populi al luv. velu, varié ou tacheté de brun et
de vert jaunâtre ; antennes plus courtes que le corps. Sur le peuplk'r blanc. Cette espèce nous paraît être exactement la même que Vcrphis Twmuliv liguré par Degecr, lab. 7, tig. 1-7, et décril par Linné e! Fabricius.
ST. — Pnceron du pistachier. Aphin pUtacia-.
163. Aphi« piHtacisp. jaune tomentetïx ei saupoudré de blanchâtre ^ritennes courtes, blanchâtres ainsi «luJfcV. les p;tltes; point de cornlcules.
Cet insecte forme *nr les PismU vero, imtistwi et fcrcbmtkus, des galles de diverses formes qui croissent à l'extrémité dos rameaux sur les bourgeons ou à l'origine des feuilles. Ces pâlies sont vivement colorées en jaune, en rouge ou en vert. C'est dans leur intérieur que vivent les pucerons.
Il paraît qu'en "Orient, selon Fonscolombc, ces mêmes galles, appelées bazyengdges, sont employées pour la teinture cramoisie ou écarlate en les mêlant avec un peu de cochenille.
C'est bien cette espèce que Linné a décrite sous le nom de Pistaciœ dans son Systema naturœ et que Réaumur a figurée, I. III, pl. 24 et 55.
M. Rivière nous a rapporté, des propriétés de M. Paulin .Talabot, une quantité de rameaux de lenlisque chargés de galles, toutes ces excroissances prennent sur cet arbuste la forme semi-lunaire, et se développent toutes sur un côté de feuille dont elles absorbent les trois quarts. Leur couleur est d'un rouge un peu brun. Lorsqu'on les ouvre, on trouve dans leur intérieur une petite famille de pucerons, entoures d'un léger duvet.
Auteurs principaux, qui se sont occupés des pucerons:
Leeuwenhœk, Ârcana naturœ.
Réaumur, Mêm. vol. III, Mim. 9 et vol. VI Mêm. 13. Bonnet, Traité d'imectologie. Paris, 1745.-8. Degeer, Mémoire pour servir à l'histoire des insectes. Hausmann, in llligmag. 1. Bd., p. 525. u. ff. J. F. Kyber, Erfahrungen und Bemerkungen iïber die BlattlàuscinGerm. mag. I.
Linn., Faun. suecica. Slockh., 1761 .
Fabricius, System. Rhyngot. Brunsviga?, 1803. Fred. Schrank, Faun. Boic. Bd. Ingolstadt., 1801.
Burmeister, Tlandbuch der Entom. Iï. Bd. Berlin 1835.
v. Heyden in Mus. Sentenberg, heh II. p. 290-299.
Hartig, Versuch einer Entheilnng der P/lanzenlause in Germ. Zeitschrift. III Bd.
Schmidberger, Beytràg. zur Obstbaumzueht und zur Natnrgesch. der den Obstbàurncn sch'àdlichen Inseclen.
Linz, 1839.
Kallenbach, Monographie der Familial der P/lanzenlùuse. Aix-la-Chapelle, J8i3.
Geoffroy, Ifisl. abrégé des Ins. Paris, Remont, an 7 de la république.
Asa-Filch, Reports on Oie noxîous in s. in (rans. of Ihe state of New-YorhAgr. Soc. 1854.
Kocli, die P/lanzenlause Apltid. ISùrnbenj, 1854-1857.
Aordlingcr, dU Ideinen Feindcder landwirllischa/l, etc. Stuttgart, 1K:)5.
Curtia (John), farm. insects. London Backie, 1860.
Goureau, Jns. nuisibles aux arbres fruitiers, Bulletin de la société des Se. Hist. et Nat. de l'Yonne. Auxerre,
Géhin, Tns. nuisibles, Extr. du 9mP Bulletin de la Société d'Hist. Naturelle de la Moselle, 1862.
Boyer de Fonscoîombe, Dcscript. des pucerons qui se trouvent aux m rirons d'Aix. Ann. de la Soc. Entomol. de France. 1811, t. X%<
Amyot et Seryille, hèmipt.% suite à Bufibn
Boret, 1813.
Walker, Note on the genus àphis, Entom. mag. t. III.
TRIBU DES COCCIDES.
En général, les animaux qui composent cette tribu ressemblent bien peu aux autres insectes. Les jardiniers les désignent par les noms de pou, de punaise et même quelquefois par celui de tigre des ècorces. Réaumur, en raison de leur forme qui imite des petites galles ou excroissances, les a appelés Galiinsectes.
