‹ Essai sur l'esprit et l'influence de la reformation de Luther;Chapitre 38 sur 63 · PAR RAPPORT AU PROGRÈS DES LUMIERES · texte numérisé non relu

PAR RAPPORT AU PROGRÈS DES LUMIERES

les livres des anciens tirés de la poussière , l'établissement des postes , la proclamation de la paix de l'Empire , la création de la chambre impériale , l'accroissement exagéré de la puissance autrichienne qui effraie. l'Europe et la contraint de s'armer, Copernic qui réforme le ciel, Luther et Loyola qui naissent presque au même temps ! C'était un changement complet dans l'état politique, moral et intellectuel de l'Europe.

Le mieux est l'ennemi du bien, dit un proverbe delà moderne Italie. Ce ridicule adage est l'expression naïve du caractère ultramontain. Heureusement qu'il n'est au pouvoir ni. d'une caste blasée, ni d'une maxime absurde, de compromettre les destinées de la science et de la civilisation. Les hommes passent outre sans écouter les réclamations de ces esprits paresseux et jaloux , dont, selon C/iénier, dans son discours sur le progrès des connaissances, la raison sans mouvement voudrait paralyser la pensée humaine. Les institutions du moyen âge n'étaient plus appropriées à la nouvelle humanité. Comme les lances et les écus avaient été écartées par les armes à feu, la scolastique devait être écartée par les nouvelles armes de la raison , les cercles inextricables de Ptolémée par la simple idée du mouvement de la terre, et les fausses décrétâtes par la critique. La religion, telle que le moyen âge l'avait rp$$r fiée , ne convenait pas plus à la nouvelle culture , que la représentation des mystères à la scène où allaient paraître Corneille et Molière , que l'architecture gothique \ à la basilique de Saint-Pierre. 11 fallait que tout changeât : Le nouvel esprit ne pouvait s'accommoder des anciennes formes; une harmonie , une convenance devaient s'établir entre lui

!Nous passons volontiers condamnation sur la représentation des mystères qui étaient une véritable profanation des choses saintes; mais nous demandons grâce pour l'architecture gothique, .que l'art chrétienne pourra jamais renier. ^ f.\ Qjrmj m g]

et4es choses, et comme il portait eii lui l'énergie du réveil, la toute-puissance de la jeunesse, il opéra par l'enthousiasme.

La réformation doit donc être envisagée comme un produit nécessaire du nouveau siècle, comme une manifestation du nouvel esprit. Ge que le Dante et Pétrarque furent pour la poésie , Michel- Ange et Raphaèlpour les arts du dessin, Bacon et Descartes pour la philosophie, Copernic et Galilée pour l'astronomie, Colomb et Gama pour la science de la terre, Luther le fut pour la religion. Organes de la pensée universelle, ces hommes éminents exprimèrent avec vérité celle qui agitait vaguement leurs contemporains , et ils satisfirent aux besoins de leur siècle. Aussitôt que de leur génie se fut échappée l'étincelle, la flamme s'éleva de toutes parts. Ce qui. n'était qu^un pressentiment , qu'uno idée vague dans les esprits, prit une consistance et parut au dehors. Tel est le mode naturel de conjuration tacite qui préside à toutes les reformations. Celles qui s'opèrent dans les arts et la plupart des sciences , étrangères aux passions et aux commotions volcaniques de la masse des peuples, se consomment d'ordinaire sans qu'il en coûte des pleurs à l'humanité. Il n'en pouvait pas être ainsi de la réformation de Luther. La religion n'étatt=pas=a4ors une simple opinion , un simple être moral ; elle avait un corps immense qui opprimait tous les corps politiques, qui prétendait à tous les trônes , à tous les biens de la terre. A la première blessure qu'il ressentit , le colosse tressaillit et le monde fut ébranlé; les princes et les nations s'armèrent et engagèrent une lutte d'opinions et d'intérêts dont les résultats furent aussi variés que décisifs.

L'Institut a demandé qu'on lui rendît compte de ceux de ces résultats qui influèrent sur la situation politique des États de l'Europe et sur le progrès des lumières. Cette

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