PREMIÈRE PÉRIODE. DÉMOCRATIE
DEPUIS JÉSUS-CHRIST JUSQU'A CONSTANTIN. — DE L'AN 1 à 325.
Société religieuse, fondée d'abord sur l'égalité, puis sur un système hiérarchique de subordination.
Après huit siècles d'existence , Rome , longtemps libre , venait de fléchir sous un maître. Elle avait porté ses armes et sa domination dans presque tous les pays du monde alors connu; mais, affaiblie par son trop de territoire, la République avait subi le joug de César, dont le neveu, Auguste, gouvernait l'Empire romain depuis quarante ans, lorsque Jésus naquit en Palestine de parents pauvres et obscurs.
La mythologie du paganisme , faite pour l'enfance du
monde, avait vieilli avec lui; et à l'époque dont nous parlons, elle avait perdu son ancien ascendant sur les esprits. Le vide qu'elle y avait laissé ne demandait qu'à être rempli. Alexandre avait porté la culture de la Grèce en Asie et en Afrique. Depuis qu'en Egypte, en Perse, en Arménie, en Syrie ses successeurs avaient élevé des trônes , la phioso> phie grecque avait fleuri dans ces diverses contrées, et y avait modifié l'esprit local. A son tour, elle s'était ressentie de la réaction, et le déisme mystique de l'Inde, et les deux principes de la Perse, et les mystères de .l'Egypte s'allièrent à la doctrine de l'Académie et à celle du Portique ! . Ce nouveau mélange d'idées causa une fermentation. La tendance principale de tous ces éléments, d'ailleurs peu homogènes, était la reconnaissance et le culte d'un Dieu invisible. Le polythéisme , l'adoration de dieux grossiers et visibles ne pouvait pas résister longtemps à cette disposition des esprits.
C'est en cet état que les Romains trouvèrent la Grèce et TOrient, et les vainqueurs subirent les hommes et l'esprit de l'Orient. Les lettres et la philosophie des Grecs devinrent la base de la culture de Rome où ils produisirent, à quelques modifications près, les mêmes effets qu'en Grèce et en Egypte. Le vieux culte fut méprisé et les augures ne se rencontrèrent plus sans sourire. Le déisme gagnait du terrain dans les écoles de Rome, d'Athènes ^
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écoles de philosophie d'Athènes, dont l'une, celle de l'Académie, a été fondée par Platon, en 388 avant Jésus- Christ, et l'autre, celle du Portique, par Zenon, en 300 avant Jésus-Christ. Les tendances spiritualistes de la première et l'austérité morale de la seconde ont accrédité l'opinion que le christianisme avait des affinités avec ces deux écoles. Il biiffît de lire l'Évangile pour être persuadé du contraire, Il est vrai que les moines ont emprunté certaines pratiques aux disciples de Zenon, et que M. C;vbet a quelque peu fraternisé avec la république de Platon j mais qu'est-ce que cela
prouve? ï iaQiBSvqqm ali îa . n s eb oléum
de Smyrne et d'Alexandrie ; mais cette doctrine spéculative attendait une forme qui pût en faire une religion.
Il est nécessaire de remarquer que la Méditerranée était alors la grande mer, le champ commun des nations/^fii constituaient l'Empire romain et leur moyeu de communication. Les côtes qui l'embrassaient de toutes parts rap3- ■prêchaient leurs habitants. Athènes, Joppé, Rome étaient plus voisines que des villes peu distantes les unes des autres dans l'intérieur des terres; le commerce du monde qui se faisait sur cette mer, tous les mouvements qui se rapportaient à Rome, y rendaient les communications faciles et fréquentes.
