CLASSE. - MYRIAPODES
La classe des myriapodes se compose d'animaux articulés pourvus de pieds plus nombreux que dans aucune autre classe, disposés par paires, et dont le nombre varié depuis 10 à 12 paires jusqu'à plus de centcinquante. Ces êtres connus sous le nom vulgaire de mille pieds, de bêtes à mille pattes, sont terrestres et se tiennentpendant le jour cachés sous les pots ou dans, leur intérieur, entre la terre et les parois, sous les pierres, sous les écorces des arbres, dans les fissures des murs, etc.; on les partage en deux familles dont la première porte le nom de Diplopodes.
FAMILLE DES DIPLOPODES.
Cette famille très-nombreuse en genres et en espèces est constituée par des animaux très-allongés, cylindriques, vermiformes, généralement d'une teinte roussàtre plombée ou d'une couleur noirâtre, d'une consistance crustacée comme les cloportes, munis de deux antennes peu allongées, et de pieds nombreux disposés régulièrement comme une petite frange des deux côtés du corps. Dans cette famille appelée par Latreille, celle des chilognathes , nous ne rencontrons de nuisible aux jardins que le genre Iulus de Linné.
GENRE IULE. IULUS Linné.
Les Iules habitent les lieux frais et humides. Ce sont des animaux généralement inoffensifs, qui marchent lentement, et que l'on voit souvent, après les pluies, grimper sur les tiges ou à la base des arbres où ils se tiennent allongés comme des chenilles, dans les crevasses, ou dans la mousse qui couvre les écorces. Ils sont plutôt nocturnes que diurnes. Si on les touche, ils se laissent tomber et se contournent en spirale comme des petits serpents. Les femelles déposent leurs œufs par paquets dans la terre humide ou sous la mousse. Les petits après l'éclosion sont blanchâtres, pourvus d'un très-petit nombre de pattes, à peine visibles. Ce n'est qu'après les premières mues, qu'ils prennent leur couleur noirâtre ou roussàtre et qu'ils sont munis de tous leurs pieds. Ils se nourrissent en général de détritus de végétaux. Dans notre climat les plus grandes espèces atteignent à peine la grosseur d'un crayon et la longueur de cinq à six centimètres; mais dans les régions intertropicales on en rencontre de plus gros que le doigt et longs de quinze à vingt centimètres. Trois espèces d'iules sont nuisibles aux jardins.
laie de.s sables, iulus sabulosus Linn.
Il est un peu moins gros qu'une plume d'oie, long ^'environ six centimètres, d'une couleur noirâtre quelquefois un peu cendrée, avec le bord des segments un peu plus pâle et deux lignes d'un roux ferrugineux, parallèles, rapprochées, sur le dos. Il a quatre-vingt-
quatre paires de pattes. Cet iule que Ton rencontre partout, dans les bois, dans les marais et les jardins, s'introduit quelquefois dans les pots, ronge les plantes au collet de la racine et les fait périr de langueur comme les cloportes. A Paris où les jardins sont généralement secs, ce myriapode ne produit pas de grands dommages. H n'en est pas de même de l'espèce suivante :
Iule des fraises, iulus fragariarum Lamarck.
Cette petite espèce est mince, longue, effilée, tout à fait vermiforme, d'une couleur brune assez pAle; elle est marquée d'une série bilatérale de petites taches rougeàtres ou même d'un rouge vif; elle se tient ordinairement gous le paillis dans les plantations de fraisiers; elle sintroduit dans le fruit à l'époque de la maturité, dévore la pulpe et reste repliée dans l'intérieur comme un petit serpent. Le trou par lequel elle a pénétré n'est pas toujours très-grand 5 aussi arrive-t-il souvent que des fraises sont cueillies sans que l'on se doute qu'elles contiennent des iules. On s'en aperçoit seulement en les mangeant à un craquement sous les dents. Ce petit myriapode préfère les grosses espèces de fraises, mais les petites qui sortent du Fragaria vesca n'en sont point exemptes : nous l'avons trouvé très-souvent à l'automne, dans la variété dite des quatre saisons.
