Lithobie à tenailles
On trouve cette lithobie très-fréquemment dans les parcs, les bois et les jardins, elle recherche les endroits obscurs, d'où elle ne sort que la nuit; pendant le jour, elle se tient cachée sous les pots, sous les caisses et les feuilles mortes. C'est une amie des horticulteurs.
GENRE GÉOPHILE. GEOPHILUS.
Corps très-long, très-mince, linéaire, formé d'un trèsgrand nombre d'anneaux (plus de quarante); antennes de 14 articles : pattes très-nombreuses, courtes, de longueur
égale, de 40jusqu'à plus de 150 paires; yeux nuls ou peu distincts. Les géophiles sont des espèces de petites bêtes à mille pattes connues de tous les jardiniers. Ils se tiennent dans la terre et dans les pots à fleurs ; lorsqu'on les touche ils se pelotonnent et cherchent à mordre : mais leur morsure est moins sensible que celle des lithobies: quelques espèces sont phosphorescentes. Ils se nourrissent de lombrics et de chenilles. Nous avons mis plusieurs fois des chenilles dans un pot ou dans une boîte avec des géophiles , le lendemain , toutes les chenilles étaient mortes ou dévorées et souvent ce myriapode était enroulé autour du cadavre d'une de ses victimes. Au reste, ils sont fort inoffensifs et nous rendent des services; nous en exceptons les deux espèces suivantes.
Il en est une, probablement celle appelée par Geoffroy la scolopendre à 144 pattes, qui a parfois produit des . accidents très-graves. Ce géophile ou une espèce voisine, s'est quelquefois introduit par le nez dans les sinus • frontaux de l'homme, et a déterminé, pendant plusieurs
années, des douleurs atroces que rien ne pouvait ni combattre ni apaiser,
M. leDr Rohineau Desvoidy, auteur de beaux travaux sur les Muscides et observateur très- clairvoyant, nous a envoyé de St-Sauveur une espèce de géophile qui avait Vécu 21 mois dans les sinus frontaux d'un pauvre journalier devenu étique à force de souffrir et d'être privé de sommeil. Un beau matin, il va trouver Kobineau et lui apporte une scolopendre toute vivante qu'il avait rendue en se mouchant à la suite d'une prise de tabac qu'il avait aspirée avec force pour calmer la douleur qu'il ressentait dans le côté de la téte. Les souf-
frances cessèrent immédiatement et la guérison fut instantanée.
Quelque temps après, le Dr Descuret, l'auteur de la Physiologie des passions, nous apporta un géophile qu'une dame avait gardé, pendant plus de deux ans, également dans les sinus frontaux. La souffrance était si grande qu'elle en était presque devenue folle. Sans son mari, dit M. Descuret, elle se serait jetée par la fenêtre; elle n'obtenait un peu (Je soulagement qu'en respirant de Téther. Elle répétait sans cesse qu'elle avait une bête qui lui rongeait lacervelle et qu'elle voulait en finir. Un jour, après une forte inhalation de ce liquide, M. Descuret vit sortir de la narine gauche de celte dame une espèce de scolopendre qu'il ramassa sur son oreiller. Nous conservons encore ce myriapode, long de près de trois pouces. Inutile de dire que la dame en question fut guérie aussi vite que le malade du Dr Rohineau.
Notre bon et zélé collègue, Alexandre Lefebvre, entomologiste bien connu, a communiqué à la Société entomologique de France en 1833 un fait analogue * M. Schoutetten en a signalé un semblable dans les Comptes rendus des travaux de V Académie de Metz. On trouve aussi dans les Mémoires de V Académie des sciences de Paris, 1708 et 1733, deux cas de ce genre.
C'est évidemment lorsque l'on s'endort par terre suY une pelouse ou dans un bois, que ce petit animal s'introduit dans la cavité nasale. La bête àmt7/c/)affe$dontnous venons de parler, appartient à l'espèce appelée par Linné Scolopendra eleclrica. Elle n'est pas rare dans les bois et les jardins ; elle est de couleur brune ou roussàtre.
MYRIAIMHIK>.
Géophile frugivore, geophilus carpophagus.
Long d'environ six à sept centimètres, tète, antennes et extrémité du corps fauve, dessus du dos d'un roux violacé. On je trouve quelquefois logé dans les prunes, les abricots et même dans les pèches, mais bien plus rare ment.
