Balanin des noisettes. Balaninu$ nucum
larve. Ce ver, pour nous servir du mot employé par les jardiniers, est blanc, avec la téte brune armée de mâchoires assez robustes-, il est produit par un petit charançon un peu plus grand que l'anthonome du pommier, d'une couleur brunâtre, entièrement recouvert
d'un duvet jaunâtre qui lui donne une teinte grisâtre. Ce petit insecte éclot en mai ou dans les premiers jours de juin.
Après l'accouplement, la femelle perce avec son long rostre un petit trou dans les jeunes noisettes et y dépose un œuf. Celui-ci éclot au bout de huit jours, et la jeune larve se met à ronger l'intérieur du fruit. Vers le milieu d'août, elle a acquis toute sa taille. Alors, avec ses fortes mâchoires, elle fait un petit trou rond, par lequel elle sort en s'amincissant ejt en Rallongeant comme une sangsue. Dès qu'elle est en liberté, elle entre en terre où elle se construit une petite coque, dans laquelle elle reste engourdie jusqu'au mois de mai, époque où elle se transforme en nymphe. Les noisettes attaquées par ce charançon, se détachent et tombent à terre un peu avant leur maturité ; il y en a cependant qui restent sur l'arbre, c'est l'orsqu 'il s'en trouve une ou deux de malades au milieu d'un groupe où les autres sont saines.
Dans certaines années, cet insecte est très-commun, et la majeure partie des noisettes sont véreuses. Comme la femelle ne place jamais qu'un œuf dans un fruit, on conçoit que, pour terminer sa ponte, elle doit en attaquer un grand nombre; c'est pourquoi, sur un même arbre, on n'a souvent que des noisettes renfermant des vers.
Dans les jardins isolés et éloignés des bois, on peut détruire en partie ce Balanin, en ramassant, au mois d'août, toutes les noisettes véreuses tombées à terre et en les brûlant avec les larves qu'elles contiennent encore.
Dans certaines contrées, on rencontre fréquemment
une autre espèce. C'est le Balaninu scerasorum Schœnh. qui perce les petites cerises nouvellement nouées et dont la larve ronge l'amande contenue dans le noyau. En France, les dégâts causés par cet insecte n'ont pas encore été remarqués.
GENRE OTÎORHYNQTJE, OTIORHYN CHUS Germar.
Ce genre renferme un grand nombre d'espèces dont beaucoup habitent l'Europe* et la Sibérie. Les Otiorhynques offrent, tous, les caractères suivants : tête de grandeur moyenne, terminée par un rostre de sa longueur, un peu anguleux et pourvu à son extrémité d'une double carène ou d'une carène bifide ; antennes assez longues, grêles, arquées, insérées sur le rostre, avec la massue de forme un peu variable ; corselet convexe, à peu près aussi long que large, tronqué en avant et en arrière; élytres dures, coriaces, en ovale allongé, convexes, paraissant quelquefois un peu renflées ; des pattes assez longues, avec les cuisses en massue.
Otiorhynque sillonné. Otiorhynohus sulcatus Sch.
Il est tout noir, assez grand, avec les élytres marquées de stries assez profondes formant des sillons, dont les intervalles sont variés de petites teintes grisâtres.
Cette espèce s'introduit dans les serres et sous les châssis pour déposer ses œufs dans les poteries. Sa larve, qui est d'un blanc jaunâtre avec la tête brune, ronge les racines des primevères de la Chine, des saxi-
frages et de beaucoup d'autres plan tes* basses telles que fraisiers, cinéraires, etc. Selon NOrdlinger, elle est en Allemagne très- nuisible aux jardins, et fait périr ces végétaax en détruisant le collet de la racine.
Lorsque Ton s'aperçoit de la présence de cette larve, il faut rempoter les plantes malades, en ayant bien soin de nettoyer les racines.
Otiorhynqn© rauqae. Otiorhynchus rauous Schœnh.
Ce charançon, assez rare autrefois dans les jardins de Paris, a été, cette année, très-abondant aux environs de Passy. En 1852, feu Rouzet l'avait, d'après une communication de M. Carrière, signalé à la Société entomologique de France comme un insecte nuisible. Il avait, selon l'habile horticulteur dont nous venons de parler, entièrement rongé les feuilles tendres des poiriers, aux environs de Melun. Il paraît qu'il est polyphage, car, à Passy, dans le jardin de notre collègue, M. Lefebvre, il a dévoré les jeunes bourgeons de la vigne. Le Dr Andry, à la séance du 27 avril, nous en a apporté une grande quantité recueillis, le matin môme, sur le mur de ce jardin.
Il est moitié moins grand que celui de la livèche auquel il ressemble un peu par la couleur. Sa tête est noirâtre; le corselet est rugueux et également noirâtre; les élytres sont en ovale arrondi, soudées, striées, parsémées de petites taches grises, formées par une courte villosité qui s'enlève par le frottement ; les pattes sont d'un brun roussâtre. Nous n'avons aucun renseignement sur ses premiers états. L'insecte parfait
se montre vers lft fin d'avril, au moment je l'évolution des bourgeons de la vigne et des poiriers.
Comme il est assez gros et qu'il se tient, une partie du jour appliqué contre les murailles, on peut en détruire un grand nombre, si l'on veut se donner la peine de les chercher.
Otiorhynque de la livèche. Otiorhynchus lignstici Germ.
Cet insecte, appelé généralement Bécare par les jardiniers des environs de Paris, est, d'après les cultivateurs de Montreuil, très-nuisible aux pêchers, dont il ronge les fleurs et les jeunes pousses. M. Graindorge, arboriculteur à Bagnolet, nous en a fait remettre, cette année, une grande quantité qu'il avait recueillis sur ses pêchers. M. Alexis père a eu spuvent aussi à se plaindre des dégâts de ce charançon. Il s'en préserve, dit-il, en semant de la luzerne dans le voisinage de ses arbres. Selon cet habile praticien, ce bècare a une grande prédilection pour celte légumineuse, mais, si on la fauche, il se jette immédiatement sur les arbres que l'on a voulu protéger.
L'Otiorhynque de la livèche, dont les premiers états sont inconnus, est très-commun en avril et mai aux environs de Paris. On le trouve souvent au bord des routes, grimpant le long des murs pour se réchauffer au soleil.
C'est un de nos gros charançons. Il est noir comme l'espèce précédente. Ses élytres sont bombées, ovales, soudées, fortement striées, avec les côtes ponctuées, et couvertes d'un court duvet écailleux, qui leur donne une couleur d'un gris terreux.
Nous conseillons aux arboriculteurs qui ont à se plaindre de ses ravages, de lui faire, comme au précédent, la chasse le long des murs.
Le genre Bruchus a été établi par Linné sur des insectes qui, au premier coup d'œil, ressemblent assez peu aux charançons. A l'état parfait, ils se rencontrent sur les fleurs où ils s'accouplent. Dès que la femelle est fécondée, elle se met en quête d'une graine pour y placer le berceau de sa famille. Le plus ordinairement, elle s'adresse aux gousses des légumineuses, telles que pois, fèves, vesces, lentilles, lupins, etc. Aussitôt que les œufs sont éclos, les petites larves pénètrent dans la graine à peine formée, pour se nourrir de la partie farineuse des cotylédons. Le petit ver renfermé dans cette graine, grossit peu à peu, en se creusant une cellule dont il augmente successivement la dimension, sans que l'on trouve, pour ainsi dire, la trace de ses excréments. A l'époquede la maturité de ces légumineuses, les petites larves ont atteint leur entier développement. Elles restent presque engourdies jusqu'au printemps, qu'elles se transforment en nymphes ; l'insecte parfait se montre en mai et juin, après être resté quelquefois près d'un mois avant de se décider à sortir de sa cellule. La larve a la précaution de ronger la graine jusqu'à YèpuUrme, de sorte que la bruche, pour sortir de sa prison, n'a que ce faible obstacle à vaincre pour être en liberté. Après l'éclosion, l'insecte parfait laisse sa porte ouverte sur les pois, les fèves ou les lentilles, sous forme d'un trou arrondi. -
m COLÉOPTÈRES.
Les larves sont proportionnellement assez grosses, renflées au milieu, courtes, arquées, avec une petite tête cornée, munie de fortes mâchoires.
Les bruches ont pour caractères : une tète déprimée et inclinée, pourvue d'un rostre très-court, en forme de museau assez large; des antennes de onze articles, un peu dentées en scie, un peu élargies au sommet ; des élytres un peu plus courtes que l'abdomen ; des pattes postérieures longues, avec les cuisses très-grosses et un peu épineuses.
Ces insectes sont désignés par les grainetiers, les épiciers, les fruitiers et les cuisinières, par le nom absurde de pucerons.
Bruche des pois. Bruchns pisi Linn.
Elle est d'une couleur noirâtre couverte d'un petit
duvet blanchâtre qui lui donne une couleur grise. Les élytres sont variées de blanc. L'extrémité de l'abdomen /r^ est à découvert, d'une couleur blanchâtre et marquée de deux points noirs. Les pattes sont noires.
Si tout le monde ne connaît pas '^'nZt^pui^ l'insecte, tout le monde connaît les
pois véreux. Ceux-ci ne perdent pas pour cela leur propriété germinative, ils lèvent aussi bien que les autres, à moins que la larve n'ait dévoré l'embryon, ce qui est fort rare. Il arrive souvent que l'on sème, de bonne heure, des pois précoces que l'on croit très-sains, mais, en les observant avec attention, on aper-
çoit une petite tache arrondie, d'une couleur, terne qui indique que la bruche n'a pas encore ouvert la porte de sa demeure. Les insectes ainsi enterrés avec les graines, ne périssent pas, ils éclosent très-bien et sortent de la terre au lieu de naître dans le grenier. Il n'y a aucun danger à redouter lorsque Ton sème des pois percés, dont l'insecte est sorti; maison peut parfaitement bien naturaliser les bruches dans un jardin où elles n'existent pas, si Ton emploie ceux qui sont marqués du petit cerne dont nous avons parlé.
On a conseillé, pour détruire ces petits animaux, de faire subir aux pois une température de cinquante degrés dans un four de boulanger. Les personnes qui en feront usage pour la cuisine, n'en mangeront pas moins les insectes. Il y a des années où les petits pois sont presque tous attaqués par les bruches ; bien des gens avalent à leur dîner, sans s'en douter, des centaines de petits vers à l'état rudimentaire.
Bruche des lentilles. Bruchus pallidicornis Sch.
Les lentilles sont, dans certaines années, très-sujettes à être véreuses j peut-être même plus souvent que les pois. La larve dévore la moitié ou même les trois quarts de la substance féculente elle a les mêmes habitudes que celle de l'espèce précédente -, elle mange de même jusqu'à la maturité des lentilles et reste dans sa cellule, à l'état d'engourdissement, jusqu'au printemps, qu'elle se transforme en insecte parfait. La femelle, comme celle du pois, ne conûe jamais plus d'un œuf à une lentille.
Cette bruche est beaucoup plus petite que la précé-
dente. Elle est noire, tiquetée de blanc. Ses antennes sont d'une couleur jaunâtre teslacée. Ses éclytres sont marquées ordinairement de deux lignes de points blanchâtres, plus ou moins prononcés et disposés transversalement. L'extrémité découverte de l'abdomen est d'un blanc grisâtre avec deux gros points noirs.
Cette espèce porte généralement le nom de puce" ron, chez les grainetiers et les épiciers.
Très-souvent les lentilles dont on fait usage, vers le carême ou les premiers jours du printemps, contiennent des bruches dans leur intérieur; on ne s'aperçoit de leur présence que lorsqu'elles sont cuites, au craquement que l'insecte produit sous les dents, ou à des petits corps noirâtres que la cuisson a mis à nu. Tandis que celles que l'on mange à l'automne ou au commencement de l'hiver, ne contiennent que des larves réduites en purée par la cuisson ; on les mange avec d'autant moins de répugnance que Ton n'en sait rien.