L'iule dont nous venons de parler a été décrit primitivement par Bosc [Bulletin de la société philom., en \ 792), sous le nom de guttulatus, à cause des petites taches latérales rouges dont son corps est orné. Quelques années plus tard Lamarck (Ilist. nat. des. animai. V, p. 45) le tit
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connaître sous celui de ftagariarum que nous avons conservé comme faisant mieux connaître ses mœurs; mais dans un ouvrage plus scientifique que le nôtre, on devrait adopter le nom donné par Bosc comme jouissant de la priorité.
M. Paul Gervais, un de nos zoologistes les plus distingués, eu a fait un genre nouveau sous le nom de BlaniulusiBullet.de la Soc. philom. 1836, p. 72), qui a pour unique caractère l'absence des yeux. Pour tout le reste, ce nouveau genre ne diffère pas beaucoup des iules proprement dits.
Iule terrestre, iulue terreatris Linn.
Ce petit iule se trouve en certains endroits, plus fréquemment que les deux espèces précédentes ; il est plus petit que celui des sables ; sa couleur générale est brune; il est très-luisant et ses antennes sont très-courtes. Il se rencontre souvent dans les jardins et se nourrit, à l'occasion, des fruits tombés des arbres. Geoffroy (Histoire des insectes des environs de Paris) Ta décrit sous le nom il'iule à deux cents pattes.
Notre bon et estimé collègue le Dr Andry qui a rempli avec tant de zèle, pendant nombre d'années, les fonctions de secrétaire général de notre Société d'horticulture, nous a remis plusieurs exemplaires de ce myriapode trouvés par lui dans son jardin.
Dans les serres chaudes, sous les pots enfoncés dans la tannée des bâches, l'on rencontre deux autres espèces d'iules observés fréquemment au Jardin des Plantes par M. Gervais ; comme ils ne se trouvent nulle part
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ailleurs aux environs de Paris, et qu'ils ont une certaine ressemblance avec une espèce de l'île de la Réunion, ce savant suppose, avec quelque raison, qu'ils ont été importés de l'étranger avec des plantes exotiques, et que, se trouvant dans un milieu convenable, ils s'y sont naturalisés et continuent de sV multiplier. Nous verrons dans la suite que plusieurs petits animaux articulés vivant dans nos serres sur certains végétaux exotiques, nous viennent aussi de l'étranger.
Les deux iules en question, sont l'iule de Decaisne, iulus Vecaisneus, mince, allongé et d'un gris lilas; l'autre, l'iule lucifuge, iulus lucifugus, est plus petit que Yiule terrestre denos jardins et d'une couleur blanchâtre. Aucun fait jusqu'à présent ne démontre que ces deux myriapodes, nocturnes comme leurs congénères, occasionnent quelque dommage dans les pots. Peut-être se nourrissent-ils exclusivement de tannée en décomposition.
FAMILLE DES CHILOPODES.
La famille des Chilopodes que l'on pourrait appeler Kilopodes (mille pieds), comprend tous ces myriapodes connus par les*anciens auteurs sous le nom de Scolopendres. Le corps de ces articulés est aplati, déprimé, composé d'anneaux imbriqués, non crustacés comme dans les iules; leur tête est bien distincte, plus ou moins cordiforme et porte une paire d'antennes composées d'un grand nombre d'articles; les pattes sont nombreuses et disposées latéralement le long du corps.
• Ces animaux courent vite en faisant des ondulations et en serpentant ; ils sont généralement carnassiers et se nourrissent de podures, de lepismes, d'araignées, de cloportes, de lombrics, de chenilles, de limaces, etc. Ce sont pour la plupart des insectes utiles qu'il faut respecter dans les serres chaudes et dans les jardins. On les trouve sous les pierres, les pots, le bois pourri, les mousses, les feuilles sèches, entre les fissures des vieilles cloisons et quelquefois jusque dans l'intérieur des habitations-, ils déposent leurs œufs par petits tas dans la terre ou sous les débris des végétaux. Lespclils en naissant ont une couleur beaucoup plus pâle que les adultes et le nombre de leurs anneaux s'accroît souvent avec l'âge. La morsure de plusieurs espèces est quelquefois douloureuse : chez quelques grandes scolopendres exotiques, elle est plus terrible que la piqûre du scorpion. Ces myriapodes sont répandus sur tout le globe ; on en connaît plus de trois cents espèces; en France, il n'y en a qu'un petit nombre appartenant aux genres suivants :
GENRE SOUTIGÈRE SGUTIGERA Lamarck.