3e CLASSE. — ARACHNIDES.
Cette classe renfermant une immense quantité d'espèces, tant indigènes qu'exotiques, formait autrefois le grand genre Aranea de Linné, et comprenait tojis les petits animaux appel lés vulgairement des araignées. Aujourd'hui on la divise en deux ordres : les ARA- NÉIDES et les ACARIDES , subdivisés en plusieurs tribus et en beaucoup de genres.
L ordre des aranéides, qui comprend les araignées proprement dites, étant bien connu des horticulteurs, nous exposerons succinctement les caractères qui lui sont propres, afin qu'ils ne les confondent pas avec d'autres petits animaux sans ailes, comme les Acarus, par exemple, qui appartiennent au second ordre des Arachnides.
Antennes nulles; corselet d'une seule pièce réuni à la tête ; celle-ci pourvue de quatre, six ou huit yeux ; organes de la manducation situés au-dessous de la partie antérieure du corselet; deux mandibules en pinces munies d'un onglet; deux mâchoires pourvues de deux palpes de cinq articles ; huit pattes de sept articles, terminées chacune par deux ou trois griffes; abdomen suspendu au corselet par un pédicule d'une seule pièce, terminé vers l'anus par un certain nombre de mamelons ou filières destinées à élaborer la soie.
Les araignées, après l'accouplement, pondent un trèsgrand nombre d'oeufs renfermés dans une petite pelote de soie arrondie, très-solide, imperméable à l'eau, tantôt
blanche, tantôt grisâtre, tantôt verdàtre ou jaune, et quelquefois recouverte de grains de terre. Les petits, en sortant de l'œuf, sont déjà à l'état complet et ne subissent aucune métamorphose, seulement ils changent de peau plusieurs fois.
Les araignées, pour parler le langage ordinaire, sont carnassières ; elles se nourrissent de différentes sortes d'insectes ; les unes sont chasseresses et courent sur la terre à la recherche de lêur proie -, les autres moins agiles vivent dans des trous à la porte desquels elles dressent des pièges ; beaucoup d'espèces tendent des filets dans les arbres et les arbustes de nos jardins ou sur les plantes basses, ou même dans nos habitations, pour attraper les mouches et les petits papillons qui ont l'imprudence de se jeter ou de s'accrocher à ces rets , appelés toiles d* araignée. 11 y- a peu d'animaux doués d'autant d'intelligence. Rien n'est plus curieux que l'industrie des araignées.
Tout le monde a remarqué ces araignées tantôt noirâtres, tantôt grisâtres, tantôt d'un jaune citron, tantôt blanchâtres et quelquefois vertes, courant sur la terre dans les champs, les jardins, les prairies ou sur les plantes, à la poursuite de quelque petit insecte, et dont les femelles portent avec elles leurs œufs renfermés dans une petite boule de soie. Celles-ci ne font point de toiles, elles sont vagabondes, elles ne nuisent aucunement aux horticulteurs ; au contraire, elles font la guerre à certains insectes nuisibles, notamment aux larves des mouches à scie.
Chacun connaît aussi l'industrie de quelques espèces qui filent et tissent des toiles horizontales, comme
l'araignée domestique des muison3 , et celles qui les tendent verticalement dans nos jardins en les attachant aux arbustes, aux rosiers et aux plantes d'automne. Ces filets sont disposés de façon à ce que les insectes puissent s'y accrocher lorsqu en voltigeant ils donnent dans le piège. L'araignée, qui ordinairement se tient en embuscade au milieu de sa toile ou cachée dans quelque coin, se jette aussitôt^ sur sa proie, Temmaillotte et la garrotte avec des fils de soie. Si elle est affamée , elle la dévore sur-le-champ ; dans le cas contraire, elle la tient en réserve pour la sucer plus tard. Ensuite elle rejette le cadavre de la victime et se met à réparer sa toile. Ces sorles d'araignées attachent à leur toile le cocon soyeux qui contient les œufs. Il y a aussi des araignées bien connues qui ont la faculté de faire de petits sauts: on en a fait le genre Attus. Feu NValckenaer en décrit un grand nombre d'espèces dont plusieurs se trouvent en France et aux environs de Paris. Elles se tiennent dans des tuyaux de soie entre les feuilles ou même sous les pierres : elles ne font point de toile, elles chassent sur les feuilles ou à terre et se retirent dans leur habitation. Les femelles portent leurs œufs dans une petite boule de soie. La durée de la vie des araignées est de plusieurs années, mais on ne sait pas au juste quel est le terme de leur existence. Elles changent de peau comme les myriapodes.
