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SAGE DES INSECTES POIR L ALIMENTATION DE L'HOMME

L'homme, poussé par la faim, n'étant pas, comme les animaux, dirigé par l'instinct, a dû, dans les temps primitifs, essayer de manger de toutes les substances organiques à sa portée. L'expérience et son intelligence lui apprirent à distinguer le bon du mauvais.

Selon la Bible, les Israélites, après leur fuite, de la terre d'Egypte, vivaient de manne qu'ils recueillaient

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dans les déserts de l'Arabie, substance mucoso-sucrée qui se produit encore de nos jours, et qui, selon le savant Ehrenberg, est le résultat de la piqûre d'une espèce de kermès (Chermts manniparus) sur un tamarix. Cette matière se concrète pendant la fraîcheur de la nuit et se liquéfie à l'ardeur du soleil. Les Israélites, malgré leur sobriété, mangeaient sans doute quelque autre chose, car il n'est pas supposable que cette nourriture seule ait pu soutenir leurs forces pendant quarante années. Le même tamarix, le même kermès existent toujours en Arabie et dans le Dongola;la sécrétion produite par la piqûre de l'insecte est toujours comme au temps de Moïse, mais les habitants n'en font aucun usage aujourd'hui.

Nous lisons dans l'Écriture que saint Jean, fils de Zacharie, s'est nourri longtemps de sauterelles (Acridium migratorium). Les (irecs appelaient acridophages des populations entières qui en vivaient ; il y a encore certaines contrées de l'Afrique ou les indigènes recueillent ces insectes dévastateurs pour les manger. Olivier et Bruguères, envoyés en Perse à la fin du siècle dernier, ont vu vendre sur les marchés de Bagdad ces Orthoptères par sacs comme des céréales. On les faisait moudre et on eu préparait une sorte de brouet. On mange aussi les sauterelles cuites comme des crevettes, dans l'eau avec un peu de sel, ou simplement grillées.

Au Mexique, on recueille aux bords des grands lacs, les œufs de deux espèces de punaises aquatiques (Coryxa et Notonecta), qui y sont excessivement communs; pour les obtenir plus facilement et en quantité, les Indiens placent dans Teau des brins de jonc ou de roseau sur les-

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quels les femelles de ces insectes viennent déposer leurs œufs ; au bout de quelques jours, ils en sont entièrement couverts. Alors, on les retire de l'eau et on détache les œufs avec une brosse, pour les faire sécher et les conserver. On en fait des gâteaux et des potages. M. Guérin- Menneville nous a montré de ces œufs assez semblables à des grains de semoule.

Les Romains, au rapportde Pline, considéraient comme une nourriture de luxe, la larve du Cossus, Voici comment il s'exprime (liber 17, caput 37) au sujet de cette friandise. « Vermiculanlur magis minusve quœdam arbores omnes tamen [ère : idque aves cavi corticis sono experiuntur. Jam quidem et in hoc luxuria esse cœpit :prœgrandesque roborum delicatiore sunt in cibo : cossos vocant : atque etiam farina saginati, hi quoque altiles fiunt.. . (1) » Est-ce bien du cossus gâte bois qui perfore les arbres de nos boulevards, dont Pline a voulu parler, ou n'est-ce pas plutôt de la larve de quelque grand Capricorne, tel que le Cerambyx Héros, autrefois si commun sur les vieux chênes du bois de Boulogne? Ce qui, contre l'opinion de Linné et de Fabricius, autoriserait à le croire,* c'est que Pline ajoute : « Omnes tamen in cerastem figurantur sonumque edunt parvuli stridoris (2). »

(4) Presque lous les arbres sont perforés par les vers, mais pas tous au même degré ; les oiseaux savent parfaitement reconnaître au son creux que rend Técorce sous leur bec ceux qui renferment des larves; les plus grandes qui vivent dans le tronc des chênes, sont aujourd'hui considérées comme un mets de luxe ; on les appelle Cossus; on augmente leur qualité en les engraissant avec de la farine.

(X Toutes ces larves se transforment en u n Céraste (CapricormO. qui Kit entendre une petite stridulation.