Il y a dans la Beauce des localités où cet insecte est tellement abondant, que l'on est obligé de suspendre la culture des lentilles pendant deux ou trois années.
Bruche des fèves. Bruchus mfimanus Schœnta.
Celte bruche est un peu plus petite que celle des pois, elle aies mêmes habitudes ; ses antennes sont d'un jaune testacé à leur base et noires à l'extrémité ; les pattes antérieures sont d'un jaune roux ; le corselet est grisâtre ; les élytres sont noires, tachetées de grisâtre ; l'extrémité découverte de l'abdomen est pourvue d une épaisse pubescence grisâtre, sans points noirs.
CoLKMNKlŒS.
La larve vit à la même époque que celles des espèces précédentes et se comporte delà même manière. L'insecte est tout formé et prêt à sortir de sa cellule dès la fin de l'hiver. Le plus ordinairement il est encore renfermé dans les fèves que Ton sème, et l'éclosion a lieu dans la terre.
Le genre bruche se compose d'un grand nombre d'espèces, mais il n'y a que les trois dont nous venons de parler qui soient véritablement nuisibles à l'horticulture. On dit que, dans nos colonies, il y en a une qui fait de grands dégâts dans les plantations de café, en vivant aux dépens des cotylédons de cette plante précieuse. D'autres vivent aussi dans les pois chiches, Cicer arietinus, et dans les lupins.
Les Rhynchophores ou Charançons (pue nous venons de signaler aux horticulteurs, ne sont probablement pas les seuls qui soient préjudiciables aux jardins. Il en existe sans doute beaucoup d'autres dont nous ne connaissons pas les premiers états, qui peuvent aussi causer des dommages à l'arboriculture, à la tloriculture et à la culture maraîchère. Il y a une espèce entre autres dont la larve vit dans les têtes et les tiges des artichauts du Midi, dont nous n'avons jamais pu obtenir l'insecte parfait. Nous supposons qu elle doit produire le Larinus cynarw.
On rencontre, en mai et juin, sur les poiriers, les pommiers et les pruniers, de jolies petites Liseltes argentées ou dorées , couvertes d'une fine pubescence et de petites écailles vertes. Ces petits insectes, qui ont le bec ou rostre assez court, sont très-communs sur les arbres fruitiers; ils se contentent de piquer les feuilles d'urr
petit trou pour se nourrir de leur parenchyme. Nous les regardons comme très-peu dangereux. Ils appartiennent à deux genres très- voisins : Polydrose [Polydrosus Germar) et Phyllobie (Phyllobius Germar). Nous ne savons rien de positif sur leurs premiers états. Selon Katzeburg , les larves vivraient de racines.
L'agriculture a bien plus à souffrir d'un autre Charançon qui, dans certaines années, fait d'affreux ravages dans les tas de blé. C'est la Calandre dés grains (Calandra granarià) ; ce petit insecte se tient caché et engourdi dans les greniers jusqu'au moment où les céréales y sont emmagasinées ; alors il s'accouple et la femelle pond des œufs d'où sortent des petites larves qui pénètrent dans le grain même, où elles se creusent une cellule fermée, pour dévorer à leur aise et sans être troublées, la farine, ne laissant, au moment où l'insecte parfait sort du grain, que Fécorce au cultivateur.
KAMILLK DKS XYI.OPIIAC.KS.
C'est ainsi que l'on désigne une famille de petits coléoptères noirs ou bruns qui, à l'état de larve, et même à l'état parfait, rongent le bois, mais le plus ordinairement la partie interne des écorces. Tels sont les Tomiques, les Xylothères, les Hylastes et les Hy lésines qui, en général, n'attaquent que les Conifères, et enfin les Scolytes , dont on a fait tant de bruit et que l'on accuse de faire périr une immense quantité d'arbres. Ces derniers, dont les sociétés savantes se sont beau-
COhÉorTKHES. 161
coup occupées , ont pour caractères : une téte globuleuse portant des antennes de dix articles dont le premier est long et un peu renflé et les deux derniers en massue aplatie : un corselet convexe un peu plus long que large ; dos élytres convexes, déprimées : de fortes mandibules; des pattes courtes et robustes, avec des tarses de cinq articles et des cuisses renflées.
C'est à la fin de mai ou en juin qu'a lieu 1 eclosion des Scolytes, Dès qu'ils sentent leurs téguments assez raffermis, ils percent les écorces pour se mettre en liberté et faire usage de leur ailes Après la fécondation, la femelle fait, à l'aide de ses fortes mâchoires, un petit trou à 1 ecorce de l'arbre qu'elle a choisi, et se creuse une galerie verticale dans laquelle elle dépose une cinquantaine d'oeufs et périt ensuite. Les petites larves, dès qu'elles sont sorties de l'œuf, pratiquent des boyaux circulaires dont elles augmentent 1<; diamètre à mesure qu'elles grossissent. Elles continuent de ronger la partie la plus tendre des écorces jusqu'au printemps qu'elles se transforment en nymphes. Tel est en deux mots l'histoire très-abrégée des Scolytes.
On a écrit des volumes sur ces insectes et sur les dégâts qu'ils causent aux arbres -, mais, après avoir étudié nous-mème cette question pendant longtemps , nous sommes aujourd'hui convaincu, plus que jamais, que Ton a pris l'eflet pour la cause ou, en d'autres termes, que les arbres ne sont attaqués des Scolytes que parce quils sont préalablement malades par une cause ou par une autre, et qu'il est de toute nécessité, pour que ces rongeurs se propagent, que les couches corticales et le cambium aient subi une altération morbide. Nous
m COLÉOPTÈRES.
avons vu qu'il en était de même pour certains charançons : la larve de la Lisette coupe-bourgeon^ ne peut vivre que dans des rameaux de poirier frappés de mortification.
Tout le monde a pu faire cette remarque : que c'est principalement aux environs des grandes villes que les arbres sont ravagés par les Scolytes. Pourquoi? Parce que l'air atmosphérique, si nécessaire à l'hygiène végétale, est vicié par les gaz ou les vapeurs se dégageant incessamment de la combustion ou des usines. Le temps n'est peut-être pas éloigné où, à Paris , on ne pourra plus avoir d'ormes dans les promenades publiques. Les fuites de gaz qui s'infiltrent dans la terre, sont funestes à cet arbre et sont une des principales causes de Tétat maladif des plantations de la ville. L'autorité municipale se trouvera un jour forcée de recourir à d'autres essences d'origine exotique, qui, chez nous, ne sont pas exposées aux attaques des insectes européens, tel que marronniers, vernis du Japon, faux-acacias, platanes, etc. Ceux-ci au moins ne seront pas envahis par ces scolytes quin ont d'autre mission que d'abréger l'étal de souffrance des malades; mais leur vie sera d'autant plus courte que les conduites de gaz seront plus multipliées.
A l'appui de l'opinion que nous avons toujours émise relativement aux Scolytes et genres voisins, nous ne pouvons mieux faire que de citer une note publiée par feu notre collègue, le général Feisthamel, dans les Annales de la Société Entomologique de France, en 1837 (t. VI, 1'« série, p. 393).
« Une question qui intéresse les forestiers, a été agitée
COLEOI'TKUh*. .IVi
dans plusieurs séances de la Société. C'est l'opinion qui attribue au scolyte [Scolylus pygmœus Gylh.j, la grande mortalité survenue parmi les arbres des environs de Paris, pendant Tété de 1 835. Un de nos collègues, M. Audouin, a déjà présenté à ia Société des observations sur les mœurs de ces coléoptères, et ces observations tendent à prouver que c'est à ces insectes que l'on doit la destruction des cinquante mille pieds d'arbres qui ont péri dans le pfcrc de Vincennes en 1835. Ayant de mon côté suivi attentivement la marche de la maladie nies arbres, avec mon frère, garde général du parc, je suis aujourd'hui convaincu que les scolytes étaient étrangers à cette destruction. Maintenant je crois devoir donner de nouveaux détails, qui empêcheront de rechercher la cause du mal ailleurs que là où elle existe naturellement.
» L'été de 1835 a été excessivement sec : il n'est pas tombé une goutte d'eau dans les environs de Paris, depuis le 10 maijusqu'cà la fin d'août. Il y avait longtemps qu'on n'avait vu traverser la Seine dans plusieurs endroits de Paris par des enfants ayant à peine de l'eau jusqu'aux genoux.
» Dès la fin de juin, une quantité d'arbres commencèrent à se faner, et leur état de langueur attira l'attention des gardes; ils les examinèrent attentivement et ne purent, malgré toutes les recherches, y trouver les moindres indices de la présence de quelque insecte nuisible. Cependant, ia maladie fit des progrès, et bientôt les parties voisines du parc de Saint-Mandé à Saint-Maur, qui ont peu de fond, et dont les terrains sont arides et brûlants, en furent atteintes, les racines ne pouvant
m COLÉOPTÈRES.
pénétrer profondément ; tandis que les bonnes parties du parc , près* Vincennes et Nogent, ayant un bon terrain, souffrirent très-peu. Dès lors, l'opinion des gardes de la forêt fut fixée, et l'on verra, ci-après, qu'ils ont eu raison de l'attribuer à la sécheresse et à la mauvaise qualité du terrain , et non à d'autres causes. Le garde général ayant marqué les arbres morts pour être abattus, s'est aperçu qu'une partie de ces arbres qu'il avait visités quelque temps auparavant, et sur lesquels il n'avait aperçu aucune trace d'insectes, étaient littéralement couverts de scolytes ; mais il remarqua, en même temps, que d'autres arbres voisins, qui commençaient à languir, n'en avaient pas encore. Dans une promenade dans le parc, il m'en fit faire l'observation , et c'est en vain que nous dépouillâmes un de ces arbres malades de son écorce ; nous ne pûmes y trouver la trace d'aucune lésion ni piqûre, il en fut de même de plusieurs arbres entièrement morts. Ainsi, aucun arbre de bois blanc ne fut atteint par les scolytes, et cependant il en périt 10 mille ; il mourut de pieds de chênes, sans être atteints des scolytes, également 10 mille, total 20 mille. 30 mille ont été envahis par ces insectes rongeurs ; il est donc évident que le scolyte n'est pour rien dans presque la moitié Je la mortalité des arbres. Voyons maintenant le. r<Me qu'il a pu jouer dans la mortalité du reste. Nous avons vu que les gardes ont remarqué que l'apparition des scolytes n'a fait que suivre la maladie de l'arbre sans jamais la précéder. Maintenant, si ce n'est pas la maladie causée par l'extrême sécheresse qui a fait périr les arbres, la cause en est inconnue, et il ne faut pas l'attribuer aux scolytes, qui, malgré leur abondance dans le
parc, ont cessé d'y causer des ravages. En effet, les arbres morts ou mourants sont restés debout jusqu'en 1836. Abattus, ils ont été enlevés dans le courant de mai, encore n'ont-ils pas été conduits hors du parc ; mais seulement, après avoir été façonnés, ils ont été rangés sur le rond-point de la pyramide, route de Vincennes à Saint-Maur. Or, ce rond-point est entouré de jeunes chênes magnifiques. Dans le courant du printemps, les scolytes sontéclos par milliards sur les bûches amoncelées, et tous les entomologistes qui ont visité ces tas de bois, ont pu s'en convaincre ; on devait donc s'attendre qu'ils se jetteraient sur les arbres voisins, dont ils n'étaient séparés que par trois ou quatre mètres de distance, et que bientôt leur présence destructive se ferait sentir. Rien de tout cela n'est arrivé. Pas un arbre du voisinage n'a péri et n'a même été malade, et on n'a trouvé aucune trace de scolytes sur eux.