Sur une des côtes de cette mer, tout près de l'antique Pliénicie , au centre de l'Empire fondé par le conquérant macédonien, au nord de l'Egypte et de Y Arabie, à l'est de la Perse et de l'Inde, au sud de la Syrie, de l?Atv ménie et de la Scythie, vivait un petit peuple méprisé, vaincu et soumis tour à tour par. ^ses voisins^ >lïaiÈss3int les autres nations par principe, commerçant et industrieux par besoin, facteur de l'Asie et de i:Europe> répandu partout pour se mêler aux étrangers, et formant partout une société à part, fidèle à ses lois et ai son culte. Ce peuple avait une religion nationale fondée sur l'adoration d'un seul Dieu. Au milieu du polythéisme syrien , égyptien , grec et romain, il professait le déisme constitué en religion positive ; phénomène unique au sein du vaste Empire des Césars. On sent que je veux parler des Juifs. Fiers de leur origine7 qu'ils faisaient remontera d'illustres patriarches , unis entre eux par les liens d'un même sang , objets uniques de la prédilection de Dieu , d'anciennes prophéties les assuraient qu'il naîtrait au milieu d'eux un roi qui laverait leur opprobre et les élèverait au-dessus de toutes les nations de la terre. Ils vivaient dans l'attente inouiète de ce Messie , et ils supputaient avec impatience le
temps obscurément indiqué de sa venue. Un tôb 6^f^ô n'&xistait alors chez aucun peuple1. Celui-ci, sombre, concentré, dévoré de l'orgueil que lui inspirait sa noble OE^pne et de - 1 -humiliation où il vivait, se consolait de l'une par l'autre ., et rendait au centuple à ses voisins idolâtres le mépris qu'il en essuyait. Cette disposition subsisjqj toujours, et dans son abaissement actuel , l'inébranlable: Israélite se dit : «Je suis l'homme de Dieu.» tumip ^gmr%&§ H est naturel^ vu la disposition où É^Mà£lfti£i)fô&| ïnqaeM : ) 109{ §fo
1 II n'en est pas moins certain qu'il existe des traces de l'attente d'un Messie chez tous les peuples. Dans ses Études philosophiques \ sur le christianisme y t. n, liv. 1er, chap. vi, M. Nicolas résume' ainsi cette attente : «Jésus-Christ est tout ce qu'ont désiré tes notions, tout ce qu'elles ont rêvé sous des noms divers, et k travers:: dejsJmâges plus on moins grossières et impures... Il est la réalisa— lion de celle espérance restée au fond de la boite de Pandore , pour réparer tous les maux qui en étaient sortis. Il est cetÉpaphus, enfant promis, qui devait naître miraculeusement de la vierge -ïo,pour délivrer l'homme enchaîné de ce vautour rongeur auqueljûèël femmes-serpent avait donné l'être. Il est ce Dieu de l'Olympe, ce cher iils d'un père ennemi, qui devait souffrir pour succéder à nos souffrances. Il est cet Orus, descendant d'Isis, qui devait surmonter/ sans le détruire , le serpent Typhon , d'après les Égyptiens, et qui devait naître d'Isis vierge, d'après les Gaulois Jl estle véritabfôHer-; cu^eiqui devait tuer le dragon , et rendre aux hommes les, fruits d'or de ce merveilleux jardin d'où ils étaient exclus. Il est le Mithra des Perses, ce médiateur vainqueur d^Ahrimaue, qui, jusqu'à ce qu'if soit venu , comme dit Plutarque, ouvrer, faire et procurer îa^él*-^ vrance des hommes, a chômé cependant, et s'est reposé un temps non trop long pour un Dieu. Il est le Wischnou des Indiens, dont. l'incarnation devait guérir les. maux faits par le grand serpent Kaliga; le Genteolt des Mexicains, qui devait triompher de la férocité des autres dieux, apporter une réforme bienfaisante etcombatt^e la couleuvre qui avait séduit la mère de notre chair; le Puru des Salives d'Amérique , qui devait faire rentrer en enfer le serpent qui. dévorait les peuples. Il est enfin le dieu Thor, premier-né des enfants d'Odin .et le plus vaillant des dieux, qui devait livrer un combat particulier au grand serpent Migdare, et laisser lui-mêinèQâ^ie dans sa victoire.» > .oîi.rot fil )0/.u moi oh aalqbaib aaî