Aux Antilles, à la Guyane et ailleurs, on mange les grosses larves du charançon palmiste (Calandra palmarutn) et celle d'un gros capricorne. On les roule dans de la farine et on les fait frire comme des goujons, ou Ton en fait simplement des brochettes que Ton fait rôtir devaut le feu. Des personnes qui en ont goûté, nous ont assuré que c'est un mets très-délicat comparable à du gras de jambon.

Les indigènes des environs de Natal et du pays des Amazoulous sont très -friands d'une grosse chenille velue, qui vit en familles nombreuses sur une espèce de mimosa. Ils la font rôtir pour griller les poils, et, lorsqu'ils la trouvent cuite à point, ils la mangent avecdélices. C'est môme, selon Delegorgue, le célèbre chasseur d'éléphants et d'hippopotames, la seule cause qui l'ait empêché, lorsqu'il était chez le roi Panda, d'obtenir autant d'insectes parfaits qu'il l'aurait désiré. Lorsqu'il découvrait sur un mimosa une famille de ces chenilles prêtes à se métamorphoser et qu'il revenait le lendemain pour en recueillir quelques exemplaires, il ne trouvait plus que des Cafres attablés au pied de l'arbre.

Les Chinois, plus civilisés que les Cafres, tirent un excellent parti des vers à soie dont ils ont dévidé le cocon. Ils les pralinent dans du sucre et les servent sur leurs tables comme des dragées.

Dans la Nouvelle-Grenade, sur les marchés de Bogota, où la civilisation est aussi avancée que dans nos villes d'Europe, on vend à certaines époques de Tannée, par petites mesures, comme des noisettes ou des châtaignes, les chrysalides d'une grande hespérie dont la chenille est fort commune sur plusieurs espèces à' Acacia. On

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les fait cuire à l'eau avec un peu de sel et de piment (Capsicum).

Le docteur Vinson rapporte que, pendant que l'ambassade française dont il faisait partie, assistait au couronnement de Rhadama II, il remarquait avec une certaine curiosité le fils de ce malheureux roi, enfant de 10 à 12 ans, croquant comme des amandes, pendant la cérémonie, les chrysalides d'une espèce de bombyx propre à Madagascar, peut-être le même que celui que nous avons décrit autrefois sous le nom de bombyx Rhadama.

On ne sert aucun de ces plats sur nos tables européennes, mais on y voit figurer d'autres animaux, qui sont toujours du ressort de l'entomologie et font partie des insectes aptères de Linné. Tels sont les homards, les langoustes, les écrevisses, les palémons, les crevettes, etc. Qui sait si, dans deux mille ans, la postérité ne s'étonnera pas que nous ayons fait nos délices de ces sortes d'insectes, comme les Anglais s'étonnent, de nos jours, que, dans quelques contrées de la France, I on mange des escargots et des grenouilles ?

& UTILITÉ DES INSECTES DANS h' INDUSTRIE.

L'insecte le plus utile à l'industrie, et dont le produit est devenu l une des branches les plus importantes du commerce, est, sans contredit, le Bombyx du mûrier, qui lile nos étoffes de luxe. Sa chenille, connue de tout le monde sous le nom de ver à soie, est élevée en domesticité depuis les temps les plus reculés par les Chinois. Sous l'in-

fluence de cette longue domestication, le bombyx du mûrier a subi de telles modifications que Ton ne connaît plus le type sauvage -, il est de tous les bombyx tileurs celui qui donne la meilleure soie et celui dont l'éducation se fait le plus facilement. Malheureusement, depuis plusieurs années, et on ne sait pas au juste sous qu'elle influence les vers à soie périssent en grand nombre, par diverses épidémies. Dans cet état de choses, on a cherché à remplacer le bombyx du mûrier par d'autres bombyx séricigènes du genre Saturnia. MM. Eugène Robert, Cha- Yannes et surtout M. Guérin-Menneville ont fait à ce sujet de nombreux essais dont le résultat, sans être négatif, n'est pas encore de nature à rassurer complètement nos magnaniers.

