‹ Essai sur l'enceinte de la ville de SensChapitre 3 sur 23 · I. — PLAN ET DÉVELOPPEMENT DE L’ENCEINTE ROMAINE · texte numérisé non relu

I. — PLAN ET DÉVELOPPEMENT DE L’ENCEINTE ROMAINE

Si nous consultons les Institutions militaires que Végèce dédiait à Valentinien Auguste (i), et qu’il avait écrites d’après les commentaires de Caton, de Celse, de Trajan, d'Adrien et de Frontin, nous y rencontrons quelques détails fort importants pour nous donner une idée des fortifications romaines qui entouraient de leur vaste ceinture Y oppidum sénonais et dont il ne restera bientôt plus rien.

Au chapitre n du livre IV, Végèce nous dit que les anciens ont toujours évité, dans Tes enceintes des murailles fortifiées, de longues courtines droites, qui n’auraient pu résister aux coups des béliers; ils élevaient de nombreuses tours formant des angles saillants et rentrants, afin que les ennemis, voulant appliquer des échelles ou des machines, fussent vus non seulement de front, mais encore par les côtés et presque par derrière, et, ainsi entourés de toutes parts, fussent facilement écrasés (2).

Afin que ces murs fussent inexpugnables, voici comment on les construisait. A 20 pieds l'un de l'autre, on élevait deux murs parallèles, et dans l'intervalle on rejetait la terre extraite des fossés, et on l’y foulait à coups de batte. Le mur intérieur était moins élevé que l’extérieur, afin que du sol de la place on pût monter aux remparts, comme par une pente douce ou un escalier. Une fortification ainsi faite ne craint nullement les béliers, et quelques pierres vinssent-elles à se détacher, la terre comprimée résistait à l'impétuosité des machines.

Je ne sais si l’on a jamais signalé des traces de ce second mur, mais ce qui paraît bien certain, c’est [à Sens] l’accumulation en dedans du mur d’enceinte d une grande quantité de terres provenant des fossés.

(1) Si, comme on le croit, Flavius Vegetius Renatus adressait ses Institutions militaires à Valentinien II, la date de cet ouvrage doit se placer entre l'an 375, date à laquelle Valentinien fut déclaré Auguste, et la mort de ce prince arrivée en 3q2.

(2) Végèce, Institut, rei militaris, 1. IV, c. 2 : « Ambitum mûri directum veteres duci noluerunt, ne ad ictus arietum esset dispositus; sed sinuosis anfractibus, jactis fundamentis, clausere urbes crebrioresque turres in ipsis angulis ediderunt ; propterea quia, si quis ad murum tali ordinatione constructum vel scalas vel machinas voluerit admovere, non solum a fronte, sed etiam a lateribus et prope a tergo, veluti in sinum circumclusus opprimitur. »

l’enceinte de la ville de sens

Quant aux fossés, Végèce nous rapporte ( i ) qu'ils devaient être très larges, très profonds et remplis d’eau, afin de ne pouvoir être comblés facilement par les assiégeants, et de façon que les infiltrations de l’eau dans leurs mines empêchassent tout travail souterrain.

L'enceinte romaine de Y oppidum sénonais avait la forme d’un ovale allongé, dont le plus grand diamètre, dirigé de l’ouest à l’est, mesurait environ i ooo mètres, et le plus petit, du sud au nord, environ 520 mètres.

De distance en distance, les courtines étaient interrompues par des tours de forme cylindrique, à demi saillantes hors du parement extérieur, de manière à permettre de prendre l’ennemi en flanc, à droite et à gauche. Ces tours faisaient également saillie à l’intérieur et interrompaient ainsi les chemins de ronde établis en haut des murs ou dans leur épaisseur. 11 reste encore aujourd'hui quelques pans de murailles et cinq tours plus ou moins dégradées.

Au pied de ces murs se trouvaient des fossés. La largeur de ces fossés nous est approximativement donnée par la distance du mur d'enceinte de la ville aux constructions voisines. Elle varie de 42 à 62 mètres.

L’eau de la Vanne y était amenée par le ru artificiel qui a changé son nom du moyen âge, Merderel, en celui de Mondereau. Avant la construction de l'enceinte, son eau pure et limpide arrivait au centre de la ville par un aqueduc, détruit pendant les invasions des barbares.

Le souvenir de cet aqueduc se retrouve dans le cadastre sous ce nom conduit, et, dans la mémoire du peuple sous celui de Conduit de Saint-Philibert, lien reste de nombreux vestiges qui ont permis d’en dresser le plan et d’en établir le nivellement.

Des ponts jetés sur ces fossés et des portes, dont il ne reste plus aucun vestige, permettaient d’accéder dans la ville. Le moyen âge en les détruisant leur avait substitué d’autres ponts et d’autres portes. Notre siècle a comblé les fossés, détruit les ponts et les portes du moyen âge et remplacé ces dernières par des pilastres qui viennent d’être renversés.

Nous nous rappelons encore les vieux murs sénonais, si hauts, si épais, dont une végétation parasite cherchait à cacher les ruines que de longs siècles et des sièges fréquents avaient faites : ces nombreuses toutfes fleuries de giroflées aux rameaux d’or, de vipérines et de mille fleurs et arbustes échappés des jardins; et ces fossés si profonds dans lesquels plongeaient les longues branches des antiques marronniers.

L 'Urbs antiqua Senonum n’aurait bientôt plus rien à montrer de ces glorieux témoins de son passé si quelques-uns de ses habitants n’avaient établi leur demeure sur quelques pans de la muraille ou dans quelque tour de l’enceinte.

(1) Végèce, 1. IV, c. 5 : « Fossæ autem ante urbes latissimæ altissimæque faciendæ sunt ut nec facile possint coaequari replerique ab obsidentibus, et cum aquis cœperint redundare, ab adversariocuniculum continuait minime patiantur. »

l'enceinte de la ville de sens

Page 1