Ces pauvres araignées, malgré les services qu'elles nous rendent, ont été bien calomniées; on les a accusées d'occasionner des empoisonnements, lorsqu'il s'en trouvait dans la boisson ou les aliments. On a dit que leur morsure était dangereuse et que même leur simple contact
était venimeux. Il n'est pas rare de rencontrer des gens qui attribuent le moindre bouton sur le visage, sur le cou, etc., à une araignée qui a effleuré leur peau. On en voit d'autres qui regardent comme malfaisants les fruits sur lesquels elles se sont promenées. Cela tient à la répugnance qu'elles font éprouver à certaines personnes, à cause de leur couleur souvent assez livide, de leur longues pattes velues et de leur démarche peu gracieuse. On a même vu et Ton voit encore des personnes assez impressionnables pour se trouver presque mal si elles aperçoivent une araignée sur leurs vêtements, comme d'autres à l'aspect d'un reptile ou même d'une souris. On cite l'exemple de braves militaires dont l'idiosyncrasie était telle qu'ils ne pouvaient supporter la vue de ces animaux.
Pour ce qui est du poison, c'est une véritable fable. Les araignées n'empoisonnent pas plus ceux qui les avalent que s'ils avalaient une mouche. Plusieurs peuplades sauvages en sont très-friandes. Les habitants de la Nouvelle-Calédonie font leurs délices d'une grande espèce d'Épéire qui leur paraît d'un goût exquis. L'astronome Lalande et plusieurs autres ont mangé avec plaisir des araignées. Pour cela, on leur enlève les pattes et la tète, on lave l'abdomen pour le débarrasser de la poussière, on le frotte ensuite d'un peu de beurre et on le mange. L'espèce la plus délicate paraît être l'araignée domestique ; elle a, dit-on, un goût de noisette. Quant aux petites espèces, tout le monde en mange sans s'en douter. 11 n'est personne qui, en avalant des grains de raisin à l'automne, n'ait englouti, en même temps, beaucoup de petites araignées appartenant au genre TMridion.
On prétend même que certaines arachnides ont une propriété aphrodisiaque. Feu le baron Larrey (Journal de pharmacie et des sciences accessoires, 1822, p. 2a0) rapporte l'histoire d'une femme qui voulant se défaire de sonmari et croyant, d'après le préjugé général, les arai~* gnées venimeuses , mit huit grosses araignées noires dans ses aliments, à son insu. Loin d'être empoisonné, le mari se trouva beaucoup plus animé et fit goûter les plaisirs de l'amour à celle qui voulait lui donner la mort. Walckenaer dit que, dans certaines contrées de l'Amérique du Sud, les femmes réduisent en poudre des araignées et mettent cette poudre dans les aliments de leurs maris pour exciter leur ardeur. Dans d'autres pays, il y a des femmes qui avalent des araignées lorsqu'elles désirent des enfants.
Relativement à la morsure des araignées, il y a bien quelques faits, mais ils ont été singulièrement exagérés. Quelque violent que soit l'effet de leur venin sur les insectes qu'elles piquent, ce venin, dans les espèces de nos contrées, n'a pas une action bien prononcée sur l'homme ; les piqûres mômes des plus grandes espèces ne sont pas plus sérieuses que la piqûre d'une abeille ou d'un cousin. La douleur disparaît sans autre accident. Dans les pays chauds où il existe de grandes espèces d'araignées, leur morsure est plus dangereuse et occasionne quelquefois un peu de fièvre. Des auteurs du wret du xvne siècle ont même prétendu qu'il y avait eu des cas qui s'étaient terminés par la mort, ce qui est peu croyable. Tout le monde a entendu parler de cette grosse araignée de la Pouille assez commune aux environs de la ville de
Tarente(Lycoja Apuliœ), et appelée, pour cette raison, la
Tarentule. On a écrit des volumes sur la piqnrc de cette Ivcose et sur la maladie dite Tarentisme.
