DIPTÈRES UTILES A L'HORTICULTURE
Après avoir esquissé rapidement l'histoire des Diptères malfaisants ou nuisibles à nos cultures horticoles, il nous reste à dire quelques mots en faveur de ceux qui sont pour nous des auxiliaires précieux. Ces derniers appartiennent à deux tribus différentes, les Tachinaires et les Syrphides, divisées les unes et les autres en beaucoup de genres.
Les Tachinaires, ou mouches tachines, sont très-nom breuses. Pour les personnes étrangères à l'entomologie, elles ressemblent à des mouches ordinaires de différentes tailles ; mais leurs mœurs sont bien différentes. Leurs larves, au lieu de se nourrir de proies mortes ou de végétaux, vivent toutes, à la manière des Ichneumons, dans le corps des chenilles, dont elles font périr d'énormes quantités.
Les chenilles renfermant dans leur sein ces vers parasites, n'en paraissent pas trop souffrir, elles filent et se métamorphosent comme si de rien n'était, mais on est tout étonné de voir sortir de leurs chrysalides des mouches au lieu de papillons.
Les œufs des tachinaires sont pondus sur le corps des chenilles ; aussitôt qu'elles sont nées, les petites larves pénètrent sous la peau, pour se nourrir du tissu adipeux; elles achèvent leur développement en dévorant entièrement la substance de la chrysalide.
DIPTÈRES. 6ï7
Ces Diptères, selon leur espèce, choisissent pour y placer le berceau de leurs familles, les chenilles qui leur conviennent, glabres, velues ou épineuses. Robineau-Desvoidy, dans son volumineux ouvrage sur les Myodaires, assure que chaque espèce de chenille nourrit une espèce particulière ; notre expérience nous a appris le contraire ; une même espèce de ces mouches parasites, de même que beaucoup d'Ichneumonides, vit indistinctement dans le corps de plusieurs espèces de chenilles.
Les horticulteurs devront donc regarder comme des amies toutes ces petites mouches qu'ils verront voltiger autour des chenilles; ce sont des femelles, pour la plupart, qui cherchent des nourrices pour leurs enfants.
Les Syrphides sont nombreuses ; Meigen et Macquart décrivent une grande quantité d'espèces réparties en une cinquantaine de genres. Elles sont en général d'assez grande taille pour des mouches et souvent ornées de bandes ou de taches tranchant vivement sur la couleur du fond. [1 en est quelques-unes, bien qu'elles n'aient que deux ailes au lieu de quatre, qu'un œil peu exercé confondrait volontiers avec de6 bourdons, des guêpes, des abeilles, dont elles portent la livrée.
On rencontre des Syrphides depuis les premiers beaux jours du printemps jusqu'au milieu de l'automne, dans les haies, sur les chatons des saules, les prunelliers et les aubépines en fleurs ; dans les prairies et les allées des bois, sur les renonculacées, les synanthérées et les ombellifères, et dans nos jardins sur
648 DIPTÈRKS.
beaucoup de fleurs composées et sur les fruits; il y a aussi quelques espèces que Ton trouve sur les plaies des arbres en compagnie des frêlons et des Vanesses Atalante et grande tortue.
Sous leur premier état, elles ont des habitudes différentes : les unes vivent dans la terre, dans les fumiers, les détritus des végétaux ; d'autres, comme les Volucelles, vivent dans les nids de guêpes ou de bourdons dont elles dévorent la progéniture; d'autres larves de Syrphides, connues sous les noms caractéristiques à' asticots à queue, de vers à queue de rat, se nourrissent dans la fange, grouillent par milliers dans les matières fécales demi-fluides, et finissent par produire une grosse mouche {Eristalis tenax Lin.) ressemblant un peu à une abeille.