Ils ont pour caractères six pattes munies de deux articles aux tarses ; des antennes sétacées d'environ onze articles ; un bec ou suçoir naissant de la poitrine chez les femelles ; un abdomen terminé par des petites soies plus ou moins longues. Chez les mâles, qui sont excessivement petits et dont on ne connaît qu'un très-petit nombre, il n'y a pas de bec à l'état parfait, mais ils ont deux ailes transparentes se recouvrant horizontalement. Les pattes et les filets abdominaux sont ordinairement un peu plus longs que dans les femelles.
En Allemagne , des entomologistes distingués, entre autres Illiger et Bouché, ont étudié un certain nombre d'insectes de cette tribu, et y ont établi plusieurs coupes génériques que nous eussions adoptées si, au lieu de parler à des personnes, qui veulent avant tout un langage à leur portée, nous écrivions pour des savants.
Notre collègue, M. le docteur Signoret, à qui nous avons communiqué plusieurs des espèces dont nous ne donnons ici qu'un court signalement, s'occupe, en ce moment, dans un.but purement scientifique, d'un travail sur les Coccides. Nous sommes convaincu d'avance,
Xi • • y.
d'après l'étude anatomique qu'il fait de chaque espèce, et les nombreux dessins exécutés au microscope qu'il nous a montrés, que son ouvrage répondra dignement à ce que la science entomologique est en droit d'attendre d'un hémiptérologiste aussi distingué.
Il fera connaître, à l'aide de bonnes figures, d'une manière rigoureuse, les caractères du genre Aspidiotus, dont la coque s'élargit concentriquement par les dépouilles successives de la larve, comme chez le pou du rosier, du laurier- rose, des Kennedya, etc., ceux du genre Lecanium d'Illiger, où la carapace est formée par la peau desséchée de l'insecte lui-môme, comme dans la punaise du pêcher, et enfin ceux du genre Chermes (1) tel qu'il le restreindra et ceux du genre Coccus.
Pour être aussi simple que possible et pour être bien compris de nos collègues, à l'exemple de Geoffroy et de Latreille, nous appellerons Kermès tous les individus qui, dans l'âge adulte, sont collés sur les écorces ou sur les feuilles, et Cochenilles ceux qui marchent et se promènent sur les plantes pendant toute leur vie et ne se fixent jamais.
(4) Le genre Cheiines a été établi par Geoffroy pour les gallinsectes de Réaumur, et. adopté par Latreille et les entomologistes français. On ne sait trop pourquoi Linné a donné ce nom générique à quelques psylles, et à ces pucerons du genre Adclges. qui produisent sur les jeunes branches des sapins des galles alvéolées; puis il a appelé Coccus tout ce qui est pour nous dos kermès et des oorhenilles. Hartig, Kaltenbach, Rat/burg H Koch ontimité le naturaliste suédois, mais pour les adelyes seulement. Ce transport du nom d'un genre à un autre cause aujourd'hui un peu de confusion en entomologie.
Dans l'état actuel de la science, les kermès sont partagés en deux genres principaux. les Atpidiotes et les Lécatiies.
GENRE KERMÈS. CHERMES Geoffroy.
C'est sous ce nom que nous désignons des insectes dont le corps des femelles est ovoïde, naviculaire* globuleux ou lenticulaire , ressemblant à de petites excroissances ou de petites élévations que les horticulteurs remarquent tous les jours, collés et immobiles sur les écorces ou sur les. feuilles persistantes des arbres et autres plantes. Leur couleur varie beaucoup, depuis le blanc pur jusqu'au brun foncé.
Les kermès, dont le nombre égale peut-être celui des pucerons, sont bien moins connus que ces derniers. Les mates sont si petits et semblent si peu nombreux, relativement aux femelles, qu'ils échappent souvent à notre vue. C'est tout au plus s'il y en a une trentaine d'espèces décrites par les entomologistes qui se sont occupés plus spécialement de la tribu des Coccides, tels que Burmeister, Bouché, Geoflroy, Deégeer, Beaumur et quelques autres; les espèces le mieux étudiées sont celles qui vivent stir nos arbres indigènes et qui sont déjà passablement nombreuses, puisqu'il y a des arbres, comme le chêne, par exemple, qui en nourrissent trois ou quatre ; celles qui sont propres aux végétaux cultivés dans les serres ont été bien plus négligées; il est vrai que le chiffre en augmente tous les jours, en raison des importations de plantes provenant des différentes contrées du monde, dont les tiges ou les feuilles sont parfois habitées par un kermès inaperçu. Cet insecte exotique se trouvant alors dans un milieu
convenable, s'y multiplie d'autant mieux que les plantes sont plus languissantes que sur leur sol natal.