♦ Le premier sur lequel on avait fondé quelques espérances, est la Saturnia Mylitta, appelée toussah par les Indiens. Ce grand Bombycite sur lequel nous avons publié en 1859 une petite notice dans les Annales de la Société entomologique, donne un cocon souvent plus gros qu'un œuf de pigeon, composé d'une soie très-forte et abondante, mais qui n'est pas apte à faire ces beaux tissus que Ton obtient avec la soie de Chine. Les Indiens en font des étoffes grossières qu'ils appellent korah, employées par les Européens qui résident au Bengale pour vêlements d'été et pour couvrir des meubles. Au reste, le toussah ne s'élève pas en domesticité dans l'Inde, comme nos vers à soie. On recueille les cocons à l'état sauvage, et l'on fait accoupler les papillons dont on veut obtenir la graine. Dès que les œufs sont éclos, on transporte les petites chenilles dans les jung les (bois épais), et on les place sur les arbres destinés à les nourrir, dont les prin-

cipaux sont les terminalia alata et tomentosa^ quelques zizyphus et surtout une plante que nous ne connaissons pas, qui porte le nom hindostani de koosun (1); lorsque l'éducation est terminée, les Indiens détachent les cocons , les entassent dans des corbeilles ou des sacs, et les portent au marché, puis ils coupent les arbres à la hauteur d'environ 1 mètre pour la commodité des gardiens qui doivent surveiller les chenilles Tannée suivante. Le toussah abonde dans une grande partie du Bengale jusqu'à l'Himalaya, principalement dans les districts de Ramgurh et Hazarubaugh.

Nous avons vu des cocons de toussah éclore à Paris dans les serres du jardin des plantes; mais malheureusement il a été impossible de les naturaliser, faute d'une nourriture et d'une température convenables.

On utilise aussi dans l'Inde, aux environs de Svlhet, le cocon d'une autre saturnie, quoiqu'il soit moins riche en soie que celui du toussah. À la fin de i853, cette espèce que nous avons appelée Saturnia Ricini a été introduite en France et les premiers individus sont éclos également au jardin des plantes. On les a conservés et multipliés pendant quelques années. Mais, comme les générations de cet insecte sont très-rapprochées, et que, chez nous, le ricin ne conserve pas ses feuilles pendant

(I) M. Oarcin de Tassy, membre de l'Institut et professeur' d'hindoslani, que nous avons consulté à ce sujet, nous a remis la petite note suivante : « Koosun ou plutôt Kooshoom Kusiim;, est le nom du carthamus tinctoriits. J'ai véritié ta chose exactement. » Si, comme nous avons toute raison de le croire, le koosun est bien le cartliame, on pourrait peut-être élever celte espece dans le Midi on la plnnle croît naturellement.

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l'hiver, comme dans le royaume d'Assam, on a été obligé de renoncer à son éducation.

En 1858, M. Guérin-Menneville, qui, comme nous l'avons déjà dit, s'occupe spécialement de la question des vers à soie, lit venir de la Chine une espèce moins délicate, la Saturnia Cynthia, ver à soie de l'Ailante, que l'on élève aujourd'hui très-facilement avec les feuilles du vernis du japon, ailantus glandulosa. Cette espèce, fort voisine du Ricini, produit une soie dont on peut tirer un excellent parti.

Nous pensons que le ver à soie du chêne (Saturnia Yama mal) a pius d'avenir que toutes les saturnies précédentes. Il est originaire du Japon et du nord de la Chine, dont le climat a quelques rapports avec le nôtre; on peut le nourrir avec des feuilles de chêne ou de frêne. L'insecte parfait ressemble beaucoup au toussah avec lequel MM. TatarinofîetGaschkewitsch l'ont confondu ; mais il en est bien distinct par la forme du cocon, qui n'a pas, comme chez' le toussah, une espèce de pédicule en forme d'anse. M. Guérin-Menneville l'élève avec succès et en a retiré une très-belle soie. C'est sans doute de cette Saturnide, que Latreille nous a parlé souvent, sous le nom de ver à soie du chêne, et dont il nous disait avoir vu le dessin entre les mains de son collègue, M. Huzard.