Il est regrettable que des médecins aussi sérieux que Boccone ,Valetta, Valentini, n'aient pas fait complètement table rase de toutes ces exagérations.
On prétendait que, lorsque quelqu'un était mordu par une tarentule, au temps des journées les plus chaudes de l'été, il en résultait un spasme soudain, un froid mortel, puis une chaleur accompagnée de fièvre et d'un délire •qui donnait une sorte de folie gaie à celui qui en était atteint. Le malade criait, riait, dansait en faisant toutes sortes de contorsions extravagantes ; pour le guérir, on lui jouait une sorte de pastorale nommée la Tarenlola et on le faisait danser jusqu'à ce qu'il tombât de fatigue ; alors on le couchait, et, après une abondante transpiration il était guéri. Le temps a fait justice.de ces fables des siècles passés. La tarentule existe toujours dans l'ancien royaume de Naples ; elle produit quelquefois la fièvre chez certains individus qui en ont été piqués, particulièrement chez les femmes nerveuses, mais la guérison s'obtient facilement à l'aide de quelques sudorifiques, sans musique. De tout cela il ne nous reste plus qu'une chose : la Tarentelle.
Nous pourrions encore ajouter, pour rassurer les personnes qui craignent le venin des araignées, ce qu'en dit un célèbre naturaliste enlevé trop tôt à la science et à ses amis, le docteur Dugès de Montpellier [Annales des sciences naturelles, VI, p. 241) : « Nous avons souvent vu des araignées irritées, la clubiona nutrix surtout, lorsqu'elle défendait ses petits , émettre une gouttelette, parfaitement limpide, par la fente de leurs cro-
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chets, redressés et prêts à frapper l'ennemi qui avait violé leur domicile, et les excitait par de nouvelles attaques. La propriété délétère de cette humeur est assez démontrée par les effets qu'en ressentent les insectes piqués, ne 'fût-ce que par une patte-, ainsi que l'observe avec toute raison Treviranus.
* Nous avons voulu pousser plus loin nos observations et, à l'imitation de quelques zélés naturalistes, éprouver sur nous-même les effets de leurs morsures. Plusieurs fois des Êpéires , des Sègestries et autres nous ont fart sentir un pincement peu douloureux, l'épiderme n'ayant pas été traversé. La Dysdère èrythrine, plus petite, mais pourvue de crochets proportionnellement plus longs et surtout plus aigus, a produit plus d'effet . sur nos doigts : une cuisson vive, mais très-passagère, a été le résultat de cetfe piqûre. La Clubione nourrice, choisie de la plus grande taille, puissamment armée et pourvue de grosses glandes, n'a produit également que des piqûres si fines et si superficielles que j'aurais cru l'épiderme intact, sans le vif sentiment de cuisson, le petit gonflement et la rougeur qui se montraient à chaque endroit pressé par la pointe des crochets. Ces effets durèrent à peine une demi-heure. Enfin une grande araignée dite des caves, Segestria perfida. appartenant à une espèce réputée venimeuse dans nos pays tempérés, a été choisie pour sujet d'expérience principale } elle avait neuf lignes de long, mesurée des mandibules aux filières. Saisie entre les doigts du côté du dos, par les pattes ployées et ramassées ensemble (c'est ainsi qu'il faut prendre les araignées vivantes pour éviter leurs piqûres et s'en rendre maître sans les mutiler) , je la posai sur
différents objets, sur mes vêtements, sans qu'elle manifestât la moindre envie de nuire ; mais à peine appuyée sur la peau de mon avant-bras , elle en saisit un pli dans ces robustes jnandibules d'un vert métallique et y enfonça profondément ses crochets; quelques instants elle y resta suspendue, quoique laissée libre ; puis elle se détacha , tomba et s'enfuit , laissant à deux lignes de distance lune de l'autre deux petites plaies rouges, mais à peine saignantes, un peu ecchymosées au pourtour, et comparables à celles que produirait une forte épingle. Dans le moment de la morsure, la sensation fut assez vive pour mériter le nom de douleur, et se prolongea pendant six ou sept minutes encore, mais avec . moins de force; j'aurais pu la comparer à celle de l'ortie brûlante. Une élévation blanchâtre entoura presque surle-champ les deux piqûres et le pourtour, dans une étendue d'un pouce à peu près, se colora d'une rougeur érysipélateuse, accompagnée d'un léger gonflement. Au