Les kermès, comme beaucoup d'autres parasites, cboisissent toujours de préférence un végétal chétif dont les sucs sont modifiés par un état de souffrance. Nous pouvons citer comme exemple le laurier-rose : à Tétat sauvage, cet arbuste croit naturellement, comme nos saules, sur le bord des ruisseaux ; dans ces conditions, il est presque toujours exempt de kermès ; tandis qu'il en est couvert lorsqu'il végète péniblement en pot et dans de la terre usée. Nous pouvons dire la mèmè chose de nos orangers.
Il y a pourtant quelques exceptions : le Coccus cacti de Linné en offre un exemple. Cet insecte que l'on a longtemps pris pour une graine et qui constitue la cochenille du commerce, vit, au Mexique, sur des Opuntia pleins de santé et spécialement sur l'espèce appelée 0. coccinellifera. Il en est de même d'une autre cochenille, Coccus lacea, qui vit dans l'Inde sur les Ficus indica et reliyiosa et même sur quelques Croton, et dont la piqûre sur ces végétaux laiteux détermine une sécrétion résineuse très-abondante et fort employée sous le nom de gomme-laque.
MM. Thibaut et Ketteleèr ont reçu, cette année, des Angrœcum sesquipedale très-bien portants et arrivant directement de Madagascar, dont les feuilles offraient un kermès particulier.
Les kermès sont rares sur les plantes annuelles et même sur les feuilles qui tombent à l'automne. La plupart des espèces sont collées le long des branches si intimement qu'elles semblent faire corps avec Tccorce.
Il en est d'autres que Ton rencontre à la face inférieure des feuilles persistantes, môme simultanément sur les deux faces.
Lorsque, vers le milieu de l'été, on soulève, à l'aide d'une pointe d aiguille la carapace d'un de ces insectes, on trouve dessous une larve d'un vert jaunâtre ou blanchâtre; mais, en faisant cette opération, le bec et le bout des pattes se brisent très-souvent et restent dans la plaie.
L'histoire des kermès a élé étudiée par plusieurs auteurs ; mais personne, à notre avis, ne Ta fait connaître plus exactement que Geofîroy. Nous ne pouvons donc mieux faire que de citer ici ce qu'en a dit ce savant : « Lorsque ces insectes sont jeunes, ils courent avec agilité sur les tiges et les feuilles et ressemblent, pour la figure, à de petits cloportes blancs microscopiques qui auraient six patles ; mais, au bout de quelque temps, le kermès se fixe à un endroit de l'arbre ou de la plante sur lesquels il vit ; il reste dans ce même endroit, y devient immobile ; enfin son corps parvient à se gonfler, sa peau se tend, devient lisse ; elle se sèche, les anneaux s'effacent et disparaissent ; en un mot, il perd tout à fait la forme et la figure d'un insecte, il ressemble aux galles ou excroissances qu'on trouve sur les arbres. La peau du kermès ainsi séchée, ne sert plus que de coque ou de couverture, sous laquelle sont renfermés plus tard les œufs de ce petit animal.
Examinons maintenant en détail les parties dont sont composés les mâles et les femelles. Ces dernières, les plus aisées à trouver et souvent très-communes sur certaines plantes, ressemblent, ainsi que nous l'a-
Digitizecf by
vons dit, à de très-petits cloportes. Elles ont deux antennes, six pattes, et leur corps, qui est blanchâtre et comme poudreux, est composé de cinq anneaux. Leur bouche part du corselet au-dessous de la première paire de pattes. Elle est composée d'un mamelon ou tuyau charnu, fort court, duquel nait un petit filet blanc et délié, plus long souvent que la moitié du corps de l'insecte. C'est par ce tuyau ou filet que le petit animal pompe sa nourriture, en l'enfonçant profondément dans l'écorce. A l'extrémité du yentre sont des ûlets blancs . au nombre de deux à six; mais ces filets ne s'aperçoivent aisément qu'en pressant un peu le corps de l'insecte pour les faire sortir. Pendant les premiers temps, ces petites femelles nouvellement écloses courent avec agilité sur les plantes, où l'on peut les voir souvent en très-grand nombre; mais, bientôt après, elles se fixent et s'arrêtent sur un endroit de la plante. Alors elles restent immobiles, et ne quittent pas cette place, où elles doivent pondre et terminer leur vie. Ce n'est pas que, dans le commencement, ces. insectes soient hors d'état de marcher, ils pourraient encore le faire pendant plusieurs mois après s'être fixés, comme on peut s'en assurer en les détachant légèrement; mais ces insectes ne le peuvent plus au bout d'un certain temps. Si l'on détache, vers la fin de l'hiver, ceux qu'on a vus se fixer pendant l'automne, on ne les voit plus marcher ni faire de mouvement, et ils périssent sans donner signe de vie. Lorsque les femelles sont ainsi fixées, elles tirent leur nourriture de l'endroit où elles sont attachées. Pour lors, elles changent de peau, elles la quittent par morceaux, sans paraître faire aucun
