W ORDRE. — HÉMIPTÈRES
Ainsi que nous l'avons dit, le caractère le plus saillant des insectes de cet ordre, connus, pour la plupart, sous les noms vulgaires de punaises des jardins , punaises des bois, etc., est tiré de la nature des ailes supérieures qui sont crustacées dans leur partie antérieure et qui se terminent brusquement par une partie membraneuse. Mais ce caractère, facile à saisir, n'est pas applicable à tous les genres. Par exemple, les pucerons qui sont des Hémiptères, ont les quatre ailes, à peu près pareilles ; la punaise des lits est aptère (1), c'est-à-dire sans ailes. Les mâles des Kermès et des Coccus ont des ailes inférieures avortées et, par le
(I) La punaise des lits Arantht'a Ijertuhma ne paraît pas avoir été connue des anciens. Elle est, comme le rat et le puceron lanigère, un cadeau que nous avons reçu de l'étranger; les uns disent des Indes orientales, les autres des régions voisines de l'équateur. Ce qu'il y h de positif, c'est que, selon Fallen. elle n'existe pas encore dans l'Europe septentrionale et que son introduction en Angleterre ne remonte qu'en 4505. Feu notre excellent ami, le professeur Eversmann de Casan, décrit une seconde espèce sous le nom tï Avanthia cil-kita, naturalisée aujourd'hui à Casa n même. Celle punaise, plus petite que la nôtre, a des habitudes fort différentes. Sa piqûre très-douloureuse produit des enflures très-fortes et de longue durée sur le corps humain. 11 est inutile de dire ici que la poudre de Pyrèthre, préparée par notre collègue Villemot et quelques autres, réussit parfaitement pour la destruction de la punaise des lits.
fait, n'ont que deux ailes, et leurs femelles en sont constamment dépourvues. Il a donc fallu chercher ailleurs des caractères communs, propres à toutes les espèces, abstraction faite du système alaire. C'est dans les organes servant à la nutrition que les naturalistes les ont trouvés. Les hémiptères sont dépourvus de palpes; leur bouche consiste en un bec ou suçoir formé par la lèvre inférieure. Celui-ci est composé de quatre articles et forme une sorte de gaine renfermant trois soies intimement réunies. C'est à l'aide de ces soies ou styles déliés, que ces insectes percent le tissu des plantes ou des animaux pour pomper la liqueur nutritive.
Les hémiptères ont été partagés par les entomologistes en deux grandes sections bien distinctes :
Les Hétéroptères, ainsi nommés parce que leurs élytres ou ailes supérieures sont composées de deux parties de consistance différente, l'une crustacée du coté de la base, et l'autre membraneuse à l'extrémité. Outre cela leur bec, paraît naître du front.
Les Homoptères ont les quatre ailes semblables, membraneuses, de la môme consistance partout. Leur bec naît de la partie la plus inférieure de la tête, presque de la poitrine, entre les deux pattes antérieures.
On subdivise les Hétéroptères en deux grandes familles : les Géocorises ou punaises vivant sur terre comme la punaise des choux, et les Hydrocorises ou punaises d'eau.
Les Homoptères ont aussi été subdivisés en plusieurs
HÉMIPTÈRES m
familles : les Cicadaires comprenant les cigales, les Àphidiens ou pucerons, et les Coccides ou gallinsectes.
Les insectes nuisibles aux jardins dans la section des Hétéroplères appartiennent aux quatre genres : Cydne, Pentatome, Lygée et Tingis.
SECTION DES HfiTÉROPTÈRES.
GENRE CYDNE. CYDJÏUS Scrvillo.
Les cydnes ont pour caractères : un corps ovalaire , aplati; une tête arrondie, avec des antennes ayant leur second article beaucoup plus petit que le troisième; des yeux petits, arrondis, saillants ; un bec assez grêle ; un corselet semi-circulaire en avant, coupé droit postérieurement; un écusson grand, triangulaire, dépassant la moitié de la longueur de l'abdomen ; des pattes fortes, avec les jambes épineuses.
Cydne bicolore. Cydnus bicolor Serville .
Cbacun a pu voir dans les jardins cette punaise que Geoffroy a appelée la punaise noire à quatre tacbes blanches. Elle est effectivement d'un noir luisant, avec plusieurs taches blanches, dont une longitudinale assez grande sur le corselet, une autre assez large en crois- - sant irrégulier à la base des élytres, et une plus petite à l'extrémité de la partie coriace. Les côtés de l'abdomen sont tachetés de blanc.
Il y a des années où elle est extrêmement commune dans les jardins pendant les mois d'été. On la trouve sur une infinité de plantes potagères et même sur les arbres fruitiers dont elle suce les jeunes pousses et quelquefois les fruits.
Lorsqu'elle est abondante, elle fait beaucoup de tort aux légumes chez les mar/ilchers.
Les cendres de bois et les bassiriagcs avec une décoc tion de feuilles de sureau, peuvent être employés pour la détruire. II est toujours bon d'écraser celles que l'on rencontre, pour éviter qu'elles ne déposent leurs œufs sur les plantes.
GENRE PENT ATOME. PENTATOMA Olivier.
Les pentatomes de nos jardins sont généralement connues sous le npm de punaises des bois ; plusieurs espèces répandent une odeur puante analogue à celle de la punaise des lits, et communiquent aux fruits sur lesquels elles se sont promenées, cette même odeur.
On reconnaîtra ces insectes aux caractères suivants : tête petite, reçue dans une échancrure du corselet; yeux saillants et globuleux; antennes plus courtes que le corps, filiformes, composées de cinq articles ; gaîne du suçoir ou bec formé de quatre articles renfermant quatre soies -, corselet beaucoup plus large que long, dilaté en arrière; écusson très-grand, recouvrant une grande partie du dos ; abdomen composé de six segments ; pattes non épineuses, de longueur moyenne, avec les tarses de trois articles.
Les larves des pentatomes ressemblent à l'insecte parfait, excepte qu'elles n'ont pas d'ailes. Les nymphes diffèrent des larves en ce qu'elles ont des moignons d'ailes.