bout d'une heure et demie tout avait disparu, sauf la trace des piqûres qui persista quelques jours comme l'aurait fait toute autre petite blessure. C'était au mois de septembre, et par un temps frais : peut-être les symptômes eussent-ils offert quelque peu plus d'intensité dans une saison plus chaude, mais il n'en serait certainement résulté rien de pareil, même à ces boutons que quelques personnes trouvent le matin sur leurs lèvres, véritables efllorescences, dues à unecause interne, à un léger mouvement fébrile, et que l'on attribue bien gratuitement à l'araignée domestique. Cette espèce, effectivement, ne parait pas avoir la force et le courage nécessaires pour attaquer ainsi sans nécessité: les plus
grands individus que j'en ai pris (elj'en ai pris d'aussi volumineux que la ségestrie dont je viens de parler), n'ont jamais fait le moindre effort pour mordre. J'en dirai autant de la Malmignatte, dont la piqûre est réputée mortelle, en Corse, et en Italie. Quant à la tarentule, l'espèce de la Pouille ne se trouve pas chez nous, mais , en revanche , la tarentule narbonnaise y est communé et y acquiert une très-grande taille, et Ton sait quelle diffère peu de la précédente. M. Dufour Ta trouvée abondamment en Espagne, et je l'ai reçue même de l'Afrique. Cependant on n'a jamais parlé des dangers de sa morsure, ni, par conséquent, observé les ridicules symptômes qu'on propose de guérir par des jongleries non moins ridicules. Aussi ne croit-on plus guère au tarentisme. Les tarentules ont des glandes venimeuses assez considérables, mais pas plus pourtant que l'araignée domestique, proportion gardée à la taille. Dans une lycose (tarentule) d'un pouce un quart, Merkel a trouvé à ces glandes quatre lignes de longueur ; elles ont une ligne et demie dans une Clubione nourrice, de neuf lignes, trois lignes seulement dans une Mygale aviculaire. J'avais depuis longtemps soupçonné cette petitesse des organes sécréteurs du venin dans le§, mygales d'Amérique, d'après celle que je trouvais à la mygale maçonne. Ils sont chez celle-ci presque rudimentaires, et la force musculaire supplée à l'insuffisance du venin ; aussi une grosse mouche bleue, musca carnaria, mise en expérience, a-t-elle survécu aux profondes blessures que lui avait faites une de ces arachnides vivement irritée et qui l'avait tenue accrochée pendant dix minutes, tandis qu'un lézard gris,
de trois pouces de longueur, a été étranglé en dix minutes, malgré sa vive résistance. »
Nous avons dit qu'en général les araignées, dans les jardins, devaient être considérées comme des êtres bienfaisants, qui nous débarrassent d'une foule de tentbrédines, de cécidomyie, de cousins, de taons, etc. Il nous reste à dire quelques mots de certaines espèces en très -petit nombre nuisibles aux cultures ou incommodes dans les parterres d'agrément.
Épéire diadème. — Epeira diadema.
Cette espèce est Tune des plus communes dans
les jardins, à l'automne. Elle a été appelée par Geoffroy ['araignée à croix papale. Le fond de sa couleur est brun ou roussàtre plus ou moins clair. L'abdomen est allongé avec deux tubercules latéraux plus ou moins apparents à la partie antérieure; il est marqué d'une ligne de points blancs ou d'un blanc jaunâtre, traversée par trois autres lignes semblables formant une croix, et, en outre, de chaque côté, d'une raie en festons. Cette araignée s'accouple en été et pond ses œufs à l'automne; elle ne construit pas de nid; elle se tient cachée entre des feuilles qu'elle rapproche et lie avec des fils de soie . Elle ourdit et tisse une toile verticale orbiculaire, assez grande dans les lieux éclairés et trop souvent a travers les allées des
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jardins; les œufs pondus à l'automne passent l'hiver <dans leur cocon , et les petits éclosent au milieu du printemps. Comme ils trouvent une nourriture abondante à cette époque de 'l'année, ils profitent vite. La femelle de cette épéire, comme beaucoup de ses congénères, est très-féroce: si un mâle s'approche de sa toile et qu'elle ne soit pas disposée à s'accoupler, elle le dévore sans pitié. Elle n'est nullement malfaisante ; mais sa présence à l'automne dans les bosquets est assez importune. Si l'on se promène le matin dans les allées, on a le visage et les vêtements couverts de toiles d'araignée.