» Certes les observations sur les mœurs des scolytes, par M. Audouin, sont exactes ; mais je ne crois pas, d'après celles que je leur oppose , qu'on puisse conclure comme notre honorable collègue, que ces insectes soient la cause première de la mortalité des arbres ; ce n'est que dans la sécheresse qu'il faut chercher cette cause ; et cette idée est consolante, puisque les étés aussi secs que celui de 1835 sont extrêmement rares, tandis que le scolyte existant toujours, ses ravages pourraient se renouveler tous les ans. »
Ces observations faites à Vincennes par notre collègue, démontrent évidemment que les scolytes n'attaquent que les arbres malades, et que c'est tout au plus s'ils peuvent hâter leur fin.
m OM.ÉOPTKRKS.
Pendant tout le temps que l'on a cru, et plusieurs personnes très-capables le croient peut être encore, que ces insectes étaient la cause unique de la mortalité ou du dépérissement des arbres de nos promenades, on a cherché tous les moyens possibles pour s'opposer à leurs ravages. On a conseillé, tour à tour, d'élaguer les arbres, de badigeonner le tronc avec du goudron de Norwége ou avec de la chaux, de le laver avec de l'eau fortement salée, etc., et puis en dernier lieu, à Paris, on a essayé la décor tication. Mais aucun de ces remèdes n'a rendu la santé aux malades ; ceux-ci ont continué de languir et ont fini par succomber.
iNousne connaissons qu'un remède, c'est d'agir immédiatement sur la cause, en donnant aux arbres souffrants par la sécheresse, d'abondantes irrigations, après avoir, par un profond labour, rendu la terre perméable à l'eau. Nous croyons aussi que , dans certains cas, les engrais liquides pourraient être employés avec succès.
A ce propos, nous allons citer un fait qui nous a été rapporté par M. Rivière, qui en a été le témoin oculaire. Il y avait à Passy, dans la propriété de M. Guibert, il y a quelques années, un orme de trente ans environ, qui, de jour en jour, devenait plus languissant, et était si souffrant, que les scolytes, qui se tenaient aux aguets, avaient fini par l'envahir de tous les Côtés. On ne voulait point sacrifier cet arbre, que le propriétaire voyait avec peine près de succomber, avant d'avoir essayé de quelques remèdes. On n'en employa qu'un seul. On enleva une partie de la mauvaise terre aride qui était épuisée ; on mit à la place de bonne terre neuve et on étancha la soif qui dévorait le malade avec de
COLÉOPTÈRES. ir.î»
copieuses irrigations. Le mieux ne se fit pas attendre ; au bout de deux mois, il entrait en convalescence, et peu après, sa belle végétation disait assez qu'il était radicalement guéri. Après son rétablissement, on l'aurait écorché vif comme Marsyas, qu'on aurait pas trouvé un seul scolyte sous sa peau. Que sont devenus ces rongeurs ? Ont-ils été noyés par l'abondance de la séve ou sont-ils morts, faute d'une nourriture convenable ?
Nous ne terminerons pas cet article sans donner, pour les personnes que cela pourrait intéresser, les noms des principales espèces de Scolytes que l'on rencontre sur les arbres malades.
1° Le Scolyte destructeur (Scolytus destructor Olivier); il vit sous les écorces des ormes. C'est pour lui qu'on a inventé la décortication.
2° Le Scolyte multistrié ( Scolytus muUîstr talus Marsham) ; il se trouve avec le précédent, mais plus spécialement dans les branches.
3° Le Scolyte pygmée [Scolytus pygmœus Gyllenhal) ; il vit sous les écorces des chênes malades.
4° Le Scolyte du prunier (Scolytus pruni Ratz.) ; il habite sous les écorces des vieux arbres fruitiers malades, tels que poiriers, pommiers, cerisiers, pruniers et abricotiers.
5° Le Scolyte rugueux [Scolytus rugulosus Koch) -, il vit souvent en société avec le précédent sur les mêmes arbres.
M. Guérin-Menneville (Ann. de la Société Entomol. de France 1848) signale un autre scolyte (Scolytus amygdali), qu'il regarde comme une espèce nouvelle.
vivant dans le midi de la France sur des amandiers malades.
Ce que nous avons dit de la famille des Xylophages, peut en grande partie s'appliquer à la famille suivante, dont plusieurs espèces sont regardées par divers auteurs comme très-nuisibles. Les larves de ces coléoptères n'attaquent pas toujours les arbres bien portants, elles se rencontrent le plus ordinairement sur des arbres mourant de vieillesse ou languissants.
FAMILLE DES LOÏMilCORINES.
Celte famille est nombreuse, beaucoup moins cependant que celle des Charançons ; elle a été établie par Latreille et divisée par lui (Fam. nat. du Règn. anim.) en cinq tribus subdivisées aujourd'hui en une infinité de genres. Les insectes qui en font partie, ont tous quatre articles à chacun des tarses, et sont remarquables par leurs antennes, vulgairement cornes, au moins aussi longues que le corps. Ils ont en outre pour caractères généraux : des mandibules assez fortes ; des mâchoires n'ayant pas de dent à leur côté interne ; des pattes longues, relativement assez grêles ; un corps allongé, terminé chez les femelles, à l'extrémité abdominale, par un oviducte tubuleux.
Les larves des Longicornes ressemblent un peu à celles des buprestes, elles sont sans pattes ou n'en ont que de très-petits rudiments; leur corps est mou, blanchâtre
COLÉOPTÈRES. r,\
ou d'une teinte un peu jaunâtre, renflé en avant, avec une tete écailleuse armée de fortes mandibules ; elles vivent de la fibre ligneuse des arbres qu'elles perforent et labourent en différents sens, ou de racines de végétaux.
Plusieurs auteurs qui ont parlé des insectes, nuisibles, décrivent quelques Longicornes, tels que la Lamia ncalari$ et le Pogonocerushispidus, comme préjudiciables à l'arboriculture, parce que leurs larves vivent quelquefois sous l'écorce des pommiers et des poiriers. Nous répéterons ici, pour ces deux insectes, qui d'ailleurs ne sont pas très-communs, ce que nous avons dit à propos des Scolytes, que ces coléoptères ne confient leur postérité qu'à des arbres languissants, dont les sucs sont modifiés par un état de souffrance. Ils ne sont pas les seuls, il y en a d'autres dans le même cas ; ainsi, par exemple, la grande Nécydale que Ton trouve assez abondamment dans certaines années, en juillet, sur quelques-uns des arbres qui bordent le boulevard de la Glacière à Paris, ne se rencontre que sur des ormes malades ayant des plaies suintantes. #
Il y a cependant des exceptions -, plusieurs Longicornes, comme le grand capricorne héros, le cerdo, etc., ont des larves qui attaquent des arbres parfaitement sains et perforent le bois dans tous les sens.
Récemment notre illustre président, M. le maréchal Vaillant, qui, comme l'empereur Dioclétien, aime, après avoir châtié les barbares, à se reposer, lorsqu'il le peut, des fatigues de la guerre et des affaires, en cultivant son jardin, nous disait à la Société impériale d'horticulture, qu'en Algérie il était très-diflïoile de cultiver le
peuplier d'Italie ; que cet arbre prospérait assez bien pendant les trois premières années, mais que, la quatrième il devenait languissant; son tronc présentait, de place en place, des gonflements ou espèces de nodus produits pas une larve qui lui rongeait le cœur et le faisait périr.
À la même séance, M. Rivière nous montrait des tronçons de jeunes peupliers d'Italie, qu'il avait coupés à Marseille dans la propriété de M. Paulin Talabot; ils offraient les mêmes gonflements et ilsavaientlecœur miné par une galerie longue et assez large. Nous avons fendu ces tronçons avec précaution, l'insecte était sorti : il n'y avait plus que les excréments de la larve ressemblant à de la sciure de bois et un petit bout d'une antenne paraissant annelée de bleuâtre, ce qui nous a fait supposer que l'auteur du mal était la Saperdedu peuplier, Saperda Carcharias (1).
Ratzeburg recommande, pour éviter les ravages de cette larve, d'enduire, dans le courant de juin, le tronc des jeunes peupliers avec une bonne coucbe <Y onguent de Saint-Fiacre (mélange de bouse de vache et de terre argileuse), jusqu'à environ cinq pieds de hauteur. Les femelles de la Carcharias, selon cet auteur, ne pondent jamais sur les arbres recouverts avec cette préparation, ni sur ceux qui sont âgés de sept à huit ans.
11 y a aussi, comme nous l'avons déjà dit, des Longicornes dont les larves rongent le bois mort et abattu. M. Audiffret a envoyé, cette année, à notre Société,
(4) Carcharias est le nom donné par Belon, et, plus lard, par Linné, au Requin. C'est par allusion à de fortes mandibules qu'il a élé appliqué, comme nom spécifique, à ce longicorne.
OILKOPTÉUKS !73
une petite boite pleine de Caflidies sanguines Callidium sanguineum), qui étaient sorties de bûches destinées au foyer. Cet insecte dont la larve vit sous les écorces du bois de chauffage, est très-abondant à Paris, dans les chantiers; il ne nuit pas à l'horticulture et fait peu de mal à la sylviculture.
FAMILLE DKS CR10CÉR1DES.
Les insectes appartenant à cette petite famille étaient compris dans les Eupodes de Latreille. Ils ont pour caractères essentiels : une tête ovale avec les yeux arrondis et saillants ; un corselet carré un peu cylindrique; des antennes plus longues que le corselet, allant en grossissant de la base au sommet ; des mâchoires cornées, bifides : des élytres convexes aussi longues que l'abdomen ; des pattes de longueur moyenne avec quatre articles aux tarses.
GENRE CRIOCÈRE . CRIOGERIS Geoffroy.
Antennes moniliformes. de onze articles, plus courtes que le corps, insérées près des yeux sur une tète trèsdistincte ; mâchoires avancées, bifides, supportant des palpes de quatre articles ; corselet beaucoup plus étroit que les élytres.
Les Criocères, dont nous avons été à même d'observer quatre espèces dans les jardins, sont des insectes assez petits, vivant tous sur des plantes de la grande famille des Liliacées. Le plus remarquable est le
Criocère des lis. Grioceris merdigera Geoffroy .
Tous les jardiniers connaissent un petit insecte d'un
rouge vermillon, que Ton trouve dès le mois de mai sur les différentes espèces de lis et sur la couronne impériale , appelé très-improprement par quelques personnes bête à bon Dieu.
Ce criocère ronge les feuilles, mais le mal qu'il fait n'est rien, en comparaison du dégât que cause sa larve. Après la fécondation, la femelle dépose ses œufs sous les feuilles par petits tas de cinq à six. Les petites larves sortent de l'œuf au bout de quinze jours ; dès 'qu'elles commencent à marcher, elles se placenta côté les unes des autres, et mangent à la même table. Après le premier changement de peau., elles se dispersent en différents sens sur les feuilles, aussi bien en dessus quen dessous ; alors elles les attaquent tantôt par le bout, tantôt par les côtés, souvent morne elles les percent par le milieu et, lorsque celles-ci viennent à manquer, elles se jettent sur les tiges. Ces larves sont pares-
2» — Criocère des lis grossi.
Crioceri* merdigera.
COLÉOPTÈHKS. 475
seuses, se donnent peu de mouvement el ne changent de place que lorsqu'une feuille est en partie dévorée.