306 HÉMIPTÊHrç .
mouvement. C'est aussi dans ces mêmes temps, après que ces insectes sont devenus immobiles, qu'ils croissent beaucoup ; ils ne tardent pas à atteindre souvent la grosseur d'un grain de poivre et môme, dans quelques espèces, celle d'un pois; leur peau s'étend, devient lisse et ils ressemblent à de petites élévations tuberculeuses. Aussi, quelques naturalistes les ont-ils pris pour de véritables tubercules, ne pensant pas qu'un corps immobile, qui paraît insensible et qui ressemble si peu è un animal, pût être un insecte. La figure de ces sortes de galles varie suivant les différentes espèces : les unes sont arrondies en demi-boules, les autres sont oblongues et ressemblent à une nacelle renversée, d'autres sont plus aplaties et en forme de lentilles. Lorsque les femelles ont pris cette forme, au bout de quelque temps, elles pondent. Leurs œufs sortent de la partie postérieure de leur corps, par une ouverture placée de façon que ces œu's, en sortant du derrière, repassent sous le ventre de la mère qui les couvre. Avant la ponte, le ventre du kermès était immédiatement appliqué contre l'écorce. A mesure que ces œufs sortent, le ventre est moins tendu ; les œufs poussés entre l'insecte et Técorce de Parbre, repoussent la peau inférieure du ventre contre celle du dos, en sorte que, lorsque la ponte est faite, et que le ventre est tout à fait vide, les deux membranes de cette partie se touchent; la mère en mourant ne forme plus qu'une espèce de coque solide, sous laquelle les œufs sont renfermés.
On trouve souvent, en été, des arbres chargés de ces coques.
En les levant, on trouve dessous une grande quantité
d'œufs ; d'autres coques sont creuses et vides, ce sont^ celles dont les petits sont éclos.
Le mâle de ces singulières femelles ne leur ressemble guère que dans les commencements, lorsqu'il est encore sous la première forme. Pour lors, on ne peut distinguer ce mâle d'avec sa femelle. Bientôt après il se fixe comme elle -, il devient immobile, mais sans grandir et prendre d'accroissement. La peau de cette petite larve, ainsi fixée, se durcit et forme une espèce de coque soUs laquelle vient la nymphe. Lorsque cette nymphe est métamorphosée et qu'elle est devenue insecte parfait, l'animal sort de sa coque, le derrière le premier, en soulevant sa partie supérieure. Cet animal parfait est très-différent de sa femelle. C'est un animal ailé, fort petit, dont le corps et les six pattes sont souvent rougeàtres et couverts d'une farine ou poudre blanche. A sa queue on voit des petits filets blancs, quelquefois doubles de la longueur des ailes; et, entre ces filets, une espèce d'aiguillon un peu courbé, moins long qu'eux au moins des deux tiers. Les larves de ces mâles avaient des trompes comme celles des femeiles, mais, à l'état parfait, ils en sont dépourvus.
A peine le mâle s'est-il métamorphosé, qu'il se sert de ses ailes pour voler vers les femelles. Ces dernières sont beaucoup plus grandeB que lui : il se promène plusieurs fois sur quelqu'une d'elles, va de sa tête à sa queue, peut-être pour l'exciter. Cette femelle, qui parait immobile et sans vie, n'est cependant pas insensible à sescares8es;elle paraît y répondre, et, pour lors, le mâle introduit dans la fente qui est à la partie postérieure de la femelle, cet aiguillon courbé dont nous avons parlé.