Théridion bienfaisant. — Theridion benipnunv
Cette araignée, comme la plupart des espèces du même genre, est très-petite ; elle n'est guère plus grande qu'une fourmi ; son corps est de couleur rousse, marqué sur le dos, d'une tache noire en avant et en arrière de taches de la même couleur ; ses pattes sont de longueur inégale.
Ce théridion est très-commun à l'automne dans les jardins et surtout sur les treilles. Il enveloppe souvent les grappes entières de nos raisins d'une toile très-fine peu visible, mais suffisante pour empêcher les guêpes d'approcher, dans la crainte de s'accrocher par les pattes au léger tissu. C'est ce qui lui a fait donner le nom de bienfaisant par tous les savants qui ont écrit sur les arachnides, tels que Sundwal, Dugès, Koch, Wal. kenaer, etc. C'est précisément cette petite araignée que bien des personnes
avalent, lorsqu'elles mordent à môme une grappe de raisin. 11 est rare qu'il n'y ait pas quelques thériP dions dans une grappe. Celte araignée ne se tient pas exclusivement dans les treilles, elle tend aussi ses filets sur les feuilles des rosiers et sur les fleurs en corymbe.
Il existe deux autres espèces de théridions dont les jardiniers redoutent la présence, moins parce qu'ils mangent les plantes que parce que le léger tissu qu'ils filent, les étouffe et les empoisonne. L'un détruit les semis de carottes et n'est que trop connu des maraîchers; l'autre fait périr, sous les ch Assis, les jeunes melons. Lorsque le plant est envahi par le tissu de cette arachnide, on est obligé d'arracher immédiatement tous les pieds malades.
Dans les petits jardins, on détruit le théridion de la carotte, que l'on accuse à tort ou à raison de sucer le collet des racines, en arrosant le jeune plant avec une infusion de tabac , ou de feuilles de noyer; d'autres personnes prétendent avoir employé avec succès la cendre de bois saupoudrée légèrement sur les planches. Malheureusement ces procédés ne sont pas applicables à la grande culture.
ORDRE DES ACARIDES.
Cet ordre d'animaux comprend tous les insectes connus vulgairement sous les noms de Mites, de Tiques, etc. et que Linné et Geoffroy appelaient Acarus. Les auteurs
modernes les ont divisés en une immense quantité de genres. Degeer, Hermann, Savigny^ Lalreille, Lamarck, Leach, Nitzsch, Dugès, Heyden, Muller, Sundwall, Koch, Paul Gervais, Kolenati (1), Lucas, etc., les ont étudiés d'une manière toute spéciale et en ont fait connaître un grand nombre d'espèces.
Les Acarus , comme les autres Arachnides ont huit pattes lorsqu'ils sont adultes ; dans le jeune. âge, ils n'en ont quelquefois que six. Leurs appendices buccaux ou organes de la manducation varient selon les fonctions qu'ils ont à remplir; leurs pattes antérieures sont munies de petites griffes ou de pinces à l'aide desquelles ils se fixent et se cramponnent au corps dont ils doivent se nourrir. Les pattes postérieures ou* celles de la dernière paire, ont quelquefois l'avant-der- •nier article garni de soies roides au nombre de quatre. Leur abdomen, d'une forme arrondie, plus ou moins ovalaire, est muni chez quelques espèces, comme dans Y Acarus de la gale humaine , de quatre soies dont deux plus longues, tandis que dans celui du fromage {Acarus domesticus) , il n'y en a que deux. On ^ voit aussi quelquefois d'autres soies plus courtes sur les côtés du corps. »
Les métamorphoses des Acarides sont fort simples ; les
(4) Kolelani a publié, dans les Mémoires de l'Académie de Saint-Pétersbourg et particulièrement dans les Bulletins de Moscou, T. u, m, iv, v, vi, vu, et vin, de 4845 à 4857, de grands travaux sur cet ordre d'animaux, qu'il désigne sous le nom de Meletemata, avec dix planches fort bien exécutées. Il nous suffira, pour donner une idée des études de ce savant, dédire qu'il a fait près d'une centaine de genres, rien qu'avec les parasites des chauves-souris .