Corps allongé, point vermiforme ou linéaire, paraissant divisé en dessus en huit segments et en dessous en quinze anneaux portant chacun une paire de pattes; antennes très-longues ; pieds allongés, surtout ceux de la partie postérieure du corps.
Scutigère coléoptrée, scutigera ooleoptrata Fabr.
Cette espèce, qui est bien la scolopendre à 28 pattes de Geoffroy, a le corps moins aplati et moins déprimé
que celui des scolopendres proprement dites, un peu rétréci en pointe à son extrémité-, les antennes sont à peu près de la longueur du corps, composées d'une multitude de petits articles; les pattes sont grêles et très-longues, surtout les postérieures; elles égalent presque la longueur du corps; elles se désarticulent au moindre contact et jouissent encore, après avoir été détachés, d'une contractilité pareille à celles des Arachnides à longues pattes, appelées faucheurs. On trouve cette scutigêre sous les vieilles caisses, quelquefois sous les pots, entre les vieilles planches, dans les greniers et les lieux peu fréquentés des maisons ; elle ne se montre que la nuit. On la voit alors courir fort vite à la recherche d'araignées, de cloportes et autres insectes dont elle fait sa nourriture ; elle pique ces petits animaux, avec le crochet de sa bouche et le venin qu'elle inocule les tue subitement. C'est surtout après les temps orageux et pluvieux qu'on la rencontre le plus fréquemment. Dans les serres les scutigères sont très-utiles pour faire la chasse de nuit aux cloportes.
Le genre scolopendre tel qu'il a été réduit par les . les savants qui se sont occupés spécialement de ces chilopodes, tels que MM. Brandt, Latreille, Newport, Gervais, etc., ne se trouve pas aux environs de Paris, Quatre à cinq espèces habitent le midi de l'Europe et une centaine les pays étrangers.
GENRE CRYPTOPS. CRYPTOPS I.eacli.
Ce flenre est établi sur des petits myriapodes qui ressemblent entièrement aux scolopendres, sauf les yeux
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qui n'existent pas. Leur corps est aplati, formp de vingt et un segments ; les antennes sont de longueur moyenne, moniliformes, composées de dix-sept articles. '
Nous trouvons dans nos jardins sous les pots et les feuilles mortes deux espèces vivant aux dépens des lombrics, des limaces et des chenilles; ce sont :
Cryptops des jardins, cryptops hortensia Leach.
D'un roux ferrugineux avec la tète rétrécie en avant ; antennes et pattes velues.
Cryptops de Savigny, cryptops Savigny Leach.
D'une couleur fauve avec les antennes et l'extrémité plus ferrugineuses.
GENRE LITHOBIE. LITHOBIUS Leach.
Ce genre est encore un démembrement des Scolopendres de Linné. Il a pour caractères : un corps composé de dix-sept segments sans compter la tète, alternativement plus petits et plus grands; des antennes moniliformes de 20 à 40 articles; quinze paires de pattes. Nous ne trouvons aux environs de Paris que l'espèce suivante :
Lithobie à tenailles, lithobius forcipatus Gémis.
Cette espèce est la scolopendre à trente pattes de Geoffroy. C'est la plus grande espèce de chilopode que
MYRlÀPODKS. fH
nous ayons dans nos jardins; elle est dune couleur jaune un peu roussâtre ; ses pattes sont bien développées, celles de* la dernière paire sont plus longues, dirigées en arrière et forment une espèce de queue fourchue. Elle court fort vite, souvent en serpentant. Sa nourriture se compose de cloportes, limaces, lombrics et chenilles. Lorsqu'on veut la saisir, elle se retourne pour mordre et occasionne chez quelques individus une certaine douleur, mais dont la suite n'est jamais sérieuse, si ce n'est pour les petits animaux qu'elle tue ou paralyse.