Peu de temps après cet accouplement, la femelle pond Ws centaines d'œufs qui passent sous son ventre à mesure qu'ils sortent de son corps. Ces œufs sont durs, luisants, rougeâtres ou blanchâtres, souvent enveloppés sous le corps de la mère dans une espèce de duvet cotonneux, qui suinte à travers la peau de l'insecte, sous la forme d'une poudre blanche. »
Les auteurs qui ont fait des observations sur les kermès, ont ajouté peu de choses aux travaux de Geoffroy.
Nous avons étudié sur un grand nombre d^espèces vivant dans les serres ou dans les jardins, et nous avons constaté que les petits nouvellement éclos ne sont pas toujours blancs, comme le dit Geoffroy ; nous en avons vu qui étaient roussàtres et qu'on aurait pris pour des petits points ou des petites granulations de l'épiderme des végétaux.
Nous n'avons pas été heureux dans nos éducations, car nous n'avons obtenu quun seul mâle, c'est celui du Chermes filicum, que nous décrirons en parlant de cette espèce.
On croirait que ces insectes, protégés qu'ils sont par une sorte de couverture, doivent être à l'abri des parasites, mais il n'en est pas ainsi ; ils ont leurs ennemis naturels. Si Ton enveloppe d'une mousseline une branche couverte de kermès, dans l'espérance d'obtenir des mâles, on est tout étonné de voir naître de petits hyménoptères de la famille des Chalcidites.
M. Goureau a observé qu'un autre petit Hyménoptère de la famille des fouisseurs, le Celia troglodytes de Schuck, dont la larve vit dans le bois mort, enlève un grand nombre de jeunes kermès qu'il entasse dans le
nÉMIPTÊRES. 309
petit trou destiné à recevoir ses œufs; aussitôt après leur naissance, ses propres enfants trouventlà une nourriture assurée d'avance. Cette petite mouche doit être comptée au nombre de nos insectes bienfaisants.
Plusieurs espèces de kermès, tels que celui de l'oranger et de l'amandier, etc., sécrètent , comme les pucerons, une sorte de miellat qui attire les fourmis, poisse les feuilles et contribue puissamment au développement de certaines Mucédinées dont les sporules viennent se fixer sur cette matière visqueuse.
Les entomologistes qui se sont occupés des gallinsectes ont dû se demander souvent ce que devenaient les excréments de ces petits animaux qui sucent incessamment le suc des végétaux. Jamais on n'en aperçoit la moindre trace. On suppose que les résidus de la digestion font partie constituante de la coque servant de couverture à la larve et à la femelle condamnée à périr sous celte enveloppe.
On a essayé beaucoup de moyens pour détruire les kermès. On a conseillé les lavages avec de la lessive ou de l'eau de savon noir, remèdes souvent tout à fait inefficaces, et inapplicables sur les plantes de serre. On a employé pour les arbres fruitiers, avec quelques succès, le lait de chaux appliqué pendant l'hiver à l'aide d'un pinceau, ainsi que la naphtaline ou même l'huile lourde de gaz. Quelques jardiniers ont eu recours à la fleur de soufre, mais sans le moindre succès. Il est inutile de parler ici des prétendues poudres insecticides dont l'effet est complètement nul sur des insectes protégés par une carapace. Les fumigations de tabac ne les détruisent pas davantage, une fois qu'il sont fixés; elles
ont un peu d'action sur les petits nouvellement éclos. Mais, ainsi que nous l'avons dit en parlant des thrips et des pucerons, on ne peut pas soumettre toutes les plantes à cette opération.
Le seul moyen véritablement efficace consiste, tout simplement, pour diminuer le nombre de cette vermine, à nettoyer les plantes de serre avec une brosse plus on moins rude, selon leur texture. Pour les arbres fruitiers, nous recommandons, avec M. Forest, des frictions avec une brosse dite de chiendent (1) ou bien avec un gant de crin. Une fois les kermès détachés de la tige ou des feuilles, ils ne remontent pas, et périssent promptement. Il y a certaines espèces bien plus adhérentes les unes que les autres ; on ne les détaqhe entièrement que par un brossage prolongé.
