III. — POTERNE SAINT-BENOIT
Par diplôme du 16 juin 891, le roi Eudes accorda aux moines du monastère de Sainte- Colombe (6) une place située dans l'intérieur de la ville afin d'y bâtir une église et des bâtiments nécessaires pour les recevoir en temps de guerre. Cette place s'étendait le long du mur de ville, depuis le cloître jusqu'à la porte Saint-Didier, et mesurait d'un côté 35 perches et un droit, et de 1 autre 3i perches; d’un bout, à la porte Saint-Didier, 18 perches et demie, de l’autre bout i5 perches, et au milieu 12 perches et demie. Il leur donna en outre, hors de la cité, 12 anzinges d'une terre qui avait été auparavant une vigne de son domaine, et la permission de tenir constamment ouverte la poterne qui appartient à la place qu’il leur concède afin qu'ils puissent sans obstacle aucun et plus secrètement commu-
(1) 'J. Rousseau, Histoire de la ville de Sens. Bibliothèque de la ville, ms. ne 65, p. 92-9?.
(2) La construction de ce boulevard date de 1 5 1 5-i 5 1 6 ; cf. Archives de la ville de Sens, CC 1 1, fol. 14 et suiv.
(J) [Cette statue, transportée au château de Passy, a été donnée en iqto à la Société archéologique. (Voir Bulletin, t. XXVI, Comptes rendus des séances, p. 2S).]
(l) Archives de la ville de Sens, CC 1.
(5) Archives de la ville de Sens, CC 12.
(6) Quantin, Cartulaire général de l'Yonne, t. I, p. 12S, n* LXV.
l'enceinte de la ville de sens
niquer avec leur monastère, entrer et sortir leurs provisions. Et cette donation était laite sans qu'aucun abbé, évêque, comte, justicier ni aucune puissance quelconque pût entraver leur libre possession et jouissance.
Les religieux bâtirent, dans la partie de ce terrain la plus voisine du cloître, en l'honneur de leur patron saint Benoît, une église dont l’orientation laissait à désirer. Elle fut vulgairement appelée Saint-Benoît-la-Maltournée. S’ils édifièrent d'autres constructions, elles ont disparu et ont été remplacées par des maisons ordinaires. On sait qu’au siècle dernier, l’hotel de l’abbé de Sainte-Colombe se trouvait rue de la Charronnerie ou du Tripot, depuis rue de Laurencin. Cette maison fut habitée par M. de Laurencin, puis par M. de Fussy.
La poterne est encore signalée en 1 1 63 dans un testament de Simon de Milly, célérier, qui laisse au Chapitre de Sens une chambre et le terrain adjacent à la poterne Saint-Benoît ( i).
Au commencement du xixe siècle, elle existait encore, comme le constate un article publié par M. Th. Tarbé dans son almanach pour l'année 1819 (2) et reproduit, en 1 838, dans les Recherches historiques et anecdotiques (3).
Cet arc a été détruit à une époque que je ne saurais fixer. M. Tonnellier, trésorier de la Société archéologique, démolissant la portion du mur de ville attenant à sa propriété, fit construire, dans son nouveau mur, un arc du même genre, en s’inspirant d’un dessin de Victor Petit qui représentait une poterne située entre la porte Formau et la porte Saint- Hilaire; nous nous en occuperons plus loin.