Pentatome potagère. Pentatoma oleraceum
Cette punaise, assez commune dans lesjardins, vit sur les plantes de la famille des Crucifères auxquelles elle
2D. — l'enlatonic polagérc- l'entatom olearaceum.
fait souvent un mal considérable. On la voit, depuis le mois de mai jusqu'en août, sur les différentes variétés de choux, sur les navets, les raves el sur les giroflées des jardins (Cheîranthus incanus el Grœcu$)> etc.
m HÉMIPTÈRES.
Cet insecte, àTétat de lawecomme à l'état parlait, est d'un bleu bronzé, quelquefois un peu verdàtre, marqué de plusieurs taches rouges, dont une allongée-linéaire sur le corselet, une autre sur l'écusson et une sur le bord de chaque élytre. On rencontre souvent des individus chez lesquels toutes les taches sont blanches dans les deux sexes.
La punaise potagère enfonce son bec dans le parenchyme des feuilles, pour en sucer la séve, et, comme elle change souvent de place, elle les crible de petites plaies qui les rendent rugueuses et les dessèchent. Dans certaine parties de la France et môme aux environs de Paris, on trouve sur les choux une autre punaise, c'est la
Pentatome ornée. Pentatoma ornatum (l).
Elle est un peu plus grande que la précédente. Elle est noire sur la tête et le corselet : celui-ci est bordé de rouge. L'écusson est pareillement noir avec une tache rouge en forme de fourche. Les élytres sont rouges, avec le bord interne noir et quelques taches de la même couleur sur l'extrémité membraneuse. Elle répand, lorsqu'on la touche, une odeur très-infecte.
Geoffroy a parfaitement bien décrit les œufs de cette punaise : elle les place sous la face inférieure des feuilles par petites bandelettes serrées. En les examinant de près, dit-il, ils paraissent très-jolis, ils imitent un petit
(t) A l'ailielr ll«-niiptvn?s. p. 39 n°7, on a imprimé par erreur derondum au lieu iVornatiim.
HÉMIPTÈRES. Sï3
barillet dont le haut et le bas seraient entourés de bandes brunes, tandis que le milieu de l'oeuf est gris avec des petits points noirs très-ronds. Au moment de l'éclosion la petite punaise soulève la partie supérieure de la coquille comme un petit couvercle, et se met immédiatement à piquer les feuilles.
l'enta toiiii' orntfe. /'cntaloma omnium.
Cette espèce est plus commune que la précédente chez les maraîchers. Comme ces deux pentatomes sont assez grosses et très -visibles, il faut leur faire la chasse dès qu'elles paraissent et les écraser. Il est essentiel de visiter le revers des feuilles pour enlever les œufs qu'elles pourraient avoir pondus.
Peniatome deB fruits. Pentatoma Baccarum Serville Cette pentatome, connue sous le nom de/m/mia //
m HÉMIPTÈRES.
des jardins, n'occasionne pas do dégâts bien appréciables;
mais elle répand une odeur très-fétide, qu'elle communique aux fruits qu'elle a touchés. Elle se tient de préférence sur les groseilliers et les framboisiers. On la reconnaîtra facilement aux 31. - Pcntatouie dos caractères suivants :
fruits, l'cntaioma Mac- ci 1 • r 1
carum. Sa couleur varie un peu. Le plus
» ordinairement elle est d'un .brun un
peu roussàtre uniforme ; d'autrefois elle est d'un brun nébuleux mélangé de taches brunes ou jaunâtres. Mais on la distinguera toujours facilement par ses antennes noires annelées de jaunâtre, ainsi que par les petites taches d'un jaune fauve qui se trouvent sur les côtés du corps.
Lorsque l'on" rencontre cette punaise il faut l'écraser. On agira de même avec l'espèce suivante :
Pentatome verte. Pentatoma prasinum Serville.
Les jardiniers connaissent cette pentatome sous le nom de punaise verlc des jardins. Elle est entièrement d'un beau vert d'herbe en dessus, avec le ventre d'un vert jaune. Elle a les mômes habitudes que l'espèce qui précède. Elle communique de môme aux fruits sur lesquels elle a passé une odeur infecte.
Une autre espèce de punaises du groupe des Pentatomides, appartenant aujourd'hui au genre Zicrona (zinoua cœrulea Serville), nous a été envoyée de Kouba. elle fait, dit-on, dans la province d'Alger, où elle est
HÉMIPTÈRES. «tô
devenue extrêmement commune, beaucoup de tort aux vignes.
Elle est de la taille de la punaise des choux, entièrement d'un beau bleu indigo, sans aucune tache.
Elle se trouve fcussi aux environs de Paris, mais elle n'y est pas assez multipliée pour y être regardée comme nuisible.
GENRE LYGÉE . LYGiEUS Kabr-
Les punaises qui constituent ce genre, ont pour caractères : tête petite, non rétrécie postérieurement en manière de col; antennes filiformes, composées de quatre articles, insérées sur les côtés de la tête dans la ligne qui va des yeux à la base du bec; corselet trapézoïde; écusson triangulaire; corps oblong-ovale ; élytres de la largeur de l'abdomen ; pattes assez longues avec les tarses de trois articles.
Ce genre renferme un certain nombre d'espèces indigènes ou exotiques, qui ont été divisées en plusieurs sousgenres ; nous ne parlerons que de l'espèce suivante, qui est extrêmement commune dans les jardins, c'est la
Lygée aptère. Lygœus apterus Fabr.
On trouve cette punaise par tas, et en grande quantité, au pied des tilleuls pendant toute la belle saison. La tète et les antennes de cet insecte sont noires ; les pattes et Técusson sont aussi do cette dernière couleur. Le corselet est rouge, avec une grande tache noire dans son
milieu, divisée intérieurement en deux, par un trait rouge. Les ély très sont rouges, marquées dans leur centre d'une grosse tache noire arrondie et, vers leur base, d'un point également noir. Cette lygée est généralement dépourvue d'ailes, c'est ce qui lui a fait donner le nom à' aptère (sans ailes): ce n'est que très-rarement que l'on rencontre des individus ailés. Elle n'exhale aucune mauvaise odeur.