Le hasard a fait découvrir un moyen qu'on pourrait peut-être essayer utilement dans certains cas. Il y avait autrefois, sur le terre-plein du PonUNeuf, à côté des bains Vigier, un café entouré de lauriers-roses. Ces arbustes étaient littéralement couverts de Chermes nerii; les feuilles en étaient toutes blanches, lorsque survint, au mois de mai 1836, une inondation tout à fait inattendue. Le limonadier, pris àl'improviste, n'eut pas le temps de rentrer ses lauriers-roses qui restèrent trois ou quatre jours sous l'eau. Mais il fut agréablement surpris, lorsque la Seine fut rentrée dans son lit, de voir qu'ils étaient enlièrement débarrassés des kermès. Ils poussèrent plus
(4) Le nom de chiendent est ubsurde, attendu que ce n'est pas avec les racines de cette plante que l'on fait les brosses et les petits balais, mais bien avec les racines du riz dont, chaque année, on expédie du Piémont une quantité considérable.
vigoureusement que jamais et la floraison fut superbe. Il paraît, d'après ce fait qui nous a été communiqué par M. Lhomrae,jardinier chef de l'École de botanique de la faculté de médecine, que ces gallinsectes ne survivent pas à une immersion prolongée. Plusieurs plantes dures pourraient sans inconvénient être plongées dans l'eau pendant 24 heures.
Ainsi que nous l'avons déjà dit, les diverses espèces de kermès sont loin d'être bien connues. La vie d'un homme ne suffirait pas pour étudier complé^ tement l'histoire de ces petits animaux, dont le nom^ hre augmente avec l'importation des végétaux exotiques. Dans l'état actuel de la science, on ne peut établir une espèce d'une manière bien authentique que lorsqu'on connaît parfaitement les deux sexes. Il n en est pas ainsi pour ces insectes ; car la plupart des mâles échappent à nos observations par leur petitesse. La description que beaucoup d'auteurs ont donnée de ces gallinsectes n'est faite que sur la coque, sa forme, sa couleur et son habitat. Or, il y a beaucoup de ces coques qui pour un œil peu exercé se ressemblent par la forme et la couleur, comme celles du rosier, du palmier, et du laurier-rose, etc. Si l'on enlève avec la pointe d'une aiguille la carapace, on trouve dessous la larve ou la femelle qui est à peu près semblable dans toutes les espèces. Lorsqu'on n'y trouve ni la larve ni la femelle, on y rencontre des œufs ou des petits nouvellement éclos, restés sous le ventre de leur mère pour y subir leur premier changement de peau.
Nous avons donc été obligé de nous en tenir de même, pour la majeure partie des kermès, aux carac-
tères tirés de la forme et de la couleur de l'enveloppe extérieure. Aussi, nous ne prétendons pas que toutes . les espèces que nous mentionnons avec un nom particulier et sur lesquelles nous appelons l'attention des jardiniers, soient véritablement nouvelles pour la science. Il y a probablement des espèces polyphages qui, dans les serres, vivent sur beaucoup de plantes de familles fort éloignées.
Grâce à l'obligeance de MM. Rivière, Houllet, Thibaut et Ketteleer, Burel, Savoye, Chantin, Ludmann, etc , nous avons pu examiner , sur place , un grand nombre de plantes habitées par des .Coccides. Nous avons même été assez heureux pour en rencontrer quelquefois sur des végétaux qui arrivaient directement de l'étranger et qui étaient purs de tout contact avec ceux cultivés dans les serres.
Kermès de la vigne. Chermes vitiB Linné.
Le mâle de cette espèce est connu et a été décrit par plusieurs auteurs. Il est très-petit et d'une couleur , briquetée, avec les antennes brunes et le corselet noir. L'abdomen se termine par deux longues soies entre lesquelles on aperçoit l'organe mâle qui est recourbé en dessous. Les ailes sont, comme dans plusieurs autres espèces, bordées d'une petite ligne d'un rouge sanguin.
La femelle, ou plutôt sa coque qui est très-commune et bien connue des arboriculteurs, est très-convexe, bombée, plutôt oblongue que ronde, un peu amincie en avant et plus élargie en arrière. Sa couleur est d'un brun roussâlre plus ou moins clair, tiquetée de
petits points noirs distribués sans ordre. Elle est, en outre, lorsqu'elle a atteint toute sa taille, vers la fin du printemps, bordée d'un petit bourrelet de coton blanchâtre qui s'étend sous le ventre et sur lequel
elle dépose ses œufs.
Cet insecte se trouve fréquemment sur différentes variétés de vigne, mais le plus généralement sur les ceps languissants et souffreteux. IL est rare de le rencontrer sur les jeunes pieds vigoureux et bien cultivés.
Kermès du pêcher. Chermes persicse Geoffroy.
Le mâle de ce kermès est aussi au nombre des espèces décrites par les auteurs. Il est extrêmement petit, d'une couleur roussâtre, avec les antennes plus claires et les pattes brunes -, ses ailes sont blanches, avec la côte liserée de rouge.