esprits sur l'unité de l'essence divine , et sur un culte plusr pur à lui rendre, que les philosophes et les penseurs: oisifs qui s'étaient multipliés sous le règne paisible d'Au^û guste aient donné quelque attention à ce peuple, à ses dogmes et à ses livres, dont il existait une version grecque/I Les yeux commençaient donc à s'arrêter sur lui. Dans les villes de l'Empire où les juifs avaient établi des synagogues, quantité de païens en suivaient les assemblées,:; par un intérêt plus vif que celui de la curiosité. Les juifs , de leur côté, ne purent se dérober à l'action de l'esprit général du temps. Si leurs idées commencèrent à pénétrer dans les écoles, les idées des philosophes pénétrèrent aussi dans les synagogues. On vit des juifs briller comme philosophes au milieu des païens , surtout à Alexandrie qui était alors le foyer de la nouvelle Académie et qui d'ailleurs était la plus grande ville voisine de la Judée. Ces innovations pénétrèrent jusque dans les murs de Jérusalem. La théosophie des mages de l'Orient y pénétra aussi : on commença à disputer , à raffiner , à vouloir modifier l'orthodoxie judaïque. Il s'ensuivit des sectes qui s'entre-choquèrent avec fureur. Beaucoup de juifs , examinant de plus près leur culte, y trouvèrent ce que les païens trouvaient dans le leur, trop de formes extérieures, trop de superstitions et d'abus. Quelques-uns voulaient un réformateur, d'autres un sauveur qui les retirât de cette crise. Aux yeux des juifs cène pouvait être pour les uns et pour les autres que le Messie lui-même. L'attente de cet être surnaturel était donc plus vive que jamais. Des bandes inquiètes quittaient les villes, allaient entendre des prédicants et des prophètes dans le désert. Jean baptisait et prêchait sur les bords du Jourdain. Lui aussi annonçait le Messie, et le
nombre de ses partisans était considérable.
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Jésus parut au muieu de ces circonstances. Il entraîna les disciples de Jean avec la foule , et les autres prophètes
se turent) Il prêcha avec la tranquille majesté d'im esprit revêtu d'une mission supérieure, et qui n'avait d'autres fonctions sur la terre que d'y établir la vérité, te piété plat paix et l'amour. Sérieux, mesuré dans ses actions , ia¥! génu^ simple et sublime dans ses discours ^ son âmesem^blait calme, transparente et profonde comme l'azur des: deux. Souverainement doux et aimant, l'impiété et lès: viceidont la vue l'affligeait, pouvaient seuls rémouvoir et le passionner. Voilà comme ses quatre historiens nous J'onti dépeint. S'il n'était pas tel, certes il faut admirer le génie: qui a inventé un idéal aussi parfait, et le hasard qui l'a; présenté uniformément à quatre évangélistes , qui probablement ne se sont pas donné le mot. Mais si, comme on n'en peut douter, Jésus a été fidèlement représenté par les évangélistes, de quelle nature était cet être extraordi^ nâire, qui ne ressemble à aucun des grands hommes dont rMstôire nous a transmis l'image et dont la vie n'est entaché d'aucune faiblesse humaine? yai&qail)
-Pendant les trois années de sa prédication , Jésus développa l'idée d'un Dieu d'amour et de justice qui a ses racines dans le cœur de l'homme. Et ce qui est auSsissuft§â prenant que sa mission et sa personne, c'est qu'un juif, un membre de la nation la plus égoïste, la plus opiniâtrement individuelle , la plus ennemie de tout le genre humain, établit le premier l'idée d'une religion universelle , d'une Église eosmopolite, de la fraternité de tous 4eshommês^sous l'autorité d'un père commun, lin père v une
mille ; un culte , un amour î Cette idée était prodigieuse pour ce siècle; elle l'était surtout en Judée; Jésus la donfteP peur précepte unique et la développe; il ordonne à^ses apôtres , hommes simples et illettrés , d'aller l'annoncera tous les peuples, leur promettant qu'elle ; régénérerait^ nïéndé; Is vont , ils parlent, et le monde devient chréliehV CépidaM' Jësus; pth#ïvî ^^ë^fôn^ïsm^-dè^^rè^te
de l'ancienne loi, fut au milieu des bourreaux et des supplices ce qu'il avait été au milieu de ses disciples; un modèle surhumain de patience, de fermeté et de douceur. Mon père , priait-il pour ses persécuteurs, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. Il fallait cette dernière épreuve pour qu'il offrît un exemple pratique des plus difficiles vertus. Après cela tout était consommé, pour me servir de son langage, et il mourut de la belle mort d'un martyr de la vérité et de la vertu. Ce tableau du pur esprit du christianisme dans la personne de son fondateur ne peut paraître déplacé, lorsqu'il s'agit d'apprécier une révolution dont le but principal a été de ramener le christianisme à l'esprit de son institution.