Sur les lis envahis par ces insectes on voit de petits tas d'une matière verdâtre, gluante, formés par les excréments de la larve et lui servant de manteau et d'abri protecteurs. Pour se vêtir de la sorte, la nature a donné à son anus une disposition toute particulière : il est retourné de telle façon qu'elle rejette ses excréments sur la partie inférieure de son dos et qu'à l'aide de la contraction de ses anneaux elle s'en recouvre entièrement. Cette larve a la peau transparente et trèsdélicate ; elle périrait vite, si elle n'avait pas la ressource de se couvrir pour se préserver du soleil. Lorsqu'on la déshabille, elle mange avec une grande avidité pour se faire un nouveau vêtement ; en deux heures au plus, sa toilette est reparée.
Les larves au bout de quinze jours ont pris tout leur accroissement, alors elles entrent en terre pour .se métamorphoser en nymphes. L'insecte parfait éclot quinze jours après ; celles qui se transforment en nymphes à l'automne passent l'hiver en terre jusqu'au premier printemps.
Nous avons vu, dans un jardin, à la campagne, une plate-bande de muguet dont toutes les feuilles étaient dévorées par une espèce très-voisine de la précédente, (Crioceri$ convallariœ) ; elle est un peu plus grande et d'un rouge plus vif.
Avec un peu de soin, on peut éviter d'avoir ses lis rongés et couverts de saleté, comme on le voit dans certains jardins mal tenus. Les criocères sont trèsvisibles et très-faciles à saisir ; il suffit de visiter de
r,t, COLKOPTKIŒS. *
temps en temps ses plantes et d'écraser tous les individus que l'on trouve sur les feuilles, pour empêcher leur multiplication 11 peut arriver que quelques sujets échappent à l'œil du jardinier; alors il devra enlever et détruire tous ces petits tas de matière verdîitfe qui cachent chacun une larve.
Criocère de l'asperge . Grioceris asparagi Geoffroy.
Il est très-commun au mois de juin sur les asperges ; *«i tète et ses antennes sont d'un hleu verdâtre -, le corselet est rouge ; les élytres sont hleues, avec une large hordure d'un jaune fauve.
Ce criocère, dont M. Louis Lhéraut nous a apporté un grand nomhre d'individus, dévore, lorsqu'il est à l'étal de larve, une partie des feuilles aciculaires des asperges. Aux environs d'Argenteuil et d'Épinay, les cultivateurs prétendent que ce coléoptère est trèsnuisible à la végétation de cette plante, que la souche en souffre et que les produits sont moins beaux.
Les premiers états de ce criocère sont en tout semblables à ceux du criocère du lis. Les larves de l'arrièresaison ncfdonnenl leur insecte parlait qu'à la fin de mai de l'année suivante.
On peut prendre et détruire une grande quantité de ces insectes aussitôt qu'ils se montrent, en secouant, le matin, les tiges d'asperges dans un parapluie renveisé.
Criocère à douze points. Grioceris duodecimpunctata l.atr.
Il vit, comme le précédent, sur les asperges; il y n
môme des localités où il est plus abondant. Ses mœurs et ses époques d'apparition sont les mêmes. 11 est de la môme taille ; son corselet et la partie postérieure de sa tôte sont rouges ; ses élytres sont fauves, marquées chacune de six points noirs. On le détruit comme le précédent.
FAMILLE DES ClIltïSOMELINES.
Cette famille établie par Latreille a pour caractères : un corps ovoïde ou ovale, recouvert par des élytres coriaces ou quelquefois un peu molles; un corselet transversal, moins long que large ; une tète retirée dans le corselet, portant des antennes de longueur médiocre ; des pattes assez robustes ayant quatre articles à tous les tarses.
GENRE GHRYSOMÈLE. CHRYSOMELA Linné.
Tôte ovale, assez petite, retirée sous le corselet: antennes moniliformes de onze articles, insérées près de la bouche, au-devant des yeux, plus courtes que le corps ; palpes maxillaires terminés par deux articles d' égale longueur ; corps ovoïde ou ovale, recouvert par des élytres coriaces. Insectes de taille moyenne.
Les larves des chrysomèles vivent des feuilles des végétaux. Les femelles sont très-fécondes et ont souvent l'abdomen tellement distendu par les œufs que l'extrémité de leur corps déborde les élytres. Après la
W CULÉOPTÈHKS.
fécondation, elles les déposent sur les feuilles. Ceux-ci éclosent au bout de quelques jours. Les petites larves sont pourvues de six pattes écailleuses; leur corps est allongé et muni de petits tubercules qui laissent suinter une humeur d'une odeur forte. La transformation en nymphes se fait à l'air libre. Lorsque les arves ont acquis leur entier développement, elles se fixent sur une feuille, sur laquelle elles se collent, pour ainsi dire, avec une humeur visqueuse, sécrétée par un mamelon situé à la partie postérieure de leur corps. L'enveloppe se durcit et l'insecte parfait éclot au bout de quelques jours. Nous ne signalerons que l'espèce suivante :
Chrysomèle du peuplier. Chrysomela populi Liau.
Cette chrysomèle est une de nos grandes espèces européennes. La tête, le corselet, le dessous du corps et les pattes sont d'un vert bleu ; les élytres sont d'un rouge fauve. Elle est très-commune dans les bois sur les peupliers, particulièrement sur le tremble, dont la larve dissèque complètement les feuilles et les réduit à l'état de dentelle. Nous avons vu, dans des parcs aux environs de Paris, des peupliers blancs entièrement dévorés par cet insecte et surtout par sa larve. Il répand, lorsque Ton passe dans son voisinage^ une odeur acre, bitumineuse, assez désagréable* Il y a deux ou trois générations par an. Les individus qui doivent reproduire l'espèce au printemps, passent l'hiver cachés sous les mousses ou entre les feuilles sèches.
Comme cet insecte se tient de préférence sur les
U>LfcOl»ÏKHfcb. 17 ù
jeunes cépées dont les feuilles sont plus tendres, on peut en détruire des quantités prodigieuses en ballant les branches sur un parapluie renversé.
GENRE EUMOLPE EUMOLPUS Fabricius.
Insectes à corps ovale, oblong, avec la tète verticale, cachée en partie dans le corselet ; antennes insérées près de F extrémité antérieure et interne des yeux, écartées, au moins aussi longues que la moitié du corps, ayant les derniers articles comprimés ; mandibules fortement bidenlées; corselet très-voûté, plus large que long; élytres oblongues , arrondies, enveloppant l'abdomen, moitié plus larges que le corselet; pattes assez longues. La plupart des auteurs parlent, sans les décrire, des larves deumolpes. Nous n'en dirons rien, attendu que nous n'avons jamais eu l'occasion d'en voir une $eule, pas plus celle de la vigne que celle de Yasclepias de nos bois.
Eumolpe de la vigne. Ewnolpns vitis l ab.
Cet insecte fait, dans certains pays vignobles, beaucoup de mal à la vigne ; il est connu des cultivateurs sous les noms vulgaires d'Écrivain ou de Bêche ; il y a même des localités où il porte très-improprement celui de Lisette, car il ne ressemble guère à un charançon. Il est rare dans les jardins des environs de Paris, mais il n'en est pas de même à Thomery, près Fontainebleau, où, depuis quelques années, il est devenu fort nuisible.
M. Rose Charmeux, dont tous les horticulteurs connaissent les magnifiques cultures de raisins de table, a depuis longtemps beaucoup à s en plaindre. Il a eu Pobligeance de nous envoyer pour notre travail un certain nombre de ces insectes, ainsi que des paquets de feuilles de vigne criblées de trous irréguliers.
JJ. - Kuiuulpe do lu viRiio. Eumolpm citts.
L'eumolpe de la vigne est assez petit, légèrement pubescent, avec la tête et le corselet noirs; les élytressont d'un roux un peu fauve.
On a dit que sa larve était brunâtre, pourvue de six
COLÉOPTÈRES, m
pattes et d'une tète écailleuse, armée de mâchoires robustes avec lesquelles elle ronge les jeunes pousses de la vigne et môme les grappes des raisins au moment où le grain commence à se former. D'après M. Charmeux, qui n'a jamais aperçu trace de la larve, c'est l'insecte parfait qui cause tout le mal ; il entame les raisins qui se fendent ensuite et se racornissent. Selon cet habile cultivateur, il ne se contente pas des raisins, il perce les feuilles et en fait une sorte de guipure.
Voici ùn extrait de la correspondance que nous avons eue avec M. Charmeux au sujet de cet insecte.
« Les écrivains ou eumolpes font de très-grands ravages ; ils découpent à jour les feuilles de la vigne ; lorsque celles-ci deviennent trop dures, ils attaquent les grains et les bourgeons. C'est une perte immense là où ils s'acclimatent. Je pense qu'en terre ils ne rongent pas les racines. J'ai bien cherché, bien observé et n'ai jamais pu trouver ni les œufs ni la larve. L'cumolpe paraît dès que les premiers bourgeons atteignent une longueur de trente à quarante centimètres, ce qui indique la fin de mai. Cet insecte est trèsméfiant -, aussitôt que l'on s'approche de lui à deux mètres, il se laisse tomber à terre, fait le mort et se confond avec le sol. Il faut avoir l'œil bien exercé pour le trouver. 11 se comporte de môme dans les serres où l'on chauffe la vigne. Je ne pense pas que sa larve, que Ton ne connaît pas à Thomery, fasse aucun ravage... Je suppose que la transformation ne met pas plus d'une année à s'accomplir et que l'éclosion de l'insecte parfait a lieu au printemps ; jamais je ne l'ai trouvé accouplé....»
C'est d'après l'autorité de MM. Rose Charmeux et
m COLÉOPTÈRES.
Rivière que nous attribuons à l'cumolpe de la vigne les perforations d'une feuille que nous avons fait représenter. Nôrdlinger a aussi fait figurer p. 121 de son ouvrage, une feuille, qui a beaucoup de rapports avec la nôtre, sauf que les découpures ne sont pas tout à fait à jour. La lame de Tépiderme de la face inférieure est représentée intacte, ce qui n'a pas lieu pour les feuilles que nous avons reçues de Thomery. Cet auteur dit que ce travail de sculpture est du au Rebenstecher des Allemands (Rhynchites beluleti), Tagliadizzo des Italiens, Coupe-bourgeon des Français. Ce dernier synonyme n'est pas exact ; en France, le coupe-bourgeon est un petit charançon du même genre (Rhynchites conicus), qui coupe les jeunes pousses des poiriers, bourgeons des arboriculteurs.
Nous aimons à croire que MM. Charmeux et Rivière sont de trop bons observateurs pour avoir commis une erreur en cette circonstance.
M. Charmeux détruit les eumolpes dans les serres à raisin, avec des cailles qui y vivent en liberté.
GENRE GALERUQUE. GALERUGA Geoffroy.
Coléoptères tétramères faisant partie de la famille des Cycliques de Latreille et delà tribu des Galerucites. Us ont pour caractères principaux : des antennes d'égale grosseur dans toute leur longueur, moniliformes, de la moitié de la longueur du corps, insérées entre les yeux et très-rapprochées à leur base; un corselet rebordé, rugueux : des élylres oblongues d'une consistance plutôt tendre que coriace.
COLÉOPTÈRES 183 Galeruque de l'orme. Galeruca ulm arien sis Fabr.
Elle ne se trouve pas dans les jardins, mais il y a des années où, dans les parcs des environs de Paris, et sur les boulevards, toutes les feuilles des ormes sont dévorées et percées par la larve de cet insecte.
La galeruque de l'orme sort de son engourdissement vers la fin de mai et s" accouple immédiatement; les larves exercent leurs ravages pendant les mois de juin et de juillet. Vers la fin de ce dernier mois, on rencontre l'insecte parfait par milliers. Il est en dessus d'une couleur jaunâtre pAle, un peu livide. Le corselet est marqué de trois taches noirâtres. Les élytresont une bande marginale noire, et vers leur base un trait longitudinal de la même couleur.