Quand on observe une réunion d'individus de cette espèce, on voit qu'ils se tiennent souvent les uns sur les autres, la tête dirigée vers un point central, constamment placés du côté du soleil. Dans l'accouplement, qui dure trois ou quatre jours, le mâle est posé sur la femelle et non bout à bout, comme dans la punaise des choux. Après l'accouplement, le corps des femelles se développe considérablement. Celles-ci se traînent lentement et déposent leurs œufs, par petits groupes, sous les feuilles dans les lieuxhumides. Ces œufs sont d'un blanc de perle, lisses et luisants. Ils deviennent blanchâtres au bout de quelque temps et grossissent jusqu'au moment de l'éclosion.
Cette punaise suce, à l'aide de son bec, l'écorce des tilleuls et y déte/mine quelquefois des chancres ; elle est souvent très-nuisible auxjeunes arbres. On s'en débarrasse aisément en arrosant le pied des arbres avec de la lessive ou une solution de savon noir. On peut employer également de l'huile lourde de ga«, mélangée avec neuf dixièmes d'eau ordinaire.
GENRE TINGIS TINGIS Fabr.
Tète petite; antennes fines de quatre articles, termi-
nées en massue -, bec reposant dans un sillon prolond, s étendant vers l'extrémité de la poitrine ; corselet se prolongeant en pointe, de manière à cacher complètement l'écusson, dilaté en folioles sur les côtes avec le disque vésiculeux ; élytres ovalaires plus longues et plus larges que l'abdomen, ayant les côtés dilatés et foliacés, d'une demi-transparence; pattes fines et assez courtes. Ce genre renferme plusieurs espèces, mais il n'y a que la suivante que les arboriculteurs aient intérêt à connaître.* «
Tingia du poirier . Tingis pyri Serville.
Cette très-petite punaise est connue des jardiniers et des professeurs d'arboriculture sous le nom de tigre. Elle est d'une couleur brune ou brunâtre, avec les dilatations foliacées du corselet et des élytres d'un jaune très-pale ou blanches; ces dernières sont marquées, de chaque côté vers la base, d'une tache brune et d une autre semblable vers l'extrémité. Ces taches se prolongent souvent de manière à imiter une croix.
Cet insecte fait, dans certaines localités, beaucoup de tort aux poiriers, principalement à ceux qui sont en espalier; ; il est plus rare sur les pyramides. Il se tient en familles plus ou moins nombreuses sous la face inférieure des feuilles, où il détermine par sa piqûre, des centaines de petites élévations brunes qu'au premier coup-d œil on prendrait pour des puccinies. En examinant à la loupe une de ces feuilles on y voit des insectes de tous les âges : des petites larves venant d'éclore, d'autres un peu plus fortes, d'autres à l'abri
228 HÉMHTÉHES.
de nymphe, et un certain nombre d'insectes parfaits qui se promènent avec agilité. Les tingis volent parfaitement bien lorsqu'on les inquiète; si, l'on secoue une branche, ils s'envolent par centaines pour revenir bientôt reprendre leur place. C'est vers la fin du mois d'août ou dans le courant de septembre, qu'ils exercent leurs ravages.
Le nom de tigre n donné à cet insecte par beaucoup d'arboriculteurs, vient probablement de ce que le revers des feuilles est criblé et comme tigré de petites taches brunes. Cependant nous devons ajouter que tous les jardiniers ne sont pas parfaitement d'accord sur le nom de tigre; il y en a qui appellent tigre des espèces de kermès, d'autres les acarus qui causent la grise.
Le tingis du poirier ne se trouve pas dans toutes les contrées de la France, nous ne l'avons jamais rencontré en Normandie. L'année dernière, il a été extrêmement commun dans plusieurs localités des environs de Paris, particulièrement dans le département de Seine-et-Marne. M. Rivière nous a remis des branches de poirier, qu'on lui avait envoyées de Coubert, qui en étaient infestées, et nous avons vu nous-mème, dans plusieurs jardins, à Combs-la-Ville, des espaliers qui en étaient couverts.
Heureusement que l'apparition de ces petites punaises n'a lieu qu'à la fin de l'été, époque où les poires sont déjà passablement développées et que, par conséquent, • elles nuisent un peu moins que si elles se montraient au printemps.
On a conseillé différents moyens pour détruire le tigre. Les uns emploient, pour les espaliers, des fumigations de tabac ou defeuillesde noyer, sous un drap fixé au mur;
d'aulres des irrigations avec une décoction de tabac, de Peau de savon noir ou de la lessive étendue d'eau.
La sève circulant très-peu dans les feuilles malades, nous engageons les horticulteurs à les couper avec des ciseaux à la chute du jour, et à les brûler immédiatement sur un fourneau. A. cette heure-là, les lingis ne s'envolent pas, et on en détruit une grande quantité a l'état de larves et d'insectes parfaits.
Cicadelles.
On donnait jadis ce nom à des petits Hémiptères appelés par Geoffroy des petites cigales, et que quelques auteurs ont nommés cigales muettes. Ces insectes ont la tête assez grosse, aussi large que le corselet; les élytres légèrement coriaces en ovale allongé, pointu à l'extrémité ; les pattes postérieures plus longues que les autres et propres à exécuter d'assez grands sauts.
Deux espèces de cicadelles intéressent les horticulteurs : l'une, la eicadelle écumante, Cicada spumaria de Linné, est aujourd'hui, pour les entomologistes modernes, le type du genre Aphrophora; et l'autre, la eicadelle du rosier, appartient maintenant au genre Typhlocyba de Burmeister.
