I. — PORTE D'YONNE
Nous empruntons la description de la porte d'Yonne à Jacques Rousseau, curé de Saint- Romain, qui, en 1682, a écrit une histoire de Sens, manuscrit n° 65 de la bibliothèque de la Ville.
« La porte d'Ionne est bien plus forte que cette première [la porte Notre-Dame], elle est en quelque façon inaccessible. Elle a pour deffense la rivière, elle a le fauxbourg d’Ionne qui est une petite ville, elle a trois pontz-levis, autant de corps de garde, et la Grosse Tour de dedans la ville qui feroit un furieux ravage sur les ennemis qui voudroient surprendre cette porte, car elle luy est comme attachée. Elle est bastie de grosses pierres de taille, bien plus matériellement que la première [la porte Notre-Dame] et aussy bien plus forte. Elle a deux tours qui la font, dans lesquelles ses gondz sont plantéz. Elle a une maison au-dessus, sans les deux chambres des tournelles, où les bourgeois se logent aux temps des guerres, pendant la nuict. Elle a, outre cela, des barrières pour retenir les cavaliers, des bacules pour arrester les piedtons et l'infanterie, sous les murailles d’en bas qui tiennent à couvert ceux qui la deffendent et leur donnent lieu de battre (1). »
De la porte d'Yonne partaient deux chaussées : l'une au nord conduisait à l'emplacement encore appelé le Clos-le-Roi et s’appelait la chaussée du Clos-le-Roi, et l’autre au midi conduisait au moulin de la Alenelle, l’un des moulins d’en bas, et avait reçu le nom de chaussée de la Menelle.
Cette ancienne porte a été démolie l'an 1743. Le pont actuel de l’Yonne (2) venait d’être livré à la circulation. On profita de ces travaux pour construire l’égout, qui reçoit les eaux de la ville et les jette dans la rivière.
Les raisons qui firent démolir l’ancienne porte furent : i» que l’ouverture se trouvait trop basse, n’ayant que 6 pieds de hauteur sous la clef, le pavé ayant été relevé de 5 pieds y pouces, à cause du nouveau pont, et 20 que le pavillon tombait en ruines. On proposa de raccorder avec les murs de la ville deux pilastres de pierre dure, de 16 pieds de hauteur et 4 d’épaisseur sur 6 de largeur, entre lesquels on rétablirait l’ancienne porte en menuiserie avec sa ferrure. Les matériaux provenant de la démolition de l’ancienne porte furent estimés 2 100 livres, dont il faudrait déduire 770 livres pour la main d’œuvre; restaient i33o livres. Les dépenses pour la construction furent évaluées à 1 379 livres 6 sols 8 deniers, et l'adjudication de ces travaux fut faite au sieur Vannerot (3).
(1) J. Rousseau, Histoire de la ville de Sens. Bibliothèque de Sens, ms. n° 65, p. 92.
(2) [Ce pont lui-même a été détruit et remplacé par un ouvrage moderne 1910-1912.]
(3) Adjudication de la démolition et de la reconstruction de la porte du pont d’Yonne, en date du 7 juin 17+2. Archives de la ville de Sens, DD 6.
l'enceinte de la ville de sens
La nouvelle porte disparut vers 1840. Nous nous rappelons avoir vu sa grille de fer soutenue par des pilastres carrés. Cette grille fut utilisée pour faire une grande porte à l'école communale de la rue du Plat-d’Etain d'en haut; elle ferme aujourd'hui un clos démembré de l’ancienne pépinière, ancien fief des seigneurs de Bellenave.