CHAPITRE PREMIER
SUR l'état de la question.
Si, avant le seizième ^ïècîê^^a^Tépoque où rien ne s'opposait à la suprématie des pontifes romains , une assemblée savante eût voulu peser les résultats d'un schisme , la ques* tion eût , sans doute , été posée ainsi : Quels sont les maux et les scandales dont l'Eglise a été affligée à l'occasion de telle doctrine impie et pernicieuse ? Aujourd'hui , que plusieurs nations respectables se sont séparées de l'Église romaine ; que les relations intimes qui unissent tous les peuples chrétiens ont habitué les sectateurs de Rome à voir dans les protestants des gens aussi vertueux, aussi éclairés qu'eux , la question doit s'énoncer autrement. Une assemblée de philosophes , de la France rendue au catholicisme , propose de fixer l'influence de la réformation de Luther sur la situation politique des différents États de l'Europe et sur le progrès des lumières. Ce changement dans le langage
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en suppose un autre dans les opinions , et , sous ce point de vue , on pourrait dire que la question porte en ellemême sa réponse. L'Institut n'ayant accompagné cette question d'aucun programme explicatif, nous croyons devoir faire précéder la réponse des considérations suivantes. Il semble, au premier aspect, qu'une révolution religieuse ne devrait exercer son influence que sur la religion, le culte et la discipline de l'Église; mais avant la réformation de Luther, l'Église et l'État étaient tellement confondus, qu'on ne pouvait ébranler l'une sans troubler l'autre. L'Église qui partout avait formé un état dans l'État , avait poussé si loin ses usurpations sur celui-ci qu'elle menaçait de l'engloutir. L'Europe entière fut longtemps en danger de passer sous le joug d'une théocratie absolue. Les chefs du nouvel empire d'Occident, qui la sauvèrent de cette destinée, l'effrayèrent ensuite par îe projet d'une monarchie universelle. Les rois de France, d'Angleterre , de Suède et de Danemark , les princes et les villes libres d'Allemagne et d'Italie ne s'opposaient que partiellement et tour à tour aux prétentions de l'un et de l'autre concurrent. Une impulsion nouvelle, un lien nouveau et puissant , qui unissait les opprimés contre les deux, oppresseurs ; un événement qui réveillait toutes les passions , l'amour de la liberté , le fanatisme religieux et politique , qui décuplait les forces des princes en exaltant les peuples , qui offrait enfin aux chefs , avec l'indépendance , les riches dépouilles du clergé , un tel événement , dis-je, dut alors produire en Europe une agitation universelle. Le système des États modernes en fut ébranlé jusque dans ses fondements. Durant la longue et douloureuse lutte qui s'ensuivit, tout prit une assiette différente. Un nouvel ordre politique sortit de la fermentation et de la confusion générale; les divers éléments qui le composent, longtemps agités en sens divers , obéissant enfin à la loi de gravita-