Pour ce qui est relatif à la première, tous les horticulteurs et toutes les personnes qui habitent la campagne, ont remarqué, au mois de juin et de juillet, dans les prairies, sur les pelouses et même dans les jardins, une sorte d'écume très-blanche ressemblant a de la mousse de savon, que l'on trouve, en masses plus ou moins
grosses, sur les feuilles et les tiges de différentes plantes. Souvent les jeunes tiges, chargées de cette écume, souffrent et dépérissent. La larve et la nymphe de Taphrophore produisent cette matière pour se cacher et se garantir contre les rayons du soleil elles restent sous cet abri jusqu'au moment où elles prennent des ailes. Au mois de septembre, l'insecte parfait, qui a dépouillé son habit de nymphe, sort en costume de noce pour s'accoupler. À L'automne, les femelles ont l'abdomen tellement distendu par les œufs, qu'elles deviennent très-lourdes. Ceux-ci sont pondus en octobre sur les branches des arbres ou sur les plantes basses et éclosent au printemps.
Quelques auteurs supposent que cette écume, appelée vulgairement crachat du coucou, leur sert à se dérober aux yeux des oiseaux et des insectes carnassiers. Cette cicadelle vit exclusivement du suc des végétaux qu'elle pique avec son bec.
Dans un jardin, on doit enlever, le matin, toutes ces masses d'écume et faire périr les larves en les jetant dans de l'eau bouillante.
L'insecte parfait est de taille moyenne ; il n'a pas plus de iO millimètres de longueur. H est plus ou moins grisâtre, avec deux taches blanches obliques sur les élytres.
L'autre espèce de cicadelle, dont nous avons à parler, ou Typhlocybe du rosier, n'attaque guère les plantes basses, mais ellefait souvent beaucoup de mal aux rosiers, aux roses trémières, etc., dont elle pique les feuilles avec son bec. En général, elle s'en prend à la face inférieure qu'elle perce à cent placesdifférentes pour en sucerla séve. Les fouilles prennent alors une teinte marbrée qui annonce leur état de souffrance.
HÉMIPTÊHES. 23!
L'insecte parfait est très-petit, il n'a pas plus de quatre millimètres. Il est sans taches, d'une couleur uniforme, tantôt jaune, tantôt d'un jaune verdàtre et tantôt blanchâtre. Il est allongé, un peu cylindrique. Il est extrêmement commun et se trouve sur une infinité d'arbustes. Il vole et saute très-bien. L'année dernière le dessous des feuilles des roses trémières et du ricin, étaient, au Luxembourg, en partie couvertes par les larves et les nymphes de cette cicadelle, qui s'échappaient en sautant de tous côtés lorsqu'on voulait les saisir.
Il y a, aux environs de Paris, beaucoup d'autres espèces de petites cicadelles, mais dont les horticulteurs n'ont rien à redouter.
GENRE THRIPS. THRIPS Fabr.
Les thrips, dont les jardiniers qui ont des serres chaudes ou tempérées connaissent parfaitement les ravages, sont de très-petits insectes dont les plus grands n'ont pas deux millimètres. Ils sont d'une si petite taille que souvent ils échappent à l'œil nu et que leur organisation est assez difficile à bien observer. C'est ce qui fait qu'on n'est pas encore bien d'accord sur l'ordre auquel ils appartiennent. Latreille, d'après les travaux de Straus, les avait réunis aux Hémiptères. Geoffroy, qui avait cru leur apercevoir des mâchoires, les avait placés dans l'ordre des Orthoptères, ce qu'a fait de nouveau M. Burmeister en les réunissant avec les Orthoptères et les Nevroplères, sous le nom collectif de Gymnognathes.
Un savant anglais, M. Iïaliday {the Entomolog. maga-
m HÉMIPTÈRES.
zine, IH, 439). a fait une étude toute spéciale de ces petits animaux ; il en a formé un ordre à part, sous le nom de Thysanoplèrea, dans lequel il a créé deux familles, partagées en plusieurs tribus, subdivisées elles-mêmes en seize genres.
Les thrips ont pour caractères : tète proportionnellement assez grosse; antennes ûliformes, rapprochées à la base et insérées tout près des yeux, cylindriques ou fusiformes; yeux grands; bouche pourvue de mâchoires larges, cachées et retirées entre les cuisses antérieures; corselet un peu rétréci en avant ; abdomen conique, allongé, étroit, terminé chez les femelles par une tarière qui sert à piquer les plantes pour y placer les œufs ; élytres recouvrant les ailes et l'abdomen ; celles-ci bordées de fines soies en manière de franges; pattes courtes et assez fortes.
Les thrips vivent sur les plantes, et, en général, dans les fleurs ou sous les feuilles, plus rarement à leur surface ; les espèces sont nombreuses ; il y a bien peu de fleurs qui n'en renferment au moins une, et souvent plusieurs dans leur corolle.
Les larves sont allongées, de couleur jaunâtre ou quelquefois rouges. Elles habitent les mêmes lieux que l'insecte parfait, dont elles ne diffèrent que par le défaut d'ailes et d'antennes. Les nymphes ont des rudiments d'ailes. Les larves des thrips sont agiles et, lorsqu'elles sont inquiétées, elles relèvent, comme les staphylins, l'extrémité de l'abdomen comme pour se défendre.
Nous n'avons rien à dire du thrips commun, thrips vulgatissima, que l'on trouve abondamment en mai dans les fleurs des pommiers, poiriers, cerisiers, mais qui ne cause
HÈMIPTERÈS. S33
aucun dommage aux arbres. Les agriculteurs ont bien plus à se plaindre du thrips des céréales, thrips cerealhtm> et du thrips orné, thrips décora, qui, se tenant cachés entre la valve et la corolle des épis du blé, sucent le grain nouvellement formé et arrêtent, en partie, son développement. C'est à ces deux insectes que sont dus, le plus souvent, les grains racornis, quelquefois si communs dans les épis. Au moment de la floraison des blés, beaucoup de personnes ont pu remarquer la larve du thrips orné (thrips décora), à moitié cachée entre les valves ; elle se montre sous la forme d'un petit corps d'un rouge vermillon. Nous ne nous occuperons, dans cet ouvrage, que de l'espèce que l'on rencontre dans les serres où elle se multiplie souvent au point de rendre les plantes très-malades et d'en occasionner la mort.