femelles sont ovipares ou vivipares, les petits naissent en tout semblables à leurs parents, sauf une paire de pattes qui leur manque quelquefois. Ils croissent rapidement et, au bout de quelques jours, ils sont aptes à se reproduire. Les femelles sont d'une excessive fécondité ; c'est ce qui explique la multiplication rapide et innombrable de ces petits êtres.
La plupart de ces animaux sont si petits qu'ils échappent a notre vue et qu'on ne peut les étudier qu'à laide du microscope.
Les Acarides se nourrissent tantôt de substances animales en décomposition, tantôt de végétaux et tantôt ils sucent les animaux vivants. Quelques espèces vivent aux dépens les unes des autres.
Dans cet ouvrage spécialement destiné à nos collègues de la Société d'horticulture, nous n'avons pas a nousoccuper des parasites nombreux qui se trouvent sur les animaux vivants, comme par exemple de TÀcarus qui vit dans les pustules de la gale humaine, désigné par les auteurs modernes sous le nom de Sarcoptes scabiei. Les personnes désireuses de connaître l'histoire de ce parasite, pourront consulter la thèse remarquable que notre savant confrère le Dr Aubé a soutenue à la Faculté de médecine; le travail de M. Baspail dans les Annales des sciences d'observation et dans sa Chimie organique, et le mémoire de Baude dans les Annales des sciences médicales, 4834.
Nous ne parlerons que pour mémoire de la Mile du fromage que tout le monde avale sans s'en douter. Elle ressemble beaucoup à celle de la gale, mais elle est plus allongée et n'a que deux soies à l'extrémité
du corps. Linné l'a décrite sous le nom à' Acarus dômesticw. Latreille en a fait le genre Tyroglyphus et l'a appelée T. siro. Cet acarus abonde sur le fromage un peu vieux et toute la vermoulure que Ton remarque à sa surface est composée d'innombrables familles de mites, de leurs excréments et de leurs œufs. Selon Lyonet, ces petits animaux sont vivipares. Ce dernier auteur décrit et figure une seconde espèce de mite du fromage qui est un peu plus longue, et qui vit sur les fromages de Gruyère.
Il est inutile de rien dire. ici de la mite de la farine (Acarus farinœ), figurée par Degeer, ni de la mite des collections (Acarus destructor), de Schrank, très-bien figurée par Lyonet. Cette dernière n'est malheureusement que trop connue des personnes tjui ont des collections d'insectes. L'odeur particulière qu'elle répand dans les boîtes fait vite reconnaître sa présence. C'est, avec les larves d'Anthrènes et de Dermestes, le plus grand fléau des collections» 11 y a une autre mite que l'on mange souvent au dessert, c'est VA carus passularum de Hering, qui vit sur les figues sèches et qui a été figurée par Dujardin dans ses Observations microscopiques^ pL 17, fig* 10. Nous avons trouvé aussi une autre espèce de mite sur de vieilles dattes rongées par le Boslrichus dactyliperda.
Le nombre des Acarides vivant sur les végétaux est bien plus considérable qu on ne le suppose généralement. Nous avons examiné les feuilles de différentes plantes atteintes de la maladie appelée grise par les jardiniers; et nous avons cru reconnaître que les Acarus n'étaient pas toujours les mêmes. Nous pensons être dans le vrai en disant que chaque plante nourrit souvent une espèce particulière.