Les larves du genre Syrphus proprement dit, les seules qui intéressent les horticulteurs, font aux pucerons une guerre aussi acharnée et aussi redoutable que celles des hémérobes. Elles sont très-allongées, effilées du côté de la tête, aveugles et dépourvues de pattes. Il est facile de les observer au milieu des colonies de ces hémiptères, portant la tête tantôt à gauche, tantôt à droite, pour trouver leur proie. Rien n'est plus curieux que de les voir prendre leur repas ; lorsqu'elles ont saisi un puceron, elles se dressent comme de petits reptiles, tiennent en l'air le corps de leur victime, qu'elles sucent avec une grande promptitude. Elles répètent cette manœuvre jusqu'à ce qu'elles soient repues. Deux douzaines de pucerons suffisent à peine aux adultes pour leur premier déjeuner.
Les larves de Syrphes, parvenues à leur entier déve-
DIPTÊRKS. «29
loppement se fixent sur les feuilles à l'aide d'une matière gommeuse qu'elles sécrètent, se raccourcissent et se changent dans leur propre peau, en une nymphe turbinée.
Les espèces suivantes sont communes dans nos jardins; nous leur devons des égards et de la reconnaissance pour les services qu'elles nous rendent.
Syrphe séléni tique. Syrphus seleneticus Meigen.
11 est de la taille de la grosse mouche à viande, mais un peu plus allongé : il est d'un bleu d'acier, à reflet vert sur le corselet ; la tète est brune, avec les yeux roussâtres, gros et proéminants ; l'abdomen est marqué, sur chaque coté, d'une rangée de trois taches jaunes semi-lunaires; Pécusson est également jaune.
La larve est allongée, d'un cendré pâle, ayant sur le dos des lignes plus claires et d'autres plus obscures entrecoupées de taches noirâtres, rougeàtres et blanchâtres.
La coque est ovoïde, pointue à l'extrémité postérieure ; elle éclot, comme la plupart des espèces, en mai et en août.
Syrphe à bandelettes. Syrphus tseniatua Meigeu.
Il est plus mince et plus allongé que le précédent, avec l'abdomén plus cylindrique. Son corselet est vert, • comme dans une infinité d'espèces congénères, avec une ligne jaune latérale ; son écusson est jaune ; son abdomen est noir, avec les deuxième, troisième, qua-
trième et cinquième segments marqués d'une ceinture d'un jaune-citron. Ses pattes sont jaunes.
La larve que l'on trouve communément au milieu des pucerons, ressemble beaucoup à celle de l'espèce précédente; elle est d'un gris blanchâtre, variée sur le dos de noirâtre et de rougeâtre.
L'éclosion de l'insecte parfait a lieu en mai et en août. On trouve aussi dans les jardins une espèce trèsvoisine {Syrphus scriptus Latr. ) ; elle ne diflère de la précédente que par les bandes jaunes de l'abdomen, dont la première est interrompue et la quatrième en forme de croissant.
Sa larve est aussi commune que celle du syrphe à bandelettes, dont il est diflicile de la distinguer.
Syrphe du groseillier. Syrphus ribesii Latreiile.
11 est assez grand, long de 10 millimètres au moins. Son corselet est d'un vert bronzé 5 son abdomen est noir marqué de quatre bandes jaunes, dont la première est interrompue et les autres échancrées; ses pattes sont fauves.
Très-commun sur les groseilliers.
Syrphe des nectaires. Syrphus nectareus Fabr.
11 est de la taille du précédent. Son corselet est d'un vert bronzé brillant ; son abdomen est noir, avec une tache latérale jaune sur le premier anneau, une bande d'un roux fauve sur le deuxième, deux bandes ferrugineuses sur le troisième et le quatrième ; le cinquième
anneau est entièrement ferrugineux; ses pattes sont jaunes.
Sa larve ressemble à celle du sélénitique. Elle est très-commune au milieu des pucerons, dans les pépinières.
Syrphe du poirier. Syrphus pyrastri Latr.
Il est un peu plus grand que les deux précédents ; il a de 12 à \',\ millimètres. Le corselet et l'abdomen sont d'un noir bleuâtre ; les deuxième, troisième et quatrième anneaux du l'abdomen sont marqués cbacun de deux lunules blancbes;. les pattes sont d'un jaune roussàtre.
Aussi commun que le précédent.