Outre les nouveaux vers à soie dont nous venons de parler et qui, dans l'Inde, la Chine et le Japon, fournissent une soie employée à fabriquer des étofTes solides, il y a d'autres papillons de la famille desbombyciles dont les indigènes utilisent la soie. Telle est la processionnaire de Madagascar (bombyx Rhadama), qui vit à la manière de nos Yponomeutes en familles nombreuses sous une

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grande tente de soie, dont les fils très-forts et presque inaltérables ne peuvent être dévidés ; les Hovas cardent celte soie comme de la filoselle et en font des tissus qui, dans les familles aisées, servent à vêtir les morts.

En dehors des insectes séricigènes il en existe d'autres très-utiles à l'industrie ; telles sont les espèces suivantes : Cynips gallœ tinctoriœy espèce de petite mouche à quatre ailes qui pique les feuilles d'un chêne très-commun dans l'Asie Mineure, pour y déposer sa progéniture, et dont la piqûre produit ces excroissances connues dans le commerce sous le nom de noix de galle. On rencontre souvent, sur les chênes de nos bois, des excroissances analogues produites par un insecte du même genre, mais qui sont loin d'avoir la propriété de celles qui viennent du Levant. La noix de galle est une substance de première nécessité ; c'est la base de notre encre à écrire, et rien ne pourrait la remplacer pour la belle teinture noire.

Il existe encore un autre cynips (Cynips ficus caricœ), avec lequel on pratique en Orient la caprification (1), opération qui consiste à porter sur un figuier cultivé, des figues sauvages habitées par des cynips, lesquels en sortent tout chargés de pollen et pénètrent dans les figues dont on veut hâter la maturité. L'efficacité de cette méthode, qui n'est plus en usage que dans le Levant, est attribuée par certains auteurs uniquement à la piqûre du cynips, et non à la poussière fécondante que fournissent les fleurs mâles à l'entrée du calice commun. On sait, en effet, que, chez nous, les fruits piqués par des insectes

(4) Le nom de caprification vient de caprificus, tiguier des chèvres, tiguier sauvage.

mûrissent plus vile que les autres. Dans la Provence, on pratique un autre genre de caprin" cation, on pique les figues que l'ont veut avancer, avec une aiguille ou un petit stylet de bois, trempés dans un peu d'huile d'olive. M. Rivière nous a appris que les cultivateurs des environs d'Argenteuil emploient le même procédé.

On élève, depuis des siècles, au Mexique, la cochenille (Coccus cacli) sur plusieurs sortes d' Opuntiay plus spécialement sur l'espèce appelée Coccinellifera.

Cet insecte ne prospère véritablement bien que dans son pays natal. On l'a transporté à Madère où il a réussi à moitié. Ou a aussi essayé son éducation en Algérie, mais avec peu de succès. La cochenille que, pendant bien des années, on a prise pour une graine, est l'une des branches importantes du commerce du Mexique, Elle fournit la plus belle couleur écarlate et c'est d'elle que l'on retire le carmin si employé de nos jours pour la peinture de la nature morte et la réparation de la nature vive.

On recueille dans l'Inde et au Sénégal une espèce d'Arachnide rouge (Trombidhtm tinctorium) qui, dans ces pays, est employée aux mêmes usages que la cochenille.

La cire d'arbre que l'on récolte en Chine et qui remplace très bien la cire des abeilles, est produite par la piqûre d'un espèce de kermès (Ceroplastus pe-îa) sur le Jfhus succedanea, arbuste très-commun dans le Céleste Empire. Les Chinois, pour le multiplier, disposent sur les branches des petites bottes de paille ou de jonc d'une forme conique; les insectes viennent se loger sous cet abri, que Ton transporte au bout de quelques jours sur des arbres disposés à cet effet.

La gomme-laque^ qui joue un si grand rôle dans l'industrie, est produite dans l'Inde et l'Indo-Chine par une espèce de" cochenille (CoccusLacca) dont la piqûre sur les Ficus religiosa, Jndica et plusieurs autres espèces propres a ces contrées, ainsi que sur plusieurs espèces de Croton, détermine, sur ces plantes laiteuses, une sécrétion résineuse très-abondante qui se durcit et constitue après avoir été fondue la gomme-laque du commerce.

Les habitants de la côte de Guinée font une espèce de savon en broyant un carabique très-commun à certaines époques de l'année (Hypùlithus saponarius), et en le pétrissant avec de la cendre de Baobab (Adamonia digitata).

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