La femelle ou plutôt sa coque se trouve très-souvent sur les pêchers, et est appelée vulgairement punaise du pêcher par les cultivateurs de Montreuil; elle est un peu oblongue, d'un brun café, avec quelques dépressions sur le dos. Lorsqu'elle a pris tout son accroissement, dans les premiers jours de juin, elle est entourée d'un duvet blanc. A cette époque où elle est d'ordinaire fécondée, elle se met à pondre, et périt ensuite. Après l'éclosion et la dispersion des petits, on ne trouve plus que des coques vides. Ceux-ci s'éparpillent bientôt sur les feuilles les plus tendres et dans le voisinage <Jes yeux du pêcher. Ils marchent avec beaucoup d'agilité, et, à
l'automne, ceux qui liaient sur les feuilles, les abandonnent et viennent se fixer sur les branches où ils restent dans l'engourdissementpendant toutl'hiver. Au prin^ temps, ils se raniment et commencent à prendre de la nourriture jusqu'en mai qu'a lieu l'accouplement. On remarque, à celte époque de l'année , qu'il y a comme dans beaucoup d'autres espèces congénères, de place en place, de petits groupes de coques beaucoup plus petites que les autres : selon Bouché ce sont elles qui doivent produire les mâles.
Ce kermès cause de grands ravages dans les endroits où l'on cultive spécialement le pêcher ; il occasionne, par la succion de la séve. le dépérissement et quelquefois la mort de cet arbre. Les fourmis sont très-friandes de la matière mielleuse sécrétée par ces insectes.
M. Alexis Lepère, dont le nom est connu de tous les arboriculteurs, nous a montré des branches de pêcher entièrement couvertes de ces gallinsectes.
Jl est facile de comprendre que c'est pendant l'hiver qu'il faut brosser et nettoyer les pêchers pour se débarrasser de cet ennemi.
Kermès de l'amandier. Chermes araygdaU Blanchard.
Nous n'avons jamais vu cet insecte sur l'amandier, arbre peu cultivé dans les environs de Paris ; mais nous l'avons observé souvent àMontreuil, sur le pêcher. 11 est plus pet i t que le précédent, entièrement rond et
HÉMIPTÈRES, m
globuleux ; sa couleur est également d'un brun couleur café C'est le kermès rond du pêcher de Geoffroy.
Kermès du poirier. Chermes pyri Linné. ' r-'
Le mâle nous est inconnu, mais la coque de la femelle est quelquefois très-commune en Normandie sur plusieurs variétés <Je poiriers. Elle est un peu convexe, d'un roux clair, assez petite et très-adhérente aux jeunes branches. Ce petit kermès est entouré d'un très petit bourrelet blanc, qui se continue sous le ventre et qui laisse sur l'écorce une empreinte blanche, lorsque les vieilles coques sont détachées.
C'est plus particulièrement sur les arbres languissants que Ton rencontre le kermès du poirier. Nos pépiniéristes l'ont envoyé , avec les poiriers de l'Europe , dans l'Amérique septentrionale , où il a élé mentionné pour la première fois, en 1854 par feu le docteur Harris, de Boston, et décrit la même année, par lo docteur Àsa-Fitch qui l'avait observé en grande quantité sur des poiriers aux environs d'AU bany. Cette espèce et les deux précédentes font partie du genre Lecanium d'Illiger,
Schrank décrit un autre kermès voisin du précédent. H parait qu'il est rare * en France, car aucun auteur français n'en donne une description bien exacte : c'est le Chermes mali, qui vit, en Allemagne, sur le pommier.
Kermès coquille. Chermes conchyformis Gmeljn. Le mâle nous est inconnu ; la femelle ou plutôt sa
coque est excessivement commune, dans certaines années, sur les pommiers, et souvent aussi sur les poiriers. Elle est assez petite, allongée, amincie en avant, un peu arquée en forme de virgule et ressemblant, en petit, à une coquille* de moule. Sa couleur ordinaire, est le brun roussâtre plus ou moins foncé, fréquemment saupoudré d'une efflorescence. glauque.
Ces insectes sont disposés par groupes plus ou moins nombreux sur l'écorce, serrés les uns contre les autres, et quelquefois les uns sur les autres, ayant la partie antérieure dirigée dans tous les sens. Ils se tiennent collés surl'épiderme des branches, mais souvent aussi ils envahissent le pétiole des feuilles, le pédoncule des fruits, et quelquefois les fruits, où ils apparaissent sous formes de petites virgules.
