‹ Essai sur l'enceinte de la ville de SensChapitre 21 sur 23 · V. — DATE DE LA CONSTRUCTION DU MUR ROMAIN · texte numérisé non relu

V. — DATE DE LA CONSTRUCTION DU MUR ROMAIN

[A quelle époque faut- il attribuer la construction du mur romain qui entourait la ville de Sens ?]

Plusieurs médailles ont été, assure-t-on, trouvées dans les murailles, mais j’ignore complètement à quelle hauteur, ce qui aurait une certaine importance. La première m’a été vendue, il y a très longtemps, comme ayant été trouvée dans le mur près de la porte Dauphine. C’est un grand bronze de Lucius Vérus avec la légende rex armeniis datvs... au revers (6). Cette médaille de l’an 164 n’apporte aucune lumière dans la question.

La seconde est une pièce de Valérien, trouvée dans un moellon du mur de M. Brisedoux, qu’on démolissait en i8q5 (7). Le règne de Valérien dura de 253 à 259.

La troisième est un grand bronze de Posthume : imp.c.m.cass.lat.postv.mvs p.e.avg. Buste radié et drapé à droite. Revers : Laetitia avg. Vaisseau avec mât, dirigé par un rameur et un pilote et allant à gauche. Trouvée dans le mur de M. Auguste Delporte.

(1) C'est à-dire supprimer les dos d’àne qui séparaient les deux fossés parallèles, ce qui ne fut fait qu’en partie.

(а) Cartulaire sênonais, p. 1 32-1 33.

(3) Archives de la ville de Sens, BB 4, fol. 3i.

(4) Notes d’un manuscrit copié, en 1732, par M. Edme-Eracle Hardy.

(5) BB 4, fol. 5i V.

(б) Cohen, vol. III, n* 1 63.

(7) Notes de M. Lallier.

l'enceinte de la ville de sens

La quatrième, une Salonine trouvée avec la précédente.

Ces deux dernières furent acquises par M. Sachot (i). Posthume régna de 258 à 267, et l’on présume que Salonine fut assassinée en même temps que Gallien, son mari, en 268.

La présence de ces médailles dans le mortier des murailles en fixerait avec certitude la date au milieu du iii« siècle ; mais faut-il avoir une confiance entière dans les déclarations faites par les ouvriers ?

Parmi les inscriptions tirées des soubassements de nos murs, quelques-unes, sans porter de dates précises, se rapportent aux règnes d’Auguste (n° 1) (2), de Claude (n° 41), de Trajan (n° 5), de Septime Sévère et de Caracalla (n° q3). La date de cette dernière est comprise entre les années 196 et 208 et c'est la plus moderne parmi celles dont la date peut être approximativement fixée. Les autres inscriptions provenant de murailles ne sont point datées, et leur texte ne permet pas de le faire.

Une inscription des plus importantes pour notre histoire, gravée sur une plaque de bronze à la date du 1er avril 25o, a été aussi trouvée à Sens, mais en dehors des murs, et les circonstances de la trouvaille ne sont pas venues jusqu’à nous. Nous ne pouvons donc rien en tirer pour la date que nous cherchons.

Mais si, d'une part, l'inscription n° 43 nous montre, d'une manière évidente, que les murs sont postérieurs à l'an 208, d’autre part Ammien Marcellin nous fait voir le César Julien fortifiant Agrippine (3) qu'il venait de reprendre aux barbares, et après avoir traité en vainqueur avec les Francs, traversant le pays des Trévires pour se rendre à Sens, place forte dont les murs lui offraient une opportune protection (4), y soutenant un siège d'un mois (5) et y passant tout l’hiver de l’année 356-357 (6), à chaque instant et de tous côtés menacé par les Germains (7).

Les murs furent donc élevés entre les années 208 et 356. En cela, nous sommes d’accord avec M. Lallier.

Dans le paragraphe 5 de son travail inséré au tome Ier du Bulletin de la société archéologique, travail qui remonte à l'année 1845, M. Lallier reporte les murs à la seconde moitié du 111e siècle ; et, précisant davantage, il en attribuait la construction à Constance Chlore, dont le règne dura de l'an 292 à l'an 3o6. A cette époque, l'opinion des plus savants était encore indécise.

Ainsi M. de Caumont, au congrès archéologique tenu à Sens en 1847 (8), semble approuver l'opinion de M. Lallier; à celui de Clermont en i85o, il admet comme démontrée l'affirmation de M. Lallier devant le congrès d'Auxerre, à savoir qu'avant le 111e siècle les villes

(1) Notes de M. Lallier.

(2) |Les numéros des inscriptions^ sont ceux du Catalogue du Musée gallo-romain de Sens, publié par Gustave Julliot, en 1891.]

(3) Aujourd’hui Cologne.