: Après la mort de Jésus , un grand nombre de ses disciples se réunissent à Jérusalem, y célèbrent ensemble et en son nom la fête judaïque de la Pentecôte, et forment ainsi la première communauté de chrétiens. Cette faible Église fut dispersée, deuxans après, par une persécution dont Etienne, diacre, c'est-à-dire dépositaire des aumônes, devint la victime. Ce coup eût été mortel peut-être pour la nouvelle Église, si en même temps un homme plein de ce génie qui vivifie tout , de cette force et de ce courage opiniâtre qui surmonte tout, si Paul, jusqu'alors persécuteur des chrétiens, ne se fut rangé de leur côté. Ce nouvel apôtre, qui lui seul fit plus que tous les autres pour la religion naissante, appela les hommes de tous les pays et de toutes les religions à devenir les sectateurs du Christ. On n'avait vu jusqu'alors que des juifs ou des païens convertis au judaïsme entrer dans cette association, aux membres de la--quelle on donnait le nom de Nazaréens. Paul apporta dans ses,- éloquentes prédications de nouvelles idées , de nouvelles vues; il annonça la doctrine du fondateur avec un esprit qui n'était et ne pouvait être celui des autres disciples , plus attachés que lui au judaïsme , ce qui occasionna
dès ces premiers temps une scission entre les chrétiens ses partisans et ceux qui demeuraient attachés aux usages du judaïsme, division qui amena la nécessité de se rassembler pour s'entendre. Cette réunion, première image des conciles, se tint à Jérusalem, et dura jusqu'à la subversion -;de la république des Hébreux. Depuis ce dernier événement, il y eut scission complète entre le mosaïsme et le christianisme. Paul avait tiré entre les deux religions une ligne éternelle de démarcation. Ses voyages, ses discours, ses lettres , dont quelques-unes sont parvenues jusqu'à nous, établirent dans la majorité des Églises qui se trouvaient fondées de son vivant, la doctrine sublime que nous devons à son zèle infatigable. Sept lustres après Jésus, tous ses premiers confidents avaient péri , ou de mort naturelle, ou par le bourreau; il ne restait plus que l'apôtre Jean, qui , fuyant la persécution sous Domitien , se réfugia kPaimos, où il écrivit l' Apoealypse , qu'on a mise au rang des livres saints. A cette époque déjà s'élevaient entre les chrétiens persécutés par les princes de la terre les divisions dogmatiques qui sont dans l'essence de toute doctrine spéculative , soit philosophique , soit religieuse. Ces divisions semblent avoir inspiré plus de crainte à l'apôtre de Patmos que les persécutions. Cérm//icetquelques autres énonçaient dès lors des opinions nouvelles sur la divinité de Jésus- Christ, et presque tout ce qu'a écrit Jean est dirigé contre ces opinions. 910009
Cependant le nombre des Églises chrétiennes se muljtipliait dans toutes les contrées. Un état de choses paisible eût peut-être confiné à jamais la religion du Christ dans les murs de Jérusalem. Mais les juifs eux-mêmes, qui en chassèrent les novateurs , les contraignirent à aller prêcher dans d'autres lieux. Presque partout ces proscrits rencontraient d'autres juifs dispersés par le commerce et; ï$ur humeur inquiète. Les chrétiens judaïsants fraternisaient
