou grand verger. • — 1487. Jehan Fremy, charpentier et commis du maistre des euvres de charpenterie pour le Roy, notre sire, à Sens, met une flèche neuve au pont-levis de la porte Notre-Dame. Le procureur paie audit Fremy le forestage et imposition de quatre tours nouvellement édiffiées et pour le drap d’une robe, 10 livres.

(2) Cartulaire sénonais, p. 199.

(3) Notre regretté confrère M. Buzy leur a consacré un de ses poèmes dans ses Derniers Chants du foyer.

(4) Bulletin de la Société archéologique de Sens, t. XI, p. 198.

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grosses pierres de ces murs; mais la date de cette compilation n’est pas encore établie avec certitude (i).

Au xme siècle, le ru de Mondereau passait au nord de la ville et y faisait tourner deux moulins, l'un près de la porte Saint-Antoine, l'autre près de la porte Saint-Didier. En janvier 1239, les Frères Prêcheurs établis au nord de ce cours d'eau (2) avaient obtenu une prise d'eau des propriétaires du moulin de la porte Feu-Galon (Saint-Antoine).

Au xive siècle, le ru de Mondereau appartenait au domaine royal, car nous voyons le roi Philippe VI permettre aux mêmes religieux de détourner « tout le ruissel d’yaue, appelé Merderel, courant entre les murs de la cité et leur couvent pour le faire courre p. r les aisemens et nécessaires de leur hostel (3). »

En 1 3 58, les fossés de la ville [nouvellement creusés] étaient encore à sec. Au mois de septembre de ladite année, le régent, qui fut depuis Charles V, autorisa les habitants de la ville, comme indemnité des pertes que l'établissement de ces fossés leur avait causées et des dépenses énormes qu'ils avaient faites, à remplir les fossés d'eaux vives ou autres, à y élever du poisson, à vendre ce poisson à leur volonté et aussi à y planter des arbres pour en récolter les fruits et au besoin à en exploiter le bois. Ce fut donc à la fin de l'année 1 3 58 ou l'année suivante que l'eau du ru de Mondereau fut remise dans les fossés de la ville.

Deux fossés parallèles séparés par un dos d'âne furent alors creusés sur l'emplacement des anciens au pied des remparts romains. Cette disposition se voyait encore à droite et à gauche de l'admirable promenade du Mail il y a cinquante ans.

En 1 366 et 1370, Charles V prolonge le péage ou faulse coustume de Veaue , appelé aussi droit de barrage et de chesnage, établi par son père le roi Jean pour les réparations de la ville. En 1 368, sur une aide de mille francs par an que lui donnent les habitants de Sens e: de la banlieue, il accorde quatre cents francs d’or pour employer aux fortifications de la ville (4). En 1369, il ordonne de supprimer les dos d ane et de réduire les deux fossés en un seul. Les habitants de Michery et autres, que, depuis douze ans, il avait été en usage de faire contribuer, furent appelés à exécuter ces travaux (5).

Le 7 novembre 1473, Charles d'Amboise, gouverneur des pays de Champagne, Brie, Sens et Langres, manda aux bailli et prévôt de Sens, de contraindre les habitants de la ville et des villages à six lieues à la ronde, « non compris les villes où il y a place forte à garder, à besoigner et ouvrer à corvées au curage des foussez, réparations et emparemens de la ville. » Les pauvres mendiants étaient seuls exemptés de ces corvées, les contraintes par corps étaient ajournées (6). Les chapitres, abbayes et autres gens du clergé contribuaient comme tous les autres.

Tous les habitants de la banlieue de Sens sans exception aucune furent contraints par lettres patentes de Louis XII, données à Blois le 6 novembre 1 5 1 2, à curer, creuser et agran-

(1) L'abbé A.-C. Hénault. Origines chrétiennes de la Gaule celtique , deuxième partie, ch. u.

(2) Emplacement occupé aujourd'hui par la sous-préfecture, la route de Paris et le théâtre.

(3) Archives nationales, J J 68, fol. 432.

(4) Cartulaire sénonais, p. 164, 1 65.

(b) Cartulaire sénonais, p. 134-1 35.

(6) Cartulaire sénonais, p. 1 35.

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dir les fossés « et iceulx mettre en ung (i) nonobstant oppositions ou appellations quelconques (2). »

Pour ces travaux concernant les fortifications de la ville, les rois ont toujours accordé des octrois ou aides et des sommes d’argent.

En 1756, la ville obtint du Conseil l’autorisation de combler la partie des fossés comprise entre la porte Saint-Didier et la porte Saint-Antoine (3); et, pour faire cette superbe promenade qu’on appelait l’Esplanade, on prit le cimetière de l’Hôtel-Dieu et une partie du Clos des Jacobins. O11 donna en compensation à l’Hôtel-Dieu un jardin situé de l’autre côté du chemin allant du faubourg Saint-Antoine à la porte Saint-Didier. Nous avons vu tomber en 1880. M. Vidal étant maire, les ormes dont cette promenade avait été plantée en 1758 (4).

En 1771 et 1772, on combla les fossés près de la porte d’Yonne (5).

Pendant l’hiver de 1782, la ville établit des ateliers de charité pour secourir les pauvres valides et fit combler les fossés de la porte Saint-Didier à la porte d’Yonne à l’aide de terres amoncelées dans le voisinage et provenant de la démolition des maisons brûlées dans la rue Couverte lors de l’incendie de 1776. Par ce travail préparatoire, elle préludait à la création de cette magnifique promenade dont les plans étaient approuvés par toute la population et dont l’exécution avait été facilitée par quatre citoyens qui avaient généreusement abandonné une portion de leur terrain.

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