Thrips hémorrhoïdal. Thrips hémorrhoïdalis
Haliday .
Il a à peine deux millimètres. Il est allongé, linéaire, d'un noir assez profond . La tête est un peu globuleuse avec les yeux saillants. Le corselet est aplati, de forme ovale. Les élytres sont d'un brun plus ou moins clair ou plus ou moins foncé, avec la base blanche, ou d'un blanc jaunâtre. Les pattes sont très-courtes et jaunes. Le corps est pointu à l'extrémité avec les deux derniers anneaux un peu rouges.
Les larves de ce thrips sont jaunâtres, dépourvues d'ailes; elles ont, du reste, la forme de l'insecte parfait.
Ce petit insecte paraît nous avoir été apporté de l'étranger avec des végétaux exotiques.
*3i HÉMIPTÈRES.
fl vit dans les serres sur une infinité de plantes de
familles très-éloignées; on le trouve fréquemment sur les Azalées . les Marantacées, le ficus elastica, mais surtout sur les Orchidées, les crinum, les pancratium, les Eucharis et les Seafortia, etc. Ces petits animaux, malgré leur exiguïté, sont pour le jardinier des ennemis trèsredoutables. Les Orchidées sont peut-être les plantes qui en souffrent le plus. Quand elles sont attaquées par ces petits insectes, leurs feuilles noircissent et elles sont comme brûlées vers l'extrémité. Les espèces qu'ils préfèrent dans cette famille sont les Phahmopsis, les Aerides odoratum, virescens et quinquevulnerum, les Dendrobium , le Saccolabium gutlalum, les Catleya, particulièrement les jeunes feuilles, iesLœlia, les Coryanlhes, le Camarotes purpurea et d'autres espèces encore.
Les fumigations de tabac font périr les larves et les insectes à l'état parfait, mais sont sans action sur les œufs. C'est pourquoi il faut recommencer cette opération au bout d'une quinzaine de jours. Mais nous devons prévenir les jardiniers qu'il y a des plantes qui ne peuvent
32. — Feuille dOrcblilée ravagée par le Thrips liémorrhonlal.
pas supporter la fumée de labac et pour lesquelles le remède devient pire que le mal. Les Gesnériacées et beaucoup de fougères sont dans ce cas ; les cinéraires et les héliotropes ne la tolèrent que très-légèrement-, la plupart des Orchidées deviennent très-malades uprès ces fumigations. M. Rivière qui, malheureusement, cette année, par l'incurie de ses employés, a eu beaucoup de ses belles et rares Orchidées envahies par le thrips hémorrhoïdal, emploie avec succès, pour le détruire, la fleur de soufre appliquée avec les doigts sur les feuilles, préalablement mouillés par un bon bassinage.
TRIBU DES APIUDIENS.
GENRE PSYLLE. PSYLLA Geoflïoy.
Les psylles sont des petits insectes du groupe des pucerons ; ils sucent de même la séve des végétaux; mais ils en diffèrent notablement en ce que les deux sexes, à l'état parfait, sont pourvus d'ailes et munis de pattes propres à exécuter des petits sauts. Ils sont trèsagiles, volent et marchent parfaitement. Il n'y a que les femelles après la fécondation qui soient paresseuses. Ils ont pour caractère entomologique : des antennes filiformes aussi longues que le corps, insérées devant les yeux; un bec assez court, presque perpendiculaire, naissant de la poitrine comme chez les pucerons; des yeux proéminents ; un corselet composé de deux segments inégaux ; un écusson relevé ; quatre ailes disposées
en toil ; un abdomen conique ; une tarière allongée chez les femelles.
Les psylles déposent leurs œufs sur les végétaux. Les larves sont aptères, leur corps est aplati avec l'abdomen pointu. Les nymphes diffèrent des larves en ce qu'elles ont des rudiments d'ailes.
Ces insectes, dont les mœurs ont quelques rapports avec celles des pucerons, sont, dans certaines contrées, très-nuisibles aux poiriers, mais beaucoup moins cependant que ceux-ci. L'année dernière ils ont été trèscommuns sur les arbres en espalier et en quenouille dans les jardins de la Normandie ; presque toutes les feuilles portaient leurs traces,sansque lesfruits parussent en avoir beaucoup souffert. Nous supposons que l'espèce qui a été abondante dans cette région de la France, est la psylle du poirier, que M Goureau décrit comme la psylla rubra de Fourcroy, en la regardant, avec doute il est vrai, corn ne la psylla pyri de Linné.
Elle est d une couleur roussâtre avec des taches briquetées, et les antennes noirâtres ; l'abdomen est brun rayé de rouge transversalement, avec les pattes noirâtres; les ailes sont diaphanes.
La psylle en question parait vers la fin de mai, elle pond ses œufs sur les feuilles du poirier en assez grand nombre, les uns à côté des autres. Au bout de quelques jours, ces œufs éclosent et donnent naissance à de trèspetites larves aptères qui piquent et sucent le parenchyme des feuilles. Les larves continuent de croître en faisant sur les feuilles des petites plaies; elles se changent en nymphes comme les insectes à demi-métamorphose, et disparaissent entièrement à la fin de juin.
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Plus tard, on no voit plus sur les feuilles que des petites cicatrices indiquant leurs traces et regardées, à tort par certains jardiniers, comme l'effet de la grêle.
33. — I. Psylie du poirier |»eu grossie — ■-»• Idem tns-grussie. A. Idem au port daile.
M. Goureau a rencontré sur le poirier un autre espèce qu'il nomme, à cause de sa couleur, psylla aurantiaca. Celle-ci est d'un jaune orangé, avec l'abdomen vert bordé de jaune orangé à son extrémité. Elle se montre à la fin de juin et au commencement de juillet. Ce n'est pas sur les feuilles qu'elle pond ses œufs, mais sur les bourgeons les plus tendres, où elle les dispose en rangs serrés. Les petites larves éclosent au bout de peu de jours et se métamorphosent dans le voisinage du bourgeon, sans changer de place. L'insecte parfait s'envoie
238 HÉMIPTÉHB6.
en juillet. Nous ne savons pas si cette espèce, observée dans le département de l'Yonne, se trouve aux environs de Paris.
