AUX INCURABLES
Fftlin DU VICE, FRliTS DE U VIEILLESSE.
Qui que tu sois, rends compte ft ta patrie de tes actions. Qa*a»4u fait du temps de ta vie? La loi t*interroge, la patrie t*écoate, la vérité te Juge.
Vouft qui languissez sous ]e poids des infirmités que Fâge et les maladies ont accumulées sur vous, que puis-je faire contre la loi naturelle qui veut votre destruction? Vous luttez péniblement contre elle, et déjà un pied dans la fosse vous espérez encore. Témoins des merveilles produites par Fart nouveau, vous attendez uneguérison qui ne peut avoir lieu. Vérité douloureuse à vous dire, mais pourquoi vous abuserais-je par de vaines promesses? Il est une époque dans la vie de tous où on peut se préparer une vieillesse supportable ; il est un temps où les infirmités peuvent encore être guéries, et vous avez laissé passer des jours qui ne doivent plus revenir. Celui où vous devez rendre
à la terre ce que vous ave puisé dans son sein est près déjà; rien ne peut vous soustraire à cet arrêt du destin. C'est la loi de tout ce qui existe, car tout doit finir. Votre front déjà courbé vers la terre vous avertit qu'il faudra bientôt obéir à ce grand centre, de gravité; mais ce principe de vie qui vous a soutenus dès les premiers pas suivra une autre route, votre âme est immortelle.
Vous avez vécu dans la souffrance, vous avez douté de la Providence, vous croyez être seuls malheureux ou plus malheureux que tous. Aveuglement de vos esprits ! il est ici une coupe remplie de chagrins; il faut que tous y boivent et vous y avez bu. Ceux qui vous suivront y boiront à leur tour. Il vous reste à mourir; cet instant que vous redoutez, nous pourrions le prévoir! A quoi bon pour vous? c*est un secret que vous devez ignorer, car votre éducation ne vous permet pas de l'apprendre sans trouble et sans effroi. Ce temps sans doute viendra, mais des générations auront passé , les hommes connaîtront mieux leur véritable besoin et les lois de la vie. Plus justes et plus raisonnables qu'aujourd'hui, ayant vécu sous d'autres lois, loin de redouter la mort, arrivant à son terme naturel, ils la regarderont comme un bienfait. Mes discours ne sauraient vous convaincre ; vous demandez la
santé ou la iiiorl. La santé ne peut venir, et la mort ne vient pas toujours lorsqu'elle serait nécessaire; le malheureux l'appelle en vain à son secours. Elle frappe pendant ce temps à la porte du riche joyeux; elle arrive à la fin d'un festin!
Dans votre désespoir, il vous reste le suicide; c est un remède à la mode ; votre enveloppe est facile à briser, un seul instant suffit pour y parvenir, les moyens sont nombreux , et vous n'avez que r^osbarras du choix.
Hommes qui manquez de courage et qui ne savez pas souffrir les maux qui sont inséparables de Texisteoce de votre frêle machine , vous croyiez que la vie était un fardeau léger dont le poids ne peut incommoder même pendant le trajet d'une longue route. Considérez donc votre lourd fourreau, voyez combien il a fallu d'art pour le produire, et pour empêcher qu'il ne cède aux efforts destructeurs des corps qui l'environnent; croyez-vous que cette lutte pouvait exister longtemps sans occasionner de douleurs?
Vous venez accuser la nature; mais , s'il était yrai qu'une partie des maux que vous souffrez vinrent de vous? s'il était vrai que vous eussiez méprisé les avertissements qu'elle vous a donnés, vos plaintes seraient-elles fondées, la nature d(.»-
vrait elle de nouveau vous prodiguer ses Irësors? Oui, vous l'avez dissipée, votre vie, comme un fils de famille dissipe le patrimoine de ses pères, sans songer à ce qu'il leur a fallu de temps et de peines pour l'acquérir. Vous vous êtes avancés dans la vie sans examiner le chemin que déjà vous aviez parcouru. Pour vous, point d'alarmes, et si le temps vous poursuivait , sa faulx devait passer près de vous sans vous atteindre ! Illusion trompeuse ! La nature sans cesse se renouvelle, et dans un instant vous passerez dans son creuset; c'est là que seront pesés les débris de votre être ; on n'y trouvera que des scories. Quant aux germes des vertus que vous possédiez et que vous deviez développer pour le bien de tous , vos vices les auront étouffés.