Nous ne connaissons aucun moven de détruire cet insecte qui se tient dans le haut des arbres.
Galeruque de l'aune. Galeruca alni Kàb.
Elle ne se trouve pas non plus dans les jardins; mais elle est excessivement abondante dans les parcs, sur les aunes au bord de l'eau. Ses larves font de grands dégâts; elles dévorent et percent à jour les feuilles de ces arbres. Elles sont noirâtres et se tiennent sous les feuilles dont elles rongent le parenchyme.
L'insecte parfait a deux générations; il est de taille moyenne, d'une belle couleur bleue uniforme.
On peut détruire des milliers de cet insecte, en battant les branches des jeunes aunes, sur un parapluie
renversé. Il se laisse facilement tomber sans chercher à s'envoler.
GENRE ALTISE HALTICA Geoffroy.
Les allises sont de très-petits coléoptères qui ont la faculté de sauter, quand on veut les saisir, aussi lestement que des puces, ce qui leur a valu les noms vulgaires de puces des jardins, de sauteurs de terre, de tiquets, etc. Comme les galeruques, ils ne vivent que de feuilles de végétaux. Les entomologistes les caractérisent ainsi : tète très-petite avec des, antennes filiformes, plus longues que le corselet, insérées entre les yeux et très- rapprochées à leur base ; pattes postérieures ayant les cuisses très-renflées; corps ovale ou sphérique; élytres lisses, luisantes, souvent ornées de couleurs métalliques bleues, vertes ou bronzées.
Les larves des altises sont linéaires, d'une couleur blanchâtre ou jaunâtre, pourvues de six pattes écailleuses et de deux mâchoires cornées. Elles vivent dans les fleurs et dans le parenchyme des feuilles, où elles creusent des galeries en tous sens. Lorsqu'elles sont arrivées au terme de leur croissance, elles se métamorphosent en terre. L'insecte parfait éclot au bout d'une quinzaine de jours. L'accouplement a lieu au printemps, et les femelles déposent ordinairement leurs œufs sur la face inférieure des feuilles. La plupart des espèces ont au moins deux générations par an. Une partie passe l'hiver sous des feuilles sèches ou sous les écorces des arbres, pour propager l'espèce au commencement de mai et même beaucoup plus tôt dans
COLKOPTERES. 185
les bAches, où les générations semblent se succéder presque sans interruption.
Les tiquets sont très-communs dans les jardins et font beaucoup mal aux, plantes potagères, surtout à celles de la famille des Crucifères, dont elles dévorent les feuilles. .
Le genre altisc renferme une grande quantité d'espèces . plus de deux cent cinquante pour l'Europe seule. Nous en trouvons dans nos jardins environ une douzaine, qui, pour l'horticulteur, qui n'examine pas à la loupe les petites stries de points enfoncés des élylres, sont toutes des tiquets, La seule différence qu'il remarque, c'est la couleur jaunâtre, noire ou plus ou moins métallique et la taille plus petite ou un peu plus grande. Pour lui, tous ces insectes sont de petils ennemis qui font le plus grand tort à ses cultures en dévorant les semis dès qu'ils commencent à se montrer. Il y a des jardins où il est impossible de semer sur couche des giroflées, des choux-fleurs, des radis, sans qu'une grande partie ne soit anéantie par ces insectes. Lorsqu'ils se jettent sur des Crucifères adultes, ils criblent les feuilles de milliers de petits trous, et nuisent beaucoup à leur végétation. Ils attaquent aussi les plantes d'agrément, particulièrement les juliennes, la corbeille d'or {Alyssum saxatile), les Myosotis, le réséda, YAubrietia deltoidea, les différentes espèces d'oeillets, etc.; les plantes aquatiques elles-mêmes cultivées dans les bassins, ne sont pas à l'abri de la voracité de ces insectes.
Nous indiquons sommairement ici les principales espèces qui se trouvent dans les jardins.
Attise potagère. Haltioa oleracea Linn.
Elle est d'un bleu métallique brillant, moins petite que la plupart de nos espèces européennes. Elle est polyphage ; dès le premier printemps, elle parait sur les choux, les radis, le colza, la giroflée, les plantes de la famille des Onagraires (1) et même sur les œillets. On l'accuse, depuis une cinquantaine d'années, de causer de grands dégâts dans les vignes du midi de la France. Est-ce bien hYoleracca qu'il faut attribuer ce mal, ou n est-ce pas plutrtt à Yhaltica ampeîophaga de M. (îtiérin- Men ne ville?
Attise des bois, Haltioa nemorum Fabricius.
Noire-, moitié plus petite que la précédente ; élytres marquées chacune d'une petite bande d'un jaune pale»
Cette espèce est très-distincte des autres, et se montre dès le mois de mars, sur les choux, les navets, les radis et les giroflées; elle est très-commune chez les maraîchers des environs de Paris.
(\) M. Vcrlot, jardinier chef de l'école de botanique au Muséum, nous a remis une quantité d'individus d'une variété qui vit de préférence sur les (Enothera, les Clarkia, les Iîoisduvalia% les Euchœidium, les Epilobium, les Fuchsia, etc. Après avoir examiné attentivement cette altise, avec M. Léon Fairmaire, il nous a été impossible de la séparer spécifiquement de Y oleracea.
COLEOPTERES. 187
Altise élégante. Haltioa conclnna Marsham.
D'un noir verdàtre à reflet métallique.
Très-commune dans les jardins sur plusieurs espèces de plantes d'agrément.
Altise* des choux. Haltica brassicae Fab.
D'un noir luisant, sans reflet métallique; élytres marquées chacune de deux petites taches longitudinales jaunâtres.
Cette espèce est assez distincte. Elle est très-commune sur les choux.
Altise raélène. Haltica melaena IUiger.
Très-petite, d'un noir bronzé ou bleuâtre. Ses élytres vues à la loupe paraissent très-confusément ponctuées.
Elle est très-commune sur toutes les plantes crucifères. C'est, après la nemorum, l'espèce la plus fréquente dans les bâches, chez les maraîchers. M. Lézier nous en a apporté une grande quantité qu'il avait recueillies, à l'automne de l'année dernière, dans un semis de radis, sous panneau.
Altise noire. Haltica atra Paykull.
D'un noir luisant, ou quelquefois d'un noir à reflet un peu bronzé.
Très-commune dans les jardins sur toutes les crucifères.
Altise à pattes noires. Haitiea nigripes Panier.
Très-petite, d'un vert-bronzé luisant, ponctuée, avec les antennes et les pattes entièrement noires.
Commune sur les capucines, le réséda, les navets et les radis.
Altise pointillée. Haltica punctulata Marsham.
Très-petite, d'un noir bronzé. Les élytres vues à la loupe sont très-finement ponctuées.
Commune sur les radis.
Altise atricille. Haltica atricilla Fabricius.
D'un jaune pâle, finement ponctuée, avec la tête et le dessous du corps noirs.
Commune sur les plantes d'agrément.
Altise exolète. Haltica exoleta Fabricius.
Espèce très-distincte, d'un jaune d'ocre pâle, avec la tète noire. Élytres ayant la suture d'une couleur brunâtre.
Commune sur les plantes potagères.
Altise rubis. Haltica helxines Fabricius.
La plus jolie des espèces propres à nos jardins ; elle est d'un vert doré, avec la tète et le corselet trèsbrillanls.
On la trouve sur beaucoup de plantes dans les jardins, mais jamais sur les crucifères
On a préconisé plusieurs moyens pour détruire ou éloigner les altises.
Quelques jardiniers prétendent avoir obtenu un bon résultat en arrosant leurs plantes avec de l'eau dans laquelle on a laissé macérer des champignons des bois en décomposition. D'autres ont employé, disent-ils, avec succès, une légère solution de savon noir. On a conseillé de saupoudrer légèrement la terre d'un peu de soufre mélangé avec partie égale de chaux éteinte à l'air. On a conseillé aussi de couvrir les couches de crottin de cheval. Scheidweiler recommande une solution d'assa-fœtida dans du vinaigre, mélangée avec -de l'eau dans laquelle on a fait infuser une forte dose d'absinthe. Un des meilleurs moyens consiste à imprégner de la sciure de bois d'une très-petite quantité d'huile lourde de gaz, et à en répandre une légère couche sur les semis. Nous engageons les maraîchers qui veulént éloigner les tiquets, de badigeonner l'intérieur de leurs bâches avec du goudron de gaz.
FAMILLE DKS APUID1PIIAGJ».
Les coléoptères qui appartiennent à cette famille, dont le nom signifie mangeurs de pucerons, n'ont que trois articles aux tarses, leur corps est hémisphérique en dessus, plat en dessous. Leurs pattes sont courtes. Leurs antennes sont composées de onze articles, elles
m COLÉOPTÈRES.
sont terminées en massue et insérées en avant des yeux. Leurs élytres sont généralement lisses, Je la longueur de l'abdomen.
Cette famille ne renferme qu'un genre dont la connaissance soit indispensable aux jardiniers, c'est le
GENRE COCCINELLE. COCCINELLA Linné.
Les coccinelles sont connues des gens du monde sous les noms vulgaires de bêtes à bon dieu, de bêtes à la vierge, de marmottes, etc. Mais, il ne faut pas les confondre avec le criocère des lis que quelques ignorants appellent aussi bête à bon dieu. Elles ont pour caractères : une tête petite, cachée en partie dans une échancrure du corselet ; des antennes grenues, composées de onze articles, terminées en massue ; deux mandibules et deux mâchoires cornées; un corselet convexe moins large que les élytres; des élytres coriaces.
Les coccinelles rendent les plus grands services à l'horticulture en dévorant des quantités énormes de pucerons, mais bien plus cependant à l'état de larves qu'à l'état parfait ; quelques espèces sous cette dernière forme se nourrissent, dit-on, exceptionnellement, de feuilles de végétaux : le fait n'est pas impossible, mais nous ne l'avons jamais observé. Les coccinelles de la dernière éclosion passent l'hiver retirées sous les écorces des arbres, dans les crevasses des murailles, sous les feuilles sèches ou dans les mousses. Au printemps, ou même dès les premiers beaux jours, elles sortent de leur engourdissement et s'accouplent; alors on ren-
f.ULKorrÊKK*. I1M
contre les femelles sur toutes les plantes ou il y a des pucerons, cherchant un endroit convenable pour déposer leurs œufs. Ceux-ci sont jaunes et un peuoblongs. Les petites larves éclosent après huit ou dix jours. Elles ne ressemblent en rien à Pinsecte parfait. Leur corps est aplati, composé de douze anneaux, tantôt épineux, tantôt raboteux, plus rarement lisses. Leurs pattes sont au nombre de six, très-rapprochées de la tete; leur bouche est pourvue de mâchoires et de quatre palpes. Les pucerons paraissent être la seule nourriture de ces larves } elles les saisissent ayec leurs pattes de devant et les hument comme des œufs, ne laissant que la peau. Lorsqu'elles sont arrivées à toute leur taille, elles 'se raccourcissent et se fixent par leur extrémité anale à une feuille sèche pour se changer en nymphes ; celles-ci donnent naissance à l'insecte parfait au bout de huit à quinze jours.
Les coccinelles ont souvent les élytres rouges, marquées de points noirs, dont le nombre et la disposition varient selon les espèces; souvent aussi elles les ont noires, avec des points d'un jaune citron plus ou moins nombreux; plus rarement elles les ont noires avec des taches rouges.
Parmi les espèces qui se trouvent dans les jardins, la plus grande est
La coccinelle à sept points. Coccinella aeptem-
punctata Linn.
