Cousin commun et sa nymphe. CuUx plpien
Le cousin commun, appelé improprement par quelques personnes moustique ou maringouin> est une espèce de moucheron à longues pattes, connu de tout le monde. Il est brunâtre, avec des stries longitudinales plus obscures sur le corselet ; sa tète est petite, pourvue de deux yeux assez grands et de deux longues antennes plumeuses dans les mâles, plus grêles et légè-
rement barbues chez les femelles ; sa bouche se compose de plusieurs pièces, dont la réunion forme une espèce de gatne ou d'étui renfermant la trompe constituée elle-même par de petites lancettes très-fines et très-déliées ; ses ailes sont allongées et transparentes ; son abdomen est mince et allongé.; ses pattes sont grêles, relativement très-longues, servant plutôt à soutenir l'insecte qu'à marcher.
Lorsqu'un cousin veut piquer, il enfonce sa trompe assez profondément jusqu'à ce qu'il ait atteint un vaisseau sanguin. Une fois l'ouverture faite, il fait jouer les différentes pièces de son appareil, qui agissent presque à la manière d'une pompe aspirante. Si Ton a la patience de le laisser se rassasier, on voit son corps se gonfler tout doucement comme celui d'une petite sangsue ; en l'écrasant, il en sort une goutte de sang.
Les cousins sont très-abondants dans les lieux frais et humides, surtout dans le voisinage des eaux stagnantes. Us n'aiment pas la lumière du soleil, ils se tiennent cachés, et se montrent peu au milieu du jour ; c'est le matin de très-bonne heure, le soir après le coucher du soleil ou par un temps sombre et orageux, qu'ils sortent de leur retraite et deviennent très-tourmentants. Ils sont presque nocturnes ; le soir ils entrent dans les appartements en signalant leur présence par un piaulement tout particulier. Dans les pays chauds, même en Espagne, en Italie et dans les parties les plus méridionales de la France, ils sont si nombreux et si incommodes, que, pour éviter leur piqûre, on est obligé d'entourer les lits de cousinières ou moustiquaires en mousseline.
Nous n'avons jamais vu de cousins accouplés ; cet acte a sans doute lieu en l'air et pendant la nuit. Les femelles sont très-fécondes et font de deux à trois cents œufs. Lorsqu'une femelle veut pondre, elle s'accroche au plus petit objet flottant, et dispose ses œufs en un petit tas pointu des deux bouts, ressemblant par derrière à une petite nacelle nageant à la surface de l'eau. Les petiles larves éclosent au bout de trois ou quatre jours et s* mettent à nager et à chercher leur nourriture. Ces larves sont fort curieuses : elles sont composées de dix anneaux y compris la tète ; celle-ci est munie de deux yeux, de deux mâchoires et de plusieurs aigrettes de poils ; le premier anneau est beaucoup plus gros que les suivants qui vont toujours en diminuant de grosseur ; le dernier segment se termine par une espèce de tube respiratoire, leur servant à prendre l'air lorsqu'elles s'élèvent à la surface de l'eau. Pour peu qu'on agite le liquide, elles se précipitent au fond en nageant avec une extrême agilité.
Lorsqu 'après plusieurs changements de peau, ces larves sont arrivées à toute leur croissance, elles se changent en nymphes, fort remarquables elles-mêmes par leur organisation ; la partie contenant la tète est repliée sous le corselet, lequel est surmonté de deux cornets aériens servant à la respiration ; les anneaux du corps sont mobiles et le dernier se termine par une nageoire en queue de poisson* Ces nymphes sont fort agiles ; elles s'élèvent souvent à la surface de l'eau pour prendre un peu l'air, mais, au moindre mouvement, elles se précipitent au fond. L'insecte parfait éclot au bout de huit jours ; il donne cinq à six générations par année.
Les larves du cousin commun vivent clans les eaux dormantes, dans les lieux marécageux, dans les bassins et principalement dans les tonneaux de jardins, où l'on voit flotter à leur surface de petits amas d'oeufs.
Si Ton voulait se donner la peine d'écumer ces sortes de réservoirs, on détruirait des milliers d'oeufs.