La psylle orangée est regardée par M. Goureau comme une espèce nouvelle pour la science ; c'est aussi l'avis de M. Signoret, l'homme de France qui connaît le mieux les Hémiptères.
Si la psylle du poirier était tivs-abondante, on pourrait saupoudrer les feuilles avec de la cendre, ou les bassiner avec des décoctions de plantes acres et narcotiques.
Plusieurs autres espèces de psylles sont indiquées par les auteurs allemands comme vivant sur le poirier.
Geoffroy cite aussi celle du figuier, comme pouvant nuire à la végétation de cet arbre.
Nous ne devons pas passer sous silence une autre espèce de psylle (psylla buxi), dont les larves habitent les bourgeons du buis et déterminent, par la déformation qu'elles occasionnent, des espèces de boutons globuleux à l'extrémité des rameaux. Si l'on ouvre ces sortes de boules, on ne tarde pas h y découvrir un certain nombre de petites larves rougeùtres, avec la tête noire, reposant mollement sur un duvet cotonneux. Elles changent de couleur au bout dequelques jours, elles deviennent jaunâtres. Plus tard, elles se métamorphosent en nymphes vertes avec des rudiments d'ailes. L'insecte parfait sort bientôt de cette enveloppe ; il est alors d'une couleur verte, avec quelques petites taches rougeâtres sur le corselet ; ses ailes, plus longues que le corps, sont en toit et d'une couleur roussâtre -, les femelles ont l'abdomen terminé par une tarière asse*
développée, qui leur sert à introduire les œufs dans les bourgeons cfu buis.
Les jardiniers ont vu bien souvent ces productions globuleuses à l'extrémité des branches du buis, mais probablement sans en connaître la cause. Lorsque l'on taille les buis à une époque convenable, presque tous » les nids de cette psylle tombent sous les ciseaux.
On trouve quelquefois dans les serres chaudes une très-petite espèce de psylle, dont la larve vit sur les liliacées et d'autres plantes. Elle ne résiste pas aux fumigations de tabac.
Auteurs principaux, qui se sont occupés des psyïles:
Linné, System, nalur.
Fabricius, Entom. system.
Fœrster, Révision du genre et des espèces de psylle.
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GENRE PUCERON. APHIS Lion.
Tous les horticulteurs ne connaissent que trop bien ces insectes appelés en français, pucerons, en allemand, pflanzenlause, en anglais, plant-louse, qui vivent en familles nombreuses sur presque tous les végétaux. Ces petits animaux, dont les uns sont ailés et les autres aptères, c'est-à-dire sans ailes, ont pour caractères . une tète très-petite avec les yeux saillants, munie de deux antennes de cinq à six articles, de longueur variable, selon les espèces; un bec ou suçoir paraissant sortir de la poitrine: un corselet très-court; des ailes au nombre de quatre (chez les individus où elles existent), transparentes, parcourues par des nervures; un abdomen trèsmou, terminé, le plus souvent, par une petite queue et pourvu, presque toujours, de deux cornicules plus ou moins longues.
Ce genre se compose d'une très-grande quantité d'espèces; il y a peu de plantes qui ne nourrissent un puceron particulier, il y en a même qui servent de pâture à plusieurs espèces ; par exemple : le rosier en a deux, ainsi que le groseillier, le poirier cinq à six, etc. Les plantes ligneuses sont celles qui fournissent le plus d'espèces; cependant les plantes herbacées, vivaces ou annuelles, n'en sont pas exemptes, surtout les synan-
thérées. Si, comme nous venons de le dire, chaque végétal a souvent un puceron qui lui est propre, il y a pourtant quelques espèces, comme celui de l'œillet, du pavot et quelques autres , qui vivent indifféremment sur beaucoup de plantes de familles très-éloignées.
La couleur des pucerons est très-fréquemment verte ou d'un vert jaunâtre, souvent encore d'un brun plus ou moins noir, quelquefois roussàtre ou ferrugineuse, plus rarement blanche. Ces différentes teintes, dans certains cas, sont voilées par une villosité ou une efllorescence blanchâtre ou pruineuse.
Avant les travaux de Réaumur, de Bonnet et de Degeer, quelques ignorants, et le nombre en était grand à cette époque, croyaient que les pucerons naissaient spontanément d'une liqueur mielleuse, sécrétée par les fourmis. Aujourd'hui, grâce aux travaux de ces savants, rhistoire de ces petits animaux est aussi connue que celle des abeilles. On sait maintenant que les pucerons mâles et femelles s'accouplent comme les autres insectes; mais ce qu'il y a d'extraordinaire dans ces petits êtres, c'est que, d'un premier accouplement, il ne nait que des femelles aptères, lesquelles sont fécondées pour toutes les générations jusqu'à la fin de la belle saison.
Les pucerons provenant de ces générations sont, en général, vivipares*; les petits naissent tous vivants par une sorte d'accouchement. Au moment de cette opération, le petit sort le derrière le premier en remuant les pattes. Aussitôt qu'il estné, il vient se placer à côté de ses sœurs ou de ses cousines, car il ne peut avoir ni frères ni cousins. Lorsque ces femelles aptères ont mis au monde tous leurs petits, ce qui a lieu dans l'espace de quelques
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jours, elles changent de couleur et périssent. Les jeunes subissent plusieurs mues et au bout d'une dizaine de jours, ils accouchent à leur tour. On peut facilement s'imaginer, avec une pareille fécondité, l'innombrable quantité de pucerons qui nous envahiraient de toute part, si la nature toujours prévoyante n'avait, dans sa sagesse , mis, à côté d'eux , un nombre considérable d'ennemis.
11 arrive souvent, lorsque le temps est chaud et humide, que la troisième ou la quatrième génération produisent des individus ailés, mais toujours des femelles. Ces dernières profitent de leurs ailes, lorsque la société devient trop nombreuse, pour aller créer, sur d'autres arbres, de nouvelles colonies.