N'accusez donc plus la nature; elle s'était montrée bonne mère, et vous n'êtes que des fils ingrats. Cen' étaient pas des jouissances puresetdouces qu'il vous fallait, c'était le délire de vos sens... Maintenant vous expiez vos crimes et vos erreurs.
Le vice est venu frapper à votre porte, et vous avez ouvert; il vous a présenté sa coupe empoisonnée et vous y avez bu; vous n'avez pas reculé d'effroi en sentant l'amertume de son breuvage; doit- on vous plaindre maintenant?
^ yô'i —
Bonheur que rhouime cherche, je t'ai aussi goûté; je croyais à la vérité de tes descriptions; mais ce breuvage des félicités n'est qu'un poison ! Vivez, vivez de la vie commune, enivrez-vous des plaisirs d'un jour; vous croyez être sages et vous n'êtes que des fous, car tout jour d'oi^ie doit avoir son lendemain.
Lendemain terrible ! L'homme aperçoit alors qu'il n'a fait que rêver; une triste réalité se présente à sa vue. Il maudit ses instituteurs, ses philosophes, ses prêtres et ses médecins, car aucun d'eux ne sut lui apprendre à vivre, car tous l'ont trompé. Ils lui apparaissent dans toutes leurs nudités. Ils avaient caché leurs misères morales sous de riches vêtements; maintenant, dépouillés, ils laissent voir des plaies hideuses, et le sang corrompu qui s'en échappe doit atteindre encore ces jeunes enfants que la nature appelait pour vivre heureux et produire de bons fruits.
Comme ces plantes dont le vent brûlant du midi a desséché la sève, la rosée du matin lîe pourra plus relever leurs tiges abattues, leurs fleurs languissantes seront bientôt flétries, et au lieu do parfums qu'elles devaient répandre elles n'exhaleront que de délétères odeurs.
Non, non, toutes les plaies ne sont point sou^
des haillons; la soie couvre bien souvent des pourritures^ et de riches palais renferment parfois deà choses hideuses à voir. Osons les découvrir et le^ montrer à la foule, osons... Mais non, arrêtonsnous ici 9 ma mission est pacifique ; d'ailleurs, les plaies exposées longtemps à Vair s'enveniment et deviennent bien plus difficiles à guërir.
Le temps deviendra plus doux et mon âme plus calme; je présenterai alors la vérité sous un autre aspect; c'est du ciel que je la ferai descendre ; mes paroles n'auront plus rien d'amer, et mes idées ne se ressentiront plus des peines qu'il m'a fallu en-durer pour connaître les hommes.
Je dois déclarer en terminant que je n'ai point entendu confondre dans mes attaques quelques respectables ecclésiastiques qui, pénétrés de la sainteté de leur mission, la remplissent avec un zèle irréprochable. Une charité constanle, une pureté de mœurs que rien n'a pu affaiblir les distinguent de la foule. Ils sont humbles et oubliés; Dieu les élèvera et les glorifiera un jour.
D'autres hommes cherchent la vérité, la science et la sagesse par une autre route que nous. Parmi
eux on distingue des médecins et des savants; ils ont pu se tromper, mais mon blâme ne doit point les atteindre. Jamais ceux-ci n'ont été nos adversaires ; on peut compter sur leur concours lorsque les vérités que nous proclamons auront été reconnues par eux.
Cette disette d'hommes bien disposés au milieu de l'abondance d'hommes contraires attriste mes pensées , car je connais ma faiblesse et mon impuissance. En publiant cet ouvrage, je déclare obéir à une impulsion occulte plus forte que ma raison^ et ce n'est qu'après une longue lutte avec moimême, et lorsque chaque jour de retard me rendait malheureux, que j'ai cédé à cette voix secrète. Je n'ai du reste rien à rétracter.