C'est ce kermès qui nous a été envoyé par M. Laisné, président du cercle horticole d'Avranches, sur des poires de Louise bonne et que nous avons regardé à tort, avec d'autres auteurs, comme le kermès du poirier, et mentionné comme tel dans les Annales de la Société impériale et centrale d'horticulture. Le véritable kermès du poirier des auteurs modernes est l'espèce précédente qui est moins répandue. Il est impossible de dire d'une manière bien certaine quel est celui que Linné a appelé pyri. Le kermès du poirier, dont parle Dalbret, est le même que le kermès coquille.
Cet insecte a été, comme le précédent, transporté d'Europe en Amérique avec nos arbres fruitiers et s'y est fort bien naturalisé. M. Asa-Fitch (Noxious insects of New-York), entomologiste distingué de l'État de New- York, a très-bien étudié son histoire, et l'a décrite d'une
façon qui ne laisse rien à désirer. « Ce n'est guère avanl 1840, dit-il, qu'il a paru dans l'Ohio et dans l'Illinois. Aujourd'hui il est répandu dans tous les districts de l'Est, mais c'est surtout dans ceux qui bordent le lac Michigan, que ses ravages surpassent tout ce qu'on a dit jusqu'à présent. C'est à peine si Ton trouve un seul arbre qui en soit exempt; et, si Von ne prend pas des mesures pour le détruire, on est sûr de voir périr l'arbre un petit nombre d'années après son invasion. »
Ce kermès doit s'accoupler et pondre à l'automne, car il meurt pendant l'hiver et sa peau desséchée recouvre les œufs dont le nombre varie de 25 à 80. Lorsqu'à l'aide d'une aiguille on enlève sa carapace ou coquille, on trouve dessous des œufs qui sont un peu allongés, d'une extrême petitesse, luisants, blancs ou d'un blanc un peu jaunâtre. Les petits éclosent vers le 15 mai pour se disperser sur l'écorce, où ils apparaissent alors comme de très-petits points blancs faisant partie de l'épiderme.
En France, on emploie avec succès, sur les arbres fruitiers, pour détruire le kermès 'coquille, un badigeonnage avec de la chaux délayée. Les Américains conseillentl'usage du goudron mêlé avec de l'huile de lin et appliqué à chaud pendant l'hiver avec une brosse de feutre. M. Kinball, horticulteur, à Kenosha, dans le Wisconsin, préconise le remède suivant qu'il dit trèsefficace : on fait bouillir des feuilles de tabac dans une forte lessive, jusqu'à ce que le tout soit réduit en une sorte de bouillie ; alors on y mêle une solution épaisse de savon noir, de manière à former une masse de consistance pulpeuse. On applique ensuite cette composition
318 HÉMtPTfiftKS.
à l'aide d'un pinceau sur chacune des branches des arbres fruitiers.
Ce kermès un peu polyphage, fait partie du genre Aspidiotus de Bouché : il vit non-seulement sur le pommier et sur le poirier ; mais aussi sur le néflier et sur l'aubépine. Héaumur l'a trouvé sur l'orme et nous sur le cassis, Ribes nigrum.
Kermès de l'olivier. Chermcs oleae Bernard.
Cet insecte se trouve dans nos départements les plus méridionaux; il u été décrit par Bernard [Mèm. de l'Académie de Marseille, 1782, p. 108), et ensuite par Olivier [Encyclop. mèthod.), puis mentionné par plusieurs auteurs. C'est un parasite qui occasionne souvent de grands ravages dans les plantations d'olivier.
Quoique cet arbre méridional appartienne plutôt à l'agriculture qu'à l'horticulture proprement dite, nous avons cru qu'il n'était pas inutile de donner ici une petite description d'un insecte qui est une véritable plaie chez nos collègues du midi de la France. Nous avons même fait graver une branche d'olivier couverte de ce kermès.
Ce kermès, appelé en Provence pou de CoMier, et dont le mâle nous est encore inconnu, a une forme trèsrenflée, demi -globuleuse; sa couleur est d'un brun-grisâtre plus ou moins clair; on remarque à sa surface deux grosses rides transversales qui le font paraître comme raboteux. Quand sa larve a subi sa métamorphose, on voit que la coque est entourée d'un petit bourrelet blanc et que (a femelle repose sur un léger duvet de la même couleur.
HÉMIPTÈRES. . m
Le kermès de l'olivier est un triste fléau dans les départements des Alpes-Maritimes et du Vâr. Malheureu-