avec eux, prêchaient dans leurs synagogues, fréquentées par beaucoup de païens qu'attirait, comme il a déjà été dit , le spectacle d'un culte fondé sur l'adoration d'un seul Dieu. Les Romains , en ruinant Jérusalem et en dispersant le peuple juif, ajoutèrent encore à la faveur de ces circonstances. Des villes célèbres, telles qu'Alexandrie, se peuplèrent de juifs, et par conséquent aussi de chrétiens. La nouvelle doctrine devint un objet d'intérêt et de discussion. Le paganisme, trop absurde en lui-même pour convenir à des siècles qui n'étaient plus ceux de l'enfance du monde, et décrié par les philosophes, était devenu la risée des hommes éclairés. Telle est sans doute la vraie cause de la cessation des oracles. Ils se turent quand on cessa d'y croire. Le besoin d'une religion , capable de remplacer l'ancienne qui périssait de vieillesse et d'imbécillité , commençait à se faire sentir. D'ailleurs, les dieux ayant été les protecteurs des nations chez les anciens , chaque nation n'avait respecté ses dieux que tant qu'elle était restée indépendante. Subjugues par les Romains , les peuples devinrent indifférents à tous les objets de patriotisme local, à la religion comme aux autres. Les Romains eux-mêmes, à force de recevoir des dieux étrangers dans leurs temples, étaient arrivés à lès mépriser tous, les anciens comme les nouveaux. Le positif de la religion tombait en ruine ; le sentiment religieux , qui sert de base à tous les systèmes positifs , et qui Vivait encore dans les cœurs, n'attendait qu'une nouvelle: forme dans laquelle il pût se fixer. Le christianisme favorisé par siëscirconstances qui viennent d'être indiquées , se présenta et eut de l'écho. Mais que d'idées étrangères , de doctrines accessoires vinrent partout s'y mêler, et le modifier en mille manières! L'histoire du dogme dans les premiers siècles est un dédale dont la critique la plus éclairée ne • peut suivre tous les détours. Avant qu'un corps de doctrine fût établi et arrêté, quelles fluctuations, quelles variations
n'avait pas subies cette doctrine ! Et quand enfin le dogme fut déterminé, combien ne diftera-t-il pas de ce qu'il avait été dans l'esprit et dans les vues du fondateur! Ce fut surtout à Alexandrie , ville alors très-lettrée et le point de réunion des philosophes grecs , entre autres des Néoplatoniciens l , que la religion de Jésus , accrue de tant d'éléments hétérogènes, prit une forme plus spéculative , ou, si l'on veut, plus mystique qu'elle ne l'avait eue d'abord. Clément, philosophe grec devenu chrétien, y contribua plus que personne. Ceux des Orientaux qui embrassèrent le christianisme , y introduisirent les vues de la philosophie de l'Orient sur l'origine du monde, du bien et du mal. De là naquirent les gnostiques* et les Manichéens*. Quoique les autres chrétiens aient séparé ensuite le canon de leurs dogmes du dogme de ces chrétiens orientaux, celui-ci n'a pas laissé d'influer jusqu'à un certain point sur la constitution postérieure du christianisme, et il s'est conservé ■ -
dLes Néoplatoniciens d Alexandrie, combinant les doctrines mystiques de l'Orient avec les idées de Platon, ont cru s'unir a l'absolu ou à Dieu, par Y extase.
2 Les gnostiques très-répandus en Orient dans les deux premiers siècles de notre ère et divisés en plusieurs sectes formées par un mélange de croyances orientales, juives et chrétiennes, pensaient friieux1 comprendre Fe christianisme que les apôtres, parce qu'ils s'attribuaient une connaissance intuitive, gnosis, des choses divines. Pour expliquer le mal et justifier la Providence, ils affirmèrent, que le monde n'avait pas été créé parle Dieu suprême , mais par le Dé* rniurge , émané de sa plénitude, et que son ouvrage s'élant trouvé défectueux, il avait été réformé par le Sauveur, autre émanation du; Dieu suprême et supérieur au démiurge.