A l'automne, vers la fin de septembre, dans les jardins à l'air libre, la dernière génération donne naissance à des individus pourvus d'ailes pour la plupart, mais dont la moitié est composée de mâles. Ceux-ci s'accouplent immédiatement avec les femelles ailées ou non, et périssent peu de jours après. Les femelles, au lieu de faire des petits vivants, pondent alors des œufs de la grosseurd'une graine de navette, enduits d'une matière gommeuse, qu'elles déposent et collent sur les tiges, dans le voisinage des yeux ou bourgeons. Ces œufs, d'abord jaunâtres, noircissent au bout de quelques jours, et renferment la fécondation d'une douzaine de générations. Ils passent l'hiver dans cet état sans éprouver la moindre atteinte des froids les plus rigoureux. Dans les serres chaudes ou tempérées, ou les générations se succèdent presque sans interruption, les choses se passent autrement : les œufs pondus après l'épuisement de la fécon Ja-
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tion des femelles, favorisés par une température chaude et humide, éclosent au milieu de l'hiver.
fjes petits pucerons, lorsqu'ils sortent du ventre de leur mère, quoique pouvant se reproduire au bout de peu de jours, n'en sont pas moins à l'état de larves ; ils ne sont considérés comme complets qu'après leur quatrième changement de-peau, qui, du reste, modifie peu leur /actes, si ce n'est pour les individus qui doivent être pourvus d'ailes ; chez ces derniers^ on commence à apercevoir, après la première mue, sous forme de moignons, les rudiments de ces organes.
Ces insectes ne vivent jamais isolés; ils se tiennent en sociétés nombreuses, serrés les uns contre les autres, la tête dirigée du même côté. Ils enfoncent leur bec dans les jeunes pousses, dans les feuilles tendres , les écorces de différents végétaux dont ils pompent la séve pour se nourrir, ils sont très-préjudiciables à nos cultures; ils crispent, roulent et recoquillent les feuilles, et déterminent quelquefois desexostoses, des chancres ou des galles qui rendent les plantes languissantes. Outre cela, ils sécrètent par leurs cornicules, une espèce de mieliat qui poisse les feuilles, les rend gluantes et nuit beaucoup à leur respiration. Les fourmis sont très-friandes de cette matière sucrée, et on les rencontre en grand nombre là où il y a des pucerons; elles ne leur font aucun mal, elles les titillent seulement avec leurs antennes pour déterminer la production de cette matière. Plusieurs auteurs prétendent même qu'elles en emportent quelques individus dans leurs fourmillières, où elles les nourrissent et les soignent comme des vaches à lait. M. Géhin, qui a, de son côté, beaucoup étudié les mœurs des pucerons,
croit qu'elles les emportent pour donner à manger à leurs larves. Nous avons souvent enlevé des fourmilières pour y rechercher dè ces petits coléoptères qui ne vivent qu'au milieu des fourmis , mais jamais nous n'y avons rencontré un seul puceron. Il est vrai que ces nids appartenaienUous à la grosse fourmi des bois, celle dont les nymphes (vulgairement œufs) servent à 4'éducation des petits faisans et des jeunes perdreaux. Nous ne pouvons donc rien dire relativement aux fourmilières des jardins, ni à celles qui se trouvent dans les prairies, dans lesquelles nous n'avons pas fait de recherches. Il est probable que les auteurs qui ont dit que les fourmis emportaient les pucerons pour les nourrir, ont voulu parler de ces espèces aptères et sans cornicules qui vivent sous terre, à la racine des plantes, au milieu des fourmis. Ces derniers insectes, que tous les maraîchers ne connaissent que trop, ne sont plus aujourd'hui des pucerons proprement dits, ils appartiennent aux genres Forda et Trama de Heyden.
M. Géhin, que nous avons cité plus haut, ne croit pas, etnous sommesde son avis, quela cloque des pêchers soit due exclusivement à la présence des pucerons ; il suppose que, par suite de certaines circonstances atmosphériques, au moment du développement des feuilles, telles qu'un changement brusque dans la température, la séve s'arrête dans les vaisseaux de la feuille ; que celle-ci, tourmentée par l'afiluence du liquide nourricier qu'elle ne peut plus élaborer, se déforme; se contourne, se recoquille et commence à se cloquer. Alors les pucerons trouvant toute préparée une habitation à leur convenance, viennent s'y établir, s'y multiplient rapidement et aggravent le mal. Il est positif que ces insectes choisissent,
comme beaucoup d'autres parasites, les feuilles qui ont éprouvé une modification morbide pour s'y propager, attendu que l'on voit souventdes feuilles cloquées bien avant l'apparition de pucerons. Sans vouloir prendre ici l'effet pour la cause, nous ajouterons que nous avons vu , cette année, dans les jardins des environs de Paris, des feuilles cloquées complètement exemptes de ces petits animaux. Tous les jardiniers savent parfaitement qu'un arbre sain et vigoureux est rarement attaqué par les pucerons. Ils savent aussi que les arbres ou les plantes, à certaines expositions, sont choisis de préférence par ces parasites, et que les chaleurs précoces du printemps , en hâtant l'éclosion des œufs, favorisent beaucoup leur multiplication.