On trouve dans les bois humides des environs de Paris une autre cousin Kculex puliearis), moitié plus petit, dont la piqûre est tout aussi douloureuse.
Le remède le plus efficace contre la piqûre des cousins est tout simplement de laver la partie gonflée ou douloureuse avec de l'eau fraîche dans laquelle on met quelques gouttes de vinaigre ou d'extrait de saturne.
il ne faut pas confondre avec les cousins de petits moucherons fort inoffensifs appartenant au groupe des petites tipules culici/ormes. Ils leur ressemblent au premier coup d'oeil ; ils entrent aussi dans les appartements, mais ils sont muets et hors d'état de faire la moindre piqûre.
Nous nous plaignons en Europe de Timportunité des cousins ; mais que dirions-nous si nous étions obligés de résider dans certaines régions tropicales, où ces Diptères sont un si terrible fléau pour les habitants et surtout pour les voyageurs ? Pour en donner une idée à nos horticulteurs, nous allons leur faire connaître quelques passages d'une note que notre savant ami M. Lacordaire, doyen delà faculté des sciences de Liège, nous a remise au retour de ses voyages dans l'Amérique méridionale.
« Les insectes, dit-il, que l'on désigne vulgairement sous les noms de maringouins, macfc, moustiques, appar-
tiennent à des genres tout à fait différents. Les deux premiers font partie du genre Cousin (Culex de Linné), et le second appartient au genre Simulie (Simulium de Latreille). Les maringouins sont les Zancudos et les moustiques, les jejenes des colonies espagnoles. Le mot moustique n'est, lui, qu'une traduction altérée de mos~ quito (moucheron). Les macks ne sont qu'une espèce de cousin de grande taille. Ces insectes habitent principalement les lieux bas, marécageux, les savanes, le bord des rivières ; le naturaliste voyageur n'en rencontre qu'un ' petit nombre, aune certaine distance des eaux, dans l'intérieur des grandes forêts vierges. Leurs espèces sont très-nombreuses et paraissent à des heures différentes. Les unes ne sortent de leur retraite que la nuit, et disparaissent au point du jour ; d'autres les remplacent, et, après quelques heures, font place à d'autres, et ainsi de suite, presque sans interruption.
Les tourments que ces petits animaux font endurer aux habitants des tropiques, sont bien connus, mais cependant aucune description ne peut en donner une idée. Dans quelques endroits, ils sont en telle quantité, qu'il est absolument impossible d'y rester, si peu de temps que ce soit -, ils fondent par milliers sur le passant, comme autant de tigres affamés, pénètrent dans les yeux, les oreilles, le nez, la bouche, et rendent pour ainsi dire furieux le malheureux qui est exposé à leurs attaques. Il n'y a pas assez de son mouchoir ou des branches d'arbres pour les éloigner et obtenir un instant de repos. On a vu, à Surinam, des nègres marrons, exposés nus dans ces endroits par des maîtres barbares , expirer en trois ou quatre heures, dans des
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tourments horribles. Les Européens qui arrivent dans ces pays, dont la peau est probablement plus tendre, sont plus exposés que les habitants à la piqûre de ces insectes ; toutes les parties du corps qui sont découvertes, telles que les mains, le visage, enllent et se couvrent de boutons qui les rendent méconnaissables pendant quelque temps.
Les moustiques sont encore plus redoutables que les maringouins, malgré leur petitesse extrême. Leur piqûre produit le môme effet que celui d'une gouttelette d'huile bouillante qui tomberait sur la peau. Ils ne paraissent que le soir, à l'entrée de la nuit, et ne restent que deux ou trois heures.
On a coutume, pour les éloigner, de faire du feu et de se procurer une épaisse fumée en y ajoutant des feuilles vertes ; mais ce moyen, outre son incommodité, ne produit souvent qu'un léger effet. Les moustiques, malgré la fumée, pénètrent dans l'appartement et se précipitent dans les cheveux et sur le visage des personnes présentes.
il n'y a qu'un seul moyen de se préserver de la férocité de ces petits animaux ; il consiste à envelopper son lit d'un moustiquaire en mousseline et à ne se coucher qu après avoir examiné avec soin, si aucun de ces insectes n'a pénétré dans son intérieur; un seul suffit pour empêcher de dormir. »