GauBir, La morale du Chou-King, p
gouverner cette grande famille, le souverain doit d’abord savoir gouverner sa famille naturelle ; pour bien conduire un peuple, il faut d’abord qu'il soit bon fils, bon époux et bon père. Le livre des vers dit :
« Je me comporte comme je le dois envers ma femme, ensuite envers mes frères aînés et cadets ;
Afin de gouverner convenablement mon état qui n’est qu'une famille. » (1).
La vertu du prince est donc la condition nécessaire d'un bon gouvernement, Elle en est aussi d’après Mengtseu la condition suffisante : «Si la piété filiale que j'ai pour mes parents et l'amitié fraternelle que j'éprouve pour mes frères inspirent aux autres hommes les mêmes sentiments; si la tendresse toute paternelle avec laquelle Je traite mes enfants inspirent aux autres hommes le même sentiment : je pourrai verser aussi facilement mes bienfaits dans l'empire que dans main » (2). Khoung-tseu exprime la même idée d’une facon plus catégorique : « Si vous voulez fonder l'affection (mutuelle dans l’empire), commencez par aimer vous-même vos père et mère, et vous enseignerez par là au peuple à vivre en bonne intelligence. Si vous voulez fonder le respect, commencez vous-même par respecter vos aînés, et vous enseignerèz par là au peuple à obéir. En enseignant ainsi l'affection et la bonne harmonie, le peuple apprend à faire grand cas des sentiments affectueux : en enseignant le respect pour ses ainés, le peuple apprend à faire grand cas de l’obéissance : quand la piété filiale envers ses parents et
1. Cp. aussi: Ta-nr0, Premier livre classique, n° 4: « ... ceux qui désiraient bien gouverner leurs royaumes, s’attachaient auparavant à mettre le bon ordre dans leurs familles.., »
2, Menc-Tseu, liv. 1, chap. [er, art. 6.
l'obéissance aux ordres de ses supérieurs sont répandues dans l'empire, il n’y a rien qu’on ne puisse mettre à exécution » (1).
b) Dans l'histoire. —1 ne faut pas croire que c’est une grande naïveté d'exposer ainsi la doctrine chinoise sur le gouvernement par la vertu. Je n'oublie pas que le but de cette thèse est d'étudier la réalité historique non les rêveries des philosophes, et je ne parle de cette doctrine que parce qu'elle avait une importance pratique considérable dans les premiers temps de l’histoire de la Chine. Car il ue faut pas oublier que la nation chinoise n'a pas été toujours cet immense empire de plusieurs, centaines de millions d'habitants, où il serait naïf de croire que la vertu du prince suffit pour conduire le peuple au bonheur et à la vertu.
« Pendant les premiers siècles des temps historiques de la Chine, qui remontent, suivant la computation officielle, jusqu’au XX VII siècle avant notre ère, la nation chinoise, proprement dite, n’est réellement qu'une grande réunion de pasteurs et de planteurs... » (2). « Puis les branches de cette société naissante commencent à s'étendre, à s'éloigner les unes des autres... » Chacune de ces branches a naturellement son chef, mais il y a toujours un chef général, d'abord élu, puis « choisi dans une seule famille, dépositaire de la direction des intérêts. » (3). La Chine apparait alors comme formée par un certain nombre de petites colonies, qui sont unies à une colonie plus importante par des liens assez lâches : « Une fois tous Les cinq