(4) Ammien Marcellin, 1. XVI, c. 3 : « Per Treveros, hiematurus apud Senonas, oppidum tune opportunum abscessit. »

(5) Ibid, c. 4 : « Clausa ergo urbe, murorumque intuta parte firmata, ipse cum armatis die noctuque inter propugnacula visebatur et pinnas ira exundante substridens, cum erumpere sæpe conatus, paucitate presentis manus impediretur. Post tricesimum denique diem abiere barbari tristes, inaniter stulteque cogitasse civitatis obsidium mussitantes. *

(6) WilmaNNS. Exemple inscripticnum, n° 1 3q.

(7) Ammien Marcellin, 1. XVI, c. 1 1 : « At Cæsar, exacta apud Senonas hieme turbulenta, Augusto novies seque iterum coss. Germanis undique circumfrementibus minis, secundis ominibus motus, Remos properavit. »

(8) XIV* session, p. 4 3.

romaines n’étaient pas fortifiées (i); à celui de Cambrai en 1 858 (2), il fait remarquer « qu’au ve siècle beaucoup de cités gallo-romaines, pour résister à l’invasion des hordes barbares, avaient été obligées de détruire des monuments romains pour former à la hâte des ouvrages de défense, » comme si des enceintes de murailles du genre de celles de Sens, du Mans, de Troyes, de Langres, de Beauvais et de tant d'autres cités pouvaient avoir été élevées « à la hâte et sous la menace d’une invasion. » 11 oubliait que, l'an 356, l'empereur Julien avait heureusement trouvé l'enceinte de Sens toute fortifiée.

Aujourd'hui la question a été sérieusement étudiée, et il est démontré : i° que, par toute la Gaule, les monuments dont les grosses pierres forment les soubassements des enceintes des cités appartenaient au Ier et au 11e siècles et qu’aucun ne dépasse le 111e; 20 que si la Gaule a été ravagée par les Barbares au commencement du ve siècle, elle avait subi de non moins grands désastres au milieu du 111e siècle.

Dès l’an 234, les Germains ravageaient les Gaules; ils sont repoussés par Alexandre Sévère (3).

En 254, Valérien est obligé d’envoyer son fils Gallien pour les combattre sous la direction de Posthume (4). Les Germains sont encore expulsés, et Gallien est cinq fois surnommé le Grand Germanique : Germanicus Maximus quintum (5).

De 260 à 267, Posthume protège les Gaules et maintient les Germains au delà du Rhin , mais, après sa mort, les envahisseurs arrivent plus nombreux. Les Tétricus père et fils sont incapables de leur tenir tête et, aux dévastations commises par les ennemis du dehors, viennent s'ajouter les ravages des Bagaudes (6); toutes les Gaules sont envahies par les peuples d’outre Rhin.

Avant 270, date de son avènement à l'empire, Aurélien, qui n’était alors que tribun de la légion VR Gallicane, avait repoussé près de Mayence une horde de Francs qui promenaient leurs dévastations dans toute la Gaule. Il est probable que ce fait d'armes, qui signale pour la première fois l'arrivée des Francs, doit être rapporté au règne de Gordien (7).

En 277, Probus leur reprend soixante-dix villes des plus importantes et tout le butin dont ils s’étaient emparés; il les chasse au delà du Neckar et de l’Elbe après en avoir tué quatre cent mille et gardé seize mille soldats armés qu’il répartit dans toutes les provinces et de nombreux prisonniers auxquels il fait cultiver la campagne.

« Toutes les Gaules sont entièrement délivrées, écrit-il au Sénat; toutes les cités de la Gaule m’ont offert des couronnes d’or, je les dédie à votre clémence, pères conscrits; consacrez-les de vos propres mains à Jupiter très bon, très grand, à tous les dieux et à toutes les déesses immortelles. Tout le butin a été recouvré et nos prises nouvelles dépassent ce qui nous avait été enlevé. Les campagnes de la Gaule sont labourées par les bœufs des Barbares

(1) XVII* session, p. 20 et p. 142, 143.

(2) XXV» session, p. 532.

(3) Paul Orose, ch. xxn; Hérodien, 1. vi; Lampride, Alex. Sèv., 5q; Aurel. Victor, De Casaribus, 24.

(4) Zozime, Eutrope, Vopiscus.

(5) Monnaies du cabinet des médailles. Cohen, t. V, Gallien, n01 2 3 4 5 6 7 3o8 à 314.

(6) Eumène.

(7) Vopiscus, Aurelianus, vii : « Francos irrucntes, quum vagarentur per totam Galliam, si cadflixit ut trecentos ex his captos septingentis interemptis sub corona vendiderit. •

l'enceinte de la ville de sens

et ceux des Germains présentent leurs fronts captifs au joug de nos cultivateurs. Les troupeaux des diverses nations paissent pour notre alimentation, et leurs juments fournissent de chevaux notre cavalerie ; nos greniers regorgent du blé des Barbares. Que dirai-je encore? Ils n’ont plus que leur sol, nous avons tous leurs biens (i). »

(l) VopiSCUS, Probus, xvi.

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