3 Les Manichéens avaient pour chef le Persan Manès , qui fiorissait au commencement du troisième siècle. Sa doctrine, empruntée en partie à Zoroastre, attribue, comme lui , la création à deux principes, l'un essentiellement bon, l'autre essentiellement mauvais. Manès rejetait l'Ancien Testament, regardait Jésus-Christ comme le seul prophète sorti du sein de la lumière, et se donnait pour le paraclet ou le consolateur annoncé par le Sauveur du monde.
plus ou moins intact parmi les chrétiens orientaux. Il serait superflu de nommer les opinions diverses qui s'élevèrent eft divers lieux durant ces premiers siècles, et dont la plupart sont connues par le nom de leurs inventeurs, ou parle terme caractéristique qui devenait le mot de ralliement de la secte. Ces noms formeraient ici une nomenclature aride , et les expliquer serait trop long. 11 suffît de dire que, quand des chrétiens , favorisés par les circonstances , rédigeaient une confession de foi commune , ils donnèrent le nom d'hérésie aux opinions qui différaient de la leur.
Remarquons encore que les persécutions de quelques empereurs contre les chrétiens portèrent un grand nombre d'individus de différentes sectes à fuir dans des lieux solitaires et inhabités, n'y emportant que leur fervente dévotion , qu'exaltait bientôt le silence et la mélancolie du désert. Ces ascètes de la Thébaïde et de la Syrie furent les premiers moines; leurs réunions pour prier en commun; les premiers couvents. Ils eurent des législateurs dont lès lois n'avaient en principe d'autre but que de faire entendre , épurer et réformer le christianisme. mpija?iïi
Les mêmes persécutions qui avaient peuplé les déseMs de chrétiens fugitifs, contraignirent ceux qui restèrent chez eux à s'unir plus fortement les uns aux autres, à étouffer leurs controverses , à s'entendre , à se secourir, à s'organiser et à se donner des chefs. Les apôtres et* les premiers disciples de Jésus étaient naturellement les chefs des Églises qu'ils avaient fondées. Après leur mort, on remplaçait le pasteur qu'on venait de perdre par son disciple le plus considérable. Plusieurs de ces Églises se donnaient parfois un chef commun , appelé épiscope, visiteur ou évêque; puis elles se séparaient pour subsister isolées ou se réunir à d'autres. En général, elles se renfermaient volontiers dans les limites d'une province, d'une préfecture ou d'un diocèse de l'Empire romain. Chaque chrétien était
disciple, membre actif de l'Église à laquelle il appartenait. Les pasteurs en étaient les magistrats spirituels, magistrats républicains, dont la décision en matière de croyance n'avait de valeur que parce qu'on les croyait plus sages et plus instruits que le reste des fidèles. Cependant, comme ces chrétiens et ces pasteurs étaient des hommes , et que les hommes tiennent sans le vouloir aux idées et aux institutions humaines , il arriva que ceux des pasteurs à qui les circonstances locales donnaient une Église plus considérable, plus riche ou plus puissante, surtout ceux des premières villes de l'Empire, furent bientôt environnés de plus de considération, d'où il résulta plus d'autorité et une sorte de primatie, insignifiante en principe, mais origine du système patriarcal ou papal.
Les empereurs romains n'avaient encore connu la nouvelle religion que pour la tolérer ou la persécuter. Quand Constantin l'éleva sur le trône, tout changea pour elle. La puissance temporelle, les honneurs, les richesses devinrent le lot des principaux pasteurs; l'humble doctrine de Jésus, faite pour consoler et soutenir les opprimés, par l'espoir d'une autre vie, devint la doctrine des puissants et des oppresseurs. Suivant l'opinion particulière du théologien qui s'emparait de l'oreille du maître, il faisait condamner et poursuivre les opinions qui lui étaient contraires* Le christianisme , si essentiellement doux et humain , devint persécuteur par représailles et par imitation. Les cruels exemples de Décius, de Dioctétien et d'autres empereurs, ont eu des effets réactifs terribles, qui se sont fait sentir jusque dans les siècles modernes, en dépit de Jésus, à qui l'humanité doit l'adoration d'un seul Dieu , le sublime pritf^ cipe de l'amour, de la fraternité , de l'abolition de l'esclavage et tant d'autres bienfaits.
Ainsi, cette première période, qui avait commencé par Jésus, lequel venait promettre aux hommes le royaume
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des cieux, se termine par Constantin , qui \ en enrichissant les sectateurs du Christ • pose les fondements de la puissance temporelle de l'Église.