‹ Essai sur l'esprit du droit Sino-AnnamiteChapitre 40 sur 109 · La morale du Chou-King, pp. 10 et · texte numérisé non relu

La morale du Chou-King, pp. 10 et

droit sino-annamite qui, depuis son origine, ne s’est donc jamais séparé de la morale. À ses débuts, en effet, la législation chinoise n’était qu'une morale: il y avait, d’une part, les « cinq règles » qu'un ministre était chargé d’enseigner, et d'autre part, les peines qu'on infligeait aux coupables et qui n'étaient que les sanctions de la morale.

L'habitude de faire donner des leçons de morale au peuple s’est maintenue dans les temps modernes. C'est ainsi que l’empereur Kang-hi a écrit seize maximes, que son fils Young-Tching a développées, et qui furent publiées'en 1671 pour être expliquées au peuple. C’est ce qu'on appelle le Saint-Edit (1). Il contient des instructions familières avec les sujets suivants : piété filiale, concorde entre frères, concorde entre parents, concorde entre voisins, culture des champs, élevage des vers à soie, économie dans les dépenses, établissement d'écoles, usage des peines comme moyen de répression, civilité, devoir de rester chacun dans sa condition, éducation des enfants, suppression des accusations calomnieuses, paiement des impôts, sociétés contre les voleurs, conservation de la vie. Chacune de ces leçons devait être commentée au peuple, dans chaque localité (2). |

D'ailleurs l’article 341 du code moderne organise un «enseignement par la publicité » : « Dans chaque village

1. Mémoires des Jésuites, t. VII; Zorrour, Cursus, Le Saint- Edit.

2. Cf. W. Wicziams, The Middle Kingdom, 1, p. 554: « In order that none should plead ignorance in excuse for not knowing the Sacred Commands, it is by law required that they be proclaimed throughout the empire by the local officers on the first and fifteenth day of every month in a public hall set apart for the purpose, where the people are not only permitted, but requested and encouraged, to attend ».

des Châu et Huyên, il est toujours établi une construction appelée portique de publicité ; si des gens du peuple manquent à la piété filiale ou au respect envers leurs aînés, s'ils commettent des vols ou des actes de fornication, on inscrit en détail les noms de famille et personnels de ces gens vicieux, le motif de la censure, et le tout est affiché sur des planches suspendues, pour avertir et instruire le peuple par l'exemple et pour faire pénétrer la honte dans le cœur des coupables ; lorsque ceux-ei ont pu se corriger et renouveler leur nature, alors cette inscription est enlevée. Lorsqu'il s’agit de petites affaires relatives aux charges civiles, aux mariages, aux rizières et terres et autres du même genre, il est permis aux anciens du village de se servir de ce moyen pour réprimander, averür, diriger et éclairer le peuple ; c’est là l'institution de l’enseignement par la publicité ». ; Aïnsi le législateur sino-annamite s'est toujours préoccupé de donner des leçons de morale au peuple et même, dans lantiquité, il n’y avait pas d'autre droit que cette morale. Le législateur a toujours été un moraliste.

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