Sa tele est noire, marquée de deux points blancs. Son corselet est d'un noir luisant, bordé de blanc
COLEOPTERES.
jaunâtre. Ses êlylres sont rouges, marquées chacune
de trois points noirs et d'un 2 autre près de leur base, ap-
port dieu ; sa larve fait une grande consommation de pucerons. Nous conseillons aux jardiniers d'épargner tous les individus qu'ils rencontreront. Nous citerons encore les espèces suivantes :
La coccinelle à deux points. Coccinella bipunctata Linné.
Plus petite que la précédente. Elle a la tète noire, marquée de deux petits points blancs. Le corselet est également noir, avec une grande tache blanche de chaque coté, les élytres sont rouges et offrent chacune un point noir sur leur milieu.
Elle fait, comme la précédente une guerre continuelle
La coccinelle à treize points. Tredecinipunctata Fab.
Elle a la tète noire. Le corselet est rouge, avec deux points et une bande noirs. Les élytres sont rouges, marquées chacune de six points noirs et d'un treizième sur la suture.
Assez commune dans les jardins.
partenant aux deux élytres.
Elle est commune partout-, c'est elle qui porte plus spécialement le nom de bêle à
£3 — t- Coccinelle a sept poiuU- Coct inella teplempum tata.
•2. La larve un peu grossie.
aux pucerons.
La coccinelle à quatre taches. Goccinella quadripustu-
la ta Linné.
Elle est assez petite, toute noire, marquée de quatre taches d'un rouge sanguin, avec le tour des yeux et le bord du corselet blanchâtres.
Cette espèce est Tune de celles que l'on rencontre le plus souvent à Paris, sur les pruniers, au milieu des co lonies de pucerons.
La coccinelle frontale. Goccinella frontalis Illiger .
Assez petite. Elle a la lôte noire. Le corselet est également noir, avec quelques points rougeàtres sur les côtés. Les élytres sont d'un noir luisant, marquées chacune de deux points rouges.
Assez commune dans les pépinières, sur les arbres fruitiers infestés de pucerons.
La cocoinelle morio . Goccinella morio Fabr.
illiger ia considère comme une variété de l'espèce précédente. Elles se trouvent toutes les deux ensemble sur les mêmes arbres. Elle est un peu plus petite, entièrement noire. Ses élytres ont vers la base une petite bande rouge interrompue.
La coccinelle variable. Goccinella variabilis Illiger.
Elle est petite, assez bombée, entièrement noire, avec deux points rouges sur chaque élytre, dont l'un vers
l'angle humerai et l'autre plus petit, placé un peu plus bas, près du bord externe. Dans une variété il y a une petite bande rouge transversale sur les élytres.
Plus commune à la campagne dans les jardins, qu'à Paris.
Nous pourrions donner une liste bien plus longue de ces insectes bienfaisants. Presque toutes les coccinelles nous rendent les mômes services. Cependant nous devons dire que nous n'avons trouvé que bien rarement des espèces à points jaunes avec les pucerons.
Les espèces sont extrêmement nombreuses, on en connaît plus de quatre cents répandues sur les différentes parties du globe; partout où Ton rencontre des pucerons, il y a des coccinelles.
Nous recommandons à tous les amateurs de jardins de ne jamais détruire de coccinelles. Nous engageons même ceux qui ont des serres chaudes ou tempérées, à y apporter du dehors les individus qu'ils trouveront à l'automne. Ces insectes feront la chasse aux pucerons et aux larves de thrips.
ORDRE. — ORTHOPTERES.
Les insectes appartenant à cet ordre ont pour carac- • tères : une bouche composée d'organes propres à la mastication ; deux ailes pliées dans le sens de leur longueur, couvertes par d'autres ailes, espèces de fausses élytres, coriaces, chargées de nervures saillantes ou un peu réticulées; antennes ayant plus de seize articles, peu distincts.
Le corps des Orthoptères est allongé, assez mou ; il est, comme celui des autres insectes, composé de trois parties : la têle, le corselet et 1 abdomen ; les pattes sont quelquefois toutes semblables, quelquefois les antérieures sont ravisseuses et propres à saisir, souvent les postérieures sont beaucoup plus longues et conformées de façon à exécuter des sauts. Ces insectes se multiplient énormément, leurs œufs sont en général très-nombreux. Ils ne subissent que des demi-métamorphoses : leurs larves ressemblent à l'insecte parfait, à l'exception des ailes qui ne paraissent qu'après l'état de nymphe.
On a divisé cet ordre en deux sections principales :
Les Coureurs qui ont les pattes uniquement propres à la course et les ailes horizontales ;
Les Sauteurs qui-ont les jambes postérieures longues,
* propres à sauter, et dont la. plupart produisent une stridulation monotone.
SECTION DES COUREIHS.
GENRE FORFIGULE FORFICULA Linnu.
Ce genre parait, au premier abord, un peu anormal parmi les autres Orthoptères, en ce que les ailes inférieures sont pliées en travers comme chez les Coléoptères. Kirby, pour cette raison, en a fait un ordre à part sous le nom de Dermaptères. Mais, en tenant compte des métamorphoses, des mœurs et surtout des organes de la manducation, il est impossible de les séparer des autres Orthoptères.
Ce genre, peu recherché des entomologistes, est assez nombreux en espèces. On rencontre des forficules dans toutes les parties du monde.
Elles ont toutes pour caractères principaux : un corps linéaire; des élytres crustacées; des tarses n'ayant que trois articles-, un abdomen mou, terminé par deux pièces mobiles formant une pince; des mandibules 'bidentées; des antennes de douze à treize articles, insérées au-devant des yeux.
Forflcule auriculaire. Forficula auricularis Liun.
Tout le monde connaît cet insecte sous le nom vulgaire de perce-oreille ou de pince-oreille. C'est la seule espèce européenne qui soit nuisible ?ux jardins.
Il est d'un brun plus ou moins clair ou plus ou inoins foncé, avec la tête rousse.
Les bords du corselet sont un peu blancbâtres. Les ély très, très-courtes et un peu débordées par les ailes, sont marginées de jaune teslacé pâle. Les pattes sont jaunes.
r r.tl J 24.- ForQculé l-...
Les perce-oreilles sont noctur- Forfiaiiaauricuiaru. nés, et volent très-bien le soir, lorsqu'ils veulent se transporter d'un endroit à un autre. Ils sont extrêmement communs dans les jardins, où ils occasionnent des dégâts en .rongeant les boutons des pêchers en espalier, les tiges à fleurs des œillets et les jeunes pousses des Dahlias. Mais ils ne s'en tiennent pas là; comme ils aiment beaucoup les fruits sucrés, ils attaquent les abricots, les prunes, les pêches et les poires. Il n'est pas rare d'en rencontrer jusque dans le noyau des pêches, lorsque le fruit se fend un peu à la maturité, comme cela a lieu dans certaines variétés. Très-souvent aussi on en trouve dans les grappes de raisin.
Ces insectes sont rarement isolés, ils sont presque toujours en petites sociétés.; Pendant le jour, ils restent cachés dans les fruits, sous les écorces des arbres, sous les caisses de jardin, sous les pierres, etc. Ils aiment beaucoup aussi à se poser au centre des fleurs en ombelles.
Les perce-oreilles s'accouplent au milieu de l'automne, et la ponte a lieu seulement au printemps suivant. La femelle dépose ses œufs par petits tas de quinze à vingtcinq sous les écorces des arbres ou sous les pierres.
m ORTHOPTÈRES.
Ceux-ci sont blancs et éclosent au bout d'un mois environ. Les petits, en naissant, sont d'un blanc étiolé et ne commencent à prendre leurcouleur brune qu'après le premier changement de peau. Un fait assez remarquable, c'est que la femelle ne quitte pas ses œufs, ni ses petits nouvellement nés, elle veille sur les uns ou sur les autres, probablement pour les préserver de la voracité des autres insectes : ce qui a fait dire à quelques observateurs trèssuperficiels que les perce -oreilles et les courtilières couvaient leurs œufs î
Il n'y a qu'une génération par an.
Les perce-oreilles, lorsqu'on les saisit, prennent un air menaçant , ils relèvent la partie postérieure de leur corps comme les slapbylins ; mais ils ne font, et ils ne peuvent faire aucun mal.
Il existe un préjugé d'après lequel une forficule se serait quelquefois introduite dans l'oreille de personnes endormies sur l'herbe et aurait déterminé des acci-
dents graves. Nous n'avons jamais entendu parler de rien de semblable. Il n'est pas impossible cependant qu'un de ces insectes, pour se cacher, pénètre momentanément dans l'oreille, mais il ne pourra aller bien loin, arrêté qu'il sera par la membrane du tympan et il ressortira vite de cette cavité.
Selon M. Goureau, que nous avons souvent occasion de citer, le nom de perce-oreille aurait été donné à cet insecte à cause de la pince qui termine son corps, et qui ressemble au petit instrument dont les bijoutiers se servent pour percer les oreilles. Quant à celui de forficule il vient du mot latin forficula, qui signifie une petite tenaille.
Les jardiniers ont inventé plusieurs moyens pour prendre les forticules. Les uns emploient des ergots de mouton-, les autres, des tiges fistuleuses de roseau ou de quelque grande ombellifère ; d'autres font des petits fagots avec de là paille et des brindilles, qu'ils suspendent le long des espaliers ou autour des œillets et des Dahlias. Dès que le jour commence à paraître, ces insectes, qui fuient la lumière, viennent se réfugier dans ces abris. 11 suffit alors de les secouer pour faire tomber des quantités de perce-oreilles, qu'on n'a plus que la peine d'écraser.
GENRE BLATTE. BLATTA Liane.
Les blattes, appelées vulgairement Kankrelats, Kakerlacs, Cafards, Ravets, etc«, sont aussi nommés, trèsmal à propos, Cri-cris par les gens du peuple qui en trouvent quelquefois des débris dans le pain; ils les confondent avec le grillon domestique, Gryllus dômes - . licusj insecte musicien, sauteur, d'un gris jaunâtre, également très-commun chez les boulangers.
Les blattes ont pour caractères essentiels : des antennes très-longues, sétacées, insérées près du bord interne des yeux; des pattes propres à la course, ayant toutes cinq articles aux tarses; un abdomen terminé par deux courts appendices ; des élytres larges, minces, croisées, horizontales.
Ces insectes, quoique pourvus d'ailes, volent très-peu. mais courent la nuit avec une grande agilité. Les espèces sont assez nombreuses ; une seule intéresse les horticulteurs qui ont des serres chaudes : c'est la
ORTHOPTÉRRS
Blatte orientale. Blatta orientalis Linné.
Elle est grande, d'un brun noir. La femelle, aptère, n'a souvent que des rudiments d'élytres. Cette espèce, que l'on dit venir de l'Orient, habite les lieux où règne une température élevée, tels que les établissements de boulangerie, de pâtisserie, les cuisines, etc. ; elle est très-vorace : elle dévore indistinctement toutes les substances alimentaires, le cuir, la laine, la soie, etc.
25. — i . Blatte orientale. Blatta orientant. - 2. Idem jenno.
Depuis quelques années, elle s'est introduite et naturalisée dans les serres chaudes où elle commet de grands dégâts, notamment au Luxembourg et chez MM. Thibaut et Ketteleèr, où elle ronge les Orchidées et une infinité d'autres plantes. II est d'autant plus difficile de la détruire qu'elle ne se montre que la nuit et se tient cachée, pendant le jour, dans les crevasses des murailles, sous les pots, les caisses, etc.
Dans les colonies, où ses déprédations sont plus consi dérables qu'en France, on lui tend des pièges que l'on amorce avec du lard, du pain d'épice, etc. A cet effet.
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on prend des boîtes de bois, ouvrant à charnière, percées latéralement, près de leur fond, d'une ouverture étroite de deux ou trois centimètres de longueur. Les blattes qui y entrent pour manger Tapât, y restent cachées pour éviter la lumière du jour. Un fois qu'elles sont prises, on les asphyxie dans les boîtes avec deux ou trois allumettes, ou on les écrase.