On a remarqué, à la suite d'années très-chaudes, de véritables invasions de pucerons. MM. Géhin et Blanchard en citent un exemple d'après M. Morren, qui le rapporte de la manière suivante : « L'hiver de 1833 à 1834 fut extrêmement doux et l'été de 1834 extrêmement chaud et sec ; il se passa des mois entiers sans pleuvoir. Un horticulteur, Van Mons, prédit, dès le mois de mai, que tous les légumes seraient dévorés par les pucerons. Le 28 septembre suivant, une nuée de pucerons (Aphis persicœ) parut tout à coup entre Bruges et Gand. Le lendemain, on les vit à Gand voltiger par troupes, en telles quantités, que la lumière du jour en était obscurcie. Sur les remparts on ne pouvait plus distinguer les murs des habitations, tant ils en étaient couverts. On se plaignit du mal qu'ils faisaient aux yeux. Toute la route d'Anvers à Gand était couverte de leurs innombrables légions ; partout on disait les avoir vus subitement -, il fallait se couvrir les
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yeux de lunettes et le visage de mouchoirs pour se préserver du chatouillement qu'occasionnaient leurs six pattes. Il paraît que ces insectes étaient interrompus dans leur marche par des montagnes, des collines, des ondulations de terrains, même peu élevées , mais suffisantes pour influer sur le vent. Les différentes directions que Ton a constatées doivent faire supposer que l'émigration a eu un centre et que ce foyer était un point d'irradiation, puisque des troupes ont émigré vers le Nord, vers l'Est et vers le Sud. »
Nous n'avons jamais été témoin de telles émigrations, qui sont très-rares ; mais nous avons quelquefois vu a Paris, pendant les beaux jours de l'été, le soir après le coucher du soleil, des nuées à' éphémères sortant de la rivière qui, dans certains endroits, obscurcissaient la lumière des lanternes à gaz et qui venant s'abattre sur les parapets des quais et des ponts, auraient pu faire croire qu'il était tombé de la neige.
Nous avons dit que les pucerons de la dernière génération, après l'accouplement, pondaient des œufs qui passaient l'hiver pour éclore au printemps. Il en est résulté qu'avec les échanges d'arbres et d'arbustes qui ont lieu journellement avec certaines contrées de l'Amérique du nord, dont le climat est analogue à celui de l'Europe, nous leur avons porté avec nos rosiers, poiriers, pruniers, pêchers, etc., les pucerons propres à ces végétaux. Par contre, les Américains nous ont gratifiés de quelques espaces nouvelles, entre autres du puceron lanigère. Cette funeste importation date du commencement du siècle; pendant les guerres de l'Empire, cet insecte est resté confiné en Angleterre, qui l'avait reçu
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directement ; en 1810, il parut à Jersey ; vers 1814 sa présence fut signalée chez les pépiniéristes de la Normandie et de la Bretagne, mais ce n'est guère que de 1820 à 1822 qu'il se montra dans quelques jardins des environs de Paris. Aujourd'hui il se trouve presque partout où l'on cultive le pommier, aussi bien dans le nord que dans le midi de l'Europe.
Quelle quesoit lacause qui favorise la multiplication des pucerons, que les plantes soient atteintes d'une maladie latente ou qu'elles soient vigoureuses, ces êtres n'y exercent pas moins leurs ravages et sont très-nuisibles à nos cultures. Les horticulteurs le savent si bien qu'ils ont essayé de beaucoup de moyens pour s'en débarrasser, et , disons-le hautement, il n'y en a pas encore un qui ail réussi complètement dans les jardins à l'air libre.
Sur les jeunes pousses de rosier l'écrasement à la main est un moyen efficace, qui n'a d'autre inconvénient que de jaunir les doigts, mais il est inexécutable chez nos rosiéristes qui en cultivent plusieurs arpents. Des bassinages avec de l'eau contenant en solution une petite quantité de sulfate de cuivre ou un peu de sulfure de chaux, ont été employés avec succès ; on a aussi conseillé l'eau de suio, l'eau salée, la lessive étendue d'eau et la décoction de feuilles de buis ou de tabac ; cette dernière à de bons effets quand l'irrigation arrive immédiatement sur les pucerons, ce qui est toujours difficile, attendu que très-souvent ils se tiennent sous les feuilles. Il faudrait, pour agir convenablement, être muni d'une seringue recourbée, comme celle dont nous avons parlé relativement à Yacarus de la grise.
Dans ces derniers temps, on a beaucoup préconisé
certaines poudres insecticides, entre autres celle de pyrèthre (pyrethrum rigidum). Cette poudre, autrefois infaillible pour la destruction des punaises, aujourd'hui moins efticace par suite de sa falsification avec des substances inertes, n'a pas un grand effet sur les pucerons ; nous préférons, avec certains jardiniers, les cendres de bois finement tamisées. La fleur de soufre a aussi été essayée, mais avec un succès très-contestable. Il a été question, il y a quelque temps, d'une cerlaine pâte insecticide, dont l'inventeur ne fait pas connaître la composition. Nous ne dirons rien de cette panacée si vantée, que l'on doit délayer dans de l'eau pour en faire usage. L'auteur aurait dù la déposer sur le bureau de la Société impériale d'Horticulture de France, afin d'obtenir un rapport sur ses propriétés. S'il ne l'a pas fait, c'est qu'il n'ignore pas, sans doute, que les Sociétés savantes, mêmes les plus humbles, pour peu qu'elles se respectent, manqueraient à leur dignité en s'occupant de ces prétendus remèdes secrets bons ou mauvais, présentés trop souvent par des charlatans se disant mus, ptir V amour de la science, mais qui en réalité ne le sont que par l'amour de l'argent.
Cette pâte est peut-être très-utile ; dans ce cas, on doit encourager l'inventeur, mais, avant tout, il faut qu'il en fasse connaître la composition à une commission prise dans le sein de la société, qui, après des essais répétés, fera un rapport sur son efficacité : il pourra ensuite, pour éviter la contre-façon et sauvegarder ses intérêts, prendre un brevet d'invention.
Dans les serres chaudes, tempérées ou froides, on réussit très-bien à se débarrasser des pucerons en
brûlant des côtes de tabac ou des bouts de cigares sur un réchaud, après avoir préalablement fermé toutes les ouvertures. La fumée acre qui se produit, les asphyxie et les fait périr complètement. Notre collègue, M. Laurent ainé, dont les cultures de roses forcées ont une réputation européenne, nemploie pas d'autre moyen pour en purger ses serres. ïl est bon de recommencer cette opération au bout de quelques jours, dans la crainte qu'un petit nombre d'individus n'aient échappé à l'asphyxie générale, ou qu'il ne reste des œufs dont l'éclosion n'était pas encore accomplie. Dans les bâches sous châssis, il est souvent difficile d'allumer un réchaud; on obvie à cet inconvénient en dirigeant, à