Pourquoi n'en serait-il pas des parasites épiphytes comme des parasites épizoïques? Les éludes des savants qui se sont occupés de ces derniers, nous ont appris que le plus souvent chaque animal sert de pâture à une et fréquemment à plusieurs espèces. Pour le naturaliste, la puce du blanc n'est pas la même que celle du nègre ; celle du chat n'est pas la même que celle de l'homme et, à plus forte raison, que celle du chien, chez laquelle M. Haliday n'a découvert que des rudiments d'antennes et que, pourcemotif,Curtisa retirée du genre Pulex pour la placer dans le genre Ceratopsyllus. On nous objectera peut-être que les puces des animaux sautent quelquefois sur l'homme. Cela est vrai, mais elles n'y restent pas longtemps. Il en est de même des Liothées, poux des oiseaux et de nos volailles de basse-cour, qui quittent l'animal aussitôt après sa mort, et se répandent sur les mains et sur d'autres parties du corps où ils occasionnent des démangeaisons momentanées, mais ils n'y restent pas non plus, et périssent promptement, ne pouvant vivre que sur telle ou telle espèce d'oiseau. M. Lorquin, voyageur naturaliste, qui a parcouru une grande partie de l'archipel Indien, nous a appris que le pou noir, dont le corps des Malais est souvent couvert, ne reste jamais sur les hommes appartenant à la race blanche.
Relativement à la grise (1) et aux animaux que l'on rencontre sous les feuilles attaquées de cette maladie, les opinions sont bien partagées : les uns, et le nombre en est assez grand, croient que la présence des Acarus est la
(1) Quelques jardiniers donnent aussi le nom de prise aux feuilles attaquées par les Thrips.
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cause immédiate de cette affection ; d'autres, au contraire, prétendent que ce parasite n'existe sur les feuilles que parce que la plante est languissante et préalablement malade; ils appuient assez judicieusement leur opinion sur certains faits. Ils demandent pourquoi les lauriersroses vigoureux, jeunes et d'une belle venue, sont moins attaqués par les Kermès que les vieux pieds qui languissent dans des caisses; pourquoi les rosiers envahis par les Puccinia et les Uredo ont des acarus sous les feuilles malades, quand on ne peut en découvrir sous des feuilles parfaitement saines ; pourquoi les scolytes dont on a lant parlé, n'attaquent que les arbres souffreteux et épargnent les arbres vigoureux ; enfin pourquoi certains parasites épizoïques ne peuvent vivre que sur des animaux malades, dont les humeurs sont modifiées par un état pathologique particulier.
Pour répondre â ces questions, il y aurait une expérience facile à faire, et à la portée de tous les jardiniers. Ce serait de prendre dans un jardin une branche de Dahlia atteinte de la grise et de la transporter dans un autre jardin éloigné, où toutes les plantes de ce genre sont vigoureuses et d'une belle venue ; en fixant cette branche malade à un pied bien portant, on verrait si au bout de quelques jours la contagion a eu lieu. Ce que nous disons pour le Dahlia, pourrait se faire de même pour les haricots, etc.
Les Acarus de la grise sont considérés par divers auteurs comme appartenant à une seule et même espèce, quel que soit le végétal sur lequel on les observe. Nous ne pouvons partager cette opinion d'une manière complète, attendu que nous avons étudié la grise pendant phi-
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sieurs années, sur un très-grand nombre de feuilles malades, et que nous ayons la conviction d'y avoir trouvé des espèces très-dilï'érentes.
Linné a connu un acarus de la grise qu'il a appelé Acarus telar tus, acarus tisserand. D'après ce savant naturaliste, il se trouve sur les feuilles des plantes qui n ont pas assez d'air, comme celles qui sont renfermées dans les serres; il les recouvre, dit-il, d'un tissu de fils parallèles qui les étouffent. Linné ajoute qu'en automne on le rencontre sous les feuilles du tilleul. Hermann, le célèbre Aptérologisle, dit qu'il ne l'a jamais observé ni sur les plantes de serres ni sur celles cultivées dans les orangeries ; mais, il a vu, en Alsace, des œillets élevés en pot devant des fenêtres, donnant sur une cour peu aérée, qui en avaient éprouvé de grands dommages; les feuilles étaient roulées par les fils de ce tisserand. L'Acarus décrit par Linné est-il bien celui qui donne la grise si commune dans nos jardins U Quant à celui du tilleul, il a été décrit par Turpin dans les Mémoire* des savants étrangers, sous le nom de Telranychus tiliarum.
L'acarus que nous allons décrire, fait partie du genre Trombidium de Hermann ; Léon Du four et Dugès le mettent dans le genre Tetranychus; Westwood en fait un sarcopte. A l'exemple du naturaliste suédois, nous le laissons dans le grand genre Acarus.