Il existe en France une autre grande blatte, Blatta americana, qui ressemble un peu à la précédente et que l'on croit originaire des Antilles. Cette dernière ne se trouve à Paris que dans les raffineries, mais elle infeste les magasins et les entrepôts de sucres et autres denrées coloniales dans les ports de mer. Aux îles Bourbon et Maurice, où la blatte américaine est naturalisée dans toutes les habitations, et dévore tout ce qu'elle trouve à sa portée, elle a un terrible ennemi dans «un bel insecte hyménoptère, le Chlorion comprimé, qui lui fait une guerre acharnée. Après l'avoir saisie par la tête à l'aide de ses mâchoires, il la perce de son puissant aiguillon dont le venin la paralyse et la tue ; puis il l'enlève et l'entraîne dans son nid pour nourrir ses larves. Ce Chlorion est un insecte bienfaisant, que les habitants se gardent bien de détruire ; ils le laissent faire son nid très-tranquillement dans les maisons. Voyez le rapport de Cossigny cité dans le t. VI des Mémoires de Réaumur.
SECTION DES SAITKURS.
GENRE COURTILIÈRE. GRYJLLUS Linné.
GRYLLOTALPA Lalr.
Ces insectes, dont les espèces sont peu nombreuses, ont pour caractères principaux : une tète ovale, avancée, profondément enfoncée dans le corselet, munie de petits yeux ovales et d'antennes d'un grand nombre d'articles ; un corselet allongé, recouvert par une espèce de carapace; des élytres très-courtes; des ailes plus longues que le corps et terminées par des lanières recourbées et contournées sur elles-mêmes ; un abdomen assez mou, offrant à l'extrémité deux appendices Cliformes ; des pattes postérieures propres à sauter, terminées par un tarse de trois articles muni de deux crochets; des pattes antérieures ayant les tarses et les jambes dilatées, aplaties, dentées, en forme de mains et propres à fouir.
Courtilière commune. Gryllus gryllotalpa Linné. Gryllotalpa vulgaris Latr.
Tous les jardiniers connaissent cet insecte, qui porte, dans certaines localités, les noms de taupe-grillon, de laupetle, de perce- chaussée, etc. C'est un des animaux les plus nuisibles à l'agriculture et à la culture maraîchère. Il y a même des endroits où il est impossible d'y cultiver des plantes potagères.
Les courtilières, lorsqu'elles ont acquis leur entier développement, sont d'un gris jaunâtre pâle. Le soir, selon Latreille, elles s'appellent en faisant entendre un petit cri analogue à celui que produisent les grillons, mais beaucoup plus faible. C'est pendant la nuit quelles s'envolent ou se promènent sur la terre pour s'accoupler.
20. - t. <:ourlilit're adulte. Cryllu* gryllntnlpa. — i. Idoni âgée d'un mois,
Cet acte a lieu au printemps, ordinairement à la fin d'avril ou au commencement de mai. Au moment de la ponte, en juin ou juillet, la femelle creuse une galerie circulaire, de 20 à 25 centimètres de profondeur, au fond de laquelle elle place son nid, qui a la forme d'une cornue. C'est là qu'elle dépose ses œufs, souvent au nombre de trois ou quatre cents. Ceux-ci sont d'un blanc roussàtre, de la grosseur d'une graine de moutarde. Ils éclosent au bout d'une douzaine de jours. Les petits, en naissant, sont blancs et ressemblent à des fourmis.
Curtis Farm insects) prétend que les femelles dévorent la plus grande partie de leurs enfants , et que
sur un cent, il n'en reste que huit seulement; Bouché est aussi de cet avis; mais, selon Feburier (Souv. Cours d'agriculture, vol. V,p. 163\ qui a étudié spécialement les mœurs de ces insectes, et Krullé, professeur d'histoire naturelle à Dijon, elles ont au contraire le plus grand soin de leurs œufs et de leurs larves, ce qui a fait croire à quelques ignorants qu'elles les couvaient.
iT. — Jonnc f.nurtilien* au printemps de la seconde annfe.
y Les petites courlilières restent en famille jusqu'après ^l^Ja première mue, qu'elles prennent une couleur brunAtre. jU^ ** Alors elles se dispersent chacune de son côté. Les ailes commencent à paraître à la fin de l'année suivante, après le quatrième changement de peau. L'accroissement est assez lent et ce n'est que la troisième année, d'après Feburier, qu'elles sont aptes à se reproduire. Mais pendant tout le cours de leur existence, elles exercent d'affreux ravages dans les cultures. Elles choisissent ordinairement les terrains légers, mais assez fermes, dans lesquels elles pratiquent plus facilement leurs galeries: cependant on en trouve souvent aussi dans un sol assez compacte.
Les courlilières passent l'hiver dans l'engourdissc-
ORTHOPTÈRKS. 106
ment, dans un trou assez profond pour les mettre à l'abri du froid. Dès les premiers beaux jours, elles remontent et se mettent à former une infinité de galeries, à deux ou cinq centimètres de la surface, aboutissant toutes au trou vertical où elles ont passé l'hiver et où elles trouvent une retraite assurée, si elles viennent à être inquiétées.
Selon Feburier et la plupart des auteurs, les courtilières sont carnassières et ne vivent, comme les taupes, que d'insectes et de vers de terre. Elles ne mangent pas les racines des plantes, disent-ils, mais elles coupent avec leurs pattes de devant, comme avec une scie, toutes celles qu'elles rencontrent sur leur passage. Nous nous sommes assuré aussi que, généralement, elles sont carnivores, mais que, dans certaines circonstances, elles ne dédaignent pas les végétaux, lorsqu'elles n'ont pas d'autre nourriture. Nous avons conservé un individu vivant, pendant deux mois, dans un grand pot à demi rempli de terre, et recouvert d'une gaze métallique, auquel nous ne donnions rien aulre chose que des carottes, qu'il rongeait parfaitement bien. Ce malheureux insecte nous servait aussi pour une autre expérience ; de temps en temps, il passait une heure dans île la poudre de pyrèthre dont il était fort peu incommodé ; en sortant du bocal à la poudre, il se ranimait, se secouait, entrait en terre, et mangeait dès la nuit'suivante. Nous lui avons donné pour compagnon un cri-cri des prairies [gryllus campe&tris) ; il l'a dévoré entièrement. Feu notre ami Turpin, membre de l'Institut, avait déjà fait avant nous et en notre présence, une expérience analogue. Il avait renfermé, dans une boite contenant un peu de lerre, trois courtilières
206 UHTHOPTÉtŒS.
qu'il a nourries longtemps avec des feuilles de laitue ; mais fatiguée d'un régime végétal, la plus grosse a fini par dévorer les deux autres. Ce qu'il y a de certain, c'est que ces animaux sont très-voraces et qu'ils se mangent entre eux. Nous supposons, môme que les quatrevingt-douze pour cent des petits qui, d'après Curtis, sont mangés dans le nid, ne le sont pas par leur propre mère, qui a pour eux une sollicitude toute maternelle, mais bien par les mâles ou des femelles étrangères.
Les courtilières étant très-nuisibles dans les cultures de tous genres, on a proposé plusieurs moyens pour , arrêter leurs ravages.
r' ^ 1° On a conseillé de rechercher les nids. Cela peut se v , faire quelquefois dans de petits jardins. s* " \ 2° De verser dans leurs trous de l'huile à brûler ou j -s ( 1 des vieux pieds d'huile mélangés avec de l'eau. Ce moyen c i • v est fort bon, mais il n'est pas applicable à la grande Lc ° culture. On peut très-bien remplacer l'huile à brûler
par de l'huile lourde de gaz qui coûte très-bon marché (une partie sur vingt-cinq d'eau). L'eau dans laquelle on a délayé du savon noir, peut être employée dans le même cas avec succès.
3° En Prusse et même dans plusieurs contrées de la France, on se sert de pots â demi remplis d'eau que l'on enfonce en terre à un ou deux centimètres au-dessous du sol* Il est rare qu'on n'y trouve pas, le matin, quelques courtilières qui s'y sont noyées pendant leur promenade nocturne.
On a recommandé de disposer à l'entrée de la mauvaise saison, de place en place, dans les jardins infestés par les courtilières, des trous remplis de fumier de cheval.
ORTHOITÈRES. 207
Aux premiers froids ces insectes, qui sont frileux, viennent s'y réfugier et, à la fin de l'hiver, on en trouve des quantités engourdies dans ces espèces de pièges.
Le nom de courtilière vient du vieux mot français Courly ou Courtilz qui signifiait jardin, il y a encore en France beaucoup de personnes qui s'appellent Courty ouDescourtilz, au lieu de s'appeler Jardin ou Desjardins Celui de taupe-grillon a été donné à cet insecte, parce qu'il ressemble un peu à un gros grillon et qu'il creuse des galeries sous terre à la manière des taupes.
GENRE P H ANÉROPTÊRE . PHAtfEROPTERA Serville.
Les Phanéroptères, dont nous ne trouvons qu'une espèce aux environs de Paris, sont des Orthoptères sauteurs peu musiciens, qui rappellent un peu par leur forme la grande sauterelle verte des prairies ( Locusta viridissima) que les gens du monde appellent improprement Cigale, d'après ce bon Lafontaine qui l'a laissée représenter, dans une des premières éditions de ses fables, comme ayant chanté tout l'été.
Ces insectes, comme tous ceux qui appartiennent à la tribu des Locustaires, vivent de plantes vertes. Ils ont pour caractères essentiels : une tête droite, ovalaire, munie de mâchoires assez fortes et pourvue de deux longues antennes sétacées, irès-rapprochées à leur base ; un corselet assez court ; des élytres allongées, étroites, beaucoup plus longues que l'abdomen ^ un corps assez étroit, terminé par des appendices sétacés ; des pattes grêles, longues, avec les cuisses de la dernière paire trèsgrandes.
Phanéroptère en faux. Phaneroptera falcata Serville.
Elle est longue de deux à deux centimètres et demi et entièrement d'un vert qui se confond avec la couleur des plantes.
Cette espèce nous a été envoyée par M. Rose Charmeux comme très-nuisible aux vignes. Voici la note qui accompagnait son envoi :
« Il y a à Thomery beaucoup de ces sauterelles vertes. Elles attaquent les grains avant la maturité, c'est-à-dire, qu'elles rongent sur les grains la largeur d'une lentille. Ceux qui ont été entamés par cet insecte pourrissent, ce qui occasionne un grand dommage au cultivateur.
« Elle est très-line, elle vole peu et se cache pendant le jour derrière les feuilles avec lesquelles elle se confond par sa couleur; mais lorsqu'on s'aperçoit que quelques grains sont rongés, avec un peu d'habitude on est certain de la trouver dans le voisinage, sous une feuille où elle se tient immobile. Elle vit aussi, faute de raisin, aux dépens du feuillage de la vigne. »
GENRE CRIQUET. AGRIDIUM Olivier.
Les insectes qui constituent ce genre sont nombreux et ont tous pour caractères : des anlennes filiformes assez courtes, insérées entre les yeux, composées d'une vingtaine d'articles; une tète Irès-développée, armée de fortes mandibules dentées, tranchantes et de mâchoires à trois dents; des yeux réticulés, saillants
ORTHOPTERES . 200
placés sur les colés; trois petits yeux lisses situés sur le vertcx ; un corselet aussi large que le corps ; un sternum large, aplati; des élytres coriaces, étroites, aussi longues que les ailes inférieures ; des ailes inférieures fort larges, plissées en éventail ; un abdomen sans tarière ni appendices; des pattes postérieures propres au saut, plus longues que les autres, ayant les jambes garnies de deux rangées d'épines.
Les criquets, dont on trouve plusieurs espèces aux environs de Paris, sont généralement connus sous le nom de Sauterelles. Tout le monde, à la campagne, a pu
28. — Sautm'llc voyageuse, acrtdium migraioiïum ito grandeur naturelle
remarquer, pendant l'été, ces insectes dans les lieux secs et arides, qui, lorsque I on s'en approche ou que l'on veut les saisir, s'envolent comme des papillons, en développant leurs ailes inférieures rouges, bleues, blanchâtres ou jaunes et vont se reposer un peu plus loin. Les femelles déposent ordinairement leurs œufs dans un petit trou peu profond, ou sur quelque tige de graminées , dans ce dernier cas, elles les recouvrent d'une matière écumeuse qui se durcit au soleil. Les larves et les nymphes, ressemblent à Tinsecte parfait, sauf les ailes, qui ne se développent qu'après la dernière mue ; elles se
aïo oimiurmiKs.
nourrissent, comme lui, do plantes vertes. Certaines espèces sont, depuis les temps les plus reculés, regardées comme un des plus grands fléaux qui puissent frapper l'humanité. Ce n'est pas sans raison qu'elles étaient comprises dans les dix plaies de l'Kpryple.
Ces criquets dévastateurs sont désignés par les noms de Sauterelles èmigrantes ou voyageuses. Les entomologistes en comptent trois espèces différentes: l'Italicum qui a plus d une fois ravagé la Provence, le Peregrinum et surtout le Migratorium.
En 1858, lorsque nous présidions le congrès entomo- ♦ logique réuni à Grenoble, nous avons été témoin avec notre savant confrère, le Dr Laboulbène, d'une invasion de sauterelles voyageuses, dans la plaine du Bourgd'Oysans \ les unes étaient à l'état de nymphes et les aulres à l'état parfait ; ces dernières avaient pu, à l'aide de leurs ailes, franchir la llomanche et passer sur le côté droit de ce torrent ; les autres, non encore adultes, étaient restées sur le côté gauche. Mais les unes et les autres étaient en si grand nombre qu'en un ou deux jours elles avaient entièrement anéanti les céréales sur pied, dévoré les feuilles de tous les végétaux ligneux et dépouillé les jardins de toute verdure. L'autorité locale en a fait recueillir et détruire une grande quantité et nous n avons pas appris qu'elles se soient étendues plus loin. Il parait que, cette même année et à la même époque, des millions de ces insectes dévastateurs se sont également montrés en Suisse.
Si, dans nos jardins du centre et du nord de la France, nous n'avons pas à redouter les invasions de sauterelles, il n'en est pas de même dans l'Algérie el dans nos dé-
ORTHOPTÈRES, iW
parlements les plus méridionaux, où, après avoir dévasté les moissons, elles s'abattent sur toutes espèces de cultures. Le capitaine Solier, dont le souvenir restera longtemps dans la mémoire des entomologistes, rapporte qu'au mois d'août 1832, les sauterelles voyageuses firent tout à coup irruption dans le midi de la France, notamment sur le territoire de Saint-Gombert près de Marseille. Il ajoute que ce même endroit, d'après la statistique du département, a été, depuis plusieurs siècles, ravagé par ces Orthoptères et que leur destruction fut l'objet de la sollicitude des autorités d'alors. En 1613, dit Solier, iMarseille dépensa 40,000 livres et Arles 50,000, sommes considérables à cette époque, pour faire la chasse à ces insectes. On payait deux sous et demi la livre d'Orthoptères et cinq sous la livre d'œufs. On recueillit, dans cette même année, 214,000 livres de sauterelles et 21,000 livres d'œufs. En 1805, on lit une chasse dans la même localité où l'on en récolta 2,000 kilogrammes. En 1822, ces Orthoptères ravagèrent tout le territoire d'Arles, champs, jardins, etc. On dépensa 1227 fr. pour leur destruction ! Mais, en 1824, ces insectes apparurent, en un bien plus grand nombre que les années précédentes, sur les mêmes territoires. Une chasse fut ordonnée. On en remplit, aux Saintes-Mariés, 1 ,518 sacs à blé et, à Arles, 105 sacs pesant 6,000 kilogrammes. L'année suivante fut encore plus désastreuse. En 1832, il a été recueilli 1079 kilogrammes d'œufs, et cette année 1833, 3,808 kilos; si cette récolte eût été faite avec moins de négligence, on aurait pu facilement se procurer 1,000 kilos d'œufs et 12,000 kilos d'insectes.
m ORTHOPTÈRES.
Les nids de ces sauterelles, selon Solier, sont faciles à apercevoir par le trou que la femelle a pratiqué dans la terre pour déposer sa nichée. Ils sont placés dans des terrains incultes à la surface du sol, à environ qualrexentimètres de profondeur. Le tube qui renferme les œufs est à peu près cylindrique, de cinq centimètres de longueur et d'un centimètre de diamètre. La position de ce tube varie, mais, le plus souvent, elle est horizontale. On peut évaluer qu'un kilogramme se compose de 1,600 nichées ; chaque tube contient ordinairement de 50 à 60 œufs : ce qui fait 80,000 pour un kilo. C'est depuis la lin d'août jusqu'en octobre qu'il faut faire la recherche des œufs. Quant aux sauterelles, on en commence la chasse en mai et on la continue une partie de l'année.
On lit dans Olivier (Voyage dans l'empire Othoman, t. Il p. 424) :
« A la suite des vents brûlants du midi, il arrive de l'intérieur de l'Arabie et des parties les plus méridionales de la Perse, des nuées de sauterelles, dont le ravage, pour ces contrées, est aussi prompt que celui de la plus forte grêle en Europe. Nous en avons été témoins, Bruguiéres et moi. Il est difficile d'exprimer l'effet que produisit en nous la vue de toute l'atmosphère remplie de tous les côtés, et à une très-grande hauteur, d'une innombrable quantité de ces insectes, dont le vol était lent et uniforme, et dont le bruit ressemblait à celui de la pluie; le ciel en était obscurci et la lumière du soleil considérablement affaiblie. En un moment les terrasses des maisons, les rues et tous les champs furent couverts de ces insectes, et, dans deux, jours ils avaient entièrement dévoré toutes les feuilles des plantes ; mais
heureusement ils vécurent peu, et ne semblèrent avoir émigré que pour se reproduire et mourir. En effet, presque tous ceux que nous vîmes le lendemain, étaient accouplés, et, les jours suivants, les champs étaient cou verts de leurs cadavres.
a J'ai trouvé cette même espèce en Egypte, en Arabie, en Mésopotamie et en Perse. »
Pour compléter l'article relatif aux sauterelles voyageuses, peut être déjà un peu trop long pour nos horticulteurs, nous citerons quelques passages d'un travail de notre collègue, M. Amyot, avocat à la cour royale qui joint à ses connaissances entomologiques celle de plusieurs langues orientales.
Les Hébreux, dit-il, donnèrent aux sauterelles le nom d'ar&e/idont le radical signifie multiplier. Les Grecs les appelaient «xp« de la racine axpo;, parce que ces insectes habitent les hauteurs. C'est de ce dernier mot que les entomologistes on fait celui à'Acridium. Le nom chez les latins était Locusta, que les entomologistes modernes ont appliqué aux véritables sauterelles. L'étymologie de . ce nom serait locus ustus, lieu brûlé, dévasté. Les Arabes leur donnent lé nom de Djarâdoun, qui vient do » Djarada qui veut dire arracher.
Tous les auteurs, dit ce savant, depuis les temps les plus anciens, ont parlé des ravages que les sauterelles n'ont que trop souvent causés dans plusieurs contrées de l'Orient, de l'Afrique et même de la Chine. Ce qui parait le plus étonnant dans ces apparitions terribles, c'est la multitude incroyable de ces insectes qui, semblables à une nuée poussée par les vents, obscurcit le ciel, au point qu'on ne peut lire dans les maisons.
En ce moment, l'Algérie est horriblement dévastée par ces sauterelles voyageuses. On pourrait croire qu'un nouveau Moïse a étendu sa main sur cette partie de la France pour châtier un nouveau Pharaon et un peuple infidèle, en lui envoyant une nouvelle édition de la huitième plaie de l'Egypte.
Des nuées de ces Orthoptères, obscurcissant le soleil d'Afrique et dévorant tout sur leur passage se sont répandues successivement de l'est à l'ouest v jusque dans les contrées les plus reculées de la province d'Oran, où, de mémoire d'arabes, on n'avait jamais vu ce fléau.
Les autorités locales épouvantées par cette invasion subite, ont redoublé de zèle et ont employé tous les moyens possibles pour détruire ou éloigner ces insectes dévastateurs. Mais autant chercher à arrêter les flots de la mer * le désastre est tellement grand que l'on croirait que le feu a passé partout. Les malheureux cultivateurs dont la fortune était dans la terre, sont totalement ruinés et sans pain. Plus rien dans les champs, plus rien dans les jardins, plus de feuilles aux mûriers ni aux autres arbres. Tel est aujourd'hui le tableau exact de notre . colonie : le gouvernement, toujours plein de sollicitude pour les grandes infortunes, s'est empressé de donner un premier secours à ces pauvres colons ; mais leur misère est si grande qu'on organise en ce moment en leur faveur, sous le patronage du ministre de la guerre, une souscription dont le souverain a pris l'initiative.
Notre société à reçu tout récemment de divers points de l'Algérie, plusieurs envois de ces sauterelles, à l'état de larves, de nymphes et d'insectes parfaits, mAles et femelles. Elle a pu reconnaître que, parmi ces insectes,
OUÏiloPTKHKS. m
il y avait deux espèces voisines, Yacridium migratorium et surtout le peregrinum.
On ignore la loi naturelle suivant laquelle ces criquets sont ainsi ramassés à un certain moment, et emportés par un vent dont ils savent profiter pour descendre là où il leur plaît. Leur volonté parait y être pour quelque chose, autrement on ne pourrait pas expliquer une marche de ce genre. C'est là sans doute ce qui les a fait ranger par Salomon au nomhre des animaux auxquels il accorde la sagesse : Moïse s'en était aussi occupé pour les placer parmi les animaux à quatre pieds, qui n'étaient pas regardés comme impurs, et dont il était par conséquent, permis de manger. Il ne regardait pas comme des pieds les pattes postérieures qui servent à sauter, disent les commentateurs des derniers siècles, qui étaient fort embarrassés de concilier ce passage de la Bible avec celui d'Aristote qui dit positivement qu'ils ont six pattes.
Le conte le plus plaisant qui ait été fait sur les sauterelles, se trouve dans Pline, livre 12^ chapitre 29. Cet auteur dit avec un air de conviction, qu'il existe dans l'Inde des sauterelles longues de quatre coudées, dont Us grandes pattes épineuses servent de scie dans le pays pour scier le bois.
Dans tous les temps on a cherché à se préserver du fléau des sauterelles. Outre les prières et les sacrifices que les anciens offraient aux Dieux, on prenait des mesures administratives pour la destruction de ces insectes, soit à l'état d'œut, soit à l'état parfait. Après les avoir recueillis, on les brûlait ou on les enterrait ; car on avait à craindre après la famine, la peste par l'infection que
répandaien t leurs innombrables cadavres. Oresius, suivant Mouflet, dit qu'en Tan 800, ces insectes, après avoir été entraînés dans la mer, furent rejetés morts sur la cote et répandirent une odeur aussi funeste qu'auraient fait les cadavres d'une nombreuse armée.
Pour la destruction de ces animaux dévastateurs nous n'avons rien à ajoutera ce qu'a dit le capitaine Solier : la recherche des œufs et la chasse aux insectes organisée sur une grande échelle.